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Antoine Gizenga

Ancien vice-premier ministre du gouvernemet Lumumba

Gizenga est né le 5 octobre 1925 à Mbanze, dans le district du Kwilu" (dans le Bandundu). Enseignant chez les pères « scheutistes » dans les écoles primaires de Kinshasa dans les années 1950. L’octogénaire a commencé son timide combat politique dans les années 1958-1959 sous le label PSA (Parti Solidaire Africain) avec Kamitatu Cléophas, dans la province de Léopoldville où son parti devint très populaire auprès des 

           
     Antoine Gizenga Secrétaire général du Palu
                               1925 - ...?

ressortissants de Kwango et Kwilu. En 1960, son parti, le PSA, se classât premier dans l’assemblée provinciale de Léopoldville avec 35 conseillers provinciaux (soit 40 % d’élus), suivi de l’Abako (33 conseillers) et PNP (14 conseillers). Fort de ce succès, il devint vice premier ministre du gouvernement Lumumba en juin 1960. Le 5 septembre 1960, Kasa-Vubu révoque le Premier ministre Lumumba et six de ses ministres dont Antoine Gizenga, le vice-Premier ministre, Remy Mwamba de la Justice, Gbenye de l’Intérieur, Anicet Kashamura de l’Information, Pierre Mulele de l’Education nationale. Après cette chute du gouvernement, Gizenga se réfugie à Stanleyville (novembre 1960). Le gouvernement provincial à Stanleyville, avec Finant, est acquis à la lutte pour la restauration de la légalité qui s’engage. Allié avec Gbenye son gouvernement séparatiste gagne du terrain. Il conquiert le Kivu jusqu’à Manono (Katanga), rafle le Sankuru et s’empare même de Luluabourg (Kananga) pour un temps. A Stanleyville, le pouvoir lumumbiste se consolide et s'étend. Le 12 décembre 1960, Gizenga déclare que Stanleyville est désormais le siège du gouvernement légal et la capitale provisoire de la République Populaire du Congo. Son gouvernement a été reconnu par 21 pays d'Afrique, d'Asie, et d'Europe de l'Est en février 1961.

Le 13 janvier 1961, sous l'impulsion de Mulele et des militants du PSA et du MNC-L, une mutinerie éclate à Thysville pour libérer Lumumba. (Tshilombo Munyengayi, Le Potentiel du 29 août 2005, in congolite.com). Très vite, les lumumbistes seront caractérisés par des luttes intestines, parfois sanglantes et une désunion remarquée. Nous sommes toujours en 1961. A la Table ronde de Léopoldville de février 1961, les partis lumumbistes tentent de fusionner : les délégués du Mnc/L, du Psa, du Cerea, de la Balubakat, de la Conakat, de l’Unc, du Mouvement de l’unité Basonge, de l’Unibat et de l’Alco forment le Fronaco (Front des nationalistes congolais). En mars 1961, le Mnc/L convoque à Stanleyville un Congrès pour désigner un successeur légal de Lumumba. Fin août 1961, Kamitatu Cléophas et Gbenye négocient, à Léopoldville, pour former un cartel lumumbiste devant comprendre le Mnc/L, le Psa et le Balubakat. Antoine Gizenga, qui vient d’être choisi par le conclave de Lovanium (où il n’a pas assisté) comme vice-Premier ministre de Cyrille Adoula, tente de devancer ses rivaux lumumbistes. Il ne participera pas à ce gouvernement. Début septembre, Gizenga annonce à Stanleyville que son parti, le Psa, vient de fusionner avec le Mnc/L. Le résultat donne le Parti national lumumbiste (Panalu), ancêtre de l’actuel Palu. Le chef du nouveau parti est Gizenga lui-même. Il s’auto proclame Premier ministre de la République Populaire du Congo (séparatiste). Très vite, le président du Mnc/L, Gbenye, son vice-président Joseph Kassongo, le président de la province Orientale Manzikala descendent sur Stanleyville pour rejeter les prétentions des nationalistes avant la réunion d’un Congrès des nationalistes.

Antoine Gizenga sera emprisonné de janvier 1962 à juillet 1964, à l’Ile Bula Bemba, dans le Bas-Congo à l’embouchure du fleuve Congo, après la libération de la province Orientale par le gouvernement central, avec l'aide des troupes étrangères. Il sera de nouveau, incarcéré dans la même prison, d'octobre 1964 à novembre 1965. Le 25 septembre 1964, le Sénat avait défié Kasa-Vubu en votant une résolution qui exigeait la libération immédiate d’Antoine Gizenga. Le même jour, une manifestation conjointe Mnc/L et Psa est organisée pour la libération de Gizenga. Le pouvoir réagit fermement. Sept députés lumumbistes sont mis aux arrêts le 29 septembre. La mise en congé du Parlement est applaudie par toute la presse. C’est la même réaction au niveau des syndicats importants : Utc (Union des travailleurs congolais), Fgtk (Fédération générale des travailleurs du Kongo), Cslc (Confédération des syndicats libres du Congo) et la redoutable Ugec (Union générale des étudiants congolais), mais qui exigent aussi l’extension de la mesure au gouvernement taxé d’incompétent et de corrompu. A l’opposé, les partis politiques de l’opposition d'obédience lumumbiste, majoritaires au Parlement, vont déterrer la hache de guerre. Ils se réunissent du 29 septembre au 3 octobre. Ils vont créer à Léopoldville (et non à Brazzaville comme le disent certains) le Conseil national de libération (Cnl) le 3 octobre 1964. Le Cnl vise à s’opposer aux mesures prises le 29 septembre et à renverser le gouvernement Adoula. Le Cnl, qui sera à la base de la terrible rébellion muleliste, va conquérir durant l’année 1964 les trois-quarts du pays. Et se divisera en deux blocs : le Mncl/Gbenye, avec Soumialot et Laurent-Désiré Kabila; et le Mncl/Bocheley avec Gizenga, Pauline Lumumba, Pierre Mulele et André Lubaya. (Tshilombo M., id.). Il prendra le chemin de l’exil à l’étranger où il y résidera pendant 27 ans (de 1965 à 1992).

Gizenga, une énigme

Gizenga est aussi une énigme, comme le soulignait Jeune Afrique Intelligent : C’est une équation très compliquée. Il jouera très certainement un rôle national dans les mois à venir. Mais il reste quand même une sorte d’exception qui survit sur la scène politique congolaise. Gizenga n’a jamais signé l’acte d’octroi d’indépendance ni participé aux assises de la Table Ronde de Bruxelles. Il n’a jamais été non plus aux conclaves de Tananarive (Madagascar), de Lovanium et de Coquilathville. Son passage à la Conférence Nationale Souveraine a été moins remarqué. Mais il reste toujours très présent dans l’inconscient collectif des Congolais de son époque.

Le lumumbisme

Mathias Elonge Osako définit le concept comme une idéologie claire d’unité, de progrès, de don de soi et de sacrifice (même suprême) pour le Congo. Pour Lumumba, dira-t-il, l’égalité est une sorte de passion non seulement devant la loi mais aussi par rapport à la redistribution des richesses du pays, sans penser que tous les hommes soient pareils en capacité et en mérites; c’est une question de justice sociale. Pourtant, les mêmes qui se réclament du lumubisme aujourd’hui vouent un culte incroyable aux richesses indues, au vol, à la prédation, à la prévarication. A tel point que le Congo est devenu aujourd’hui un océan de misère avec des îlots des richesses insolentes, à cause justement de ces orfèvres de la pègre congolaise issue de la mouvance lumumbiste. (Mathias Elonge Osako, la somme des "convergences parallèles" ou la République "zéro", in Most Ethno-Net Africa Publications, 2002). Peut-on qualifier Gizenga de garant de ces valeurs édictées par Lumumba? Ni le passé, ni le présent ne nous le confirment. Seul l’avenir nous le dira. Ces églises qui se créent après la mort d’un héros sont souvent des épouvantails, si pas des véritables sociétés écrans pour cacher les vraies motivations religieuses e/out politiques. Le lumumbisme se doit d’être le recueil de la pensée de Lumumba, de ses discours et de sa pédagogie. A plus d’une reprise Lumumba a été trahi par les siens. Et il a été sacrifié sur l’autel par ceux là même qu’il a élevés sur les sommets de l’Etat. Après avoir trahi Lumumba, Mobutu a, à son tour, connu le même sort. Gizenga, comme signalé ci-haut, n’était pas un lumumbiste pure souche. Mais un allié politique (même pas un compagnon) de Lumumba dans les années 1960. A la lecture de ce qui précède, on se rend compte qu’ils n’ont pas passé plus de deux années ensemble. Gizenga n’a travaillé à côté de Lumumba que du 24 juin 1960 au 12 septembre 1960. Mais a fusionné son parti, le PSA, avec le MNC/L pour le besoin de la cause. Le lumumbisme à cette époque était une carte de visite pour certains mouvements, tant au Congo, en Afrique que dans le monde. Un label qui se vendait politiquement très bien.

Conclusion

Lumumba avait déjà évoqué les actes de trahison dans sa lettre à son épouse Pauline lors de son arrestation. Il écrira ce qui suit : « … Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils en ont acheté d'autres, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai-je dire d'autre? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n'est pas ma personne qui compte. C'est le Congo, c'est notre pauvre peuple dont on a transformé l'indépendance en une cage d'où l'on nous regarde du dehors tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir (...) ».

Trahison ou stratégie? Au regard du parcours politique du « Patriarche », il se dégage que la plupart de ses alliances sont éphémères et se soldent souvent par des flottements et des tâtonnements, voir des échecs (trois grands énumérés plus haut). La motivation de sa décision actuelle reste très énigmatique. A-t-il trahi la pensée lumumbiste? Les historiens nous aideront à comprendre ces faits et à répondre à cette question. Si sa démarche est stratégique, cet amour sera-t-il durable? Ce ne sera pas le « je t’aime moi non plus »? Le « Vieux » a parlé de l’alliance entre « le révolutionnaire » (Gizenga) et « le nationaliste » (Kabila). Est-il sûr de l’utilisation de ces deux concepts ou vocables que même les étymologistes et autres politologues ont difficile à définir? Un révolutionnaire n’est pas un nationaliste? Ou vice versa. A-t-il bien mesuré les réactions des ceux et celles qui l’ont voté? Sait-il qu’il n’est point le dépositaire de leurs votes? Déjà quelques désaveux des certains de ses militants de base dans son fief du Kwilu/Kwango doivent le faire réfléchir. Saura-t-il convaincre les enfants terribles des enfers de Masina, Bumbu, Kimbanseke, Ndjili de le suivre dans son choix? Il a du pain sur la planche. D’ici le 29 octobre 2006, le chemin sera long et rude pour cette mission non moins périlleuse. Une question au patriarche : vous qui refusez les dénominations des villes, issues de l’authenticité de Mobutu, allez-vous, si vous êtes aux affaires, rebaptiser Kinshasa en Léopoldville (puisque vous ne parlez que de Léopoldville en désignant Kinshasa), Lubumbashi en Elisabethville, Mbandaka en Coquilathville, Bukavu en Costermansville, Ilebo en Port Francqui, Kwilu Ngongo en Moerbeke, Djokopunda en Charlesville, Mbuji-Mayi en Bakwanga, Ubundu en Ponthierville ou Bandundu en Banningville? Bonne chance Mbuta.

Martin Yalale-wa-Bonkele, Bruxelles (Belgique)
Posté sur le web le 09 octobre 2006

 

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Revised: July 08, 2007