| bagarreur.
Certains de ceux qui l'on approché ont dit de lui qu'il était
aussi ‘‘assez fermé, secret, rigide, têtu et obstiné, et peu
ouvert aux opinions d’autrui’’. Il fait son entrée en
politique à 21 ans, en militant au sein de la Jeunesse de
"Balubakat’’, le parti de Jason Sendwe, qui rassemblait les
Baluba du Katanga (tribu majoritaire de la province du Katanga) pour
contrer les velléités sécessionnistes de la Conakat (Confédération
nationale du Katanga) de Moise Tshombe.
Servi par une belle maîtrise de la langue
française qu’il manie avec une verve oratoire admirée de ses
amis et compagnons de lutte, Kabila est reconnu comme un
intellectuel radical, séduisant, mobilisateur, formant et
persuadant des milliers de jeunes. Sendwe le nomme à la tête de la
jeunesse du parti. Dans le ‘‘Gouvernement démocratique de la
province du Lualaba au Nord-Katanga’’ formé en 1961, Kabila
occupe des fonctions importantes de directeur provincial, puis de
chef de cabinet au ministère de l’Information et de Télécommunications.
A ce titre, il présente de nombreux ‘‘billets politiques’’
à la radio. Féru d’information, il collabore au journal appelé
‘‘Petit Figaro du Nord-Katanga’’, et plus tard créera son
journal ‘‘L’Etincelle’’, organe révolutionnaire dans les
cités communistes. Il est fait député au sein de ce gouvernement
provincial en 1962. Il rallie le Conseil National de Libération
(CNL) créé le 3 octobre 1963 par les ‘‘nationalistes’’
lumumbistes Christophe Gbenye et Gaston Soumialot. Dans le
‘‘gouvernement provisoire du CNL-Est’’ installé à
Albertville (Kalemie) le 27 juillet 1964, Kabila est vice-président
chargé des Relations et du Commerce extérieurs ; et dans le
‘‘Conseil Suprême de la Révolution’’ créé le 6 août
1965 par Soumialot pour tenter d’intégrer toutes les rébellions
(et contrecarrer Gbenye), le très jeune Kabila (il a alors 26 ans)
est vice-président en sa qualité de commandant suprême du front
Est (Kivu et Katanga), tandis que Abdoulaye Yerodia est nommé président
du comité exécutif du Conseil.
Son intense activité révolutionnaire
ainsi que ses fonctions au sein du gouvernement rebelle, comme au
sein de son mouvement, amènent Kabila à effectuer de nombreux
voyages et séjours de formation à l’étranger, essentiellement
dans les pays socialistes africains, asiatiques et européens :
Tanzanie, Angola, Egypte, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Union soviétique,
Chine, etc. A travers la Tanzanie, il bénéficie d’un important
soutien de la Chine. Son combat lui attire la sympathie du révolutionnaire
cubain, Che Guevara, qui démissionne de son poste ministériel pour
venir soutenir son combat contre l'impérialisme. Persuadé que
l’appui extérieur ne peut jamais suffire, Kabila exerce des
activités de commerce d’or pour obtenir les moyens d’organiser
le maquis et de soutenir son combat de libération.
En janvier 1967, Kabila se distancie du
CNL, crée le Parti de la Révolution Populaire (PRP) au retour
d’un séjour de formation en Chine, et conserve très peu de
choses de la vision lumumbiste. Le parti se veut marxiste-léniniste,
privilégiant la lutte armée (par rapport à la lutte politique,
pacifique) pour ‘‘libérer le Congo du régime meurtrier et
despotique installé par les Etats-Unis et dirigé par leur
marionnette Mobutu’’. Sur le plan idéologique, Kabila est moins
proche de Soumialot que de Mulele et de Che Guevara, même si ce
dernier paraît avoir un regard mitigé sur Kabila, un regard tantôt
admiratif (il a bonne impression de sa compréhension de la question
paysanne et de sa capacité de mobilisation, le jugeant, quoique très
jeune, comme étant, parmi les rebelles, ‘‘le seul homme qui ait
les authentiques qualités d’un dirigeant de masses’’), tantôt
négatif (il le perçoit être ‘‘trop dépendant de la boisson
et des femmes’’). Le PRP entend opérer un dépassement
qualitatif aussi bien du ‘‘mulelisme’’ que du
‘‘lumumbisme’’, en apportant de la valeur ajoutée à cette
vision politique, mais, comme elle, le PRP prône le ‘‘monisme
politique, organisationnel et idéologique’’.
Si Kabila n'a pas su bien organiser les
combattants, son point fort a été plutôt les relations
diplomatiques avec l’extérieur, et la formation idéologique révolutionnaire
qu’il assure chaque jour, et de manière formelle chaque jeudi,
aux membres et combattants du Parti de la révolution populaire. Les
conseils et ouvrages de Mao Tse-Tung servent de référence de base.
En même temps que, sur le plan militaire, il met en place les
‘‘Forces Armées Populaires’’, branche armée du PRP, Kabila
estime que la révolution a pour objectif final la libération des
paysans de la misère et de la déconsidération. Il crée ainsi des
‘‘cités agricoles’’ sur la base du principe de
l'auto-suffisance alimentaire valorisé par le socialisme africain
de Nyerere, le principe de ne compter que sur ses propres efforts,
et il intensifie l’éducation à la nécessité de la guérilla
dans les régions rurales, en conformité aux prescriptions maoïstes.
Après l'échec des rébellion d'obédience lumumbistes, Kabila se
retirera dans le maquis de Fizi et ne fera plus parler de lui. Dans
les années 80, on le signale dans des alliances avec Yoweri Kaguta
Museveni, alors rebelle ougandais. En 1984, passant par la Tanzanie,
les Forces Armées Populaires de Kabila assiègent la cité de Moba,
dans le Nord du Katanga, pendant trois jours, avant de se faire déloger
par des parachutistes venus de Kinshasa, commandées par le Major
Mahele. en 1985, les troupes de Kabila rééditeront leur exploit à
Moba, mais pas pour longtemps non plus. Et, l'expédition punitive
des avions de guerre de fabrication française les pourchassera avec
des obus jusque dans leur retranchement en Tanzanie. Le président Mobutu
appellera cela : "Droit de poursuite".
En septembre 1996, lors de l'agression de
la République Démocratique du Congo par le Rwanda, avec la
complicité du Burundi et de l'Ouganda ainsi que de certaines
puissances occidentales, Yoweri Museveni propose Laurent-Désiré
Kabila (qui n'avait plus ni armée, ni parti politique), contre le
major Ngandu Kisase, mal connu ou inconnu des occidentaux. Après
une guerre de sept mois, bénéficiant d'une forte couverture médiatique
anti-Mobutu, Kabila est installé au pouvoir par l'Armée
Patriotique Rwandaise, sous le commandement de James Kabarebe, qui
deviendra d'office, chef d'état-major général des "Forces
Armées Congolaises". Aussitôt qu’il arrive au ‘‘sommet
du pouvoir’’, Kabila se dote rapidement d'une garde rapprochée,
composée en grande partie de jeunes katangais, et avec le concours
de son conseiller occulte, Ludo Martens, le président du parti
communiste belge venu s'installer à Kinshasa, il reconduit ses
programmes marxiste-léniniste-maoïste en interdisant les partis
politiques et en lançant les idées du ‘‘Service
National’’, des ‘‘Forces d’Autodéfense Populaire’’
(FAP), et de la restitution du pouvoir au peuple, en projetant de créer
une vraie société "démocratique" à partir des
‘‘Comités du Pouvoir Populaire’’ (CPP). Toutes ces
structures et initiatives sont mortes, avec la mort même de Kabila.
S'étant brouillé avec ses anciens
parrains, Paul Kagame et Yoweri Museveni, ces derniers lui déclare
la guerre le 2 août 1998, et promettent de le destituer en quelques
jours, comme ils l'avaient fait avec son prédécesseur. Le
"marxiste-léniniste-maoïste" (entendez Kabila) leur rétorque
que la guerre sera longue et populaire. Avec l'appui des armées
angolaise, zimbabwéenne, namibienne et tchadienne Kabila résiste
mais le pays sera morcelé. Laurent-Désiré Kabila est mort
assassiné dans son bureau, le 16 janvier 2001, par Rashidi, l'un
des ses propres gardes de corps, lui aussi abattu quelques instants
plus tard, par le colonel Eddy Kapend, un neveu de Kabila
aujourd'hui aux arrêts pour participation dans le coup d'Etat.
L'histoire retiendra de la personnalité de
Kabila, qu'il a été l'un des rares opposants au régime
dictatorial de Mobutu a être
resté admirablement constant, persévérant et déterminé, dans un
combat de plus de 25 ans. On retiendra aussi qu'après la mort de sa
première épouse, il a eu plusieurs compagnes; certains parlent de
huit au total, d'autres disent qu'il y en a eu plus que ça. Les
plus connues sont: Albertine Kashala Kabwiz, Françoise Kiza,
Pauline Koso, Sifa Mahanya, Kesia, Francine
Mukambuguje (la mère de Joseph Kabila jumeau, avec Jeannette
Kyungu Kabila), Vumilia et Mwange (la mère du major de l'armée
angolaise, José Da Silva Kabila, longtemps détenu à l'ANR,
apparemment sous les ordres de son demi-frère).
Assassinat de Laurent-Désiré Kabila : des zones d’ombres
« La mort de LD Kabila a déjà fait couler beaucoup d’encre
sans que le linceul du mystère qui l’entoure ne soit levé »,
affirme Honoré Ngbanda dans un document intitulé : « Joseph
Kabila? Des origines cachées du Sphinx à son ascension sanglante
au sommet du pouvoir ». L'auteur se dit
troublé devant la concordance, la cohérence et la convergence des
faits qui placent le « fils » de LD Kabila au centre
même de la scène du drame. Il dresse, ci-après, les
principaux éléments du décor qui a été planté avant le
déroulement du drame proprement dit:
ACTE I : Kinshasa, Octobre 2000 : l’arrestation de Mme Sifa
Mahanya
Madame Sifa Mahanaya, présentée comme étant la mère
biologique de Joseph Kabila, est réellement congolaise et elle est
l’une des nombreuses «épouses» déclarées ou connues de LD
Kabila avec qui elle a eu 6 enfants prénommés Joséphine, Cécile,
Masengo, Gloria, Kiki et Maguy. Mme Sifa habitait avec son mari au
Palais des Marbres, la Résidence officielle du chef de l’Etat
lorsqu’à la fin du mois d’octobre de l’an 2000, LD Kabila eut
un malaise sérieux après un repas. Les examens médicaux
pratiqués d’urgence diagnostiquèrent un empoisonnement. Et les
investigations menées par la sécurité présidentielle ont relevé
un faisceau d’indices sérieux de présomption convergeant vers
Mme SIFA, qui fut accusée de tentative de meurtre sur son mari et
fut aussitôt arrêtée sur ordre de LD Kabila et incarcérée au
centre pénitentiaire de Makala au pavillon n°10.
ACTE II : Kinshasa, le 11 janvier 2001 : l’exfiltration de Mme
Sifa du Centre pénitentiaire
A l’insu de son «père», Joseph Kabila fait exfiltrer Mme
Sifa Mahanya de sa cellule, avec la complicité du directeur de la
prison, Monsieur Kelly Dido Kitungua. La prisonnière est aussitôt
transférée clandestinement à Lubumbashi où elle fut placée à l’abri
des regards indiscrets.
ACTE III : Lubumbashi, le 12 janvier 2001: LD Kabila est
déconseillé d’effectuer son voyage au Caméroun
Le lendemain de l’exfiltration de Mme Sifa Mahanya, Joseph
Kabila déconseille son « père » qui s’apprêtait à se rendre
au Cameroun pour prendre part au Sommet de la Francophonie. Joseph
persuade LD Kabila de ne pas se rendre au Cameroun parce qu’il
possédait des renseignements sûrs au sujet d’un complot qui s’y
tramait contre sa personne. LD Kabila qui faisait beaucoup confiance
à son « fils » annula son voyage au Cameroun. De Lubumbashi, où
il se trouvait en partance pour Libreville, le chef de l’Etat
regagna directement Kinshasa.
ACTE IV : Kinshasa, le 15 janvier 2001 : Joseph Kabila ordonne le
désarmement de la garnison de Kinshasa, puis il part
précipitamment à Lubumbashi.
La veille du drame, sur ordre de Joseph Kabila, tous les
militaires des FAC de la garnison de Kinshasa ont été désarmés
sans aucune explication. Bien plus, le colonel Eddy Kapend reçut
les ordres formels de Joseph Kabila de procéder à l’arrestation
du chef de la Direction Extérieure des renseignements (ANR/DE),
Monsieur Ismaël Tutwemoto. Et c’est Monsieur Leta Mangasa,
administrateur général en chef de l’ANR qui procéda à cette
arrestation.
Et après avoir pris toutes ces dispositions « inexplicables »
à première vue, Joseph Kabila s’est envolé brusquement et
discrètement à destination de Lubumbashi d’où, selon toujours
l'auteur, il fit une sortie mystérieuse hors du pays.
ACTE V : Kinshasa, le 16 janvier 2001 : LD Kabila est assassiné
Dans la mi-journée, des coups de feu retentissent dans l’enceinte
du Palais des Marbres, la Résidence présidentielle. LD Kabila,
grièvement atteint à la tête, décède peu de temps après, avant
même d’être chargé dans l’hélicoptère qui l’a transporté
à la Clinique Ngaliema. Les témoignages formels du personnel
médical congolais qui avait réceptionné le corps de LD Kabila à
l’atterrissage de l’hélicoptère confirment sans ambages que le
président congolais était bel et bien mort avant son arrivée à
la clinique. Pourtant, Joseph Kabila qui avait pris le contrôle des
opérations autour de « son père », ordonna le transfert de la
dépouille de LD Kabila à Harare au Zimbabwe! Et multiplia ensuite
des communiqués mensongers adressés au peuple congolais pour lui
faire croire que son président se portait bien.
C’est à la nuit tombante que Joseph Kabila donne l’ordre d’ouvrir
spécialement pour lui l’aéroport de Ndjili fermé dès l’annonce
de l’attentat, pour permettre l’atterrissage de son avion
spécial en provenance de Lubumbashi! Ce comportement de Joseph
Kabila parait pour le moins étrange! « Pourquoi donc cette
mascarade et cette gymnastique macabre autour de la dépouille d’un
président de la République? », s'interroge l'auteur. Comment un
fils qui a veillé scrupuleusement à la sécurité de son «
père »jusqu’encore la veille, et qui a été même à la
base de l’annulation de son voyage au Cameroun parce qu’un
danger imminent y planait sur sa vie, comment après l’annonce de
l’attentat sur son « père », ce « fils »-là peut-il rester
cloîtré à Lubumbashi, à 2 heures de vol seulement de Kinshasa,
pour ne rejoindre la capitale qu’à la fin de la journée,
plusieurs heures après la mort de son « père »? Où avait-il
passé sa journée? Qu’a-t-il fait pendant tout ce temps? D’où
venait-il réellement? Lubumbashi n’était-il pas un
divertissement? Voilà autant de questions sur lesquelles l’enquête
sur les causes profondes de la mort de LD Kabila aurait dû se
pencher, selon l'ancien conseiller spécial en matière de
sécurité du Maréchal Mobotu.
ACTE VI : Lubumbashi : aux cours des funérailles, Sifa Mahanya
est présenté au public comme la « veuve éplorée », et ensuite
comme la « mère biologique » de Joseph Kabila!
Mais voilà qu’au cours des funérailles de LD Kabila
commencées à Harare pour finir le 23 janvier 2001 par son
inhumation à Kinshasa, Mme Sifa Mahanya, la prisonnière exfiltrée
5 jours avant l’assassinat du M’Zee et cachée à Lubumbashi,
est sortie de sa cachette et propulsée à l’avant scène
nationale. Elle est brusquement présentée à la presse nationale
et internationale comme « la veuve éplorée » du défunt
président et … la « mère » biologique de LD Kabila qui venait
de prendre le fauteuil de son « père » dans des conditions
douteurse. Et, la boucle est bouclée! Pourtant, de son vivant, tout
au long de la guerre et durant son mandat à la tête du pays, LD
Kabila n’a jamais présenté officiellement au peuple congolais la
« première dame », autrement dit son épouse officielle parmi la
dizaine de ses épouses!
Or, celle qu’on a présentée comme « la veuve éplorée »
venait d’être exfiltrée de la prison où elle était
incarcérée pour tentative d’assassinat de son mari par
empoisonnement. Et l’auteur de cette exfiltration est celui-là
même qui a pris le fauteuil de la victime, et en faveur duquel Mme
Sifa donna, pour la première fois au monde, le témoignage d’en
être « la mère biologique ». « Faut-il un dessin? », ironise
l'auteur pour qui la mise en scène finale de cette tragédie
comporte des failles grossières.
(SOURCES DIVERSES
)
Lire aussi : Déclaration
d'Etienne Kabila Taratibu au Dialogue Inter-Congolais | Deuxième
lettre ouverte de Etienne Kabila au peuple congolais | |