Livre : L'Afrique qui nous regarde nous parle...
de Shalukoma Ntahuligana
La publication du volume Du droit africain bantu aux Editions
Unies, Télé-esprit, à Rome, ouvre finalement un discours
organique et scientifique sur une discipline aussi complexe
qu’indispensable à l’étude des systèmes de droit
contemporains. Cette discipline n’a pas été négligée jusqu’à
présent à la chaire académique, mais –au moins d’après ce
que nous sommes supposés connaître– on n’avait jamais tenté
d’en donner une texture articulée et convainquante dans ses
divers aspects et ses différentes parties. Cette étude met pour
cela un certain ordre dans un domaine où existaient pas moins de
confusions dans le passé, et dans lequel il y avaient encore
beaucoup d’équivoques à éclaircir et de questions tant de méthodologie
que de contenu auxquelles il fallait répondre. Ce qui se trouve ici
à analyser sont des articulations complexes des principes qui font
seuil à l’étude Du droit africain bantu lorsqu’elles doivent,
pour les besoins d’une certaine clarté, procéder à étaler des
avis de droit. Ce faisant, et c’est là que se dégage
l’armement théorique qui rend cette étude aussi classique que
les proverbes et maximes africains, nous ne pouvons éviter de
considérer le “phénomène socioculturel total”, et donc la réalité
dans laquelle interagissent des événements de tous ordres: les
traditions, spécialement, n’y sauraient être abstraites des
institutions du droit; les procès de stratification sociale, des
relations du pouvoir; des formulaires, des codifications; des
enseignements, voire des morales, de la doctrine.
Présenter, alors, face à ces données l’ensemble de législations
nationales africaines ne relèverait qu’un travail de recueil
simpliste, appelé chaque fois à se confronter aux théories fondées
pour son appréhension. Si nous avons donc disposé autrement en
parlant Du droit africain bantu, cela signifie que la confrontation
des idées, l’abondance des sources, la richesse des tentatives théoriques
surgies à ce propos constituent un amoncellement de connaissances
dont beaucoup de gens peuvent bénéficier, ou, encore, tout travail
supplémentaire peut prendre avantage. Si nous avons également évité
le double dilemme –droit coutumier africain et droit néo-africain
d’une part, droit africain colonial et droit autochtone africain
d’autre part– en ne parlant que Du droit africain bantu, c’est
pour poser au départ que les Africains sont confrontés à un système
juridique éclectique non seulement originale, au vu de la base
culturelle qui lui a signé le départ, mais qui a mis à fruit
cette originalité parce que s’y sont développées des dynamiques
d’innovations produisant, dans une expression particulière, des
phénomènes comparables à ce qui s’est passé dans d’autres
systèmes de droit, occidental ou non. L’auteur, Shalukoma
Ntahuligana Mwene-Larha, juriste comparatiste, mène une double
activité de recherches militantes et de promotion d’un cadre d’études
africaines, près l’Organisation Interdisciplinaire Africaine
(OIA) à Rome. A publié entre autres, L’état juridique et
l’activité de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs
(CEPGL) dans l’ordre socialement africain, P.U.L., Rome, 1992.
Note de l’auteur