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La mort du Secrétaire général de l’Onu au rendez-vous avec Tshombe

Il s’appelait Dag Hammarksjöld. Il était le Secrétaire général de l’Onu. On l’appelait «Monsieur H». Son nom est donné au pont qui surplombe la rivière Makelele après la concession Utexafrica sur le boulevard du 30 juin. Il avait perdu la vie dans un accident d’avion, en pleine résolution de la crise congolaise. Impliqué dans la résorption de la sécession katangaise, il avait pris rendez-vous avec Moïse Tshombe ce 18 septembre 1961 à Ndola en Rhodésie du Nord, l’actuelle Zambie. Son avion s’écrasa en plein vol. Le monde entier fut fortement ému : la crise congolaise venait de «bouffer» le patron de l’Onu. Alors, les grands du monde décidèrent d’écraser la sécession katangaise dans le sang. Tshombe ne tardera pas à jeter l’éponge.

Appel à l’Onu

Le 11 juillet 1960 connaît deux événements majeurs depuis les festivités de l’indépendance le 30 juin 1960. A l’ouest du pays, la force navale belge bombarde intensément la ville de Matadi, alors que tous les blancs avaient déjà été évacués pour les mettre à l’abri de la mutinerie de la Force publique. Au sud du Congo, le Katanga proclame sa sécession. Kasa-Vubu et Lumumba sont en train de faire une tournée de toutes les garnisons du Congo, pour calmer les militaires mutinés.
Le 12 juillet 1960, ils sont à Luluabourg (Kananga), où l’adjudant Kokolo qu’ils avaient envoyé à Elisabeth (Lubumbashi) avec une délégation gouvernementale est refoulé par les militaires belges. Il est porteur d’un message de Tshombe à Kasa-Vubu et Lumumba : s’ils débarquent à Elisabethville, ils seront faits prisonniers. Le chef de l’Etat et son Premier ministre décident immédiatement de relever ce défi inacceptable. L’avion présidentiel met le cap sur Elisabethville qu’ils atteignent à 21 30’. Le ministre de l’Intérieur du Katanga, Godéfroid Munongo refuse carrément de laisser atterrir l’avion présidentiel qui rebrousse chemin. Dès le retour à Luluabourg, Lumumba envoie un télégramme au secrétaire général de l’Onu. Il demande une aide militaire pour contrer l’agression des forces belges. Ce télégramme est signé conjointement par Kasa-Vubu et Lumumba. Le 13 juillet, le Conseil de sécurité de l’Onu adopte sa première résolution sur le Congo, l’Onu fait appel au gouvernement belge pour retirer ses troupes du Congo, autorise le secrétaire de prendre, en consultation avec le gouvernement du Congo, les «mesures nécessaires en vue de fournir à ce gouvernement l’assistance militaire dont il a besoin».

Accélération des événements

La mort violente de Lumumba le 17 janvier 1961 crée un électrochoc partout au monde. Il se dégage alors une belle unanimité des grandes capitales occidentales pour appuyer l’Onu, et le gouvernement congolais, pour réunifier et stabiliser le Congo. L’Onu pèsera de tout son poids pour le rétablissement de la légalité rompue en septembre 1960 par la révocation illégale de Lumumba et l’ajournement du Parlement.
Le Parlement est convoqué en une session tenue sous très haute sécurité des Casques bleus sur le campus universitaire Lovanium (actuelle Unikin). Ce fut le «Conclave de Lovanium» d’où sortira le gouvernement de Cyrille Adoula. Alors que les parlementaires de tout le Congo s’étaient rendus au conclave de Lovanium, Tshombe et ses parlementaires optèrent pour la politique de la chaise vide. Ce fut là, la goutte ayant fait déborder le vase. Concrètement, ce fut le grand prétexte ayant conduit à l’ouverture du feu onusien sur le Katanga. Dès le 26 août 1961, le représentant du Secrétaire général de l’Onu au Congo, O’Brien exige à Tshombe de se rendre à Léopoldville pour y faire amende honorable. L’Onu lance un ultimatum, auquel Tshombe refuse d’accéder.
L’Onu décide de passer à l’action par l’opération Rumpunch, commandée par le général indien Raja. Les casques bleus indiens, les Gurkhas, très réputés par leur brutalité attaquent à l’aube de 28 août 1961. Ils neutralisent rapidement la radio et la poste. Ils capturent le personnel européen de l’aviation katangaise. Ils patrouillent dans la ville, et arrêtent quiconque a une allure militaire. Quelques mercenaires et conseillers militaires parviennent à s’échapper. Tous les dirigeants de la sécession s’enfuient, sauf Jean-Baptiste Kibwe qui est arrêté. Tshombe lui-même s’enfuit par les jardins de sa résidence, vers le consulat de la Grande Bretagne.
Tous ces fuyards, katangais et étrangers, réorganisent la résistance populaire. C’est la politique de la «terre brûlée». La chasse katangaise, faite d’un seul petit avion d’entraînement, un Fouga Magister, crée une forte panique parmi les casques bleus. Ce bout d’avion lâche, ça et là, quelques bombes artisanales bricolées. En exemple, des casques bleus suédois, avec leurs blindés, réagiront en désordre en tirant «sur tout ce qui bouge », suite à leur encerclement par les gendarmes katangais. Ce carnage émeut le monde entier, qui exige des explications à M. H. L’Onu est affaiblie sur le terrain, et dans les capitales occidentales où la presse lui tire à boulets rouges. L’Onu échoue dans sa première tentative d’écraser la sécession. C’est une partie remise.

L’accident d’avion

Monsieur H. est à Léopoldville le 14 septembre 1961. Il apprend toutes les mauvaises nouvelles du front katangais. Il est altéré et confus au regard de violentes réactions d’hostilité suite aux bavures des casques bleus. Moïse Tshombe qui exulte face à cet échec de l’Onu au Katanga rebondit. Il demande à rencontrer O’Brien pour discuter d’un cessez-le-feu, en terrain neutre. Tshombe suggère la Rodhésie du nord. O’Brien accepte l’entrevue, et en informe le patron de l’Onu, qui est encore sur place. Ce dernier, très irrité de tant d’incompétences chez ses subordonnés prend les choses en main, et se propose de rencontrer lui-même le président du Katanga à N’dola. O’Brien demande de faire partie de ce voyage. Le patron de l’Onu le lui refuse sèchement. Très heurté et mortifié par cette méfiance de son chef, l’Irlandais O’Brien démissionnera de l’Onu, et du ministère des Affaires étrangères de son pays. Paradoxalement, ce refus de Monsieur H. sauvera la vie à O’Brien.
Lorsque Tshombe apprend que le Secrétaire général de l’Onu lui-même est prêt à le rencontrer, il est aux anges. C’est pour lui une victoire. Le 17 septembre 1961, avant d’aller à ce rendez-vous de Ndola, Monsieur H. visite l’Université Lovanium. Il y rencontre dans la salle de promotions les étudiants, les professeurs et le recteur Mgr Luc Gillon. Il a une discussion très détendue sur l’enseignement universitaire au Congo, sur les opérations militaires engagées au Katanga, et sur les missions de l’Onu au Congo. Il quitte Lovanium en début de soirée. 

Son Dc 6 décolle à 17 h’ de l’aéroport de N’Djili avec à bord 16 personnes. Vers minuit, heure de l’Est du Congo, cet avion s’écrase contre une colline de Ndola. Monsieur H. est tué sur le coup. Il n’y aura qu’un seul survivant. A travers le monde, l’émotion est très forte. On s’imagine que, sur le campus de Lovanium, ce furent des pleurs et un deuil très profond. Tous revoyaient leur hôte de la journée, pourtant bien portant, et avec qui ils avaient passé toute la matinée de la veille. Ce fut le colonel américain, commandant des transport aériens de l’Onu et qui logeait sur le campus au Guest-house jouxtant la résidence de recteur au Plateau des résidents, qui annonça la nouvelle tôt le matin du 18 septembre à Mgr Gillon. Le Premier ministre Adoula déclarera que Monsieur H. a été assassiné par «les puissances de l’argent». 
Autour de cet accident d’avion, il y aura plusieurs hypothèses. Certaines avaient parlé d’un coup de l’aviation katangaise par le petit Fouga Magisters. Malheureusement, cet appareil n’était pas équipé pour voler de nuit. Ensuite, son rayon d’action était fort limité. Plus officiellement, l’enquête de l’Onu conclura à une défaillance technique, ou à une erreur humaine. Dans cette quête d’expliquer cet accident, l’hypothèse la plus vraisemblable est celle produite par un pilote belge d’Air Congo, le commandant Osy, dans une interview à la Libre Belgique du 5 février 1982. Selon cette thèse, le pilote de l’avion transportant Monsieur H. aurait confondu la carte aérienne de Ndolo, l’ancien aéroport de Léopoldville (altitude 300m), avec celle de Ndola, lieu de rendez-vous (altitude de plus de 1.000m). Dans cette interview, le commandant Osy démontrera comment il avait entrepris, en plein jour, d’atterrir aux instruments à Ndola, en commettant délibérément la même confusion des cartes : «à ce moment, il s’est trouvé exactement au-dessus de la carcasse du Dc 6 suédois». 

Ce rendez-vous va sceller, en quelque sorte, le sort de la sécession de Moïse Tshombe. Toutes les consciences des puissances planétaires se braquent sur la fin de l’aventure katangaise. Le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Léopoldville, Edmund Gulion affirmera que : «la sécession katangaise ne pourra pas être liquidée sans effusion de sang». Le président Kennedy instruit son ambassadeur de travailler à la fin de la sécession. Une rencontre est organisée le 20 décembre 1961 à Kitona entre, d’un côté, Moïse Tsombe, et de l’autre, Adoula et Bomboko pour signer un cessez-le-feu. L’ambassadeur américain intime à Tshombe à cette occasion : «Ou vous signez, ou c’est la mort du Katanga». Tshombe prend peur. Il craint d’être arrêté, comme à Coquilathville (Mbandaka) en avril 1961. Alors, il signe ces accords, qu’il n’appliquera jamais, et que le parlement katangais rejettera immédiatement après.
Tshombe est ainsi spécialiste de dribles et de feintes politiques. Il tergiversera encore durant toute l’année 1962. Finalement, l’Onu utilisera les moyens forts. Le 21 janvier 1963, Kolwezi qui constituait le dernier verrou de la sécession tombe sous une très forte poussée des Gourkhas. Tshombe capitule, et proclame la fin de la sécession.
Tshilombo Munyengayi, Assistant, Fac. Droit, Unikin

(SOURCES: LE POTENTIEL)

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Revised: January 31, 2007