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Un compatriote rwandophone critique l'entourage de
Joseph kabila et parle des origines rwandaises de sa mère
21 décembre 2004 - Dans une lettre ouverte adressée au président
de la République, un compatriote se réclamant "rwandophone"
s'en prend vertement aux faucons de l'entourage présidentiel et révèle
que la mère biologique du président n'est pas la Congolaise Sifa
Mahanya comme il le prétend, mais bien la rwandaise Mukambuguje.
Ci-dessous, le texte intégral de la lettre.
LETTRE OUVERTE D’UN CONGOLAIS RWANDOPHONE DU
NORD KIVU A SON EXCELLENCE MONSIEUR JOSEPH KABILA, PRESIDENT DE LA
REPUBLIQUE
Concerne : L’exclusion comme menace mortelle qui pèse sur la cohésion
nationale.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Voici maintenant dix ans, au Rwanda voisin situé à la frontière
orientale de notre pays et très exactement de notre Province, une
barbarie innommable est survenue, un génocide a été perpétré. En
l’espace de 3 mois et 10 jours, plus d’un million d’êtres humains,
essentiellement des Tutsi, ont été exterminés avec des moyens
d’Etat, disponibilisés par des personnes détentrices de l’autorité
de l’Etat et grâce à l’incitation au crime amplifiée par des médias
mis en place par des individus ou groupes d’individus qui avaient fait
main basse sur l’Etat. Mises en déroute dès le 17 juillet 1994, les
Forces génocidaires ont vite fait de traverser la frontière
rwando-congolaise avec armes et bagages. Elles poussaient devant elles
d’autres millions de rwandais au nom desquels le crime avait été
commis et à qui personne n’avait songé un seul instant demander leur
avis. Brusquement, sans savoir ce qui leur arrivait, ces pauvres gens se
retrouvaient otages impuissants d’une mécanique infernale déclenchée
par des pyromanes entraînés à la sale besogne depuis des lustres.
Cette foule immense vint s’installer près de Goma, le chef-lieu de
notre Province. Pour les abriter, des tentes innombrables furent dressées
à Mugunga, à Kibumba et à Katale, c’est-à-dire à un jet de pierre
ou plus exactement à un tir de canon de Gisenyi, la Ville rwandaise
jumelle de Goma, alors que la règle internationale prévoit que de tels
camps ne peuvent être érigés à moins de 150 km de la frontière avec
le pays d’où proviennent leurs occupants.Ce ne fut pas un hasard, si
les ex-FAR et les Interahamwe choisirent de venir massivement au Congo/
ex- Zaïre de préférence à tout autre pays voisin. C’est que des
signaux forts leur avaient été adressés par nos autorités de l’époque
et, en premier lieu, par le Président de la République. Des signaux dépourvus
de toute ambiguïté et suffisamment éloquents pour leur faire
comprendre que, non seulement ils seraient les bienvenus chez nous, mais
qu’en raison de la forte amitié tissée depuis des années entre MOBUTU
et HABYARIMANA, ils ne tarderaient pas à retrouver les chemins de leur
terre natale, le Rwanda. Ce serait fait grâce au soutien politique et
diplomatique sans réserve du Président zaïrois et, si besoin enétait,
avec le concours actif et déterminé des Forces Armées Zaïroises
comme au tout début de l’offensive de l’APR en terre rwandaise,
avec le corps expéditionnaire de feu le Général MAHELE. La suite est
connue de tous et, d’abord, des acteurs de la chute du régime MOBUTU
dont, à l’heure actuelle, vous êtes, Excellence Monsieur le Président
de la République, le représentant le plus connu et le plus éminent de
notre pays, ex-Zaïre rebaptisé République Démocratique du Congo.
Excellence Monsieur le Président de la République,
A première vue, l’évocation à votre intention, ici et maintenant,
d’événements qui ont eu pour théâtre originel un pays qui n’est
ni le vôtre ni le nôtre pourrait paraître relever, aux yeux de
certains, de la distraction pure et simple. Sauf qu’en l’occurrence,
il s’agit d’un génocide avéré et reconnu en tant que tel par la
communauté internationale, c’est-à-dire du plus grand crime qui
puisse se commettre contre l’humanité et que vous êtes un Chef
d’Etat, c’est-à-dire comptable, comme tous vos pairs de la planète,
du sort du monde. Sauf qu’il s’agit du Rwanda, un pays plus frère
qu’ami, avec lequel la République Démocratique du Congo partagea une
histoire coloniale commune, un pays dont la langue et la culture se
trouvent être l’héritage ancestral et principal d’une composante
essentielleet vivante de la nation congolaise. Sauf que ces événements
qui relèvent de l’horreur absolue, exercent encore sur la vie
politique, économique, sociale et écologique de notre propre peuple
une résonance toujours actuelle et toujours assourdissante. En effet,
les forces génocidaires qui sont à l’origine de ce drame monstrueux
n’ont pas désarmé et rêvent toujours de finir le « travail »
laissé en friche en 1994. Mais elles poursuivent leur œuvre de mort
sur notre territoire. Des émissaires qui, au péril de leur vie,
parviennent à établir un contact avec elles rapportent qu’elles se
targuent d’être à votre service, Excellence Monsieur le Président
de la République, et qu’elles sont régulièrement et abondamment
ravitaillées aussi bien en armes qu’en munitions et en argent par
votre Maison Militaire qui double l’Etat-Major Général des FARDC. Si
tel était le cas, cela constituerait bien évidemment une divergence
majeure, pour ne pas dire plus, entre vous-même et notre communauté
dont le message aux forces génocidaires est sans ambiguïté : Il ya
urgence et nécessité, pour elles, de renoncer à la lutte armée sur
notre sol, car celle-ci fait des victimes principalement dans les rangs
des congolais, alors qu’ils ne sont nullement concernés par la
politique intérieure rwandaise. Il y a urgence et nécessité pour
elles, de rentrer pacifiquement au Rwanda pour participer à la
reconstruction de leur pays et à laisser les congolais régler entre
eux, tout aussi pacifiquement et sans ingérence étrangère, les différends
qui pourraient les opposer. Apparemment, elles rechignent à écouter ce
message de paix, parce que des faucons de votre entourage les en
dissuadent, pensant tenir, avec elles, une carte décisive dans le jeu
compliqué de la politique interlacustre.
Dans ces conditions, permettez-moi de vous dire que le rapprochement
avec des événements dramatiques qui se sont déroulés si près de
chez nous, il y a dix ans, n’est pas du tout excessif. Il y a même
lieu de craindre que soit déjà déclenchée, à l’initiative de ceux
qui nous gouvernent, une entreprise de persécution contre notre
communauté. Les signes avant-coureurs pourraient en être les 107
personnes assassinées récemment par la soldatesque de MBUZA MABE à
BUSHAKU (Kalehe), sans oublier les civils et militaires BANYAMULENGE
assassinés sur ordre du même officier général lors des événements
de Bukavu. Manifestement, ces crimes qui portent la signature habituelle
des forces génocidaires ex-FAR et Interahamwe attestent de leur présence
massive au sein du corps expéditionnaire que vous avez dépêché au
Kivu. Or, il faut bien savoir que si cette persécution se confirme,
elle se traduira fatalement par un réflexe d’autodéfense dont on
peut penser que le pays ne sortira pas indemne. Il y a une explication
au refus de reddition des forces génocidaires : à vos côtés, siègent
des personnages plus qu’inquiétants. Certains – comme le Vice-Président
de la République en charge de la Reconstruction, Monsieur YERODIA
ABDOULAYE NDOMBASI -se sont rendus coupables d’actes d’incitation au
génocide. Ils ne doivent d’être à l’abri des poursuites pénales
par des instances judiciaires internationales qu’à l’immunité que
leur confèrent lesfonctions qu’ils occupent dans les plus hautes sphères
de l’Etat. Dans un récent mémo adressé «A qui de droit», les représentants
de la communauté rwandophone du Nord-Kivu avaient déploré, avec
beaucoup d’amertume, votre propension à sélectionner avec un soin
particulier vos collaborateurs immédiats parmi nos concitoyens les plus
connus pour leurs propos haineux et exclusivistes à l’endroit de la
communauté congolaise rwandophone.
Ceux qui avaient été cités avaient, pour deux d’entre eux, la
particularité d’être, comme vous, originaires du Katanga et pour
deux autres de provenir de la même Province – le Maniema – que
Maman SIFA MAHANYA, votre mère putative. Ils auraient dû ajouter que
la virulence raciste et xénophobe observée chez certains autres, aussi
bien dans votre entourage que dans d’autres institutions publiques,
procède en fait d’un complexe œdipien provoqué par un conflit
identitaire auquel ils sont personnellement confrontés de par leur métissage.
Nés d’une mère ou d’un père rwandais ou carrément issus de
familles rwandaises phagocytées par des ethnies voisines, ils affichent
une hostilité anti-rwandaise aussi vile que puérile, en se drapant
dans un manteau hérissé du nationalisme congolais le plus exacerbé,
mais aussi le plus éculé pour, d’une certaine manière, « tuer »
le père rwandais ou la mère rwandaise qui leur donna la vie. C’est
le cas de KUDURA KASONGO, votre porte-parole, de KISSONGA MAZAKALA, ex-Ambassadeur
à Bruxelles et votre supporter inconditionnel, de Damase KABULO, votre
ex-Chef d’Etat-Major Particulier , de Jean MBUYU, votre Ministre de
l’Industrie et des PME. Quant à Vital KAMERE, Prosper NABIOLA,
Gervais NKUNZUMWAMI CIRHA, Jean –Baptiste BIRHUMANA et Cie nous les
connaissons suffisamment et depuis si longtemps pour savoir qu’il
s’agit de véritables rwandais de la Province de CYANGUGU dont les
familles se sont fondues dans l’ethnie Shi, voici seulement une ou
deux générations.
Ces «parricides» vivent le camouflage agressif de leur vraie identité
comme une libération. Pourtant, du point de vue strictement logique,
plus que les autres congolais, ces «métis noirs » devraient être les
premiers à faire preuve de tolérance et d’acceptation d’autrui, étant
eux-mêmes le produit d’une rencontre amoureuse entre identités différentes.
Or, il semble que tout ce beau monde s’évertue constamment à faire
valoir auprès de vous le fait que «celui qui est venu à bout de tout
un bœuf ne saurait craindre de pouvoir en avaler aussi la queue». En
feignant d’oublier que celle-ci peut bien lui rester en travers de la
gorge. Ou que, comme le disaient les Romains, «cave, in cauda venenum»(attention,
le poison est dans la queue). En réalité, je crois avoir perçu les
ressorts cachés de ce penchant qui, chez vous traduit, un complexe
similaire à celui des personnes précitées. Comme elles, vous refusez
que les congolais connaissent la vérité sur vos propres origines et,
comme elles, vous souhaitez secrètement trancher le cordon ombilical
qui vous relie à Mama MUKAMBUGUJE, la mère Tutsi qui vous mit au monde
en même temps que Jeannette, votre sœur jumelle, et plus tard SELEMANI,
votre petit frère. Aujourd’hui, ce dernier poursuit ou achève ses études
au collège Royal de Dar-es- Salam, en Tanzanie. Petit retour sur le
passé : l’an de grâces 1997, le 17ème jour du mois de mai. Commandées
par James KABAREBE, aujourd’hui Général d’Armée et Chef d’Etat-Major
Général des Forces Rwandaises de Défense (RDF), les troupes de
l’AFDL entrent victorieusement dans Kinshasa d’où MOBUTU
s’était enfui deux jours plus tôt et où, sous peu, elles vont
installer Laurent
-Désiré KABILA, votre prédécesseur et auteur de vos jours. Car,
vous êtes réellement un fils KABILA, contrairement aux élucubrations
jalouses de votre demi-frère Etienne. Mzee Laurent
-Désiré Kabila arrive à Kinshasa le 22 mai 1997 en provenance de
Lubumbashi. Le Président auto-proclamé de la nouvelle République Démocratique
du Congo/ ex-Zaïre s’installe au quartier de la Raquette, à la Gombe,
dans la Résidence officielle des Premiers Ministres, que vous
connaissez bien, puisque vous en êtes, aujourd’hui, l’occupant.
Mama MUKAMBUGUJE l’y rejoint incognito, 1 mois et demi plus tard, le
soir du 30 juin 1997. Dès le mois de mai 1997, SELEMANI, votre petit frère
démobilisé de l’AFDL rentre en Tanzanie pour raison d’études. Il
reviendra en novembre rendre une courte visite d’une semaine à votre
mère. Janvier 1998, la réhabilitation du Palais de Marbre est achevée
et Mzee Laurent -Désiré Kabila décide d’y emménager, mais sans
votre maman. Car s’y opposent farouchement Gaétan KAKUDJI et MWENZE
KONGOLO, les deux faucons du régime dont les sentiments antirwandais
s’aiguisent de plus en plus. L’épouse du Chef de l’Etat doit se
contenter de la villa n° 42 de la Cité de l’OUA dédiée à la
Tanzanie. Elle y vit sous la protection rapprochée d’une section de
la Garde Présidentielle. Au Palais de Marbre, Julienne, votre demi-sœur
tient le rôle d’intendante domestique du Président, pendant que
Chantal UMARI-NYOTA, une jeune femme Tutsi originaire du Nord-Kivu, est
Intendante officielle de la Présidence de la République. Julienne est
la sœur aînée d’Etienne et d’Elise KABILA. Toutes trois sont nés
d’une épouse mulubakat décédée depuis bien longtemps. Quant à
vous, vous êtes alors l’un des responsables de la Sécurité
Militaire (G2) sous les ordres de MASASU NINDAGA, l’un des 4
fondateurs de l’AFDL, assassiné à PWETO sur ordre de Laurent
Désiré KABILA. Mai 1998, vous voici parti en Chine pour une
formation militaire en compagnie de Jean –Claude KIFWA, alias TANGO
TANGO, qui quitte la vie civile et le protocole domestique du chef de
l’Etat, pour revêtir l’uniforme. Vous n’y resterez que trois mois,
car vous serez rappelé dès le 03 août, lorsque le RCD déclenche les
hostilités dans les deux Kivu. Votre destin bascule, lorsqu’arrivent
au secours de votre père les troupes Zimbabwéennes. Le Général qui
les commande s’aperçoit que le Général KIFWA, le père de
Jean-Claude et remplaçant de James KABAREBE à l’Etat-Major de
l’AFDL, ne sait pas lire une carte d’Etat-Major. Aussitôt, il réclame
son limogeage et vous êtes propulsé à sa place à titre intérimaire.
En même temps que le RCD ouvre les hostilités, son allié rwandais
James KABAREBE revient au Congo et conduit sur KITONA une opération aéroportée
exceptionnellement audacieuse. Le Colonel KAJUBA, votre grand copain qui
commande les opérations dans le Bas-Congo et que vous aviez imposé
contre l’avis de votre père va payer le prix fort pour n’avoir pas
su contenir les assaillants venus du Kivu. Le 15 août 1998, alors que
la garde rapprochée du Président transperce le corps de cet officier
d’un coup de baïonnette, Mzee KABILA
en personne l’achève d’un coup de pistolet. Il part, ensuite,
s’installer à Lubumbashi, en attendant la chute probable de Kinshasa.
Au cours d’un meeting dans la capitale du cuivre, le Président de la
République lance son premier appel à l’extermination des Tutsi.
Horrifié à bon droit, mais pas pour longtemps, vous décidez
d’exfiltrer votre mère qui prend la route de l’exil par un régulier
de Suissair. Quelques jours plus tard, survient un autre départ en exil,
celui de Maman FURAHA Odilia, alias Mama Céline, épouse Tutsi de SHE
OKITUNDU, Ministre des Droits Humains, dont elle aurait 8 enfants, Céline
étant la 7ème. Aujourd’hui, Mama MUKAMBUGUJE, alias Mama Jeannette,
vit tranquillement retirée à UNION ELISABETH après un passage à
TRENTON, dans l’Etat du KENTUCKY,USA. Nous espérons que Mama SIFA
MAHANYA ne l’a pas tout à fait remplacée dans votre cœur. Mama SIFA
: elle apparaît pour la 1ère fois à Kinshasa entre avril et mai 2000.
Elle réclame, sans retenue, une pension alimentaire pour elle-même et
pour son fils qu’elle prétend avoir eu de Mzee Laurent-Désiré
KABILA. Celui-ci l’expédie illico et sans ménagement croupir à
la prison de MAKALA, via l’ANR. Elle y occupera une cellule du
Pavillon n°9, en compagnie de Mama Catherine NZUZI WA MBOMBO, la Présidente
du MPR alors embastillée pour activisme politique non autorisé. Mama
SIFA MAHANYA y restera jusqu’au soir du 17 janvier 2002. Avec la
complicité du Directeur de l’établissement, KITUNGWA Killy alias
DIDO, elle sera extraite de Makala par le duo Mwenze KONGOLO-Gaétan
KAKUDJI pour être présentée le lendemain au deuil de Laurent–Désiré
KABILA comme la veuve du Président assassiné. Et voici comment elle
devint votre mère, alors que vous en avez une véritable que son
appartenance ethnique condamne au silence, à la clandestinité et à
l’exil. Vous arrive-t-il, Excellence Monsieur le Président,
d’imaginer son chagrin, le chagrin d’une femme que la raison
d’Etat maintient dans l’anonymat, alors qu’elle est mère de Chef
d’Etat ? Ma communauté a adhéré sans réserve à l’Accord Global
et Inclusif issu du Dialogue Intercongolais. Mais, c’était avec
l’espoir que chacun des signataires, le peuple congolais dans son
ensemble et bien entendu le Président de la République honoreraient
sans faille des engagements majeurs pris avec la caution de la communauté
internationale. Or, aujourd’hui, ces engagements sont malmenés et
triturés au point que certains ne sont pas loin de les tenir pour du
chiffon de papier. C’est pourquoi, la balle est dans votre camp,
Monsieur le Président. En somme, nous vous prions de prendre toutes les
dispositions appropriées, au sein de l’espace présidentiel et au
Gouvernement de Transition pour faire respecter ces engagements et, en
particulier, rassurer la nation congolaise quant à la poursuite irréversible
du processus de paix, mais aussi notre communauté quant à sa place et
à son avenir au sein de la nation congolaise réconciliée et pacifiée.
Car, à notre avis, il ne servirait à rien de se voiler la face devant
une évidente réalité : en effet, qu’on le veuille ou non, la fin de
l’exclusion envers les congolais rwandophones se trouve au cœur même
des problèmes de notre peuple. Tant qu’elle ne sera pas radicalement
extirpée selon un schéma conforme au droit des gens, cette épine au
pied de la nation congolaise restera un handicap majeur pour le pays, ce
qui voudra dire que la RDC est vouée à faire du sur place indéfiniment,
alors que nous ne le souhaitons nullement. Pour n’avoir pas su régler
cette question au mieux des intérêts nationaux et avoir laissé les
politiciens congolais la traiter à leur guise, c’est-à-dire avec légèreté
et irresponsabilité, vos prédécesseurs n’échapperont pas au
jugement du tribunal de l’Histoire : Joseph
KASA-VUBU a candidement longtemps cru qu’en évitant de
s’impliquer dans la résolution des conflits politiques et
interethniques du Kivu, il faisait œuvre utile en s’abstenant,
disait-il, de se mêler « des affaires intérieures d’un autre Etat
». Ainsi, en 1965, au retour d’une mission à Bujumbura, le Premier
Ministre Moise TSHOMBE, qui faisait partie de sa délégation, n’avait
pas réussi à le convaincre d’atterrir à Bukavu pour y régler des
problèmes urgents requis par la situation. Parce que, pour le Chef de
l’Etat originaire du Mayombe, Bukavu et Goma étaient censées être
des villes « étrangères ». Au point que, durant tout son mandat de 5
ans à la tête du pays, il a soigneusement évité de poser ses pieds
au Kivu. Résultat, nous avons eu droit à la contestation des «
provincettes », puis aux premiers conflits interethniques post-coloniaux
qui ont culminé dans le «mulelisme » et la guerre dite de «
Kanyarwanda », en 1964. Joseph-Désiré
MOBUTU, alias MOBUTU SESE SEKO KUKU NGBENDU WA ZA BANGA a fait
exactement l’inverse. Il s’est bâti une résidence de rêve à Goma
et une tente bédouine à la Rwindi, en plein Parc National des Virunga.
Pendant plus de 30 ans, il a tissé dans les deux Kivu la toile d’une
manipulation interethnique tous azimuts, attisant la haine des uns,
flattant l’ego des autres et, pour finir, les opposant tous dans des
conflits armés meurtriers dont, aujourd’hui encore, nous vivons des séquelles
indélébiles. Quant à Laurent-Désiré
KABILA, seul le respect que nous vous devons, au titre de vos
fonctions actuelles, nous retient de fustiger son comportement à l’égard
de notre communauté. Mais vous n’en ignorez rien, ni de sa gravité,
ni de ses conséquences sur la vie de notre nation. Qu’il vous suffise
simplement de savoir que nous n’avons rien oublié et que seuls les
impératifs de réconciliation nationale pourraient nous conduire à
pardonner. Récemment, certains pêcheurs en eau trouble, au service
d’on ne sait quels intérêts sordides, se sont mis en tête de
dresser des listes destinées à provoquer des perquisitions
intempestives et unilatérales dans des propriétés privées, sous prétexte
de rechercher des caches d’armes imaginaires. Comme par hasard, ces
propriétés ont la particularité d’appartenir exclusivement à des
congolais rwandophones. La liste qui en a été dressée est
manifestement le résultat de la pure délation et ne procède pas du
renseignement, si l’on s’en tient au caractère bredouille des résultats
obtenus. Ceci n’est pas sans rappeler la période sombre qui a entouré
le crépuscule du régime Mobutu, à l’époque des opérations «
KIMYA » et « MBATA» au cours desquelles nous étions visés en tant
que communauté. Certains parmi nous, soupçonnés à tort de tenir des
caches d’armes ont été l’objet de rafles mouvementées et gardent
encore dans leur chair des stigmates consécutifs aux coups de ceinturon
de la tristement célèbre Division Spéciale Présidentielle (DSP). En
ces temps-là, l’Etat avait fait de nous le bouc-émissaire de ses échecs
et de sa faillite et n’hésitait pas à nous désigner à la vindicte
populaire. Or, actuellement le même scénario semble refaire surface.
Il serait malheureux, voire dangereux que la montée en puissance des
forces de la haine et de l’exclusion soit associée à votre nom ou à
votre mandat. Cela n’a jamais porté chance. Refusez, Excellence
Monsieur le Président de la République, que votre entourage vous «
cochonne le Congo», pour paraphraser un soudard célèbre dont beaucoup
de nos compatriotes se souviennent bien et pour cause. Car, il faut bien
que les choses soient claires : nous demeurerons fidèles et loyaux
envers la République, la démocratie et les institutions. Mais, nous
tiendrons, désormais, pour ennemi du processus de paix et traiterons en
tant que tel tout celui qui, pour des intérêts inavoués, tentera de
semer la discorde au Nord Kivu, de polluer le climat serein qui caractérise
aujourd’hui ses habitants. Comme on dit du côté de Malemba-Nkulu, «Yo
tufuila ino intanda bashile bankambu». «Pour la paix de cette terre
que nous ont léguée nos ancêtres, nous sommes prêts à mourir».
C’est le serment qui lie désormais entre eux les habitants de notre
Province, toutes ethnies confondues, réconciliées et conscientes de
posséder en commun ce patrimoine inaliénable qu’est la terre
congolaise du Nord-Kivu. Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur
le Président de la République, les seuls sentiments de respect qu’un
citoyen libre doit à son Chef d’Etat.
Albert MBANZA GUKEBA
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