Les
Katangais accueillent à bras ouverts les Kasaïens qu’ils avaient
chassés
Victimes
sous Mobutu d’une épuration ethnique souvent ignorée, les Kasaïens
ont commencé à rentrer au Katanga, après huit ans d’absence.
Ils sont généralement bien accueillis par la population et par les
autorités qui veillent à leur cohabitation pacifique avec les
Katangais. Chaque mois, ils sont un peu plus nombreux à redémarrer
leur commerce, à retrouver leur maison, à réintégrer un emploi.
Certains professeurs ont même retrouvé leurs chaires à
l’université de Lubumbashi. Et les pasteurs kasaïens ont créé
trois stations de radios privées…
Chassés
entre 1992 et 1993 de cette région minière au sud-est du pays,
alors le Shaba, où la plupart étaient nés, ils se sentaient dépaysés
au Kasaï, au centre de la RDC, dont leurs ancêtres étaient
originaires. Ils se sentent rassurés par les conditions politiques
actuelles au Katanga, région d’origine de Joseph Kabila,
l’actuel président.
L’épuration
dont les Kasaïens ont été victimes avait été voulue par Mobutu,
mécontent de l’élection par la Conférence nationale souveraine
(CNS) en août 1992 d’Etienne Tshisekedi, un Kasaïen, son plus
farouche opposant politique, au poste de Premier ministre. Par
crainte de perdre le pouvoir et pour montrer aux Occidentaux que,
sans lui, le Zaïre était ingouvernable, il a poussé l’ex-Premier
ministre Jean Nguz Karl-I-Bond et les membres de son parti
UFERI (Union des fédéralistes et des républicains indépendants)
au Katanga, à s’en prendre aux Kasaïens.
Alléchés
par les promesses de récupérer des postes à la Gécamines,
l’une des dix plus grosses entreprises de production de cuivre et
de cobalt, ou dans l’administration, les jeunes de l’UFERI se
sont livrés à toutes sortes d’exactions et de tueries. Le
nombre des morts varie d’après les sources. Mais on sait que plus
de 10.000 Kasaïens ont longtemps été parqués dans des conditions
inhumaines dans les gares et lycées de Likasi et de Kolwezi avant
d’êtres évacués par train, en 1995, par des organisations
humanitaires vers le Kasaï où la plupart n’avaient jamais mis
les pieds.
Leur départ
a plongé le Katanga dans le marasme économique, car ils en étaient
les principaux acteurs économiques, notamment dans la ville de
Kolwezi. Tout ce drame s’est passé dans l’indifférence quasi générale
des autorités nationales à Kinshasa et de la communauté
internationale. Les plus chanceux sont des jeunes cadres kasaïens
qui ont trouvé asile en Zambie, en Afrique du Sud, en Belgique, au
Canada et aux Etats-Unis.
Le
retour
Depuis
le départ de Mobutu, en mai 1997, et l’arrivée au pouvoir des
Kabila, le père puis le fils, les Kasaïens reviennent au Katanga,
la région la plus industrialisée du pays. Devant une vingtaine de
bâtiments sans tôles et sans fenêtres, autrefois propriétés des
Kasaïens, Musau Tshibuyi Shambuyi, président de la communauté
kasaïenne de Kolwezi explique: «Des 120.000 Kasaïens qu’il y
avait ici avant les incidents sur une population totale de 257.000,
il n’en reste à ce jour que 1.630. A l’avènement de l’ADFL
(le mouvement politico-militaire de Laurent Kabila) en mai 1997,
nous étions même moins de 20».
Le maire
de Kolwezi, Adrien Nawez-a-Chikwand, fait tout ce qu’il peut pour
faciliter la réconciliation des gens et la réinsertion des
arrivants. Comme en témoigne M. Shambuyi: «Depuis sa nomination
en mai 1997, le maire Adrien se met en quatre pour améliorer les
rapports entre Kasaïens et Katangais. Et chaque fois qu’il y a un
décès dans nos rangs, il compatit à nos malheurs et il nous
assiste financièrement et matériellement». «Mes frères
qui rentrent ne rencontrent aucune difficulté pour récupérer
leurs biens, notamment les immeubles, poursuit-il. Les
quelques extrémistes katangais qui essaient de s’y opposer, sont
neutralisés grâce à l’intervention du maire. De plus, notre
Comité est chaque fois invité par la mairie aux manifestations
publiques et culturelles».
Toutefois
certains Katangais se plaignent de la diabolisation dont ils sont
victimes surtout en Occident. Comme le précise l’ingénieur métallurgiste
André Kapwasa, de Kolwezi, la ville la plus touchée: «A l’étranger,
notamment au Canada et en Belgique, les Occidentaux prennent pour
parole d’évangile tout ce que certains Kasaïens leur racontent.
Ils ne disent pas, par exemple, que tous les Katangais n’ont pas
trempé dans l’épuration ethnique. Bien plus, ils ne disent pas
que lors des affrontements à Likasi et à Kolwezi il y a eu également
des morts dans les rangs des Katangais. Et ils racontent là-bas que
tous les Kasaïens ont quitté le Katanga, ce qui n’est pas vrai.
Il ne jettent même pas des fleurs aux chefs coutumiers du sud du
Katanga et aux évêques catholiques qui se sont opposés à la
chasse des Kasaïens».
Se
rencontrer par le sport
Profitant
de la passion des Katangais et des Kasaïens pour le football, les
autorités se servent de ce sport pour promouvoir la paix et la réconciliation
en organisant des tournois entre les équipes de la province du
Katanga et celles des deux provinces du Kasaï oriental et
occidental.
Maire de
la ville de Lubumbashi depuis mai 1997, le Katangais Floribert
Kaseba Makunko s’est également investi dans la campagne de la culture
de la paix et de la tolérance. Ce combat lui a valu en mars
2002, le Prix Unesco «Ville pour la Paix» 2000-2001 pour
l’Afrique, qui lui a été décerné à Marrakech au Maroc lors
des assises de la 107e Conférence interparlementaire des députés
francophones. Parmi les cinq lauréats, M. Kaseba était le seul
maire africain.
Un vieux
paysan du village de Nkonko, au pied du mont Kundelungu à 250 km au
nord-est de Lubumbashi, dans un grand sourire, se réjouit également
du retour des Kasaïens: «Avec le retour des Kasaïens, à
Lubumbashi et à Likasi, nous ne manquons plus de savon, de sel et
de pneus de vélo… Il faut reconnaître que les frères kasaïens
sont très dynamiques dans le domaine du commerce et de la débrouillardise.
Leur départ nous a causé beaucoup de tort».
Bethuel
Kasamwa-Tuseko