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Un ancien vice-gouverneur du Sud-Kivu dénonce le mensonge et la manipulation

05 février 2008 - Au cours de la première « guerre de libération », des journaux belges, anglais et américains ont tenté avec beaucoup de succès d'accréditer la thèse d'une guerre « zaïro-zaïroise » en affichant Laurent-Désiré Kabila, jusqu'au moment où KAGAME a affirmé haut et fort que c'est lui qui avait planifié et dirigé ce qu'on s'accordait à faire passer pour une rébellion (cfr. Washington Post du 9 juillet 1997). Cette déclaration est de Lwabanji lwasi, ancien vice-gouverneur du Sud-Kivu, en réaction à la déclaration des « Banyamulenge », à la conférence de Goma. Ci-dessous, le texte intégral de la réaction de M. Lwabanji.

Monsieur le Président de la Conférence de Goma, 
Mesdames et Messieurs les conférenciers, 

Comme chaque fois qu'il s'agit de mon KIVU NATAL, je suis avec un grand intérêt les travaux de la Conférence qui se déroule à Goma, chef lieu de la Province du Nord Kivu, depuis le début du mois. C'est ainsi que j'ai pu prendre connaissance de certaines déclarations faites à la tribune de ce forum et qui sont affichées sur le site « amanileo.org ». Me concernant personnellement je note qu'au cours de leur déclaration du 12 janvier 2008, des personnes se disant représentants des Banyamulenge et qui n'ignorent probablement pas la vérité, ont véhiculés - sciemment ou par ignorance - des mensonges et des contre vérités. En effet, dans leur déclaration, les Banyamulenge affirment notamment ce qui suit : « pendant cette même période, le 7 octobre 1996, le Vice Gouverneur du Sud-Kivu, Mr Lwabanji donna un ultimatum de 6 jours pour que tous les Banyamulenge aient quitté les Hauts Plateaux avec leurs vaches sans quoi, ces plateaux seraient brûlés. » 

Convaincu que la paix ne peut être bâtie sur un mensonge grossier, j'ai d'abord jugé utile de me taire en espérant que la vérité finirait par triompher. Finalement, face à une intention de nuire manifeste, je me suis résolu à porter à votre connaissance ma version des faits en défiant quiconque disposerait des preuves du contraire de me les opposer. Voici la réalité : comme vous pourrez le constater à la lecture du texte reproduit à partir de la cassette enregistrée, non seulement je n'ai fait aucune déclaration le 7 octobre 1996, mais bien le 08 octobre 1996, mais les paroles qui me prêtées ne sont pas de moi. Ni dans ma déclaration, ni dans l'une ou l'autre interview que j'ai accordées à différents médias étrangers ou locaux. Je nie donc formellement avoir jamais ordonné l'expulsion des « Banyamulenge » vers le Rwanda, comme cela ressort des déclarations faites par Monsieur Alexis Gisaro à la Conférence de Goma. 

En revanche, dans mon adresse, j'ai tout simplement annoncé à l'opinion nationale et internationale les dispositions que j'envisageais comme mesure des autorités régionales (provinciales) demandant aux bons citoyens des Hauts Plateaux (Banyamulenge et autres) qui n'avaient pas opté pour la logique des armes, de se tenir prêts à descendre à NUNDU, MBOKO et KAZIMIA à travers un *corridor humanitaire* que nous allions mettre en place avec le concours des organismes compétents que sont la Croix Rouge, le CICR et la FICR-CR (Fédération Internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge). Le but était d'épargner les populations civiles en les amenant loin d'un endroit où leurs vies pouvaient être mises en danger, au moment où l'armée nationale projetait de se déployer pour défendre l'intégrité du territoire national agressé. 

Je reconnais par contre qu'à l'issue de mon exposé du 08 octobre 1996 dans la salle de l'assemblée provinciale, répondant à une question d'un journaliste de l'Agence Reuters, j'ai affirmé que je considérais qu'une semaine (7 jours) pouvait suffire à ceux qui devaient quitter les Hauts Plateaux par le couloir sécurisé pour Nundu, Mboko et Kazimia. Comme vous le voyez, la manipulation de ce que j'ai déclaré conduit leurs auteurs à parler de 6 jours d'ultimatum pour rentrer au Rwanda alors que les localités de Mboko, Nundu et Kazimia sont bien situées au Congo, en Territoire de Fizi, et Fizi n'a aucune frontière commune avec le Rwanda. Pour rappel, le contexte international du moment était celui de la reconnaissance du génocide rwandais que le FPR était occupé à « vendre », à faire avaler à tout le monde pour justifier même leur intervention au Zaïre. Les leaders Banyamulenge furent alors fort instrumentalisés par le pouvoir en place au Rwanda. Ils étaient utilisés efficacement par les autorités de ce pays pour justifier notamment leur intrusion en territoire zaïrois. 

Il sied de souligner que ledit couloir ne fut jamais mis en place, car d'une part, il y eut une opposition énergique de quelques leaders banyamulenge qui se trouvaient dans un pays voisin, dont Muller Ruhimbika. Ils envahirent les médias étrangers pour s'opposer à cette entreprise humanitaire envisagée, évoquant notamment que notre objectif était de les expulser vers le Rwanda! Grave procès d'intention évidemment et bonne manipulation de l'art de la victimisation, au point de sacrifier des vies humaines quitte à en faire porter la responsabilité à ma personne, comme l'ancien secrétaire général de la CELPA, Monsieur Ruganza, avait tenté de le faire au cours d'un entretien téléphonique que nous avons eu à Louvain-La-Neuve revenant d'une réunion à Berlin en Allemagne. D'autre part, le CICR et la FICR-CR prirent peur et durent se rétracter par peur d'être accusées. En ma qualité de Gouverneur intérimaire, devais-je me taire en sachant les actions militaires d'envergure qui étaient projetées, au risque d'être plus tard taxé d'auteur ou coauteur d'un génocide des Banyamulenge, comme leurs déclarations dans les radios étrangères nous le laissaient présager? 

En effet, qui ignore que le nombre réel des Banyamulenge était estimé à près de 50.000 personnes et que les chiffres de 200.000 ou de 450.000 avancés par eux et relayés par les médias étrangers manipulés visaient à faire porter la responsabilité d'un soit disant génocide des Banyamulenge au régime de Mobutu? Qui ignore que des puissances comme les USA, la Grande Bretagne et la Belgique tenaient à punir essentiellement le Maréchal zaïrois pour des raisons économiques en utilisant le FPR qui lui-même avait des comptes à régler avec Mobutu pour sa grande amitié avec Juvénal Habyarimana, l'ancien Président du Rwanda? J'ai toujours considéré mon attitude comme parfaitement responsable. Celle-ci ne constituait en rien une incitation à la haine ethnique telle que définie par les instruments nationaux et internationaux pertinents. En aucune manière, ma responsabilité personnelle n'a jamais été engagée dans aucun acte de traitement inhumain, de meurtre, de massacre, ni d'appel populaire aux actes de ce genre à l'encontre d'un quelconque groupe ethnique. A moins qu'il existe une définition spéciale pour certains groupes tribaux ou ethniques qui ont usé - et usent encore - abusivement de la victimisation pour justifier l'injustifiable. En tout cas, pour moi, l'éloignement des populations civiles était un préalable avant que l'armée nationale n'aille déloger les « rebelles », ou mieux, les agresseurs de ces Hauts Plateaux. En ce qui concerne l'accusation d'incitation à la haine ethnique, les affirmations de mes pourfendeurs sont exclusivement fondées sur des propos mensongers et des articles de la presse occidentale parus à partir du mois d'octobre 1996. Même les affirmations d'Amnesty International et d'autres organisations comme Human Rights Watch renvoient toujours à la même source, à savoir les médias. Or, il n'est un secret pour personne que les médias occidentaux n'ont toujours pas été impartiaux dans le traitement de la crise de la Région des Grands Lacs de l'Afrique. C'est ainsi que prétendant défendre telle ou telle autre cause, ils sont allés jusqu'à déformer les faits dans une propagande partisane. 

L'exemple de la photo des trois guerriers nus dans les forêts de l'Est du Congo présentés en décembre 1996, est très éloquent à ce sujet. Comme l'indique si bien le professeur Benoît Verhaghen, « *cette photo a fait le tour du monde mais avec des légendes différentes voire contradictoires : pour la journaliste belge Colette Braeckman du quotidien Le Soir, il s'agissait des Banyamulenge, donc des tutsi; pour le Courrier International, il s'agissait des Hutus, et pour un journal anglais, des célèbres guerriers Maï Maï. En choisissant de focaliser l'information sur ces trois personnages ridicules, les auteurs du montage et les journalistes qui leur ont emboîté le pas, entendaient disqualifier l'autre camp et démobiliser l'opinion internationale. Quelle que soit la cause que ces journalistes prétendaient défendre, le procédé est de toute manière répugnant et témoigne d'un racisme larvé * ». Plus loin, il ajoute : « *en 1996-97, ce sont les hutu rwandais et tous ceux qui sont supposés être dans leur camp qui sont visés. A cet égard, le mot ** GENOCIDE** a pu être utilisé* ». 

Comment dès lors ne pas conclure avec le professeur Benoît Verhaegen à « *la corruption croissante et l'incompétence des médias* »? Malheureusement, conclut-il, « *la puissance de ces médias sur l'opinion et sur les décisions politiques s'accroît alors que les contenus sont de moins en moins fiables* ». Au cours de la première « guerre de libération », des journaux belges, anglais et américains ont tenté avec beaucoup de succès d'accréditer la thèse d'une guerre « zaïro-zaïroise » en affichant Laurent-Désiré Kabila, jusqu'au moment où KAGAME a affirmé haut et fort que c'est lui qui avait planifié et dirigé ce qu'on s'accordait à faire passer pour une rébellion (cfr. Washington Post du 9 juillet 1997). Comme vous pouvez le constater, la manipulation a été grande et le mensonge a été utilisé comme arme de guerre étant donné que tous les moyens étaient bons pour démolir l'ennemi - réel ou supposé -. Personnellement je continue à réclamer la mise en place d'un tribunal international pour le Congo, car ma conviction demeure qu'un Etat ne peut pas être bâti sur le mensonge. Il faut au préalable mettre un terme à l'impunité et faire l'impasse sur la justice, c'est construire un château sur du sable! Je termine en demandant que ma déclaration soit distribuée à tous les conférenciers et à la presse, afin de rétablir un tant soit peu ma dignité. 

Fait en Belgique, le 15 janvier 2008 

LWABANDJI LWASI NGABO 
Vice Gouverneur honoraire 
l.lwasi.n@gmail.com
 
0032477621273

NDLR : La prochaine fois que vous nous envoyez un texte pareille, prenez aussi soin de joindre le texte de la declaration incrimiée.

 

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Revised: February 05, 2008