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Lettre à l'éditeur

 
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Une vice-ministre donne aux Congolais de Jo'burg l'occasion de se défouler!

12 février 2008 - Le vendredi 8 février 2008, le comité exécutif du Forum des Organisations Congolaises en Afrique du Sud (Focas) a été informé de la tenue d’une rencontre le samedi 9 février, à Fourways, un quartier chic au nord de Johannesburg, avec Madame Colette Tshomba, vice-Ministre des Congolais de l’Etranger. Compte tenu des places disponibles, deux places ont été réservées pour Focas. Je me propose ici de faire écho du déroulement de cette rencontre. Pour raison de méthodologie, je vais évoquer respectivement les différentes importantes étapes, à mon avis, qui ont émaillé la cérémonie. Je vais terminer en lançant le débat sur une question que m’a inspirée cette rencontre.

Organisation

En recevant l’invitation, nous sommes allés avec le présupposé que la rencontre était organisée par l’Ambassade congolaise à Pretoria, la seule institution habilitée pour ce genre des choses. En entrant dans la salle de rencontre, nous avons été accueillis curieusement par un message du PPRD-Afrique du Sud. Le contenu de ce message était : “ Chers camarades, la nouvelle direction du PPRD Afrique du Sud sous la présidence du camarade Claude Ibalanky, vous souhaite à tous et à toutes ses meilleurs vœux en cette année nouvelle”. Que cette année qui commence sur le changement soit pour nous tous, remplie de joie, de bonheur, et d’accomplissements personnel et professionnel, que les bons souvenirs de l’an passé nous encourage (sic) et que les mauvais ne soient que de lointaines erreurs desquelles (sic) nous apprenons. Ainsi donc camarades, dans un souci de mieux nous connaître et nous identifier les uns les autres, nous vous demandons de nous faire connaître vos coordonnées et moyens par lesquels nous pouvons vous joindre”. Message signé par Claude IBALANKY, Président et Chargé de Mission – PPRD Afrique du Sud. Ce message venait créer un flou dans mon esprit sur l’identité de l’organisateur de cette rencontre. Etions-nous dans un forum de recrutement des membres du PPRD ou il s’agissait bien de venir dialoguer avec celle qui représente les Congolais de la diaspora au gouvernement national? Le flou était d’autant entretenu avec la modération de la séance par le Chancelier de l’Ambassade? Qui exactement était derrière la rencontre et quelle en était la vraie motivation?

Déroulement de la rencontre

Prévue à 15h30, la rencontre a commencé à 16h15 avec l’entrée de la vice-ministre dans la salle. Au signal du chancelier de l’Ambassade, l’audience s’est levée pour exécuter l’hymne national, qu’à peine un-quart de la cinquantaine des personnes présentes pouvaient chanter aisément. Ensuite, en deux minutes, le Chancelier a présenté Madame la vice-ministre et a circonscrit très brièvement le cadre de la rencontre en indiquant les points à l’ordre du jour. S’en est alors suivi le mot de Madame la vice-ministre. Devant un texte préalablement préparé, Madame la vice-ministre a situé le contexte de sa visite en Afrique du Sud. Elle a articulé différents points relatifs aux attributions de son vice- ministère, à ses réalisations et aux divers projets en vue dans le cadre de ses attributions.

Contexte

Sa visite n’était nullement d’abord pour rencontrer les Congolais d’Afrique du Sud, mais elle l’a bien dit, elle est venue avec sa délégation dans le cadre d’un Forum international sur la “ Promotion de l’Investissement et de la gouvernance comme source de développement” qui se tient ici en Afrique du Sud. C’est en marge de ce Forum, qu’elle s’est réservé une fourche pour rencontrer les Congolais de Johannesburg. En passant, j’ai appris de sources officieuses qu’une autre rencontre est prévue avec la communauté congolaise de Pretoria.

Attributions

Evoquant les propos de son Premier Ministre qui a déclaré : “ Les Congolais de l’Etranger ne devront plus se sentir orphelins…”, Madame la vice-ministre s’est attardée à définir les attributions qui sont les siennes, à savoir :
- Mobiliser les Congolais de l’Etranger pour leur contribution au développement national;
- Identifier les Congolais de l’Etranger;
- Améliorer l’image du Congolais à l’Etranger; - Renforcer les liens d’appartenance au pays.

Réalisations

- création d’un site internet des Congolais de l’Etranger : www.cole.cd avec pour objectif de permettre un accès gratuit à l’information aux Congolais de l’Etranger;
- création des structures d’identification des Congolais dans les ambassades.

Projets

- Etablir des contacts entre Congolais de l’Etranger à travers des séminaires, des ateliers, des échanges d’informations;
- Construire un Centre d’accueil des Congolais de l’Etranger à Kinshasa;
- Créer une journée destinée aux Congolais de l’Etranger;
- Exposition des entrepreneurs Congolais de l’Etranger dans le cadre du projet de la “Caravane d’Investissements et du Tourisme”;
- Création de la Maison Congolaise de l’Etranger pour vendre la culture du pays;
- Renforcer les liens d’appartenance au pays par un certificat d’attache, particulièrement pour ceux qui ont acquis une autre
nationalité;
- Soutenir et suivre les projets de développement des Congolais de l’Etranger;
- Organisation (très prochainement) du Premier Forum des Congolais de l’Etranger à Kinshasa;
- Exploration de la mise en application du souhait du Président Thabo Mbeki d’organiser un séminaire en RSA de la Diaspora congolaise.

Avant de terminer son mot, Madame la vice-ministre a martelé que les Congolais de l’Etranger sont une des priorités de son gouvernement et de la Banque Mondiale dans le cadre du développement du continent africain; elle a ensuite ajouté que notre pays, la RDC, a vraiment besoin de l’expertise des Congolais de l’Etranger quels que soient les domaines de leurs qualifications. Se posant en interprète auprès de son gouvernement, elle a promis de rendre compte des préoccupations des Congolais en RSA. Naturellement, après son mot qui a pris plus ou moins 20 minutes, le micro a été remis à l’audience pour enregistrer des questions, des préoccupations ou des réactions au discours de Madame le Ministre. Dans l’ensemble, les questions sont allées dans le sens de voir une sorte de ‘soutien structurel’ des institutions de la RDC dans ce pays dans les problèmes auxquels font face les Congolais, qu’il s’agisse des problèmes des papiers (visas d’études ou de travail), des problèmes d’hospitalisation ou d’emprisonnement, du cout du passeport à l’ambassade ou même des mécanismes d’investissement en RDC pour des Congolais qui vivent en RSA et qui veulent investir dans leur pays. Toutes ces préoccupations ont reçu une faible réaction. 

Le discours de Madame la vice-ministre s’est limité à ceci : “Chers compatriotes, on ne peut pas attendre tout du gouvernement. Il faut vous organiser; faites des cotisations pour vous soutenir mutuellement. Les autres peuples le font, pourquoi pas vous?” Il me semble que, si les réactions de Madame la vice-ministre n’étaient pas un refus d’affronter en face la pertinence des questions soulevées, alors elles frisaient soit un simple mépris pour les Congolais soit une incapacité à saisir les pointes des problèmes pour les intégrer dans sa politique gouvernementale. Je voudrais illustrer ceci en m’attelant sur une question d’un juriste qui était dans l’audience : “Madame la Ministre, votre mission vise seulement des Congolais d’une certaine classe? Vous êtes-vous renseignée sur les mamans qui vendent au marché de Yeoville ou sur les Congolais qui sont en prison? Savez-vous dans quelles conditions ils se trouvent? La réponse de la Ministre était de dire qu’elle allait rencontrer les mamans vendeuses ce dimanche 10 février à l’Eglise Yaweh Shama; d’autre part, que les Congolais qui étaient en prison avaient certainement enfreint les lois du pays qui les accueille et qu’elle ne voyait pas son gouvernement interférer dans la politique d’un autre Etat. Au point finalement d’exhorter l’audience à s’organiser dans des Mutuelles pour assister les frères et sœurs qui souffrent. 

Il est évident que je ne reprends pas ici mot à mot la réaction de la vice-ministre; mon effort est de reprendre la compréhension que j’ai eue de ses propos. Evidemment, ce qui a motivé la question de mon compatriote le juriste, c’était la sélection bien filtrée des membres de l’audience. C’est comme si une seule ‘classe’, une certaine catégorie des Congolais, d’une certaine opinion, était ciblée pour prendre part à cette rencontre. Heureusement que les infiltrés, capables de remettre en question l’opinion dominante ne manquent pas toujours. D’autre part, le soutien qu’il attendait du gouvernement ou de l’ambassade par rapport aux frères et sœurs en prison n’était pas nécessairement de type financier, mais une sorte d’intervention structurelle ou institutionnelle. J’apprenais tout récemment que le Nigeria a ce type d’accords avec certains pays que lorsqu’un ressortissant Nigérian est condamné pour une longue période de prison, la représentation diplomatique nigériane dans ce pays peut négocier pour que ce ressortissant aille continuer sa prison au Nigeria. Un autre intervenant l’a fait comprendre à Madame la vice-ministre que ce qu’on attend ce n’est pas que le gouvernement congolais vienne assister financièrement les Congolais d’Afrique du Sud – s’il ne le fait pas pour des milliers des Congolais qui sont au pays et qui crèvent de faim – il est loin de croire qu’il le fasse pour ceux qui sont en dehors du pays; mais de créer des structures de coopération entre pays qui peuvent être profitables à leurs ressortissants respectifs. Le cas des accords entre l’Afrique du Sud et le Royaume Uni, permettant aux ressortissants de ces pays respectifs d’entrer dans l’un ou l’autre pays sans visa, a été évoqué. Ou encore le fait de vendre le passeport congolais aux Congolais à 2400 Rands (unité monétaire sud-africaine. Le prix du passeport vaut presque 350 $ US en calculant au taux de décembre 2007) montre un refus d’assister une population qui, à majorité, se retrouve dans des conditions de survie difficile. 

En suivant les arguments de différents intervenants, j’avais à l’esprit cet entretien que j’ai eu en juillet 2007 avec Madame Mulegwa Kinja, une activiste féministe très connue dans les milieux suisses et occidentaux en général. Après avoir fait sa connaissance par internet, elle est venue passer ses vacances à Johannesburg et j’ai eu l’occasion d’échanger avec elle pendant plus d’une heure. Une de ses expériences qu’elle m’a racontée, c’était d’avoir rencontré deux Congolaises en Thaïlande où elle se retrouvait en 2002 dans une conférence internationale des femmes. Ces deux filles étaient condamnées à 25 ans de prison pour immigration clandestine. Malheureusement pour elles, insinuait Madame Mulegwa, ces filles n’avaient personne pour plaider leur cause. Profitant de la présence de l’Ambassadrice du Ghana en Thaïlande à ces assises, Madame Mulegwa l’a approchée pour lui demander de faire quelque chose pour ces deux sujets Congolais. La réaction de l’Ambassadrice était Claire : “ si c’était des sujets ghanéens, je peux faire quelque chose; mais pour elles, je ne vois pas en qualité de qui je vais intervenir”. C’est donc dire que la question de l’intervention structurelle que soulevait l’audience n’était pas une banalité. Incapable de comprendre cette rhétorique, Madame la vice-ministre a poussé son ‘cynisme’ en martelant par trois fois : “ j’aime ce type de forum parce que les gens ont l’occasion de se défouler”. Ne pouvant plus me retenir à cautionner de tels propos, de ma place j’ai interrompu Madame la vice-ministre en lui faisant remarquer qu’on n’était pas là pour nous défouler mais que les gens posaient des questions, soulevaient des préoccupations de fond qu’il fallait écouter et prendre en considération. 

Malheureusement, j’ai été à mon tour interrompu parce que j’avais brisé les règles du jeu. Probablement, si on m’avait laissé poursuivre mon idée, j’aurais pu faire remarquer à Madame la vice-ministre que je doutais fort de son rôle d’interprète des préoccupations des Congolais en RSA auprès de son gouvernement d’autant plus qu’elle considérait celles-ci comme de simples défoulements; que je ne voyais pas son action en tant que vice-ministre des Congolais de l’étranger avoir de l’impact pour le pays et pour les Congolais de l’Etranger. Pour une raison simple, à savoir son refus de s’ouvrir aux avis de ces Congolais dans la perspective de les intégrer dans sa politique gouvernementale (si elle en a une). Fondamentalement, mes observations m’ont amené à qualifier le profil affiché par Madame la vice-ministre en ces mots : “lack of vision and lack of leadership” (manque de vision et manque de leadership). Pour donner du poids à son propos qu’il qualifiait de réalisme, parce qu’elle “ n’avait pas intérêt à tromper les gens”, Madame la vice-ministre a eu souvent recours à cet argument : “ Je suis une élue du peuple; j’ai battu campagne et j’ai été élue dans la ville de Kinshasa. J’ai fait la promesse au peuple qui m’a élue de lui dire la Vérité et toujours la vérité, je n’ai donc pas intérêt à venir vous mentir”. 

Ouvrir le débat et élargir la réflexion 

L’argument de l’élu du peuple me semble aujourd’hui comme une recette utilisée par beaucoup de gens aux affaires pour excuser ou justifier leur incompétence, comme si le fait d’être élu suffit pour se prévaloir d’être aux affaires de l’Etat. Un débat sur la question de légitimité est ici lancé. Est-ce que la légalité est une condition suffisante pour que quelqu’un se maintienne aux affaires? Dans “ Le savant et le politique”, Max Weber distingue trios fondements à la légitimité : il y a l’autorité de “ l’éternel hier”, celle des coutumes sanctifiées par leur validité immémoriale et par l’habitude en l’homme de les respecter. C’est le “ pouvoir traditionnel”. Il y a ensuite l’autorité fondée sur la grâce personnelle et extraordinaire d’un individu (charisme); elle se caractérise par le dévouement tout personnel des sujets à la cause d’un homme et par leur confiance en sa seule personne en tant qu’elle se singularise par des qualités prodigieuses, par l’héroïsme ou d’autres particularités exemplaires qui font le chef. Tel est le pouvoir “ charismatique” que le prophète exerçait, le chef de guerre, le souverain plébiscité, le grand démagogue ou le chef d’un parti politique. Enfin, il y a l’autorité qui s’impose en vertu de la “ légalité”, c’est- à-dire en vertu de la croyance en la validité d’un statut légal et d’une ‘compétence’ positive fondée sur des règles établies rationnellement. C’est de cette dernière catégorie que se réclament les dirigeants congolais actuels. Mais la question est de savoir que devient cette ‘légalité’ dès lors que les élus se révèlent incompétents ou incapables de servir l’intérêt national? Voici une question à laquelle nous vous invitons à accorder un peu d’attention pour le bien de notre pays. Au-delà de cette question, peut-être qu’il faille également réfléchir sur des actions possibles à mener, en tant que société civile congolaise en RSA, pour pousser l’Ambassade de la RDC en Afrique du Sud de revoir les coûts des documents qui sont délivrés aux Congolais. Pourquoi un passeport doit-il coûter 2400R? Quel est le coût réel du passeport au ministère des Affaires Etrangères à Kinshasa? Et que devrait coûter un passeport congolais en Afrique du Sud? Y aurait-il des économistes pour se pencher sur cette question? Naturellement une comparaison avec d’autres ambassades peut être éclairante pour mieux déterminer le type d’actions à mener dans ce domaine. Mon sentiment est que le combat pour la bonne gouvernance en RDC doit commencer par des institutions que nous pouvons atteindre plus directement comme notre Ambassade à Pretoria.

Pascal SUNDI,
Membre du Focas et
de CongoRenaissance
Congo_renaissance@yahoo.fr 
RSA

 

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Revised: February 11, 2008