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La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux |
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Lettre à l'éditeur |
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Peut-on encore sauver Joseph Kabila Kabange? 18 février 2008 - Rassurez-vous : le président de la République ne court actuellement aucun danger de coup d’Etat ou d’élimination physique. Malgré les rumeurs de la radio trottoir et les « bouche-à-oreille » journalistiques concernant l’état d’esprit de certains officiers supérieurs qui ont trahi le pays lors des dernières péripéties de la guerre de l’Est et chercheraient dans l’ombre à se couvrir face à d’éventuelles sanctions irrémédiables en envisageant une action contre le chef de l’Etat, je n’ai aucune information sérieuse qui porterait sur un quelconque complot ourdi réellement contre les institutions actuelles de la troisième République. Bien au contraire, je sais que le dispositif sécuritaire du Chef de l’Etat est de plus en plus inexpugnable et qu’il le blinde dans un sentiment de puissance infinie. Je sais aussi que son camp de faucons enragés le conforte dans la certitude d’une victoire sans faille sur ces adversaires et ses ennemis. Victoire dont la dernière conférence de Goma n’est qu’un symbole fort et utile à leurs yeux, dans la mesure où elle marginalise concrètement Laurent Nkundabatware, dernier représentant d’une opposition aujourd’hui réduite à la peau de chagrin après l’exil de Jean-Pierre Bemba au Portugal et la neutralisation d’Etienne Tshisekedi à Kinshasa. Sous l’œil satisfait des « parrains » internationaux qui le conseillent, le guident et fabriquent son image médiatique dans le monde, le président apparaît de plus en plus sûr de lui dans sa gestuelle physique, dans son éloquence affectée et forcée ainsi que dans sa volonté d’imposer un style de jeune tyran qui fait peur dans un empire désormais pacifié et livré à son pouvoir incontestable. De quoi faut-il alors sauver un homme de plus en plus convaincu de sa puissance et de son invincibilité, de plus en plus déterminé à être seul commandant à bord du destin de la nation? A mes yeux, malgré la conviction de réussite politique qui anime le chef de l’Etat, malgré l’atmosphère de victoire qui semble régner dans son camp et l’ambiance de sérénité tranquille qui enchante son entourage, il est aujourd’hui impératif de sauver Joseph Kabila Kabange de la mauvaise politique qu’il est en train de mener et qui risque, si rien n’est fait, de conduire le pays à de nouvelles catastrophes. C’est sur cette politique que j’aimerais attirer l’attention de la nation aujourd’hui. Je me situerai à quatre niveaux d’analyse : le niveau de notre politique internationale qui demeure essentiellement néocoloniale et extravertie; le niveau de la politique intérieure qui dérive vers une dictature insensée et futile; le niveau de la gestion de l’image de la famille Kabila par le président et le niveau de la représentation que le chef de l’Etat a de lui-même et de sa fonction aujourd’hui. A tous ces niveaux, Joseph Kabila Kabange se trompe et déraille, au risque de nous faire couler tous et toutes avec lui au fond d’un océan de drames au-dessus duquel il danse comme un enfant ivre, consciemment ou inconsciemment. Une calamiteuse politique néocoloniale Contrairement à l’impression que le dernier processus électoral a donné concernant la réalité politique de notre pays, il faut toujours rappeler que le pouvoir politique actuel de la RDC n’est pas l’émanation d’une volonté populaire, mais le résultat d’une guerre d’agression dont il ne faut en rien oublier le caractère à la fois illégitime et destructeur. La validation électorale douteuse du régime actuel, telle qu’elle a été conduite l’année dernière, n’annule pas ce qui est la source même du pouvoir de notre président : la force militaire. La force d’une occupation de la RDC par le Rwanda et l’Ouganda, ainsi que le recours de notre gouvernement de l’époque à d’autres voisins, l’Angola, le Zimbabwe et la Zambie, dont l’intervention dans notre espace national a internationalisé la guerre du Congo et livré le pays à la voracité prédatrice de multiples factions, bandes, milices et armées. Il faut d’autant moins oublier cette réalité qu’elle est aujourd’hui la clé de compréhension de la politique internationale menée par Joseph Kabila Kabange. On le sait clairement maintenant : la chute du régime de Maréchal Mobutu a été décidé dans les plus hautes instances des structures de puissance qu’animent les nouveaux maîtres du monde. Au nom d’une nouvelle vision géostratégique de leurs intérêts et en fonction de nouvelles rythmiques d’affinités politico-politiciennes qui ont mis en selle certains nouveaux dirigeants africains, un nouveau dynamisme néocolonial fondé sur les impératifs de la mondialisation avait fait de la restructuration et de la reconfiguration de l’espace politique des pays des Grands Lacs son cheval de bataille. Faute de l’avoir compris, Mobutu a perdu le pouvoir et Habyarimana la vie. Un désordre clairement provoqué et rationnellement organisé a permis à de nouvelles forces de s’imposer et à de nouvelles figures de prendre place au soleil de la politique néocoloniale africaine. Nos peuples n’y ont pris aucune part. Seules les armes ont parlé et les enjeux se sont décidés dans les antagonismes et les conflits entre les nouveaux acteurs du nouveau système néocolonial. La RDC d’aujourd’hui a pu se bâtir sur les ruines du Zaïre grâce à l’acceptation du diktat néocolonial par des compatriotes qui y trouvé leur compte. Malgré sa grande phraséologie nationaliste, Laurent Désiré Kabila a été un élément essentiel du dispositif d’agression et d’occupation de notre pays. Tous les crimes, tous les massacres, toutes les destructions, toutes les guerres entre milices antagonistes dont notre pays a été et est encore aujourd’hui le champ tragique, il en porte la responsabilité autant que les forces militaires qui l’ont amené à Kinshasa. Ne faisons pas semblant de ne pas savoir aujourd’hui que c’est par cette dynamique que Kabila Kabange à accédé à la magistrature suprême, après l’assassinat de Laurent désiré Kabila, dans un crime qui porte manifestement la signature des anciens protecteurs du Mzee et des nouveaux Maîtres du monde qui l’avaient porté au pouvoir. Si nous prenons cette réalité comme le socle pour comprendre la politique que mène l’actuel président de la République à l’échelle internationale, il nous devient facile de comprendre pourquoi l’étau du système néocolonial qui l’a hissé à la magistrature suprême ne donne aucune marge de liberté réelle à notre chef d’Etat. Celui-ci travaille constamment en ayant dans son esprit des attentes vigoureusement contradictoires : les intérêts des conglomérats industriels et des mafias internationales pour lesquels le Congo n’est qu’une vache à lait; les voisins qui ont mené la guerre du Congo en fonction d’attentes précises allant jusqu’à l’occupation permanente du territoire congolais; le camp politique du président qui veut maintenant un pouvoir éternel et sait que cela demande une soumission sans faille à des « parrains » implacables. Si on ajoute à ces réalités les attentes propres au peuple congolais en matière de liberté, de prospérité et de développement durable et qu’on prend en compte tout le poids de l’opposition qui refuse la logique du système mondial actuel et de sa vision géostratégique du Congo, on comprend que Joseph Kabila Kabange est un prisonnier qui ne sait pas par quelle voie se libérer pour mener une politique indépendante et imaginer un grand destin pour son peuple. On comprend aussi qu’il veuille se maintenir au pouvoir et ne pas se laisser naïvement assassiner comme son prédécesseur ou chasser du pays comme le Maréchal-Président Mobutu. On comprend en même temps qu’il puisse être tragiquement à l’écoute d’un peuple dont il comprend les revendications sans savoir comment les satisfaire. On comprend enfin qu’il soit féroce à l’égard de l’opposition qui menace son pouvoir et sa crédibilité. Pris dans les feux des attentes contradictoires et nullement préparé à affronter de tels défis antagonistes, le président a choisi de se soumettre aux « parrains » néocoloniaux, de se battre contre les forces d’occupation qui ont été un temps ses soutiens, de jeter la poudre dans les yeux du peuple avec des promesses mirifiques et de museler l’opposition par une dictature implacable. C’est ce choix qui est catastrophique parce qu’il conduit à une politique internationale incohérente. Par la soumission aux « parrains » internationaux et à leurs conglomérats industrialo-militaires, le président met le pays sous la coupe de l’ultralibéralisme comme force d’exploitation sans perspectives de développement réel. Il réitère l’erreur de Mobutu et se livre à un destin d’impuissance qu’il ne pourra pas vaincre. Pour le Congo, toute soumission aux vautours du néolibéralisme ne peut conduire qu’à l’exploitation de nos richesses sans contrepartie réelle en terme d’enrichissement de nos populations. Joseph Kabila Kabange ne pourra pas faire mieux que Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko. Je crains qu’il ne se trouve condamné à finir de la même manière, victime des puissances d’argent auxquelles il se soumet maintenant. En réalité, il lui aurait fallu une autre ligne d’action internationale : prendre de la distance par rapport aux politiques qui lui sont imposées par ses « parrains » de la mondialisation néo-libérale et leurs institutions, pour pouvoir mieux ouvrir le pays à toutes les forces altermondialistes et créer de nouveaux liens avec tous les pays qui résistent au destin d’esclaves que leur imposent les « milieux » économiques des institutions internationales. Le président de la République a senti cette nécessité dans son ouverture vers la Chine. Mais on sait à quelles pressions de machine arrière il est soumis aujourd’hui pour remettre vite les pendules à l’heure au profit des maîtres du monde et de leur volonté d’exploiter tranquillement le Congo. Sachant ce qu’il sait de l’attente des « milieux » internationaux, Joseph Kabila Kabange n’aurait pas dû décider de mener la politique qu’il mène actuellement à l’égard du Rwanda. Nous Congolaises et Congolais, nous avons été tellement choqués et traumatisés par la guerre d’agression et de prédation menée par le Rwanda et ses alliés sur notre territoire que nous avons oublié d’être attentifs au discours et aux arguments des autorités de ce pays pour justifier leur attitude à notre égard. Même dans les milieux des forces intellectuelles chargées d’éclairer notre peuple sur les enjeux de l’avenir des pays des Grands Lacs, nous avons parlé du Rwanda plus avec nos émotions qu’avec la raison. Aujourd’hui, il convient de regarder les réalités avec plus de lucidité et de maturité. Que disent les autorités rwandaises et leurs relais congolais dans la guerre de l’Est? Ils disent que le gouvernement congolais, depuis Laurent Désiré Kabila jusqu’à nos jours, se sert des anciens éléments de l’armée rwandaise sous Habyarimana pour déstabiliser le Rwanda et le condamner à se défendre tout le temps. C’est vrai, et nous le savons tous. Ils disent aussi que le président congolais n’est pas fiable dans sa parole et qu’il ne donne pas des garanties nécessaires pour la neutralisation des ceux que les Rwandais désignent par le terme de « forces négatives ». Cela est aussi vrai, et nous le savons tous. Ils disent enfin que Laurent Désiré Kabila avait signé avec le Rwanda des accords de soutien selon lesquels il aurait fallu céder une partie du territoire congolais aux forces d’agression comme récompense à leur appui militaire. Nous savons maintenant que cela aussi est vrai, même si une telle revendication est foncièrement inacceptable pour nous Congolaises et Congolais. En se lançant dans un bras de fer militaire contre le Rwanda à travers la guerre contre Nkundabatware, le président de la République et ses faucons auraient dû savoir qu’ils n’avaient aucune chance de victoire et que l’armée rwandaise est supérieure à la nôtre. Notre pitoyable défaite nous a plongés dans l’humiliation et nous avons nous-mêmes donné aux ennemis les moyens militaires de nous combattre et de nous battre encore pour les batailles futures. Joseph Kabila Kabange ne s’est pas révélé comme un génie militaire et Nkunda a raison d’ironiser sur cette défaite de son "frère Joseph" qu’il considère avec hauteur comme un vaincu sans épaisseur. Maintenant que l’option militaire s’est avérée désastreuse, le Chef de l’Etat, par les biais de ses « parrains », a choisi la voie qui lui sied le mieux : la négociation. Il a choisi une politique de l’échange et du dialogue. Mais une telle politique ne peut réussir que si, en face, il y a des personnes qui vous croient crédible et qui peuvent compter sur votre parole. Sous cet angle, Nkundabatware et Paul Kagame savent ce que vaut la parole du pouvoir congolais, comme nous savons nous-mêmes au Congo ce que vaut la parole du pouvoir rwandais. Le Général déchu, le Général dissident de l’Est a rappelé dernièrement ce que Kabila Kabange a fait subir à Jean-Pierre Bemba au bout d’un processus électoral que ce dernier a, en toute honneur, respecté. Il a laissé entendre qu’il ne veut pas connaître le même sort et qu’il prendrait toutes les dispositions pour cela. Le pouvoir rwandais a encore été plus clair : à ses yeux, les accords de Goma n’ont aucune consistance si Kinshasa ne réoriente pas radicalement sa politique. Nous avons l’habitude de dire au Congo que le Rwanda est maître dans l’art de la manipulation et du mensonge. Nous pensons spontanément que tout son discours ne vise qu’à cacher ses intentions que nous considérons comme machiavéliques pour exploiter nos richesses. Demandons-nous maintenant si ce que les autorités rwandaises racontent sur nous n’a aucune part de vérité. Je sais que cette part de vérité est importante et qu’il n’est pas possible que deux pays voisins qui disent tant de mal l’un sur l’autre et réciproquement puissent bâtir une paix durable. A quelles conditions une telle paix est-elle possible? A la rupture, chez nous comme au Rwanda, avec la politique du mensonge, de la suspicion, du dénigrement permanent et de l’usage des « forces négatives », d’un côté comme de l’autre, pour déstabiliser le voisin. La solution à ce problème n’est pas que politique, elle est surtout éthique. Nous le savons, et c’est dans cette perspective que nous pouvons, au moins en ce qui nous concerne au Congo, sauver Joseph Kabila, en le poussant vers une politique des intérêts communs des pays des Grands Lacs, pour que nos peuples libèrent ensemble leur génie économique et construisent un grand espace de richesse communautaire et de prospérité partagées. Tant que les pouvoirs en place au Congo et au Rwanda n’auront pas compris cela, ils continueront leur danse sur le gouffre et c’est le Congo qui perdra au change. Pourquoi? Parce que le Rwanda continuera à exploiter nos richesses grâce à sa supériorité militaire et utilisera ces richesses pour construire sa prospérité et son développement, comme il le fait actuellement, alors que nous, nous ne savons même pas utiliser les richesses qui sont les nôtres aujourd’hui. De ce point de vue au moins, le pouvoir de Kigali est plus intelligent que le nôtre, et c’est de notre inintelligence caractérisée qu’il faut sauver Joseph Kabila Kabange. Changer notre politique intérieure Je parle de notre inintelligence. Dans la politique intérieure menée par le président de la République, cette inintelligence brille de tous ses éclats d’incohérence. D’abord, il s’agit d’une politique d’immobilisme, conduite par un gouvernement dont tout le monde s’accorde à dire qu’il n’a pas de souffle. L’homme qui est à la tête de ce gouvernement donne l’impression non seulement d’être trop physiquement faible pour remplir les tâches qui lui incombent, mais surtout de n’avoir ni imagination ni idées novatrices pour résoudre les problèmes du pays. Face à l’abandon dont souffre l’arrière-pays, face à la misère urbaine galopante, face au désespoir de la jeunesse, face même au désordre que cause la guerre des milices dans l’Est de la République, le gouvernement Gizenga n’est pas en mesure d’entreprendre quoi que ce soit de dynamique. Pourtant le président de la République laisse ce gouvernement se glacer de jour en jour dans l’immobilisme, comme si cela convenait aux attentes mêmes du premier responsable de notre pays. Ensuite, la politique intérieure qui est menée sous la responsabilité du premier ministre et du chef de l’Etat est une politique vide. Vide de substance et vide de sens. Elle est vide de substance parce que les chantiers du président sur laquelle elle devrait se fonder sont en attente d’un financement extérieur pour son lancement, comme si le pays était lui-même trop pauvre pour se prendre en charge et construire son avenir. Pourtant, tout le monde parle de nos richesses qui sont pillées par les voisins et par le système de prédation mis sur pied grâce aux grandes entreprises internationales qui instrumentalisent les « parrains » de Joseph Kabila. Comment se fait-il que les forces extérieures s’enrichissent et construisent leur propre destin économique sur des trésors dont nous semblons ne pas faire cas nous-mêmes? Plus exactement : n’y a-t-il que des forces extérieures pour nous piller ou sommes-nous nous-mêmes les pilleurs de nos propres richesses, avec un président qui a tendance à s’enrichir lui-même et à laisser son camp s’enrichir pendant que le pays s’appauvrit et se délite? Si le pillage organisé de l’extérieur et de l’intérieur est tel qu’il n’est pas possible au gouvernement de rassembler lui-même les moyens et les atouts pour une politique de renaissance et de reconstruction, c’est la preuve que l’immobilisme nous a conduit à une inconsistance qui nous enlève toute substance d’intelligence. Le président de la République devrait être considéré comme le premier responsable de ce système que Jean-Pierre Bemba dénonçait déjà au temps de la calamiteuse transition « 1+4 ». Il faut ajouter que la politique intérieure du gouvernement, sous la responsabilité du premier ministre et du chef de l’Etat, manque de vision. Nulle part, même dans la phraséologie de « cinq chantiers », n’apparaît une volonté de faire du Congo un grand pays. Un pays digne des atouts dont il regorge, qui puisse devenir la locomotive de l’Afrique qu’il doit être et le centre d’impulsion pour un avenir de grandes ambitions, comme on dirait au Cameroun, ou de grandes espérances, comme on dit aujourd’hui à Brazzaville. La vision que le gouvernement, le premier ministre et le chef de l’Etat ont du Congo est tellement étriquée, tellement dérisoire et tellement futile que personne ne songe à se réclamer d’elle dans toutes les forces de la société. Quand, au bout d’une année passée à la tête de l’Etat pour un mandat de cinq ans, le président ose affirmer devant les représentants des deux chambres du parlement qu’il attend encore des moyens extérieurs pour lancer ses chantiers, on ne sait pas s’il faut rire ou pleurer. Le mieux serait seulement de se taire et de constater que le chef de l’Etat n’a pas de vison sur l’avenir qu’il veut construire au cœur de l’Afrique. A-t-il alors sa place au sommet de nos institutions? Je dois dire, enfin, que l’immobilisme, le manque de substance et l’absence de vision dont souffrent nos dirigeants ont pour conséquence une politique intérieure vide de sens pour la communauté nationale. Personne ne sait aujourd’hui quelle signification donner à l’action de Kabila Kabange au sommet de la RDC. Personne ne sait où il veut conduire la nation, à part le fait qu’il s’est décidé à en faire la source de son proche enrichissement, de l’enrichissement de ses collaborateurs et de l’enrichissement de ses protecteurs, au profit du système néocolonial dont il veut servilement suivre les injonctions. Le non-sens de sa politique intérieure apparaît clairement quand le président ambitionne de construire une dictature fondée sur l’action des forces de sécurité. Il fait de son armée et de sa garde prétorienne des instruments de terreur à l’égard de ses opposants les plus sérieux. Il refuse de plus en plus la remise en question de ses options violentes. Il garde en prison des personnes que tout le monde reconnaît comme innocentes, particulièrement les prétendus assassins de Laurent Désiré Kabila. Il criminalise l’Etat et sème la peur de l’empoisonnement dans tous les milieux politiques. Ce faisant, il morcelle l’imaginaire du peuple et fait de la RDC un royaume divisé contre lui-même. Un tel pays divisé de l’intérieur de son propre imaginaire ne peut aller nulle part. Effectivement, par manque d’un principe crédible d’unification intérieure qui peut donner confiance au peuple et développer sa foi en ses dirigeants, la politique ne peut être qu’un sentier qui ne même nulle part, sauf vers le gouffre de la violence destructrice. En plus, notre politique intérieure coupe aujourd’hui les dirigeants du pays de tous nos terroirs vitaux locaux, en laissant ceux-ci croupir dans une misère sans nom. Même dans la capitale du pays, tout le monde voit partout le fossé entre les nouveaux nantis du kabilisme et les laissés-pour-compte du système que sont aujourd’hui les masses misérables qui errent dès le petit matin sur les routes chaotiques de Kinshasa. Le comble de l’immobilisme, du manque de substance, du déficit de vision et du non-sens de notre politique intérieure, c’est qu’aucune initiative de grande envergure n’est prise pour que le peuple puisse avoir confiance en son gouvernement et répondre à des mots d’ordre précis pour ouvrir un horizon de sens qui soit un horizon de développement, de prospérité et de bonheur, grâce à une dynamique d’unité de la nation dans la construction de son présent et de son futur. Je prends Joseph Kabila Kabange pour premier responsable de cette situation. Le gouvernement Gizenga ne fait que participer au manque d’un vrai projet politique qui unirait la nation et lui ouvrirait un horizon à la hauteur de nos atouts. Dans la hiérarchie des responsabilités, les hauts dignitaires du système et les soutiens intérieurs que sont les membres de la majorité présidentielle devraient être aussi indexés dès maintenant, en vue du jour où les uns et les autres devront rendre compte de leur gestion du pays à tout notre peuple. Je n’oublie pas les « parrains » du chef dans les crimes économiques qu’ils perpètrent. Ils sont au cœur de notre crise et au centre de notre chaos. Une politique familiale désastreuse Depuis les vieux mythes du monde antique, il y a des familles sur lesquelles on a l’impression qu’une étrange malédiction s’acharne. Plus près de nous, tout le monde connaît les familles Kennedy aux USA, Gandhi en Inde, Butho au Pakistan. On sait comment la mort y a pris une tragique signification, comme si les membres du clan payaient une incommensurable dette contractée par on ne sait quel ancêtre tutélaire. Yoka Lye Mudaba, grand dramaturge congolais et connaisseur incomparable des tragédies antiques, avait suggéré qu’on interprète aussi le destin de la famille Mobutu selon le même schéma, comme si le Maréchal-Président avait passé sa vie à accumuler les malédictions sur sa tête, avec pour conséquences le drame de la disparition et de l’errance de sa progéniture dans un « fatum » tragique et implacable. La saga des conflits entre les enfants de Laurent Désiré Kabila sur leur filiation réelle avec le patriarche assassiné, la haine que cette saga sème entre cette progéniture aujourd’hui divisée, la logique de la mort que l’odieux et hideux assassinat d’Aimée Kabila a mise en route rien que par le nom même de Kabila que cette femme a porté, tout prend déjà la direction d’une malédiction que la famille risque de porter comme dans les vieilles tragédies antiques. Le président ne semble pas encore sensible à cette malédiction. Depuis qu’il a accédé au pouvoir, il joue à entretenir le mystère sur la réalité des liens entre les membres de la famille Kabila. Il laisse la radio trottoir et l’Internet colporter mille récits et leur contraire, mille légendes et supputations totalement contradictoires. Les Kabila divisés, le complexe de Caïn rôde partout, avec tout le brouillard de mensonges, de trahisons, de crimes de vengeances sans fin, qui font les ingrédients de tous les drames antiques des familles sur qui pèse une insondable malédiction. Je crains que par sa mystérieuse attitude, le président n’attire effectivement cette malédiction sur la famille et que les pouvoirs des ténèbres ne s’abattent sur les Kabila comme ils se sont abattus sur les Mobutu, un clan dont tout le pays connaît aujourd’hui le destin tragique et ténébreux. Quand le sang humain est mis au service d’une dictature pour détruire toute une communauté ou une nation, quand les puissances du mal sont convoquées pour asseoir la volonté qu’a un homme de s’éterniser au pouvoir, tous les initiés savent que les lois implacables du monde des ténèbres finissent par décimer les vivants, ou par les plonger dans la folie, ou par les livrer à l’errance sans fin. Le président ne le sait pas encore. Il faudra que quelqu’un lui lise un soir quelques mythes de l’antiquité grecque : Œdipe, par exemple, ce mystérieux personnage que le sort condamna à se crever les yeux et à vivre dans le regret perpétuel d’un crime dont les dieux seuls connaissaient les ressorts. Si les mythes grecs ne parlent pas au chef de l’Etat, il faudra qu’un des pasteurs ou prêtres qui sont dans ses parages lui relisent le récit de Caïn et Abel, surtout cette étrange et terrible question de Dieu : « Qu’as-tu fais de ton frère? » Même si Aimée Kabila, n’est pas la sœur du président de la République, même si elle n’est pas la fille du président disparu, même si elle n’est qu’une congolaise inconnue dont le nom qu’elle porte n’a rien avoir avec Laurent Désiré Kabila, le simple fait qu’elle porte ce patronyme devrait nous conduire à demander au chef de l’Etat : « Qu’as-tu fais de ta sœur? » Personne n’ose poser clairement cette question. Je sais pourtant qu’elle est sur les lèvres de beaucoup de nos compatriotes. En la posant, j’élève le drame de la famille Kabila au statut d’un symbole antique et vénérable, à la hauteur d’un des plus vieux mythes et des plus beaux textes de l’humanité : le Livre de la Genèse. Si le président se rend sensible à ce mythe et à la substance de ce texte, il saura que le mal, contrairement à ce qui est couramment dit, ne peut pas être le suc de l’action politique. Il inventera pour lui-même une véritable politique du bien, qui le sauvera du mal, lui et sa famille, lui et sa progéniture. J’aimerais dire clairement ici ma conviction profonde : la politique peut devenir le champ du bien en RDC, au lieu d’être le champ du mal qui enchaîne aujourd’hui le chef de l’Etat dans une stratégie catastrophique de maintien au pouvoir. Cette politique du bien est possible, et elle est la voie du salut pour notre pays. Une mégalomanie ruineuse Aujourd’hui, le chef de l’Etat donne de lui-même l’image d’un homme arrogant, méprisant, mégalomane, imbu de lui-même et incapable d’établir des relations de confiance avec les personnes qui s’opposent à sa politique. De jour en jour, le pouvoir et la richesse lui montent à la tête et lui font perdre le sens de la mesure dans la conduite des affaires de la nation. Entre le jeune homme timide et taciturne qu’il était quand il a été désigné pour remplacer Laurent Désiré Kabila et le loup intrépide qu’il veut être aujourd’hui, un fossé se creuse de plus en plus. Ce fossé est dangereux car il lui fait prendre des décisions que n’inspire aucune sagesse. L’attaque contre les troupes de Nkundabatware fut l’une de ces décisions dictées par la folie des grandeurs dont souffre Joseph Kabila Kabange. Avant cette décision désastreuse, le président avait déjà pris une autre : celle qui fut à la base des tragiques événements qui ont contrait Jean-Pierre Bemba à l’exil. Je mets dans la même logique l’emprisonnement du pasteur Kutino et le calvaire infligé à Marie-Thérèse Nlandu dans les geôles de l’Etat congolais. En prenant toutes ces décisions, Joseph Kabila Kabange a révélé sa personnalité de profondeur, ce mélange de machiavélisme, de roublardise, de double langage, de calcul froid, d’instinct d’agressivité et de passion pour la violence destructrice. Tout cela n’a rien à voir avec le calme et la tranquillité que beaucoup avait cru être la personnalité même du chef de l’Etat. Avec la vraie personnalité qu’il révèle maintenant, le Général-Major se manifeste comme un homme dangereux, sans réel contrôle de lui-même, qui peut céder aux impulsions destructrices et conduire la nation à la ruine. La question que je me pose actuellement est celle de savoir par quelle cure le président devrait passer pour pouvoir juguler les pulsions de mort qu’il y a en lui et qui sont, en politique un réel danger dont nous devrions le sauver. Je crains qu’il n’y ait rien à faire et que le Congo soit condamné à subir longtemps encore les affres d’une personnalité troublée par le vertige d’un pouvoir qu’il veut de plus en plus absolu. N’est pas le moment de nous rappeler que le pouvoir absolu corrompt absolument? Godefroid Kä Mana |
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Revised: February 17, 2008