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Lettre à l'éditeur

 
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L'impérialisme rwando-ougandais, occidental, chinois menacent la souveraineté de la Rdc

20 janvier 2008 - Les lecteurs virtuels du journal Le Potentiel ont pu lire dans son édition en ligne du 14 Janvier 2008 la longue interview que l’ambassadeur de la Chine en RDC a accordée aux journalistes Freddy Mulumba et Calude Mukeba. Pour capter l’attention de leurs lecteurs, les deux journalistes ont choisi comme titre ce qu’ils ont considéré comme révélation-clé de leur interviewé : ”L’ambassadeur Wu Zexian : La Chine n’a pas de visées impérialistes”. Je parie que plusieurs autres lecteurs, comme moi ont été attirés par le titre et ont donc consacré un peu de leur temps pour lire cette interview. Il ne serait point d’ailleurs compréhensible si le contraire s’avérait puisque la question des accords RDC-Chine est toujours d’actualité et ne cessera de sitôt de faire couler beaucoup d’eau sous le pont. Dans ce cas, Le Potentiel a eu l’effet qu’il escomptait provoquer auprès de ses lecteurs. Si je choisis de réagir à chaud sur cette interview c’est parce qu’à première vue je me suis senti intérieurement choqué de ce que je crois être une naïveté de la part du journal congolais. Je ne doute point de la qualité des journalistes dont dispose Le Potentiel avec leurs formations variées qui les rendent si bien outillés pour mener des analyses qui nous plongent et replongent quand nous sommes tenté par la lassitude et le relâchement dans la dynamique de la lutte d’un nouveau Congo. Mais il arrive que ce même journal trahisse tant soit peu notre confiance. Naïvement accepter que la Chine n’a pas de visées impérialistes relève de cette trahison de confiance. Peut-être les réalisateurs de cette interview ont une autre analyse de ce dont je les accuse. On peut leur concéder le bénéfice du doute. Puisqu’ils ne peuvent selon les règles journalistiques ajouter des commentaires au texte retranscrit de l’interview, on est en droit d’espérer lire leur analyse sur cette interview dans une autre édition. Dans l’entre-temps, je me fais ce devoir de réagir dès maintenant et au besoin de provoquer leur intelligence au débat. Cependant, le choix du titre de leur interview n’est pas si innocent et laisse deviner leur amen à la déclaration de l’ambassadeur chinois qui a l’air d’un sermon.

Les visées impérialistes sont le lot de puissances politiques et religieuses

Quel est ce pays devenu grande puissance ne peut ambitionner étaler ses tentacules sur les autres? L’histoire de peuples et de nations nous l’enseigne sans équivoque. Il en est ainsi à travers le monde et les siècles. Que cette grande puissance s’appelle la Grèce d’Alexandre le Grand, la Rome de Jules César, les Etats-Unis de George Bush, le royaume de Shaka Zulu, l’empire lunda, kuba ou le royaume Kongo. Les religions partagent les mêmes visées, qu’elles soient l’Islam, le Christianisme ou le Bouddhisme. La chine déroberait-elle à la règle? A moins que les chinois soient habités par le surhomme entièrement habillé par la philanthropie pure, la solidarité humaine. La connaissance de la nature humaine égoïste et propice à la domination des autres ne me laisse pas le loisir d’envisager cette possibilité. Dès lors que les relations entre nations seront toujours bâties sur les intérêts et que les grandes puissances dirigeront ces relations pour se tailler la part du lion, la Chine ne visera pas moins le grand gain dans un déséquilibre criant pour le Congo et les autres pays moins clairvoyants qui pensent le développement comme une course. Que l’on ne s’y méprenne pas. Les visées impérialistes ne se déclarent pas sur la place publique. Le prix Nobel Nigérian de la littérature le dit dans sa critique contre la négritude : « le tigre ne crie pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie ». De même, la Chine ne criera pas son impérialisme. Elle passera à l’acte quand son kaïros viendra pour emprunter le langage de théologiens, c’est-à-dire son heure propice ou favorable. D’abord par les accords économiques. Puis elle procédera par la culture en ouvrant des centres culturels, des centres Confucius, à l’instar des centres culturels français. On s’y inscrira pour apprendre le mandarin. Il s’en suivra l’hégémonie religieuse avec la propagation de la religion bouddhiste par l’ouverture de monastères. Lorsque la Chine aura assuré ses domaines et jugera de son opportunisme, elle se lancera dans la domination militaire pour finalement atteindre le domaine politique ou elle n’hésitera pas à imiter l’Occident pour devenir faiseuse de rois dans les pays du tiers-monde. Comme pour dire la montée en puissance corrompt.

La Chine impérialiste à l’égard du Tibet

L’ambassadeur chinois déclare : « La chine n’a jamais été un pays impérialiste. Au contraire, la Chine s’est toujours montrée très amicale vis-à-vis des autres pays en voie de développement, parce que, nous-même nous sommes sur la phase de développement. La Chine est le plus grand pays en voie de développement…Nous avons une sympathie, en fait, une compréhension des autres pays en développement... Il n’y a jamais eu d’idée impérialiste dans la diplomatie chinoise. Le fait est là. Nous avons apporté beaucoup d’aides aux pays en voie de développement, y compris la RDC sans la moindre arrière pensée. Nous n’avons jamais essayé de dominer ou contrôler ou influencer tel ou tel pays. Au contraire, lorsque nous apportons quelque chose, c’est très sincère”. Seuls ceux qui ignorent l’histoire du Tibet souffrant de l’occupation chinoise peuvent ajouter foi à cette déclaration. L’ambassadeur peut-il nous dire pourquoi le chef spirituel tibétain le dalaï-lama vit en exil? Pourquoi la Chine a toujours menacé de boycotter toutes assises où les participants soulèvent la question de l’autonomie du Tibet? Ce seul exemple suffit pour nous convaincre que l’impérialisme est aussi le lot de la Chine. Les formes de l’impérialisme chinois. L’impérialisme peut revêtir un sens plurivoque car tour à tour on peut le retrouver dans la culture, l’éducation, l’économie et la politique. Pour ne parler que de l’économie, la Chine pratique déjà l’impérialisme. Quand la chine se hâte d’occuper et de tuer les marchés en Afrique pour y régner seule en maître n’est-elle pas une forme d’impérialisme? Le capitalisme ou l’économie globale oblige peuvent objecter certains. Laisser une nation accroître son pouvoir dans une autre c’est hypothéquer le futur social, culturel, économique et politique de cette dernière. La croissance de la Chine au Congo et en Afrique diminuera peu à peu les marges de renforcement de capacités économiques de l’Afrique si on y réfléchit avec des alternatives. La presse congolaise a rapporté des témoignages de traitement dégradant et à la limite raciste dont sont victimes les travailleurs congolais des entreprises chinoises telles que l’hôpital chinois de Limete à Kinshasa pour ne citer que cet exemple. L’éthique infrahumaine chinoise n’est-elle pas une forme d’impérialisme? En effet, l’impérialisme prend naissance dans une attitude de mépris affichée à l’égard d’autres peuples, dans un complexe de supériorité qui fait dire à son auteur les autres doivent manger, s’habiller, parler, prier et penser comme moi. Pour l’instant, la Chine joue sa carte en attendant le moment opportun.

Sortir de la naïveté pour aplanir des vrais sentiers de notre libération intégrale

La réussite de la Chine, de l’Afrique du Sud ou de tout autre pays duquel la RDC voudrait s’inspirer ne doit pas être un motif pour elle de s’y jeter à bras ouverts, sans discernement, recul et bonne évaluation du pour et du contre. D’abord quand on ignore l’histoire d’un tel pays vu comme modèle de réussite, son histoire qui justifie les dynamismes internes de sa réussite, on risque de ne pas atteindre le tiers des réalisations de ce pays. Malheureusement, c’est ce qui arrive au Congo. On voudrait être la Chine d’Afrique tout en ignorant l’histoire de la Chine. On laisse notre avenir entre les mains de l’Afrique du Sud en se fondant sur le phénomène de la réussite de ce pays en ignorant ses faiblesses, ses péripéties et ses visées. Par exemple, le Congo laisse la reforme de son administration publique aux bons soins de l’Afrique du Sud comme si le pays de Mandela était depuis 1994 réputé excellent dans la gestion administrative. Les Congolais qui vivent en Afrique du Sud savent que ce pays a un ministère intérieur appelé “Home Affairs” dysfonctionnel. On amène même de soi-disant experts noirs qui ont une qualification en-deçà du fonctionnaire moyen congolais. Les visées déclarées de l’Afrique du Sud en intervenant au Congo, c’est l’aide à apporter à un pays frère africain au nom de la renaissance africaine. Où sont cette expertise et cette fonction publique congolaise reformée après deux ans? Pourtant la Suède a déboursé huit millions de dollars américains dont seulement deux millions ont été utilisées. Ou est le reste? Pour revenir à la Chine, si ce pays au terme de ces accords apprend au Congo seulement à manger et non à pécher, elle n’aura à rien changé la logique imposée à l’Afrique par l’Occident. C’est-à-dire si la Chine garde sa technologie jalousement sans l’ouvrir au Congo, elle aura déjà jeté les bases de son impérialisme. Le Congo a tout intérêt à sortir de la naïveté pour penser notre avenir avec sérénité comme dit Kä Mana et aplanir des vrais sentiers de notre libération intégrale.

Fleury DALA

Congo_renaissance@yahoo.fr
Johannesburg/Afrique du Sud

 

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Revised: February 11, 2008