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Katanga Mining Ltd conduit les affaires selon la loi congolaise, Pdg

11 juillet 2006 - Ceci est une interview avec le Pdg de Katanga Mining Ltd, Arthur Ditto, parue dans le magazine économique néerlandais "Trends" de Bruxelles, le 29 juin 2006, sous la plume de Erik Bruyland. Dans cet article, Arthur Ditto réfute les accusations des experts selon lesquelles sa société a acquis la concession de la Gécamines pour rien et ne laissera rien pour le peuple congolais. "Il est insensé de vouloir présenter cela autrement qu'une manière normale de conduire les affaires selon la loi congolaise", affirme monsieur Ditto. Ci-dessous, le texte de cette interview et les critiques des experts.

Trends : Le 27 juin, dans la ville minière de Kolwezi, la mine souterraine de Kamoto est passée sous le contrôle de Katanga Mining Ltd., cotée (provisoirement) à la Bourse de Toronto depuis le 8 juin dernier. Katanga Mining obtiendra 100 % des parts de Kinross-Forrest Ltd. (KFL), enregistrée dans les Iles Vierges britanniques. KFL détient 75 % des avoirs de Kamoto Joint Venture, la Gécamines 25 %. Katanga Mining fonctionne via un écheveau de sociétés (Kamoto Joint Venture, Kamoto Copper Company, Kamoto Operating). La même mine de Kamoto avait précédemment, à la fin des années 90, été cédée au groupe minier sud-africain Kumba Resources (Iscor). Kumba avait alors reçu pour le même projet 30 % des parts, qui devaient revenir à 100 % à la Gécamines après dix ans. Aujourd'hui Katanga Mining reçoit 75 % pour une période de vingt ans. Nous avons tenu à poser quelques questions à ce sujet à Arthur Ditto, Président et CEO de Katanga Mining. Ditto a d'abord réagi en disant : “ On m'a conseillé de ne pas vous répondre," mais il a fini par le faire.

Ditto : “ Les 'experts' désignés (ndlr - Robert Crem et les experts miniers congolais) ont un agenda qui va plus loin que la relation objective d'un événement économique particulièrement intéressant. Rien n'a été transféré à Kolwezi ou ailleurs à la Katanga Mining Ltd. Katanga Mining ne fonctionne pas à travers un écheveau de sociétés, elle a acquis Kinross-Forrest Ltd., partenaire de la Gécamines. Cette joint venture a pris forme à travers la création de la Kamoto Copper Company SARL au Congo. Il est insensé de vouloir présenter cela autrement qu'une manière normale de conduire les affaires selon la loi congolaise. “Kamoto Copper Company fonctionne conformément au code minier de 2002 qui comporte des obligations fiscales précises. Nous investissons des centaines de millions de dollars et il nous faudra de très nombreuses années pour les récupérer. Nous aurons atteint le niveau de production prévu dans quatre ans. Je ne connais pas les détails du projet Iscor, mais je sais qu'il datait de 1997 et ne représentait qu'une fraction de nos investissements, vraisemblablement accompagné d'une exonération d'impôts. Il n'a jamais été concrétisé."

Q : Vous avez acquis Kamoto sans appel d'offre public international, comme l'exige la loi congolaise.

Ditto : “ La Gécamines a selon moi rédigé deux offres définissant les conditions d'une joint venture. Nous nous sommes basés sur le nouveau code minier pour les accords commerciaux nécessaires pour attirer des investisseurs importants et procéder à une estimation des bénéfices pour l'Etat."

Q : Vous êtes cotés en bourse. La commission d'enquête parlementaire congolaise dite Commission Lutundula avait demandé au gouvernement de surseoir provisoirement à la cession de Kamoto. Vos actionnaires sont-ils informés du risque financier que cela implique?

Ditto : “Katanga Mining Ltd. est transparente et nous fournissons à nos investisseurs toutes les informations utiles, y compris les risques possibles."

Q : Combien Katanga Mining a-t-elle payé à la Gécamines pour ces gisements miniers et pour l'ensemble de l'infrastructure industrielle utilisée par Katanga Mining?

Ditto : “ La joint venture loue toutes les installations industrielles, qui restent la propriété de la Gécamines. Katanga Mining doit payer plusieurs centaines de millions de dollars pour rénover les usines et les utilisera, les entretiendra et les réparera durant toute la durée de la joint venture." En plus de la mine souterraine (d'une capacité de 150.000 tonnes de cuivre) Katanga Mining exploite en plus quatre mines à ciel ouvert, de sorte que la capacité totale annuelle atteint 400.000 tonnes de cuivre.

Q : Vous ciblez cependant une production annuelle de seulement 150.000 tonnes de cuivre et de 5.000 tonnes de cobalt à partir de 2012. Vous ne vous attendez qu'à un pic éphémère de 200.000 tonnes de cuivre en 2023. Selon Robert Crem, l'homme qui a lancé Kamoto en 1964, on devrait pouvoir y extraire 400.000 tonnes de cuivre d'ici 2016. Ne s'agit-il pas d'une sous-exploitation de ce potentiel minier?

Ditto : “Kamoto n'est pas en mesure de produire 150.000 tonnes par an. Luilu (ndlr - l'usine hydro-métallurgique) a besoin de minerais d'oxyde et de soufre, le premier en provenance de Kamoto, le second d'autres mines, afin de pouvoir produire ensemble à Luilu 150.000 tonnes de cuivre par an. Nous avons consacré des millions de dollars à une récente étude de faisabilité réalisée par des bureaux d'ingénieurs internationaux qui sont de véritables'experts'."

Q : Katanga Mining rapportera d'ici vingt ans au trésor congolais 2 milliards de dollars ou environ 100 millions de dollars par an. C'est beaucoup, et selon Crem il s'agit d'une invraisemblable surestimation.

Ditto : “ Conformément au code minier, l'Etat congolais percevra des royalties et des impôts bien avant que les partenaires de la joint venture ne toucheront des dividendes. Ces montants varieront en fonction du prix du métal. Les montants que vous évoquez s'inspirent des modèles financiers que les experts internationaux jugent atteignables."

Q : Quelles conditions doivent encore être remplies avant que vous ne soyez cotés à la Bourse de Toronto?

Ditto : “ Je ne répondrai pas à cette question

Erik BRUYLAND Erik.Bruyland@trends.be

Les critiques des experts

Valérien Ngoy (expert minier congolais) :

“Des mines sont cédées sans tenir compte des réserves, des études minières menées à bien, ou de l'infrastructure industrielle existante. Il s'agit d'une liquidation frauduleuse pure et simple de biens de l'Etat."

Hilaire Kashala (expert minier congolais) :

“Il suffit de lire leurs communiqués pour constater à quel point ils portent aux nues notre potentiel minier. Ils utilisent cependant nos trésors géologiques soi-disant inexploités et donc 'sans valeur' pour récolter des fonds et pousser à la hausse le cours de leurs actions en bourse."

Patrice Kalamba (expert minier congolais) :

“La constitution impose au gouvernement des objectifs précis, la conclusion d'accords miniers à long terme va au-delà des pouvoirs d'une administration temporaire."

Robert Crem (ancien Pdg de la Gécamines) :

" La vente de matières premières rapporte plus de bénéfices que l'exploitation de mines. J'avais exigé pour la Gécamines une part raisonnable de la commercialisation de nos minerais. L'industrie des non ferreux en Belgique _ soutenue politiquement à l'époque par le Premier Ministre Leo Tindemans (CVP) et d'un point de vue financier et commercial par le Ministre des Affaires étrangères Henri Simonet (libéral francophone) au nom de René Lamy, Président de la Générale _ ne voyait évidemment pas cela d'un bon œil. Mon successeur congolais, un homme compétent que j'avais personnellement présenté à Mobutu, a très vite été conditionné par les intérêts belges. C'est ainsi que l'on a déclenché la débâcle de l'une des entreprises minières les plus importantes au monde, avec pour conséquence la faillite de la Gécamines. “Mobutu s'est toujours opposé à une privatisation de la Gécamines, mais, en présence d'Emile Corbiau, alors gouverneur de la Générale, j'avais réussi à le convaincre de la nécessité de l'opération. Nous allions mettre sur pied un partenariat belgo-congolais. Mais cet accord de principe a plus tard été balayé par René Lamy. “J'ai été choqué lorsque le gouvernement congolais a dépecé la Gécamines en juillet 2005 – en totale contradiction avec toute logique indispensable à un redressement. Les opérateurs miniers sont confrontés à un Etat faible, et le résultat est désastreux. Je me pose beaucoup de questions à propos de l'exploitation actuelle des mines, car on y investi à peine malgré beaucoup d'effets d'annonce. Des minerais disparaissent sans que ces exportations fassent l'objet de contrôles sérieux, via des intermédiaires qui alimentent le marché mondial, renforçant surtout de cette manière la rentabilité d'entreprises extérieures au Congo"

Source : Magazine "Trends"

Autres titres : 

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Revised: July 11, 2006