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60 % d’aide internationale, 1 % de revenus miniers : a quoi ‘joue’ donc la communauté internationale au Congo? 17 juillet 2006 - Il est certes important d’y organiser des élections démocratiques. Mais une gestion responsable des richesses géologiques est encore bien plus déterminante pour l’avenir. Les réserves minières colossales sont le levier financier par excellence d’un redressement économique durable, mais c’est précisément le contraire qui se passe. Et la communauté internationale ferme les yeux. Toute comparaison s’avère boiteuse, mais prenons le cas suivant: vous dérobez les joyaux de la couronne et les oeuvres d’art du palais royal et utilisez en tout ou en partie les gains de ce vol pour y ajouter ça et là quelques chambres en annexe. Pourrait-on parler dans ce cas d’un ‘investissement’ ?Des exploitants miniers ont reçu au Congo les mines les plus riches du monde pour trois fois rien. Ils revendent ensuite avec de plantureux bénéfices les droits d’exploitation à des groupes plus importants (et pas nécessairement à des groupes miniers compétents). Les bénéfices n’aliment pas le trésor congolais, mais se retrouvent sur les comptes de sociétés offshore dans des paradis fiscaux. Un gouvernement de transition non élu bazarde ainsi le patrimoine minier le plus important de la planète en l’absence de tout appel d’offre publique et sans la moindre transparence. Une commission d’enquête parlementaire congolaise qui avait eu le courage d’exposer ce scandale a tout simplement été envoyée promener. Cela n’empêche pas les politiciens occidentaux de parler entre-temps de ‘démocratisation’, de ‘bonne gouvernance’ et de remise de dette. Une procédure mise en place par la Banque Mondiale afin de faire toute la clarté sur cette affaire a été à ce point contrecarrée que la nouvelle équipe de gestionnaires de la Gécamines ne correspondant pas du tout au cahier des charges initial. Le grand patron canadien de la Gécamines Paul Fortin, nommé par la Banque Mondiale, déclare (dans la publication canadienne Corporate Knights): "Je ne suis pas venu ici pour jouer au Sherlock Holmes." Il estime que c’est une “perte de temps d’aller déterrer ces balivernes et de tenter d’élucider les mystères entourant les accords miniers du passé". Un nouveau code minier, introduit par la Banque Mondiale, a été fait sur mesure pour les entreprises minières concernées, de telle manière à rendre inutiles des appels d’offres internationaux. Un budget congolais d’à peine 2 milliards d’euros est constitué à 60 % d’aide internationale. 1 % à peine du montant étant alimenté par les revenus miniers. Même sous Mobutu quelque 30 % du budget provenaient de l’entreprise minière publique Gécamines. Au lieu d’avoir une place sur les bancs des écoles, des milliers d’enfants sont payés une aumône pour creuser la terre à la recherche de minerais. Et chaque jour qui passe apporte son lot de victimes de ce travail. La Gécamines exportait par le passé du minerai de cuivre et de cobalt purs à 99,6 %, alors qu’aujourd’hui cela n’atteint plus que 15 %, ou tout au plus 30 %. Les plus-values, provenant aussi de quantités de métaux précieux non déclarées, sont également réalisées à l’étranger. «C’est un peu comme si on laissait l’exploitation du pétrole aux négociants, aux courtiers,» déclare Robert Crem, ancien patron de la Gécamines dans Trends du 29 juin 2006. Des propriétés minières valant quelque 5 milliards d’euros ont été littéralement offertes ces dernières années à des entreprises privées. Elles ont peu ou pas d’expérience dans ce domaine, ni les moyens financiers pour extraire des minerais dont le Congo et le monde entier auront cruellement besoin. Il ne faudra pas s’étonner d’assister à des situations “boliviennes,” le jour où un dirigeant politique congolais donnera – éventuellement – la priorité à l’intérêt public ou si la population congolaise devait un beau matin laisser éclater sa colère contre tous ceux qui auront laissé faire dans la plus grande passivité. Erik Bruyland Source : TRENDS Autres titres : Bradage minier : Robert Crem
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Revised: July 17, 2006