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Barrage d’Inga, exemple emblématique d’un éléphant blanc 27 avril 2007 - Conçu en 1928 par le colonel belge Van Deuren, le complexe d’Inga présente des caractéristiques hydrologiques intéressantes pour la production de l’énergie électrique. Au niveau des rapides d’Inga, le fleuve Congo subit une dénivellation de 96 mètres sur une distance de 14 kilomètres. Avec cette caractéristique, le site d’Inga est à même de développer une puissance de 44.000 MW. En plus, il y a lieu de signaler que le fleuve Congo a un débit régulier d’environ 42.000 m3 durant toute l’année. Les différentes études réalisées au fil des années ont prévu l’implantation de quatre centrales hydroélectriques sur ce site, à savoir Inga l, Inga II, Inga III et Grand Inga. Actuellement, deux de ces quatre centrales sont déjà en service, il s’agit d’Inga 1 mise en service en 1972 avec une puissance installée de 350 MW et Inga II mise en exploitation en 1982 avec une puissance installée de 1400 MW. La mise en route de ces projets coûteux qui ont lourdement endetté le Congo n’a pas pu être justifiée sur le plan économique. Ce document vise à partager les responsabilités des différents acteurs dans ce déboire économique. Les responsabilités La responsabilité de la déconvenue économique d’Inga repose sur quatre acteurs : les bureaux d’études, l’acheteur qui n’est autre que le pouvoir politique, les bailleurs de fonds et les vendeurs. De nombreux bureaux d’études sont intervenus dans le projet d’Inga. Si tous étaient d’accord sur la viabilité technique du projet, aucun n’a pu démontrer l’intérêt économique du projet, et pour cause il était inexistant. Ce qui explique l’absence de rentabilité du projet. En 1963, un protocole d’accord était signé entre la société italo-congolaise de développement industriel (SICAI) et le gouvernement congolais représenté par le haut commissaire de l’Etablissement public d’Inga. Le protocole réaffirmait « /e désir du gouvernement congolais de passer dans un bref délai à la première phase de la mise en valeur d’Inga » et donnait comme mission à la SICAI l’étude des conditions économiques requises pour la réalisation d’une centrale d’une puissance de 300 MW. Le rapport d’une mission commandée par la SICAI en 1964, présente les conclusions suivantes : « en analysant (le problème du couplage d’Inga avec une usine d’électrolyse de l’alumine) sous l’angle de l’économie générale du pays, il ressort clairement que les bénéfices prévisibles directs et indirects ne sont pas proportionnels aux investissements nécessaires et qu’il serait beaucoup plus intéressant pour le Congo d’affecter le montant de ces investissements à des installations industrielles produisant pour le marché intérieur ». Le rapport de la SICAI recommande l’implantation d’une usine sidérurgique à la place de l’installation d’industries fortement consommatrices d’énergie. Il a tablé sur l’existence de minerai de fer au Katanga, à 1700 kilomètres de là. Il a évoqué aussi le problème d’approvisionnement de l’usine en matière première compte tenu des coûts de transport élevés et de la grande distance qui sépare le Katanga de l’usine. En 1963, avant que la SICAI ne dépose son rapport, une autre étude de la Communauté économique européenne (CEE) est publiée : elle conclut que la mise en route d’Inga au cours des prochaines années ne peut se justifier que si l’on a la certitude que la puissance disponible serait absorbée par des industries grosses consommatrices d’électricité à installer dans le Bas-Congo. Si cette condition ne peut être assurée dans l’immédiat, c’est la réalisation de l’extension de la centrale de Zongo 1 - située également dans le Bas-Congo à une centaine de kilomètres de Kinshasa - qui doit être entreprise sans tarder. Les coûts de la construction de la centrale de Zongo Il étaient estimés à l’époque à 27 millions de dollars par le rapport de la CEE. Ce rapport n’a pas été pris en considération, c’est la thèse de la SICAI qui a eu gain de cause auprès des institutions internationales, notamment la Commission Economique pour l’Afrique des Nations unies (CEA) et le Fonds Spécial des Nations unies qui était chargé de prendre une décision par rapport aux conclusions des deux études de la CEE et de la SICAI. Depuis la mise en service des installations d’Inga, la consommation de l’énergie au niveau national n’a jamais dépassé 25 % de sa puissance totale installée. L’usine sidérurgique de Maluku (SOSIDER) qui a coûté près de 180 millions de dollars était le seul projet industriel ayant justifié la construction d’Inga 1. Les études avaient prévu au départ à Maluku une production de 260.000 tonnes d’acier avec une consommation de 120 MW. Mais après restriction de la production, l’usine ne pouvait consommer que 50 MW. Dans ces conditions, elle ne pouvait plus servir de justification à la construction d’Inga développant une puissance de 350 MW. Pour sa production, l’usine de Maluku était étrangement conçue de manière à utiliser comme matière première la mitraille provenant d’Italie alors que le sous-sol du Katanga contient du minerai de fer. Très vite, la sidérurgie était confrontée au manque de devises pour importer la matière première; d’où les difficultés d’approvisionnement. En outre, il faut souligner l’inadéquation de l’acier produit aux besoins locaux. Compte tenu de toutes ces difficultés, les produits de SOSIDER étaient peu compétitifs par rapport aux produits importés. Le tableau ci-dessous établi par le département de l’économie nationale (Ministère) relevait à la fin 1975 l’écart énorme existant entre le prix des produits SOSIDER et celui des aciers importés (35 à 40 % suivant le type de produits). Notons que l’usine a été mise en service en 1974. Par conséquent, la sidérurgie de Maluku fut contrainte de fermer par manque de rentabilité. Quant à l’approvisionnement du pays en électricité, le taux de desserte nationale est l’un des plus bas au monde : soit 6 % en zone urbaine et 1 % en zone rurale malgré ce potentiel énorme. Selon la Société Nationale d’Electricité (SNEL), l’entreprise qui a en charge la production, le transport et la distribution (commercialisation) de l’électricité au Congo, seulement 250.000 foyers de Kinshasa, ville de plus de 10 millions d’habitants, ont accès à l’électricité, ce qui en dit long sur ce qu’Inga a pu apporter à la population congolaise... Quant à l’acheteur, il s’agit du régime despotique de Mobutu, qui centralise toutes les grandes décisions économiques. Il ne s’intéresse pas au fonctionnement ou à la rentabilité de l’investissement réalisé, mais au profit immédiat qu’il retire de l’opération, c’est-à-dire aux pots-de-vin que le vendeur lui concède. Comme le volume du pot-de-vin est fonction de l’ampleur du contrat, l’acheteur est lui aussi invité à gonfler le coût financier. La centrale Inga 1 devait démarrer avec trois groupes de 50 MW chacun pouvant augmenter le nombre des groupes en fonction des besoins réels. Après sa première visite aux Etats-Unis, le président Mobutu remit en question les dernières hypothèses et décida de démarrer la centrale avec six groupes et non avec trois comme prévu, sans aucune justification, d’où le montant final du projet passé à 163.350.000 dollars. De plus, il commanda la construction d’une ligne électrique à haute tension d’Inga jusqu’à Muanda en prévision de l’implantation d’un port en eau profonde dans cette localité. Mais ni l’un ni l’autre n’ont été réalisés. Mobutu ne s’est pas arrêté là; il a lancé les travaux de la centrale Inga Il et de la ligne à très haute tension à courant continu longue de 1700 kilomètres alors qu’aucun besoin ne l’exigeait. Initialement prévu à 250.000.000 dollars, le coût final de la ligne à courant continu a atteint près de 1.000.000.000 dollars, soit quatre fois le montant initial. En ce qui concerne les bailleurs de fonds, il est inacceptable de constater que les créanciers qui ont accepté de financer des investissements aussi coûteux n’ont pas tenu compte de leur rentabilité car aucune étude n’a pu mettre en évidence l’utilité économique du projet. Cette attitude montre une complicité d’une part entre les créanciers et l’acheteur, et d’autre part entre les créanciers et les vendeurs. A l’évidence, la principale victime de ce système est le peuple congolais qui doit supporter tout le poids de cette dette et ses conséquences. Le vendeur, quant à lui, est le plus souvent en situation de monopole sur le marché, position obtenue par corruption de l’acheteur, par des pressions diverses, ou par des avantages financiers offerts en complément de l’opération principale. Les prix deviennent alors anormalement élevés. Les paiements sont garantis et les créances assurées à presque 100 % par les pouvoirs publics, tant du pays du vendeur que de celui de l’acheteur. Le fait que le produit vendu, en l’occurrence une usine clés en main ou une infrastructure, donne ou non satisfaction à l’acheteur, n’influe pas sur les mécanismes de garanties et de paiements. En effet, les institutions publiques de garanties ne s’intéressent pas à l’objet économique des opérations mais à la solvabilité immédiate de l’Etat acheteur. Le barrage d’Inga est donc bien un exemple typique de méga-projet n’ayant servi qu’à enrichir quelques-uns au détriment du plus grand nombre : c’est un « éléphant blanc ». Vers quel Inga aujourd’hui? Récemment, sur les six turbines (de 50 MW chacune) que compte Inga 1, seulement quatre étaient fonctionnelles. Pour Inga Il, trois turbines (de 174,5 MW chacune) sur les huit étaient en état de marche. Les deux centrales n’opérant qu’à 30 % de leur capacité ne constituaient nullement une source fiable de l’énergie électrique. La SNEL (Société Nationale d’Electricité) chargée, entre autres, d’assurer la distribution de l’électricité éprouve donc beaucoup de difficultés à satisfaire sa clientèle qu’elle soumet à des coupures intempestives et à des délestages fréquents. Nombre de quartiers de Kinshasa sombrent périodiquement dans l’obscurité pendant plusieurs mois et deviennent invivables à cause de l’insécurité et du banditisme. La crise a également atteint les quartiers huppés de la capitale. L’état catastrophique dans lequel se trouvaient les centrales d’Inga s’explique autant par le manque d’entretien du matériel, la carence de pièces de rechange, la vétusté des équipements, les nombreux dommages occasionnés par les deux guerres que le pays a connu que par l’incurie et la corruption de la SNEL, véritable vache laitière des autorités gouvernementales et des dirigeants de l’entreprise. L’argent était prélevé à la source pour servir à des fins privées, maquillées le plus souvent sous le prétexte « d’effort de guerre ». Afin de sortir les centrales hydroélectriques d’Inga de cet état de délabrement généralisé, l’Etat congolais négocia, en mai 2005, un plan de sauvetage et de redressement du site avec une entreprise canadienne : MagEnergy lnc., filiale de la multinationale Maglndustry Corp. Préférée à l’entreprise allemande Siemens, elle fut chargée de la réhabilitation des barrages d’Inga. Les travaux de remise en état de la centrale hydroélectrique Inga II furent lancés par MagEnergy en avril 2006, une partie des travaux étant financés par les fonds propres de l’entreprise. Ces travaux devraient permettre de rendre opérationnelle, dans un premier temps, une turbine d’Inga Il en l’espace d’une année. Pour l’autre partie des travaux, MagEnergy a bénéficié d’un apport de 13 millions de dollars de la Banque mondiale via sa filiale SFI (Société Financière Internationale). Suivrait ensuite la réhabilitation de quatre autres turbines d’Inga Il dont l’exécution complète est programmée pour 2010. Le programme de MagEnergy rendrait possible l’augmentation de l’énergie électrique d’Inga Il d’à peu près 360 MW à 900 MW après l’achèvement des travaux, tout en assurant une fourniture d’énergie fiable et continue. Après Inga Il, MagEnergy projette de s’attaquer à Inga I qui dispose d’une capacité installée de 350 MW. Selon M. Vika di Panzu (PDG de la SNEL), ce partenariat public-privé entre la SNEL et la firme MagEnergy aurait éloigné le spectre de la privatisation d’Inga. Les termes du contrat sont simples : MagEnergy finance les travaux et la SNEL rembourse avec le produit de la vente d’électricité, une fois l’ouvrage en activité. Cet accord est exclusif à MagEnergy et représente le premier investissement direct étranger avec la SNEL. Si ce partenariat semble avoir « sauvé » Inga de la privatisation, il ré duit grandement les prérogatives de la SNEL en tant que compagnie électrique publique de la RDC, propriétaire et gestionnaire des installations hydroélectriques sur le fleuve Congo. Source : Le Potentiel/Cadtm Autres titres : 1965-1989 : accroissement exponentiel d’une
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Revised: April 27, 2007