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La faillite masquée du Katanga : les portes des prisons seront-elles ouvertes?

27 août 2007 - Après avoir accouché d'une sécession, et, depuis dix ans, de la dynastie Kabila, la légendaire et riche province minière du Katanga que d'aucuns appellent « la vache laitière du pays », proposerait un nouveau modèle de reconstruction nationale, incarné par son gouverneur; l’homme des dépenses spectaculairement faites avec son « propre argent » (Est-ce réellement propre?). Un conseiller dans un ministère provincial atteste ce qui suit : « Dans le budget katangais, les fonds attendus du gouvernement central représentent 60 % des recettes. La moitié de cette dotation est accordée maintenant par Kinshasa. Cela veut dire que la province doit produire le solde de 40 % de son budget. Mais jusqu’ ici, il n’y a eu aucune action de mobilisation des recettes locales ». Le gouverneur avait organisé un méga-show à l’occasion de la fête nationale du 30 juin, faisant défiler plus de 80 véhicules : des ambulances, des jeeps tout terrain, des camionnettes et des engins de génie civil. Voici ce qu'en dit Radiookapi. net : « Moïse Katumbi affirme que ces véhicules seront payés à partir de la rétrocession de 40 %. Selon le gouverneur du Katanga, ces véhicules ont été pris à crédit ». Ainsi donc, si les 40 % ne sont pas obtenus le 1er septembre, Katumbi ne pourra pas payer les fournisseurs de touts ces dépenses de prestige. Voilà, au moins, qui lève un coin de voile sur la monter de la pression médiatique autour de « 40 % ».

La troisième République sera-t-elle « moïsiaque »?

Lorsqu’il distribue de l’argent, Katumbi égrène des montants en dollars américains, oubliant qu’il est devenu une autorité publique et qu’il devrait parler de francs, la seule monnaie qui a cours légal. Par ailleurs, d'aucuns s'interrogent s'il faudra arrêter le rouleau médiatique de Moïse ou, comme le suggèrent ses irréductibles, garantir au peuple congolais un nouveau droit constitutionnel à la démagogie et au culte de la personnalité qui accompagnent cadeaux et autres matches de football gratuits. Dans ce débat, le journal La Prospérité déplore que l’on pense à censurer le bouillant gouverneur. On lui aurait même interdit de faire des dons aux nécessiteux. Le journal fustige ces « cyniques qui trouvent du plaisir à voir la population mourir de faim sans aucune assistance. On a affaire à des incompétents qui ne veulent pas voir des dirigeants capables aux commandes de la chose publique ». Parvenu aux commandes en dehors de toute idéologie et de tout combat politiques, l’homme entend imposer ses propres méthodes. Il a déclaré au Soft International : « je ne suis pas un demandeur de postes. Je suis un opérateur économique. Et j’essaie de gérer la province comme je gère mes affaires ». Cette déclaration a, presque, révolté un universitaire katangais pour qui « de tels propos sont anarchistes et subversifs. Il n’ y a jamais de gestion personnelle et irresponsable de la chose publique » dit-il.


                              TP Moïse Katumbi

Le journal La Prospérité croit connaître la raison de l’énervement grandissant envers l’homme le plus médiatisé du Congo : « Les ennuis de Moïse Katumbi ont un lien avec sa dernière prise de position en rapport avec la retenue à la source de 40 % de recettes par les provinces. En effet, craignant de ne pas réaliser les promesses électorales faites à la population, le "gouvernator" a décidé d’appliquer dès ce mois de septembre la disposition constitutionnelle relative aux 40 % de recettes dus aux provinces ». Pour le journal Le Palmarès, Katumbi a dit "non" au premier ministre Gizenga., en ces termes : « moi, je suis allé à Kinshasa, c’était pour réclamer les 40 %, parce que les Katangais ont beaucoup souffert. La Constitution dit qu’on doit retirer à la source les 40 %. Peut-être qu’il y a une deuxième Constitution en République Démocratique du Congo; là je peux accepter. Et moi, je veux retenir le premier. Cela, dès le mois de septembre ». Et comme pour mieux faire pression, le chouchou des médias met dans la balance son propre mandat à la tête du Katanga. Il avait déjà affirmé au Soft International que « si le 1er septembre, je n’ai pas les 40 % comme cela avait été annoncé, je démissionne. » Dans certains cercles intellectuels de Lubumbashi, on s’étonne que ces "sorties" médiatique, du reste qualifiées de "sottises" restent sans réaction, ne serait-ce que parce le gouverneur est peu instruit et qu'il tient des propos décousus et souvent terre à terre. « Tout se passe comme si les gagnants des élections auraient été investis de l’intelligence et du savoir faire! ». On se dit scandalisé par le fait que « Katumbi parle des souffrances des Katangais, alors qu’il étale, avec indécence, de la richesse personnelle ». Ce que confirme Le Soft International en détaillant le train de vie de Katumbi : « son palais s’est transformé. Des meubles dorés ont pris place, certains faisant partie de la commande non livrée passée par certains monarques. Le parc automobile s’ est redressé comme une fusée. Hummer, Mercedes 600 S et CL, Lincoln, à perte de vue... »

Ce que certains milieux intellectuels qualifient de chantage à la démission est diversement commenté. En voici quelques exemples : « une manipulation de plus, une autre forme de la pratique démagogique. Il prépare des boucs émissaires qui seront accusés de lui avoir enlevé les moyens de sa politique... qu'il n'a même pas encore mis en oeuvre de manière durable... Il a été élu pour la démocratisation effective des institutions provinciales. Pour cela, il n a pas besoin des 40 %. On ne connaît rien des comptes mensuels de la province, depuis janvier. Tout baigne dans le flou, sauf les hommages au grand et unique chef. On est en plein néo-mobutisme ». « Parler des 40 % ne signifie rien; on a besoin de connaître la base du pourcentage; ainsi, par exemple, 4 % d'un million de francs valent cent fois plus que 40 % de mille francs. Les provinces bénéficiaient déjà de 15 % qui ont été portés à 20 %. Quels miracles obtiendraient-elles avec les 20 % qui manqueraient à l’appel des fonds? »; « Ce qu’ il faut, c’est de la bonne gouvernance. Mais on s’en éloigne. Katumbi a toujours été dépensier. C’est l’homme des coups. Il joue cette fois avec les finances publiques, comme à une tombola ».

Le Katanga, géré comme une affaire privée et personnelle, se trouverait bel et bien en faillite pour son tout premier exercice budgétaire. Les portes des prisons seront-elles ouvertes? (A suivre)

P. Kabengele

Autres titres : 

Lutte contre la surmédiatisation du gouverneur du Katanga, une affaire de jalousie?
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Revised: August 27, 2007