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Uniformisation, uniformisme et refus de la différence : mission du gouverneur du Kasaï occidental

22 mars 2007 - Après les élections provinciales, au cours desquelles les députés provinciaux et plus particulièrement les chefs coutumiers ont subi des pressions de toutes sortes et ont été corrompus afin qu’ils puissent voter les gouverneurs de provinces dans le camp acquis à l’AMP, il est inquiétant que l’une des premières sorties du gouverneur du Kasaï Occidental fasse mention d’une priorité unique en son genre : « Faire sortir ou casser l’image qu’a le Kasaï Occidental comme étant le bastion de l’opposition politique. » (Lire l’interview de Trésor Kapuku à Kasaï Info sur www.demainlekasai.com du 20 mars 2007). L’une des questions que l’on se pose en lisant cette interview est de savoir si le gouverneur connaît de plus près l’histoire récente de sa province. Pour rappel, après le départ du gouverneur Benoît Tshibwabwa Kapi’a Kalubi - adulé comme ‘Mudishi’ par les populations locales - ce coin du pays a toujours été dirigé par des compatriotes de la mouvance présidentielle : Lubaya, Tshiongo et Mutombo Bakafwa Nsenda. D’où vient alors qu’elle soit qualifiée de « bastion de l’opposition politique »? Ne serait-ce pas parce que cette province où habite la grand-mère du théologien et philosophe congolais Kä-Mana se serait rendu compte (comme elle) que les politicailleurs congolais sont les « batatakaji ba bantu », c’est-à-dire ceux qui président à l’imbécilisation et à la crétinisation des majorités de la population; ou encore les « bena tshididi », les menteurs? Que le Kasaï Occidental soit demeuré « un bastion de l’opposition politique » malgré qu’il ait été géré par les caciques du pouvoir, c’est un signe interpellant : « Nos populations ne sont pas aussi bêtes que les élites politiques et intellectuelles le croient naïvement. »

« Casser cette image » a un prix : que les « bena tshididi » se convertissent en démocrates respectueux des valeurs de dignité, de partage équitable des biens communs, de respectabilité, d’honorabilité, de vérité et de l’Etat de droit. Or les bases sur lesquelles Trésor Kapuku fonde son pouvoir sont plus que viciées : la corruption électorale et la vente des pans entiers du pays; Kabungu serait, après les villages de Ndjokopunda, la prochaine acquisition des marchands prédateurs des terres de nos ancêtres. Comment, dans ces conditions, casser l’image du Kasaï Occidental comme « bastion de l’opposition »?

Et puis, que signifie ‘opposition’ en démocratie? C’est l’institutionnalisation de la liberté nécessaire à la garantie de l’exercice du pouvoir légitimé par les urnes. Cette liberté institutionnalisée à travers la reconnaissance des partis de l’opposition a son corollaire au sein de la société civile : l’exercice de la liberté d’expression et d’opinion s’incarnant dans la vigilance citoyenne comme lieu de l’évaluation critique de la confiance des citoyens et des citoyennes ayant accordé leurs voix aux élus. Comme cette confiance est à refaire en permanence, l’institutionnalisation de la liberté et la lutte pour la sauvegarde des libertés humaines fondamentales (dont la liberté d’expression et d’opinion) est l’un des devoirs incontournables d’une démocratie digne de ce nom. « Casser ces valeurs », c’est combattre la démocratie et instituer la dictature ou le règne des oligarques prédateurs comme c’est le cas au Congo. Donc, créer gouverneur de province sur base de la promotion des anti-valeurs, Trésor Kapuku n’étonne pas quand il affirme qu’il va « faire sortir ou casser l’image qu’a le Kasaï Occidental comme étant le bastion de l’opposition ».

Ce travail participe de l’auto-flagellation à laquelle se livrent depuis tout un temps certaines filles et certains fils du Kasaï pour faire plaisir (et porter les mallettes de) à ceux et celles qui, pour en faire des laquais à vie, les trouvent iconoclastes, vantards, « bena dimanya », capables de dire ce qu’ils pensent sans passer par quatre chemins, etc. Ces filles et fils indignes du Kasaï peuvent, après avoir été exclus d’un gouvernement dit de représentativité nationale, faire de la lutte contre le désir d’autodétermination une priorité politique. C’est simplement triste!

La mission assignée à Trésor Kapuku est révélatrice de tout un esprit : la boulimie du pouvoir caractéristique de l’AMP et destructrice des bases saines de la refondation d’une république digne de ce nom. Il y a plus. Trésor Kapuku ferait partie de tous ces jeunes politiciens congolais ayant encore besoin de s’instruire pour savoir ce que signifie « créer politiquement ». Quand il affirme qu’il veut prouver à la face du monde que le Kasaï Occidental « est une province comme toutes les autres, résolue à pouvoir travailler la main dans la main avec l’autorité centrale et le pouvoir provincial », il tombe dans le défaut de l’uniformisation, de l’unanimisme, du refus de la différence. Etre comme toutes les autres provinces n’inclut pas que le Kasaï Occidental n’ait pas ses particularités locales, ne fût-ce que celle d’être « le bastion de l’opposition ». A ce point nommé, la kabilisme (II) ne serait pas du tout différent du mobutisme dont « papa bo moko » était un principe uniformisateur de surplomb avec tout ce que cela impliquait comme militantisme clientéliste à la base. Donc, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Et ce n’est pas pour demain…

Il serait utile que le gouverneur du Kasaï Occidental sache que « créer politiquement » en travaillant main dans la main n’exclut pas que les parties en cause partent d’un désaccord qui soit fondateur. Et puis, comment justifierait-il le fait qu’une province riche en diamant, exploité au seul bénéfice de Kinshasa, vivant dans l’obscurité, sans eau, sans électricité choisisse de caresser dans le sens de leur poil les fossoyeurs de son économie et les affameurs de ses filles et fils?

En attendant qu’il donne les preuves d’un usage local rationnel des fruits de la terre et du travail des filles et fils du Kasaï Occidental, Trésor Kapuku ferait mieux de revoir sa mission prioritaire.

Les dignes filles et fils du Kasaï Occidental lutteront pour leur autodétermination dans la diversité de leurs opinions et idéologies. Ils ne se laisseront pas prendre, pour aucune raison au monde, dans le piège uniformisateur des oligarques prédateurs, chiens de garde de la mondialisation néo-libérale.

J.-P. Mbelu

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