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Mondialisation marchande : le néo-libéralisme est un fondamentalisme

24 mars 2007 - Le néo-libéralisme est un fondamentalisme. Il est une religion fondamentaliste du ‘tout marché’ ayant pour piliers la privatisation, la déréglementation et la libéralisation. « Son pape et ses cardinaux » sont à Washington et se sont recrutés parmi les concepteurs du Consensus de Washington. Il a des « petites mains » chargées de convaincre les sceptiques ne croyant pas que toute la vie des humains soit fondée sur le marché concurrentiel et compétitif qu’ils sont dans l’erreur, qu’il n’y a pas d’alternative au marché. Ces « petites mains du capital » sont « les missionnaires » infatigables du marché. Souvent, ils montent dans deux ou trois avions par mois ou par semaine pour que « la bonne nouvelle du marché » atteigne les coins et les recoins du monde. Là où cette « bonne nouvelle » commence à porter des fruits de bâillonnement de la parole plurielle nommant la bête comme étant « un flux mouvant et réorganisateur » au pouvoir ensorceleur inimaginable sur « les collabos » et autres laquais, « les petites mains » crient à l’émergence d’une démocratie « encore fragile ». Elles créent des réseaux d’où, en bons tireurs de ficelles, ils demeurent tapies dans l’ombre, sûres qu’elles ne seront jamais vues quand ils opèrent par leurs laquais interposés.

Souvent recrutées parmi les hommes et femmes politiques du Nord, « ces petites mains » se servent des réseaux d’élite politique et économique du Sud pour théâtraliser « l’évangile du tout marché » à travers des élections présentées comme transparentes, libres et démocratiques dont elles sont les seules à vanter les mérites.

Le comble est que malgré les apparences, au Nord, elles constituent une menace sérieuse contre les libertés fondamentales mettant l’idéal démocratique et ses fondements en danger. Ayant avalisé et plébiscité la Déclaration universelle des droits de l’homme stipulant que « la volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics », elles sont au service de tout ce qui concoure « à corseter cette volonté et à la manipuler avec une force inégale par le passé : l’imbrication des puissances de l’argent et des médias qui aboutit à falsifier l’information; les experts, plus ou moins indépendants, qui envahissent les cabinets ministériels et parasitent l’expression de l’intérêt général; la crise sociale qui atomise l’espace public; des responsables politiques, de plus en plus coupés des électeurs, qui cherchent davantage à faire les coups médiatiques qu’à lutter contre les inégalités… » (A.-C. ROBERT, Ce qui menace les libertés, dans Le Monde diplomatique. Manière de voir, numéro 92 avril-mai 2007, p.5. Pour Anne-Cécile Robert, « ces dérives atteignent l’ensemble des pays occidentaux. D’autant que la mondialisation, en fragilisant les Etats, met en cause certaines des libertés que les peuples avaient acquises. » (Ibidem)

Dans ce contexte de la mondialisation marchande menée par « les petites mains du capital » du Nord, le ridicule n’existe plus. D’où les dégâts dits collatéraux (dont nos multiples morts) qu’elle cause au Sud par ses « missionnaires-petites mains » interposés.

Le cas du Congo

Sans que les objectifs assignés à la transition (dont le brassage de l’armée et la réconciliation des Congolais (es)) aient été réalisés, « les missionnaires du marché » ont convaincu tant bien que mal 17000.000 de Congolais (es) que les élections étaient la panacée pour que la paix soit recouvrée, que les emplois soit créés et qu’enfin le bonheur collectif soit partagé. Commissionnaires des marchands d’armes, ils ont choisi de coopérer avec les seigneurs de la guerre comme les uniques partenaires capables de faire du Congo un marché démocratique. Ils ont, forts de leur foi en leur « dieu-argent », combattu pour que « les hérétiques », c’est-à-dire ceux et celles qui croient encore à la fraternité, à la redistribution équitable des richesses communes et aux vertus du dialogue dans le règlement des différends entre les membres d’une même communauté, soient exclus de la course au marché des dupes. Ils ont mis « le paquet » pour que les laquais acquis à la cause du marché soient capables d’acheter les consciences et les hauts postes de la gestion de la chose commune de la troisième république à moindre frais. Croyant qu’ils ont réussi leur coup après la mascarade électorale ayant abouti à plébisciter « leurs collabos » comme ayant gagné le pari de sauvegarder les intérêts marchands de leurs réseaux au sommet de l’Etat congolais, ils ont vite crié à l’émergence de la démocratie (formelle) au Congo.

Ils n’ont pas cru un seul instant que tous les systèmes ne tournent pas toujours rond. Et qu’il faut régulièrement colmater les brèches. Petit à petit, les Congolais (es) s’éveillent. Ils voient que le Congo se vend à moindre frais par pans entiers : Ruthuru, Ituri, Kahemba, Ndjokopunda, Kabungu, Miba, Gécamines, etc. Dans un système de prédation que l’on croyait bien ficelé, il y avait « un intrus » capable de dire que le Congo n’est pas menacé à partir de Kinshasa mais de l’Ituri, du Sud-Kivu, de Kahemba et de Kabungu. Ce monsieur, reconnu officiellement comme chef de l’opposition, Jean-Pierre Bemba, devait à tout prix être mis hors d’état d’agir : il parle facilement en lingala, il maîtrise bien des dossiers et les chiffres nécessaires à la reconstruction du Congo, il connaît le Congo et l’histoire de ses récentes turpitudes de plus près, il constitue un danger permanent pour ceux qui croyaient qu’en lui promettant les avantages liés à son rang d’ex-vice-président de la république, ils allaient le faire taire et fermer ses chaînes de télévision.

En effet, Jean-Pierre Bemba n’est pas un saint. Il a un passé de seigneur de guerre. Mais pas moins que Kabila. Il est un peu triste que lui seul soit présenté à travers les médiasmensonges comme un ex-rebelle et l’actuel président comme étant presque sans passé. Et pourtant, des documents historiques existent attestant que Joseph Kabila est un dangereux personnage. Sa chance, si l’on peut ainsi parler, est d’être un maillon sérieux de la chaîne de la mondialisation néo-libérale et prédatrice.

Il est quand même écoeurant que pendant que la communauté dite internationale prône la solution politique à la crise secouant actuellement le Congo, le fameux gouvernement de la troisième république opte pour une solution juridique en lançant un mandat d’arrêt à l’endroit d’un chef de file de l’opposition institutionnelle ayant avoué à plusieurs reprises qu’il ne pouvait pas se débarrasser de sa garde rapprochée parce qu’il se sentait en insécurité.

L’histoire se répète. Au Congo, le marché est si juteux que les éventuels trouble-fête, à l’instar de Lumumba, doivent être mis hors d’état de parler.

A ce sujet, si W. Swing s’est époumoné à nous informer qu’il était en contact permanent avec le Sénateur Bemba et le gouvernement, c’est parce que, semble-t-il, les solutions politiques n’avaient pas été épuisées. De l’inépuisement des solutions politiques à la prise de décision judiciaire, il y a un pas que les actuels gouvernants du Congo auraient pu éviter de franchir s’ils tenaient à l’émergence de la démocratie dans ce pays.

Il est révoltant que le mixage des milices de Nkunda (à l’est du pays) soit négocié au Rwanda et que les desiderata de Bemba soient étouffés dans la frustration des populations kinoises et dans le sang. Reste à savoir si ce théâtre n’aura pas servi à couvrir le mixage des milices de Nkanda avec les FARDC, l’occupation illégale de Kahemba par les angolais et du nord de Kisangani par les Mbororo du Soudan, la vente des pans entiers du Kasaï et du Katanga aux marchands prédateurs et le manque criante de vision pour le nouveau gouvernement.

En effet, Kinshasa la rebelle n’ayant pas voté majoritairement pour Kabila devait être un jour le théâtre de la violence pour qu’elle rentre dans les rangs. Tous les lieux ou les mouvements capables de provoquer « l’insurrection des consciences » face aux dérives des oligarques au pouvoir sont ou seront traqués pour que la peur du pire règne. Ainsi, les réseaux d’élite politique et économique pourront-ils régner sans partage. Vive la mondialisation marchande! Vive « les petites mains du capitale »! Vive « l’évangile » du marché! Honte aux parrains de la démocrature congolaise et à ses laquais! (à suivre)

J.-P. Mbelu

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Revised: March 28, 2007