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La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux |
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Le marché politique, l’Etat et le besoin d’action collective 9 avril 2007 - Est-il vrai que tous les pays où les élections sont organisées à n’importe quel prix amorce le début de leur système démocratique? Non. Le Congo est devenu une « une démocratie formelle », « le Congo est une jeune démocratie », « donnons une chance à la démocratie congolaise », etc.; voilà des « professions de foi » sans fondement débités par les mafieux internationaux et leurs laquais congolais sans que les faits viennent confirmer ces allégations mensongères. Un pays vendu en petits morceaux aux mafieux du monde entier, soumis à une insécurité tant alimentaire, intellectuelle que politique, un pays envahi par ses voisins prédateurs ou « non-payés » pour les services rendus dans la conquête de l’espace marchand congolais, un pays dont le programme du gouvernement est un copié-collé des programmes d’ajustement structurel « consolidés », peut-il prétendre avoir fait le premier pas de la démocratie? Nous ne cesserons d’en douter. Le marché politique et l’américanisation du monde Un autre fait marquant au Congo est que le nombre de compatriotes inquiet par la croissance exponentielle des victimes de la violence devient au jour le jour plus important. Les analyses faites au sujet de cette violence sont, pour la plupart, très pertinentes. N’empêche que nous puissions indiquer que certaines de ces analyses semblent s’appesantir, malgré la complexité du cas congolais, sur des épiphénomènes, c’est-à-dire sur la petite pointe visible de l’iceberg de toute une politique économique fondée sur un marché libre autorégulé. Une vérité qui, aujourd’hui crève les yeux, est les valeurs démocratiques ne sont pas monnayables. Elles se cultivent par l’éducation, l’information et la formation; par l’engagement dans des trajets d’apprentissages où, avec et à partir des autres, localement, on reconquiert les savoirs disqualifiés par « les bien pensants » mais jadis porteurs de vie. Vouloir transformer par la magie des billets de banques les seigneurs de la guerre en hommes d’état s’est révélé être une entreprise ruineuse du Congo. En un mot, le marché politique a échoué au Congo. Attendre qu’il s’autorégule à l’issue des guerres citadines organisées par ces seigneurs de la guerre et de l’insécurité qu’ils entretiennent est suicidaire pour nous malgré les pronostics optimistes des partisans du « tout marché ». Notre misère intellectuelle devient manifeste quand nous continuons de parler l’émergence d’ « une jeune démocratie » et/ou d’ « une démocratie formelle » là où tout le décor est planté pour que les oligarques sans foi ni loi instaurent un pouvoir à la fois autocratique, tyrannique et dictatorial. Bon Dieu! Comme il est plus compliqué de dés-apprendre que d’appendre! En effet, du moment que ceux et celles qui, sans effroi, croient être « la tête pensante du monde » font de la démocratie une affaire de gros sous, gérée de l’extérieur, il faut creuser un peu plus profondément en questionnant le mode opératoire des commanditaires d’une telle opération. Donc, nous avons encore besoin d’analyses et de beaucoup d’analyses pour former et informer notre opinion publique nationale sur les tenants et les aboutissants d’une pratique démocratique dévoyée. Quand nous affirmons chez nous que l’Union Européenne a investi beaucoup d’argent pour que le Congo organise des élections libres, transparentes et démocratiques, il aurait été aussi sage de nous interroger sur l’identité de l’Union Européenne. Elle n’est ni une entreprise caritative, ni une union politique. Du moins jusqu’à ce jour. Comment une Union Européenne qui n’est pas à ce jour une union politique -la France et les Pays-Bas n’ayant pas avalisé le traité de Constitution européenne- peut-elle soutenir un projet politique? En effet, jusqu’à ce jour, l’Union Européenne est une union économique en quête des marchés juteux. Elle est gérée par des commissaires affirmant comme Peter Mandelson en 2002 : « Nous sommes à présent tous thatchériens. » (S. GEORGE, Nous, peuples d’Europe, Paris, Fayard, 2005, p.119). Et « être « thatchérien », c’est quoi exactement? (…) C’est croire à la liberté des marchés, au monétarisme, à la privatisation, aux réductions d’impôt pour les plus fortunés; c’est se dresser contre les syndicats et honnir le Welfare State, cet « Etat-providence » (Ibidem, p.120), promoteur du bien-être commun. Donc, cette Union obéit à des principes économiques on ne peut plus claires : « La croissance et l’efficacité du capitalisme prime tout; toutes les autres valeurs doivent être sacrifiées. La concurrence sur le marché (…) se traduira par une efficacité maximale car le marché est le meilleur répartiteur de ressources, quelles qu’elles soient : naturelles, manufacturées, financières ou humaines. De plus, le marché est capable de s’autoréguler, et on ne doit pas interférer dans son fonctionnement. » (S. GEORGE, Le rapport Lugano, Paris, Fayard, 2000, p.310.) L’Union Européenne promeut la liberté économique comme étant la seule à avoir droit de cité. La liberté politique permettant aux citoyens de se mêler des affaires de la cité, la liberté intellectuelle permettant l’expression des toutes les opinions tant que celles-ci n’empiètent pas sur la liberté d’expression d’autrui et ne nuisent pas à la collectivité et la liberté personnelle entendue comme capacité de jouir de la propriété privée sont reléguées au dernier plan. Pour les « thatchériens » désormais « maîtres du monde », « la liberté personnelle et la liberté économique sont indissociables ; elles sont synonymes de liberté d’entreprendre, de disposer de ses revenus et de sa propriété comme on l’entend, de ne pas être sous la tutelle de l’Etat ou d’une autre autorité publique ou privée. » (S. GEORGE, Nous, peuples d’Europe, p.124) Ils sont en train de fabriquer, de créer un monde où le marché est souverain. A ce point nommé, les milieux d’affaires et leurs experts constituent l’autorité décisionnelle. Aux U.S.A. comme en Europe, les peuples sont les jouets de la politique économique de la « déesse » M. Thatcher et du « dieu » Reagan, parrains du Consensus de Washington. Et comme l’américanisation des milieux d’affaires européens est un fait avéré, l’approche traditionnelle des valeurs fondatrices de la société a cédé toute la place au marché. En Europe comme aux U.S.A., les peuples, dans une bonne majorité, sont « remodelés », formatés selon les valeurs marchandes. (cfr J. STGLIGTZ, Quand le capitalisme perd la tête, Paris, Fayard, 2003 p. 374).L’usage de la violence et le déni des libertés fondamentales servent à l’atomisation de la société et à la destruction de toute cohésion sociale. « Petit à petit, en l’absence de cohésion sociale, la société elle-même deviendra invivable. » (Ibidem)Ceci permet aux individus atomisés d’être des « consommateurs » fragiles et corvéable à souhait par un Etat pris en otage par les milieux d’affaires et/ou à leur service. Si le « centre », dans ses classes moyennes, souffre de la montée du « turbo-capitalisme » dont ses classes possédantes sont les initiateurs, « la périphérie » n’en est pas épargnée ; à l’exception des oligarques-laquais. Bref, disons qu’ « aujourd’hui, (.. .) le turbo-capitalisme s’efforce d’imposer un modèle unique. Il cherche à balayer les différences : il homogénéise le monde en vue de réaliser un gigantesque marché pour les multinationales et les lobbies. » (L. CANFORA, L’imposture démocratique. Du procès de Socrate à l’élection de G.W. Bush, Paris, Flammarion, 2003, p.56). Et politiquement, la démocratie devient un concept superficiel mangeable à toutes les sauces posant au quotidien la question de savoir comment « la ligue des élites prédatrices du monde » en arrive à l’imposer à l’opinion publique de la plupart des pays du monde comme étant une voie sans autre alternative. A la suite de Luciano Confora, nous estimons que la politique du monde est influencée par « la modification radicale intervenue dans la seconde moitié du XX ème siècle, dans le partage des pouvoirs au sommet des pays qui comptent : la transmission de l’autorité décisionnelle aux « experts monétaires », et donc aux grands instituts de crédit dépourvus de toute « légitimation électorale ». Et ce sont eux qui exercent le pouvoir, lequel revient désormais au capital financier et aux stratégies établies par « les experts » » (L CANFORA, o.c., p. 49) Dans un monde où le marché libre et souverain est géré par « le capital financier », les hommes politiques servent souvent de garçons de course, de « petites mains » au service des « experts monétaires » quand ils ne participent pas de cette politique économique génératrice des oligarques gérant les cités à la fois comme monarques, tyrans, autocrates et dictateurs sans que la coloration démocratique de cette gestion indigeste remette en question les faits. Au Congo, la guerre dite de libération a coïncidé avec la naissance et/ou la montée d’une classe de nouveaux riches et des oligarques prédateurs, laquais du « turbo-capitalisme ». Donc, la décolonisation aura conduit à la mise sur pied de nouvelles formes de dépendance plus subtiles et plus efficaces. Car « le turbo-capitalisme » ne survit que par la domination d’autres mondes en ayant pour armes : « l’implication des élites locales, la naissance des pôles de prospérité et d’efficacité, l’exploitation des rivalités tribales » (Ibidem, p. 123), l’organisation des élections truquées dont les vainqueurs sont connus d’avance, etc. Il faut l’avouer, « le turbo-capitalisme » participe de l’américanisation du monde. Que les élections truquées et trafiquées du Congo soient qualifiées de « démocratiques, libres et transparentes » est un signe évident de cette ère de l’américanisation du monde. Aux U.S.A., Joseph Stiglitz témoigne : « Même si nos voix ne s’achètent pas et ne se vendent pas ouvertement, ceux qui voulaient qu’il y ait un marché politique, où se négocieraient l’achat et la vente des personnalités politiques, l’ont emporté. » (J. STGLITZ, o. c., p.364) Tchatchérisation et américanisation du monde par « le turbo-capitalisme », tel est le phénomène tendant à ne souffrir d’aucune alternative. « Ses missionnaires » sont intransigeants quant à la violation de ses dogmes fondamentaux. Marcher à l’encontre de ceux-ci coûte la torture et la mort. L’Etat et le besoin de l’action collective Au « centre », « les empêcheurs de penser en rond » sont d’avis que « la démocratie ne se limite pas à la tenue périodique d’élections. Elle implique une participation réelle à la prise de décision, un processus de délibération où les idées et les voix des uns et des autres sont entendues et prises en compte. » (Ibidem) Certaines ONG et les autres organisations de la société civile, plus particulièrement le monde associatif apportent une contribution de taille au dépassement de cette conception électoraliste de la démocratie. Certaines coopératives agricoles, au « centre » ont été des alternatives fiables à l’échec du marché. Ces ONG et coopératives se sont rendues à l’évidence que « le besoin d’action collective est manifeste, mais l’Etat n’est pas le seul moyen d’agir collectivement » (Ibidem, p. 369.Nous soulignons) et que « l’Etat, certes, ne résout pas toujours les problèmes qu’il décide de régler. Il existe des échecs de l’Etat comme il existe les échecs du marché. » (Ibidem, p.368. Nous soulignons.) « La périphérie » a des leçons à tirer des efforts déployés par les ONG et les coopératives et tout le monde associatif du « centre ».Certes, c’est un secret de polichinelle que d’affirmer que certaines ONG du « centre » et de « la périphérie » servent les intérêts du « turbo-capitalisme ». Cela étant, il est important d’approfondir avec certaines ONG et autres organisations de la société civile du « centre » des solidarités qui soient bénéfiques et pour « le centre » et pour « la périphérie ». L’exemple que vient de donner l’ONG « Survie » d’Odile Tobner en France est illustratif d’une des nouvelles voies engageant dans un trajet d’apprentissage à approfondir afin de mettre hors d’état d’agir les oligarques africains laquais de l’ordre ultra-libéral du monde. En effet, « Survie » s’est engagée à traduire en justice les dictateurs et prédateurs africains pillant les richesses de leurs pays, appauvrissant leurs populations et achetant des immeubles au « centre ». Denis Sassou Nguesso et Omar Bongo sont dans la ligne de mire. Un autre exemple est donné par les associations catholiques belges. « La Commission Justice et Paix Brabant wallon, Entraide et Fraternité Brabant wallon et pax Christi Charleroi (en Belgique) ont constitué un groupe composé d’africains et de belges travaillant sur la situation post-électorale et la consolidation de la démocratie au Congo dans la nouvelle coalition belge sa place et pourrait influencer les grandes organisations internationales. » (cfr Lettre d’invitation au débat public sur la RDC) Ces associations belges ont rédigé un mémorandum adressé aux partis politique belges (le PS, le CDH, le MR et Ecolo) et dans lequel elles font des propositions concrètes pour un meilleur devenir congolais et proposent un débat (à Louvain-La-Neuve entre le 10 et le 15 mai) auquel prendront part les acteurs politiques impliqués dans l’histoire récente du Congo comme Louis Michel et André Flahaut. En effet, « le turbo-capitalisme » a pris son envol au Nord et a produit des effets nocifs au Sud et au Nord. La lutte contre « ce monstre » réussira a produire « moléculairement » des effets bénéfiques pour le Nord et le Sud dans ces interstices que créent les citoyen (nes) du Nord et du Sud. Et « l’ une trans et multinationale » missionnaire des valeurs de solidarité, de fraternité et de dignité pouvant constituer un contrepoids dans la balance où « la bête » pèse encore lourd demeure, en général, l’église dans sa diversité et en particulier, l’église catholique. Sa capacité d’associer les tribus, les ethnies et les races, les philosophies et les politiques semblables et différentes dans la lutte pour le triomphe des valeurs d’humanité se passe de plus en plus de commentaire. Le souhait est que ses prophètes l’aident à rompre avec ses démons du passé. Il lui sera peut-être continuellement exiger de sortir de la sacristie pour aller à la rencontre de tous ces hommes et de toutes ces femmes épris de bon sens, de paix et de justice et fabriquant des collectifs d’auto-support résistant à l’ordre ultra-libéral. Tel est la lutte où l’église du Congo a tout à gagner si elle veut participer sérieusement au devenir d’un autre Congo. Sa fragilité au Congo peut être compensée par un travail en réseau réalisé avec ses sœurs établies dans les espaces où la liberté de pensée et d’expression est tant soit peu garantie. Car il n’y a rien à attendre du « conglomérat d’aventuriers » au pouvoir actuellement au Congo. Les deux ou trois exceptions « des gens bien » sortant du lot est une exception confirmant la règle. J.-P. Mbelu |
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Revised: April 19, 2007