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24 avril 1990 au 24 avril 2007 : Une lecture à grands traits de notre histoire immédiate

24 avril 2007 - Quand le 24 avril 1990, après son discours sur l’ouverture du pays à la démocratie, Mobutu verse des larmes en demandant à ses auditeurs de comprendre son émotion, plus d’un congolais croyant naïvement à ce théâtre de mauvais goût ont pensé que le ton était donné pour que plus jamais rien ne soit comme avant. Mais rares étaient ceux et celles d’entre nous qui se posaient la question si les conditions de possibilité de la marche vers une démocratisation qui fasse la part belle à l’émergence d’une société fondée sur les valeurs humanistes et soucieuse du bonheur partagé étaient réunies. Seront-elles réunies un jour ou il faudra les créer et les recréer localement et/ou à partir des interstices où le combat contre l’ordre ultra-libéral s’internationalise? Notre devenir commun dépend de la façon dont ces questions nous mettront ensemble pour chercher des réponses porteuses de vie. Mobutu forcé par la détérioration des conditions de vie interne du pays, par les pressions de la société civile, par les luttes d’autodétermination de quelques partis politiques de l’opposition dont l’UDPS, par les changements géostratégiques induits par « les maîtres du monde » et lâché par ses « amis » américains, français et belges avait senti, dans sa chair, qu’ « un fruit tombe quand il est mûr » et que « devant l’ouragan de l’histoire, mûr ou pas mûr, il tombe quand même. » Produit des puissances hégémoniques et prédatrices extérieures au Congo-Zaïre, il se réalisait, médusé, que ses « amis » d’hier le trouvait indésirable et qu’ils avaient découvert d’autres « amis » mieux outillés pour protéger leurs intérêts géostratégiques et contribuer à l’expansion de l’ordre ultra-libéral du monde.

Ces puissances utiliseront encore « leur produit » pour anéantir les efforts des compatriotes réunis en « Conférence Nationale Souveraine » pour essayer de trouver une issue viable à la situation catastrophique du pays. Avec la complicité des Zaïrois (es) initiateurs de « la troisième voie », « la montagne avait accouché d’une souris » et « les martyrs chrétiens » du 16 février 1992 ne seront que la preuve supplémentaire de la descente du pays aux enfers.

Un peuple clochardisé matériellement, intellectuellement, culturellement et « imaginairement » a subi, par ignorance, par action et/ou par omission, le jeu des taupes politiques, le diktat « des hommes de la rigueur » chargés de la réalisation des programmes d’ajustement structurel du Fonds monétaire international, l’esprit de lucre des généraux participant de la déliquescence de l’armée jusqu’au jour où « un conglomérat d’aventuriers », manipulé par « les faiseurs des rois » ayant pour « gendarmes » en Afrique Centrale le Rwanda de Kagame et l’Ouganda de Museveni fera irruption au Zaïre sous la fausse dénomination de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (du Congo).

D’alliance, ces forces n’avaient que l’apparence : elles sont nées sur l’élimination physique de leur « véritable initiateur », le compatriote Ngandu Kisase et de beaucoup d’autres compatriotes résistants, « ennemis » des intérêts ultra-libéraux.

Après Mobutu : une même aventure

Après Mobutu, notre pays allait encore vivre l’aventure des filles et fils de notre peuple manipulés par l’extérieur pour annihiler tous les efforts conjugués par « le petit reste » au cours de ses luttes pour l’autodétermination. « Ces nouveaux prédateurs » vont initier des « réseaux d’élite » mafieux difficiles à identifier et dont le mode de fonctionnement est fondé sur le pillage des ressources du sol et du sous-sol congolais et la violence. Ils ont été à la base d’une des plus grandes guerres que le monde ait connu après la deuxième guerre mondiale. Elle a fait plus de 4000.000 des morts. Les différents dialogues initiés pour rompre avec la logique guerrière n’ont été que de l’eau sur les plumes d’un canard. C’est la guerre d’agression qui a porté certains de ses initiateurs au pouvoir par la magie des urnes; c’est-à-dire par une mascarade électorale pendant laquelle la corruption, la fraude, les bourrages d’urnes et l’achat des consciences ont réussi à « légitimer » quelques membres de ces « réseaux d’élite » mafieux aux plus hauts postes de commandements au Congo en les présentant comme « les faiseurs de la paix ». Tous les rapports initiés par les organismes tant nationaux qu’internationaux n’ont fait qu’enfoncer le clou en mettant à nu l’implication de ces hauts responsables du pays dans la perpétuation des anti-valeurs chez nous et transformant ainsi notre pays en un « no man’s land ».

De 1990 à 2007, il y a des constantes qui sautent aux yeux : le Congo est « sous tutelle »; il dirigé de l’extérieur et l’accès aux postes de commandement est téléguidé par « les maîtres du monde ». Il a les mêmes « bailleurs de fonds » vampires. Ce téléguidage porte sur un terrain où la misère intellectuelle mêlée à la corruption des élites, au débauchage et à l’inconstance des hommes et femmes politiques participe du renoncement aux valeurs de la vie, de la fierté et de la dignité humaine et du bonheur partagé; sur un terrain où la faim, la soif, la nudité, la mort, la violence, la délinquance étatique rendent, à terme, la majorité de nos populations corvéable à merci. Pour accorder la légitimité des urnes aux « nouveaux prédateurs » par exemple, certains de nos compatriotes ont troqué leurs cartes d’électeurs contre quelques morceaux de poisson salé. Ce terrain est rebelle à la pensée et à une pensée persévérante conduisant à des actions de résistance, sur le temps. Après Mobutu, reconstruire le Congo sur un vide éthique béant relevait d’une illusion caressée par les « nouveaux mangeurs » dont la rhétorique démocratique cachait mal l’institutionnalisation de « la démocrature ».

Disons aussi que sur ce terrain, il y a eu la prolifération d’une logique sacrificielle se nourrissant d’une conception magique de la vie où une certaine appréhension de Dieu et de la « la chance » ont pris toute la place des actions concertées par des sujets qui se veulent acteurs à part entière de leur destinée. Les églises dite de réveil ont joué un rôle soporifique de premier plan : refaire de la religion l’opium du peuple. Les églises dites traditionnelles ont vu certains de leurs pasteurs et croyants choisir de César aux dépens de Dieu; d’un Dieu-Amour prônant le Service de la Vérité et des Petits.

En effet, sur ce terrain, il y a eu plusieurs « martyrs » de la bêtise humaine. Il y en a encore jusqu’à ce jour. La dernière guerre de Kinshasa du 22, 23 et 24 mars 2007, le massacre des adeptes de Bundu dia Kongo au Bas-Congo et ceux de nos compatriotes du Nord comme du Sud-Kivu témoignent du fonctionnement d’un pouvoir dont la légitimité est accordée par « les bailleurs de fonds ».

Ces guerres et massacres ayant jalonné l’histoire de nos populations témoignent aussi de l’existence d’un « noyau dur », du « petit reste » pluriel qui se compose, se décompose et se recompose. Ce « noyau dur », souvent fait des « irréductibles combattants de la liberté », peine encore à trouver ses véritables marques. Il lui arrive d’être otage de la pensée unique, de la personnalisation des luttes de l’autodétermination, du manque de structuration des champs de ses luttes, de la superficialité de ses analyses sur les véritables enjeux congolais, etc. Il comprend difficilement que donner une vitesse de croisière à la pluralité de ses luttes peut aussi dépendre de la disponibilisation des moyens humains et matériels adéquats, de la mise sur pied des « réseaux d’élite » comme contre-pouvoir aux réseaux maffieux existants. Il est possible que sa mise à contribution des NTIC l’aide à sauvegarder la pluralité de ses fronts de lutte d’autodétermination et le guérisse de sa quête inassouvie d’un seul « messie-libérateur ».

Notre histoire nous apprend que l’idéalisation de quelques leaders politique est contreproductive pour une lutte plurielle d’autodétermination. Des trajets d’apprentissages et de petites structures locales, nationales et internationales d’étude, d’analyse et de pensée peuvent, à terme, transformer la majorité de nos filles et fils en des « messies qui se co-libèrent ». C’est peut-être là le combat d’aujourd’hui et de demain. La plupart de nos libérateurs auto-proclamés et adulés naïvement et/ou par ignorance n’ont été que des laquais au service d’un ordre néo-colonial et ultra-libéral et de leur ventre.

J.-P. Mbelu

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Revised: April 26, 2007