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Election de Kengo au Sénat : conséquence du mécontentement au sein de l'Amp

14 mai 2007 - La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a, dit-on. Le Sénat congolais aurait donné ce qu’il a de meilleur en élisant Kengo wa Dondo comme président. N’empêche que le retour des mobustistes purs et durs sur le devant de la scène politique congolaise puisse être interprétée de plusieurs manières. Pour les compatriotes assimilant les mobutistes à l’opposition institutionnelle, l’élection de Kengo est un signe interpellant l’AMP. Elle indiquerait la conséquence de l’indiscipline et le mécontentement gagnant cette « Alliance », eu égard à l’autocratisme dont ferait montre le président de la république. D’autres compatriotes évoquant la navigation à vue, l’incompétence et l’amateurisme dont font montrent la plupart des membres de l’AMP actuellement aux affaires, estiment qu’il est urgent que « les politiciens de carrière » reprennent du poil de la bête. Dans cette approche de la « realpolitik », l’histoire immédiate du Congo n’est presque pas évoquée. C’est grave! Pourquoi? A notre humble avis, les mobutistes purs et durs ne devraient pas retourner aux affaires sans que la Commission Justice, Vérité et Réconciliation ait fait son travail. Pour cause. Ils ont creusé le gouffre au fond duquel le Congo se retrouve aujourd’hui. En dehors de leur enrichissement sans cause, ils ont été « les esclavagistes noirs des temps modernes » dont parle le Directeur du journal Le Potentiel, Freddy Mulumba Kabuayi. Le cas de Kengo wa Dondo se passe de tout commentaire. Les politiques d’ajustement structurels ne seraient pas rentrées dans la tradition économico-politique du Congo sans l’apport substantiel de cet « homme de la rigueur ». « Le building de la rigueur » en est un chef d’œuvre.

Hélas! Qu’un Sénat ayant avalisé un programme de gouvernement reproduisant les grandes lignes de la politique de la réduction de la pauvreté concoctée par la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international vote majoritairement pour cet « homme de la rigueur », cela n’a rien de surprenant. Cela témoigne de la violation de l’imaginaire de tout un peuple et de ses gouvernants ne jurant que par la politique d’assistantialisme avilissant. Oui. Ce n’est pas étonnant. Pour une large majorité d’entre nous, les trois décennies du mobutisme et les dix ans de kabilisme ont contribué à une analphabétisation intellectuelle, culturelle, politique, sociale et économique qui ne dit pas son nom. La déraison, l’émotionnel et le sentimental prennent toute la place. L’histoire et la raison sont souvent disqualifiées au nom des carnets d’adresses que détiendraient certains « politiques de carrière » au Congo. Les pressions extérieures (occidentales) auraient encore eu raison des luttes intérieures pour notre autodétermination. Voilà ce que nos médias nomment la « realpolitik ». Franchement, il y a quelque chose de fondamentalement détruit et corrompu au niveau de nos mécanismes d’approche de nos réalités politiques, économiques et sociales. Le viol de notre imaginaire doit avoir atteint des dimensions insoupçonnables. Critiquant la navigation à vue, nous la pratiquons. Nous souffrons d’une amnésie dont les conséquences risquent d’être trop graves pour nous-mêmes et pour les générations futures si, dans notre immense majorité, nous ne nous ravisons pas à temps.

De toutes les façons, il est aussi clair que le retour des mobutistes sur la scène politique congolaise atteste que la donne kabiliste (père et fils) n’a pas possibilisé une alternative politique et des valeurs. L’immobilisme, l’incompétence et l’amateurisme de l’actuel gouvernement comme de ceux qui l’ont précédé trahissent l’usage abusif du mot « libération » employé par « les nouveaux prédateurs » pour exprimer « leur hold up » au mois de mai 1997 au pays de nos ancêtres. (Nous y reviendrons)

Aussi est-il possible qu’à l’instar d’un Nicolas Sarkozy, Kengo cherche à rompre avec le passé mobutiste et « internationaliste ». Il est possible que les fronts de résistance populaires animés par « le petit reste » congolais présent dans les institutions actuelles du pays et ailleurs engage le Sénat sur cette voie.

La lutte est encore très âpre avant que nous ne commencions à voir le bout du tunnel. Peut-être que cette génération passera sans l’avoir jamais vu…

J.-P. Mbelu

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