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Du 17 mai 1997 au 17 mai 2007 : De la « libération » à la prédation

17 mai 2007 - Le 17 mai 1997, un mouvement politique, aux contours quelque peu flous, dénommé AFDL prenait le pouvoir à Kinshasa, à l'issue de 7 mois d'une guerre qu'une campagne médiatique internationale faisait passer pour une rébellion. Adulé par les masses en mal de « libération », l'Afdl, a fait long feu. Un bon nombre de Congolais ne comprendra que sur le tard que Laurent Désiré Kabila était une marionnette entre les mains de la coalition rwando-burundo-ougandaise, désireuse de faire main basse sur les richesses du Congo. Ils se réveilleront de leur sommeil, quand, en août 1998, le Rwanda tentera d’occuper le pays à partir de Kinshasa et du Bas-Congo. Entre-temps, l’Angola et le Zimbabwe s’impliqueront à fond dans le jeu afin qu’ils aient leur part du gâteau. Le ver pourrissant le fruit aujourd’hui était dans ce fruit, c'est quand Laurent-Désiré Kabila, demande aux troupes étrangères qui l'ont installer au pouvoir de rentrer chez elles, que le président rwandais, Paul Kagame lui déclare la guerre en créant une « une rébellion ». Mzee Kabila sera finalement assassiné dans son bureau, dans des circonstances qui restent encore à élucider. Plusieur observateur voient dans cet assassinat une main cachée de Kagame. Sur insistance de la Belgique, le pouvoir à Kinshasa sera remis à Joseph Kabila. Avec ce dernier, la prédation atteint des niveaux vertigineux. Les différents rapports établis là-dessus n’auront aucun effet sur les réseaux d’élite décidés à marcher sur les 4000.000 des morts congolais pour se faire du fric. La communauté dite internationale restera aphone (jusqu’à ce jour). Pouvait-il en être autrement?

Les parrains tapis dans l’ombre et soucieux de redessiner la carte géopolitique (de l’Afrique et) du Congo et de l’ouvrir au marché mondialisé de la prédation s’investiront pour que sous les décors de faux Accords de paix et d’une démocrature d’un autre âge la forêt congolaise, le coltan, l’uranium, l’or, le diamant, le cuivre congolais etc. bénéficient aux pays voisins et aux entreprises multinationales ayant signé avec les ex-seigneurs de la guerre, convertis pour le besoin de la cause en gouvernants du Congo, des contrats léonins.

A ce sujet, Jean-Claude Willame note : « Que ce soit en Ituri, au Kivu ou au Nord-Katanga, il était difficile d’occulter le constat d’une « économie de guerre » alimentée par une demande extérieure de ressources primaires si abondantes au Congo, une économie sur laquelle la communauté internationale voulut parfois fermer pudiquement les yeux. » (J.-C. WILLAME, Les faiseurs de paix au Congo. Gestion d’une crise internationale dans un Etat sous tutelle, Bruxelles, Grip, 2007 p.108) Et qui en profitait? « Sur 85 entreprises listées comme ayant enfreint les dispositions du code de conduite des entreprises multinationales édicté par l’OCDE, se trouvent quatre grandes banques (dont trois belges), dix-sept « juniors miniers » américains, canadiens, belges ou britanniques, un important groupe miner belge, onze entreprises diamantaires belges, ainsi que plusieurs dizaines de sociétés peu connues établies en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. » (Ibidem)

Dans tout ce jeu des dupes, les espoirs fondés sur l’intervention de la Monuc se révéleront vains. Cette organisation de l’O.N.U ne pouvait pas aller à l’encontre de la volonté de ses « bailleurs de fonds » décidés à mettre le Congo en coupes réglées. Il est rigolo d’entendre son chef américain avouer aujourd’hui, à quelques jours de la fin du mandat de cet organisme au Congo, que « personne ne peut être satisfait de la situation sécuritaire et humanitaire au Nord-Kivu ».

Organiser des réseaux d’élite prédateurs pouvant contribuer à l’enrichissement sans cause de quelques individus (congolais, ougandais, rwandais, burundais, américains, belges, chinois, britanniques, canadiens, libanais, etc.) et favoriser l’occupation d’une partie du Congo par le Rwanda, tel a été et est l’un des nerfs de la guerre dite de libération. Ses externalités dont nos 4000.000 de morts ont été considérées comme des dégâts collatéraux participant de l’accès de ces individus et du Rwanda à leurs « intérêts économiques vitaux ». L’autre nerf de cette guerre est l’ouverture du Congo à l’économie mondialisée de prédation. Le reste est fait pour que ces deux objectifs stratégiques soient atteints. Le choix et/ou la reconduction des seigneurs de la guerre à la tête en passant par des « élection de 2006 » répondent à ces deux objectifs. Disons que le slogan de « la libération » a servi de poudre aux yeux des Congolais (e)s pour qu’ils ne comprennent rien à la chose. Il fallait « bayeba te » comme on dirait à Kinshasa.

Aujourd’hui, de ce processus vicié, fondé sur le vol et le mensonge, on voudrait tirer de la démocratie et un Etat de droit. Nous « les pessimistes », « les aigris », « les empêcheurs de penser en rond » et « les veilleurs-protecteurs » de la mémoire historique de nos populations, nous demeurons sceptiques. Pour cause. Aucune décision sérieuse ne se prend au Congo sans l’ingérence des parrains extérieurs. Un exemple. Il a fallu, aux dires de Marie-Thérèse NLandu, que Anne-Marie Lizin, Louis Michel, Armand De Decker et bien d’autres partenaires extérieurs fassent pression sur le pouvoir de Kinshasa pour qu’elle soit libérée. Donc, la justice congolaise n’est pas indépendante. C’est d’un. De deux, les lecteurs assidus de Marie-France Cros, de Jean-Claude Willame et de certains « ascètes du provisoire congolais » savent que Louis Michel et Armand De Decker sont les parrains de Joseph Kabila. Donc, les élections n’auront servi qu’à avaliser et à cautionner le parrainage de Joseph Kabila par ces sujets belges. Cela veut dire que plus de quarante ans après l’indépendance nominale du Congo, il continue d’être dirigé par quelques belges à travers leur filleul…

Le retour des dinosaures mobutistes sur le devant de la scène congolaise n’est pas de nature à vaincre notre scepticisme. L’un d’entre eux, Kengo wa Dondo, est président du Sénat. Lui et ses amis n’ont jamais répondu de leurs forfaits devant notre peuple, à travers la commission Vérité et réconciliation. La démocratie ne peut pas s’édifier sur un socle vide des valeurs de justice, de vérité et de réconciliation.

En sus, la politique économique du Congo est gérée selon les normes dictées par deux institutions financières dites internationales, la Banque Mondiale et le Fonds monétaire internationale, au passé ténébreux. Ces deux institutions n’ont jamais aidé un seul pays au monde à s’autogérer économiquement. Ils sont utilisés comme des instruments entre les mains de l’impérialisme capitaliste. Si la Banque Mondiale est frappée aujourd’hui par le scandale du népotisme, le Fonds monétaire international serait devenu incapable d’assurer les salaires de ses employés.

Ses deux institutions comme bon nombre de politiques occidentaux et leurs filleuls congolais pratiquent « la politique du faire croire ». Souvent, ce qu’ils affirment pour réaliser leur objectif majeur, c’est-à-dire servir les intérêts capitalistes et les leurs propres, ne concorde pas avec leurs analyses réalistes et internes des faits. Souvent, leurs théories et discours servent à la diversion et/ou sont des attrapes-nigauds.

Un exemple. Des documents internes de la Banque Mondiale attestent que les pays du Sud transfèrent beaucoup plus de capitaux au Nord que ne le font les pays du Nord au Sud. Il suffit d’aller sur le site du CADTM (Belgique) pour s’en convaincre.

Malgré l’existence de ces documents, cette institution continue à tenir officiellement un discours faisant croire aux appauvris congolais qu’elle est au service de la réduction de la pauvreté.

Dans tout ce jeu de dupes, l’ignorance et l’amnésie, la déraison, le sentimentalisme et l’émotionnel sont les grands ennemis du congolais moyen. Réduit à sa plus simple expression, il n’a pas de pouvoir d’achat; il ne lit pas. Quand il lui arrive de lire, il tombe, à quelques exceptions près, sur les médias congolais « coupagistes », propagandistes de l’idéologie des « bailleurs de fonds ». Les réseaux d’élite prédateurs exploitent sa sensiblerie ethnique et son ignorance pour faire les affaires. Amnésique, il oublie vite son passé-présent et croit qu’il a pour vocation de se contenter ramasser les miettes tombant des tables de ses « esclavagistes » d’hier et d’aujourd’hui.

Un bon nombre de ses « élites diplômées d’université » abusivement appelés « intellectuels » a été instrumentalisé par ces réseaux d’élite. Certains de ces diplômés ont troqué leur savoir contre la garde des mallettes des nouveaux prédateurs. Ensemble, ils ont constitué une oligarchie prédatrice, « petite main » du capitalisme-sorcier.

Cette oligarchie prédatrice recourt à l’achat des consciences, à la corruption, la violence et à la terreur pour se maintenir au pouvoir. Elle a mis « la police politique » à son service. Elle torture et crucifie les prisonniers politiques et d’opinion. Marie-Thérèse NLandu, cette avocate congolaise détenue arbitrairement pendant plus de quatre mois dans les geôles de Kinshasa, en sait quelque chose. « D’ordre de la hiérarchie, nous procédons à l’interrogatoire », dit cette police quand elle s’adonne à ses basses œuvres. L’une d’elle est la torture. « Effectivement, témoigne Marie-Thérèse NLandu. Mes collaborateurs ont subi des tortures notamment au niveau de l’appareil génital. L’un d’entre eux redoute d’ailleurs de développer une forme de stérilité. A Kin-Mazière, des policiers leur introduisaient un bâton dans la voie anale. Un membre de mon personnel a été « crucifié » sur une porte. Il était ainsi ballotté chaque fois que l’on ouvrait ou refermait cette porte. Je peux vous dire que les policiers de Kin-Mazière n’ont rien à envier aux « Nazis SS » ». (A. WETSTHI, Questions directes à Marie-Thérèse NLandu, dans www.Congoindependant.com du 15 mai 2007)

L’allusion aux « Nazis SS » tombe à point nommé. En effet, les méthodes qu’utilise cette oligarchie prédatrice au pouvoir au Congo font craindre l’aboutissement d’une application lente mais sûre de « la solution finale » au Congo. Le mixage des miliciens de Nkunda, bourreaux des compatriotes du Kivu, est un signal fort. Ces miliciens ont été mixés dans la province où ils ont violé, tué, volé, pillé…

Que (re) faire avant qu’il ne soit trop tard?

De ce qui précède se dégage un constat : il n’y a pas grand-chose à attendre de la communauté dite internationale. Elle n’existe même pas. Il y a une communauté d’intérêts de certains pays que sert une organisation comme la Monuc. Dans le cas contraire, elle aurait arrêté Laurent Nkundabatware, alias Nkunda (un autre « rebelle » de création de Kagame) sur qui pèse un mandat d’arrêt international, sans effet. Elle aurait délogé les FDLR de l’Est du pays et aidé à détruire le bureau du colonel tortionnaire Raüs à « Kin-Mazière ». Sur ce point, nous sommes pessimiste. Mais notre pessimisme est actif. Il n’est pas défaitiste. Nous ne croyons pas en la fatalité. Dès lors, il est important que nous travaillions de façon à compter d’abord sur nous-mêmes et sur les autres peuples combattants de la liberté, à identifier à partir de ce que nous pouvons faire ensemble.

J.-P. Mbelu

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Revised: May 29, 2007