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Antoine GIZENGA, un grand bluffer?

04 juin 2007 - Le premier ministre Antoine Gizenga a présenté ce mardi son projet de budget pour l’exercice 2007 dont la modicité du financement semble le disputer au réalisme. Avec le risque évident de renvoyer aux calendes grecques les fameux « cinq chantiers » chers au Chef de l’Etat et voir son rêve de faire du Congo la Chine d'Afrique d'ici à 2011 rester un voeu pieux. S’il ne fait l’ombre d’aucun doute que la majorité parlementaire qui lui est acquise votera ce projet, moyennant quelques améliorations, les analystes s'interrogent pourquoi, Antoine Gizenga qui a tissé sa légende autour de certains dossiers susceptibles d’engranger, à l'occasion, les finances publiques n’en fait pas cas. Comme cette rocambolesque histoire de l’or congolais bloqué au Soudan. La RD Congo disposerait d'un butin de guerre qui gît dans les banques étrangères dont la valeur est aujourd’hui estimée à 1 milliard de dollars... C’est Colette Braeckman du journal Le Soir, dans un article intitulé « Sur la piste du fabuleux des Simbas » qui avait révélé l’existence de ce « lourd trésor de guerre composé de lingots d’or et d’argent, de caissettes de diamants, de sacs de cassitérite et autres métaux précieux, des devises, dont des francs belges, des défenses d’éléphant, des peaux de léopard, des véhicules et des armes qui leur ont été données par les Chinois ». A l’en croire, cet or avait été saisi dans les banques locales, mais surtout dans les sièges d’exploitation des mines d’or de Watsa et de Kilo Moto par les lumumbistes d’alors dont Olenga, Kabila, Gbenye, Soumialo et un certain Antoine Gizenga, dans leur fuite en 1964. Ils avaient promis de « coopérer pour que cet or soit rapatrié dès que Mobutu ne serait plus au pouvoir. « Depuis, silence », note la journaliste. Ce qui est encore plus inquiétant est que les témoins de ce pactole disparaissent l’un après l’autre et qu'il deviendra plus difficile de convaincre les autorités soudanaises de le restituer.

Ce cas n'est pas isolé. Dernièrement, deux prêts de l'ordre de 2.200.000 millions de dollars américains consentis au courant des années 1968-1969 à la République du Bénin de Kérékou (Cotonou) par la magnanimité du Maréchal Mobutu pour lui permettre de faire face aux remous sociaux, notamment la paie des fonctionnaires et militaires, ont été également éventés par la presse. Le journal kinois "Le Phare" qui citait le vice-ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale, M. Alain Lubamba, croit savoir que le Bénin a, "après maintes tergiversations autour de sa reconnaissance et de son remboursement", donné son accord pour le paiement de cette créance. Que dire aussi des fonds de l’Etat du Katanga déposés par Moïse Tshombe dans les banques suisses? De l'argent détourné par Mobutu et les siens et dont le peuple congolais continue de faire les frais? Mises bout à bout, ces sommes représentent une véritable cagnotte dont le pays a besoin pour relancer son économie, sans qu'il faille recourir à l'humiliante et paternaliste aide extérieure.

Plus dramatique encore est le règlement du contentieux belgo-congolais

Beaucoup de Congolais ne sont pas d’accord de la façon dont ce contentieux a été réglé grâce à la médiation marocaine du Roi Hassan II. Au bas mot, bien négocié, ce contentieux générerait pour le Congo plus de 12 milliards de dollars. C'est-à-dire de quoi éponger toutes ses dettes - pour s'enrichir, dit l'adage. Encore faut-il qu'elles soient justes. Ce qui n'est pas le cas pour la RD Congo, l'ancienne colonie belge, car une bonne part est due au titre de l'odieuse dette coloniale dont parle E. Toussaint dans son livre intitulé "Prêts odieux de la Banque mondiale à la métropole coloniale belge pour coloniser le Congo". " Lorsque le Congo accède à l’indépendance, écrit-il, les principaux actionnaires se mettent d’accord pour lui transmettre la charge de la dette contractée par le pouvoir coloniale belge auprès de la Banque mondiale. Les prêts contractés par la Belgique auprès de la Banque mondiale afin de mieux exploiter le Congo belge sont devenus une dette du Congo indépendant. La Banque a généralisé ce procédé qui consiste » à transférer la dette contractée par un pouvoir colonial au nouvel Etat indépendant. »

Il est navrant de constater que, beaucoup de politiciens et, voire, intellectuels congolais, au lieu de se prévaloir de cet argument existentiel et salutaire, continuent de s'extasier devant l'"aide belge", minime soit-elle. A leur nombre, le premier ministre lui-même qui n'a pas manqué d'étaler avec grande naïveté sa vision iconoclaste de l'aide belge lors d'une interview accordée à Colette Braeckman alors qu'il attendait d'être nommé premier ministre. " Nous ne sommes pas rancuniers, même si la Belgique nous a longtemps abandonnés. Il faut que les Belges reviennent, ils sont les experts de ce pays, savent comment ils l’ont construit, comment on peut le reconstruire. Ce sont eux qui ont les plans…Nous espérons qu’ils vont nous aider à rétablir un enseignement de qualité, que les investisseurs vont revenir…", déclara-t-il.

Comble de l'ironie. Il semble que le contentieux belgo-congolais dont question est symbolisé par le " livre d’or du Congo" que Gizenga, selon l'ancien ambassadeur écrivain Edi Angulu, aurait reçu comme Moïse et ‘sans lequel, écrit-il, ce pays ne pourrait jamais exister ni comme Etat, ni comme République’. Et dire que l'intéressé lui-même est resté silencieux depuis sur ce mythe selon lequel il garderait, par devers lui, à en croire la même source, "ce précieux document qui contiendrait tout" le mécanisme magique du destin" national de notre pays" (sic)...

L'énigme Gizenga s'éclaircit-elle?...

Ce serait caricatural de se limiter à dépeindre Antoine Gizenga comme le dépositaire du lumumbisme dont il pourrait assurer le passage de relais à la nouvelle génération. Sinon, soutiennent ses contempteurs, Laurent-Désiré Kabila ne l’aurait pas ignoré jusqu’à sa mort, alors qu'il n'avait pas hésité à lui envoyer ses escadrons envahir sa résidence privée. Peut-être, le soutien qu'il avait apporté à Mobutu dans sa lutte contre les troupes de l'AFDL ne lui avait-il pas échappé. N'empêche. A la faveur de l'élection présidentielle, il réussira à signer avec Joseph Kabila l'accord qui le portera au pouvoir plus de 40 ans plus tard, alors que le Palu dont il était le secrétaire général avait, durant la campagne du premier tour, demandé de ne pas voter Joseph Kabila qu'il traitait d'étranger. Pour peu que l'on s'en souvienne, lors du dépôt de sa propre candidature à cette élection, il réussira, par un tour de passe-passe, à réunir la bagatelle de 50 mille dollars américains exigée au titre de caution.

Ses laudateurs auront beau le présenter comme un politicien fidèle et intègre, mais ceux qui ressassent son passé relèvent de nombreux exemples de sa duplicité. Sous ses dehors réservés, l'homme dissimule une étonnante faculté d'adaptation - c'est un euphémisme - et serait toujours prêt à pactiser avec le diable pourvu qu'il y trouve son compte. Ainsi en fut-il en juin 1961 lorsqu'il accepta la "réconciliation nationale" dont le gouvernement Adoula put tirer sa légitimité alors qu'il était soutenu par ceux qui avaient juré la mort de Patrice Lumumba, font remarquer certains de ses adversaires politiques. Si tout cela appartient au passé, aujourd'hui, la réalité semble, néanmoins, le rattraper, surenchérissent d'autres. En effet, depuis qu'il est aux commandes, Gizenga peine à trouver ses marques. Il est absent de grands débats qui engagent l'avenir du pays, notamment sur la sécurisation des populations congolaises et la défense des frontières nationales, au point que l'on ironise déjà sur son nationalisme. A quoi tiendrait-il, peut-on entendre? Le pays est spolié et fuit sous ses pieds alors que l'homme reste attaché aux oripeaux du pouvoir et rechigne à rendre le tablier malgré le poids de l'âge et les limites de son action.

Dernier acte en date : En présentant devant le parlement un budget de 2,4 milliards de dollars us - à peine supérieur à celui de la Ville-province de Kinshasa - dont 40 pour cent des ressources proviennent de l'extérieur, Gizenga a cessé d'être un "demi-dieu", car il a signé "un grand bluff" que le peuple impatient n'hésitera pas, le moment venu, à muer en acte de décès de son gouvernement.

Demain Le Kasaï, mai 2007

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Revised: June 04, 2007