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Les 100 jours du gouvernement Gizenga à la lumière du message des évêques de Bukavu 06 juin 2007 - Une lecture attentive du Message de l’Assemblée Episcopale Provinciale de Bukavu aux fidèles et aux hommes de bonne volonté (signé le 01 juin 2007) permet de se faire une idée sur les 100 jours du gouvernement Gizenga. Elle permet aussi de revisiter l’usage de certains mots et de certaines expressions au Congo. Elle peut susciter des questions autour des vœux et recommandations formulés par nos Pères dans la foi. Ce Message est provoqué par des tragédies et des massacres à répétition vécus à l’Est du pays. Nos évêques notent : « La population a encore frais à l’esprit la tragédie de Kaniola survenue dans la nuit du 26 au 27 mai 2007. Un nouveau massacre à grande échelle vient de faucher une vingtaine de vies humaines dont la plupart étaient des femmes et des enfants. Ils ont été taillés en pièces par des machettes, des haches et ont subi des traitements dégradants par une bande armée qui ravage la Région depuis une décennie. » Malgré la proximité du quartier général de la dixième région militaire, des unités de la police et de la Monuc du lieu du drame, « les gens sont tués (…) comme des brebis conduites à l’abattoir (cfr Is 53,7) ». Les étudiants, les prêtres (cfr le cas de l’abbé Richard Bemerki le 9 mars 2007), les familles et les communautés entières sont massacrés sans que cela n’émeuve les gouvernants du pays. Cela ne se passe pas qu’à l’Est du pays. Les évêques reviennent sur les massacres du Bas-Congo et l’occupation de Kahemba pour illustrer l’insouciance des hommes et femmes au pouvoir au Congo vis-à-vis de nos populations. Ils sont très choqués de constater que « le délit et le crime sont mutualisés par de véritables organisations bien connues et que ces positions sociales des criminels sont utilisées comme moyen courant et privilèges d’accéder au pouvoir. » Ils citent nommément les FDLR, l’armée régulière, les populations étrangères, ‘les agents de l’ordre’ comme étant les commanditaires de ces abominations dans l’impunité totale. Ils remarquent qu’ « en dépit de tout cela le style du gouvernement ne semble guère avoir changé. La période post-électorale ressemble étrangement, à bien des égards, à la période préélectorale. Il y a même risque de régression vers une nouvelle déstabilisation puisque les pouvoirs publics regardent et laissent pourrir des situations analogues à celles qui ont conduit aux guerres de 1996, 1998 et de 2004. » Ils ne se limitent pas au constat. Ils dénoncent « le silence et l’apathie de nos Institutions républicaines issues des urnes, à savoir le Chef de l’Etat, le Parlement National, le Gouvernement central agissant par notre armée, les Cours et tribunaux, les Gouvernements et les Assemblées des provinces. » Pour eux, « le silence et l’inaction des pouvoirs publics ont, dans ce cas, la saveur d’un crime de non assistance à personne ou de population en danger. » Insouciance, impunité, silence et apathie face au crime, inaction, non assistance à personne ou à population en danger, (complicité, corruption) tel est le petit bilan pouvant être dégagé du Message des évêques de la Province Ecclésiastique de Bukavu au sujet des gouvernants congolais. La période électorale n’aura servi à rien. Pouvait-il en être autrement? Non. « Moïse et les prophètes » n’ont pas été écoutés Le triste bilan que dresse nos évêques eu égard à l’action gouvernementale ne peut surprendre que les amnésiques. « Moïse et les prophètes » ont crié sur les toits avant, pendant et après les élections pour dire que le processus était fondé sur du sable mouvant. « Les bailleurs de fonds », certains de nos Pasteurs et Pères évêques ne les ont pas écoutés. Tous ont voulu privilégier « la solution politique » par rapport à « la solution juridique »; le lien entre les deux a été foulé au pied. Pour preuve, la Commission Justice, Vérité et Réconciliation n’a pas fonctionné. Les réseaux d’élite prédateurs, étrangers, maffieux et tueurs, ont infiltré toutes nos institutions avec la complicité des nos frères et sœurs « mangeurs ». Pendant la période électorale, la HAM (Haute Autorité des Médias) nous a interdit de poser les questions du genre : « Qui est qui? Qui vient d’où et pourquoi? Où allons-nous et avec qui? Pourquoi maintenant lui et eux? » Toutes ces questions ayant trait à « la congolité » taxées de « xénophobes » ont été disqualifiées « au nom de la paix ». Le respect des textes et le retour à la légitimité constitutionnelle ont été sapés par des faits tels que la présence des éléments des forces armées aux élections comme candidats éligibles sans qu’ils aient renoncé à l’armée, le moratoire décrété après coup sur la double nationalité de plus de cent députés afin qu’ils se mettent en ordre (avec la Constitution), la programmation des élections présidentielles avant les élections locales, etc. Dans ce contexte de légitimité constitutionnelle douteuse et de non-respect des textes, nous payons les pots cassés et/ou le prix de notre sado-masochisme. En effet, par la mascarade électorale organisée chez nous, nous avons accordé notre quitus aux criminels de guerre et économiques afin qu’ils poursuivent en toute impunité leurs basses œuvres. Nous avons apporté notre caution aux réseaux d’élite étrangers et maffieux en faisant comme si nous avions des preuves qu’ils allaient s’installer chez nous pour nous sécuriser. L’infiltration des nos institutions par certains individus à double nationalité ou à nationalité congolaise douteuse ne sert pas et ne servira pas la cause congolaise. Nous avons banalisé une question sérieuse au seuil de la refondation du Congo : la question de la nationalité congolaise. Une solution adéquate trouvée à cette question et un travail sérieux abattu au sein de la Commission Justice, Vérité et Réconciliation auraient balisé une voie beaucoup plus sûre d’un autre avenir pour nous. Un travail d’intégration régionale aurait suivi. Chez nous, nous avons accepté que les élections nationales servent de point de passage pour une intégration régionale précipitée sans que nous connaissions publiquement et officiellement les motifs ayant fondé notre agression par la coalition rwando-burundo-ougandaise avec la bénédiction des « maîtres du monde »; sans que la justice soit faite sur cette agression. Dans cette précipitation, au lieu de jeter les bases de la démocratie, nous avons opté pour « la démocrature ». Assumer nos échecs et nos trahisons Nous avons raté la refondation d’une république digne de ce nom. Cela était plus que prévisible. Nous l’avons répété à plusieurs reprises : nos échecs sont à la mesure de notre déficit épistémologique et de nos appétits gloutons pour « la mangeoire ». Il nous faut réapprendre à lire les signes des temps. Nous imposer une certaine ascèse quant au manger et au boire. Faire et refaire les analyses et les débats d’idées en sachant que « les idées sont immortelles » et qu’il faut apprendre à les transformer en notre sang. En effet, disait Martin Gray, « savoir n’est rien si ce que nous savons ne se transforme pas en notre sang. » N’en déplaise à ceux qui prétendent que nous théorisons à outrance, le congolais moyen n’est pas encore arrivé à un niveau suffisant de maîtrise des enjeux auxquels notre pays fait face et/ou dont il est la proie. Les mots et les expressions tels « forces de l’ordre », « légitimité politique », « Etat », « Institutions Républicaines » minent la pensée chez nous. La foi en leur « bon usage » n’implique pas leur bon usage. Il devient inadéquat de les utiliser. Ils disent tout à fait le contraire de la signification de leur minimum usage « classique ». D’où l’urgence de poursuivre le travail d’analyse intégrant, l’usage abusif de certains mots et de certaines expressions, assumant nos échecs et nos trahisons pour réajuster le tir. Non pas pour appeler quelque démiurge au secours. Mais pour voir « les petits pas effectués », pour nous organiser et/ou nous réorganiser afin qu’un jour, le Congo devienne une nation de liberté, d’égalité et de solidarité ouverte (critiquement et non naïvement) aux autres et de bonheur collectif partagé. Pour le moment, il est par exemple important de savoir que la violence et le terrorisme entretenus servent des objectifs précis : la fatigue identitaire, intellectuelle, morale et psychologique de nos fronts de résistance, l’attrait des esprits faibles dans le traquenard des vautours de monde et des « pays voisins », une distraction pour un pillage perpétuel de nos richesses, etc. Nos ennemis seraient l’attentisme et la langue de bois. Sur ce point, il aurait été mieux que nos évêques ayant lu dans le silence et l’apathie des gouvernants congolais « la saveur d’un crime de non assistance à personne ou à population en danger » instituent, avec leurs collègues d’autres provinces, des « tribunaux populaires » pour juger ces « criminels », ne fût-ce qu’à titre symbolique. Dans le cas contraire, ils nous enferment dans un cercle vicieux. Leur analyse prouve que le problème dont souffre notre pays actuellement est celui de l’impunité. Mais celle-ci ne date pas d’hier. Elle est le ver contenu dans le fruit du processus démocratique concocté par les puissances de l’argent et imposé au Congo depuis l’époque de la première guerre de 1996. Et certains criminels issus de cette première guerre se retrouvent aux différents postes de gouvernement et de l’armée du pays. Les urnes n’en ont pas fait des démocrates. Et ils ne le deviendront pas demain. Demander aux criminels d’hier et d’aujourd’hui et à leurs amis de « prendre conscience de leur responsabilité politique » ne sert à rien. Il faut peut-être organiser les choses autrement. Il n’est un secret pour personne que l’une de grandes forces dont dispose notre pays est l’église. Penser des rencontres oecuméniques pouvant préparer « les tribunaux populaires » à même de juger (ne fût-ce que) symboliquement « ces criminels » constituerait un signe encourageant dans la travail d’éveil de la conscience de nos populations. Nos évêques passeraient des recommandations à la vigilance à la fabrication des consciences éveillées et vigilantes par et avec nos populations choisies comme juge et partie. Leur analyse prouve que tout pouvoir issu des urnes n’est pas toujours capable d’assumer ses fonctions régaliennes. Il serait imprudent de conseiller à nos populations de courir derrière une confiance que ce pouvoir finirait par mériter un jour. Ici, ils auraient imité Gandhi en conseillant à ces populations meurtries la désobéissance civile. Une désobéissance civile congolaise soutenue par les églises congolaises serait plus forte que mille bombes. Nos évêques seraient-ils capables un jour d’indiquer cette voie? Ils croient en la conversion des cœurs…En attendant que les cœurs « des grands » se convertissent, mettre sur pieds des espaces locaux œcuméniques de réconciliation et de pardon à l’issue des procès organisés par « les tribunaux populaires » relancerait le Congo sur une voie nouvelle. Les faits parlant d’eux-mêmes attestent qu’ « après les élections » égale « avant les élections ». A cette différence près que le Congo a des institutions à « républicaniser ». Des espaces locaux oecuméniques de réconciliation et de pardon pourraient relancer le débat sur le profil des animateurs de ces institutions et mettre autour d’une même table leurs animateurs actuels et les forces de notre pays acquises au changement afin de renégocier un autre départ. Cela prendrait un peu de temps; ça serait du temps « perdu » pour être gagné en paix, en joie, en sérénité et en bonheur collectif partagé. La précipitation a ouvert chez nous un gouffre mortifère. J.-P. Mbelu |
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Revised: June 05, 2007