P. E. Lumumba, heros national

 
 

 

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Le salut du Congo ne viendra ni de l'Onu, ni de la Banque mondiale

05 juin 2007 - Echangeant avec Sylvain Kalamba, un théologien congolais, sur la situation au Congo, il a estimé que nous ne faisions pas suffisamment d’analyses sur notre pays. En effet, face à la répétition de l’histoire au Congo et à l’amnésie dont font montre nos populations, les élites intellectuelles et politiques y compris, Sylvain Kalamba n’exagère pas. La confiance aveugle faite aux Institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et la Fonds monétaire international) et à l’ONU est un témoignage éloquent de l’amnésie caractéristique des Congolais (es). Depuis notre indépendance nominale jusqu’à ce jour, les actions de ces organisations n’ont jamais connu des évaluations pouvant, publiquement, remettre en question leur rôle dans la descente de notre pays aux enfers. Les études initiées par le CADTM (comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde), cet interstice où Belges, Français et Congolais travaillent main dans la main pour dégager la responsabilité des Institutions de Bretton Woods dans l’expansion du « turbo-capitalisme » chez nous et dans l’usage de la dette comme « une nouvelle arme de destruction massive des solidarités agissantes » pour une domination néocoloniale du Nord sur le Sud sont à peine connues au Congo. Le Congolais moyen professe sa foi en ces Institutions comme étant les sources intarissables du bonheur et de la prospérité pour notre pays.

La confiance placée dans l’ONU est encore une fois un exemple du pouvoir incapacitant de l’amnésie sur nos populations et surtout sur nos gouvernants. Quelques quatre décennies après l’assassinat de Lumumba, le Congolais moyen n’arrive toujours pas à comprendre que cette organisation n’est pas du tout autonome; qu’elle est souvent instrumentalisée par ses « bailleurs de fonds ». Souvent, au détriment du droit des peuples à s’autodéterminer. La dernière vente d’armes des troupes de l’ONU aux miliciens du FNI (en Ituri) en Province Orientale rappelle le rôle négatif joué par cette organisation dans la mort de notre héros national. Retracer à grands traits notre histoire avec l’ONU peut nous aider à comprendre que notre salut ne viendra pas de cette organisation. Logée à la même enseigne que les Institutions de Bretton Woods, l’ONU, dans sa configuration actuelle, ne peut rien pour le Congo. Il nous faudrait apprendre à sortir des sentiers battus pour agir autrement.

Un bref rappel historique

La restitution de l’histoire de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba dévoile un fait : le rôle négatif joué par l’ONU. Elle n’a pas pu protéger Lumumba contre ses assassins. Au jour d’aujourd’hui, « on sait (…) qu’en privé, le secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarkjold, avait reconnu que Lumumba devait être brisé, et que, lorsque Lumumba fut mis en résidence surveillée, les troupes onusiennes gardèrent sa résidence, officiellement pour le protéger, mais aussi pour l’empêcher de prendre contact avec ses partisans. Lorsque, après sa fuite, Lumumba qui se savait menacé de mort essayait encore de se placer sous la protection des forces onusiennes, cette garantie lui fut refusée par le commandant onusien Von Horn, et aucune démarche ne fut entreprise pour empêcher le mortel transfert vers le Katanga. » (C. BRAEKMAN, Lumumba, un crime d’Etat. Une lecture critique de la Commission parlementaire belge, Bruxelles, Aden, 2002, p.54-55)

En 1998, l’ONU a encore donné la preuve de sa fausse neutralité. « Les forces de la MONUC (Mission des Nations unies pour le Congo), envoyées en RDC après l’éclatement de la deuxième guerre, durent se déployer le long de la ligne de cessez-le-feu, mais non sur les frontières, ce qui renforça indirectement les rébellions et accentua la partition du pays… » (Ibidem, p.55)

En 2005, le bataillon pakistanais de la MONUC s’est livré au commerce de l’or en Ituri et a « vendu des armes aux groupes de milice congolais qu’ils étaient censés désarmer. Ces groupes de milice se sont rendus coupables de certaines des plus graves violations des droits de l’homme pendant la longue guerre civile de la République Démocratique du Congo. » (BBC News du 23 mai 2007).


        P.E. Lumumba, héros national

Historiquement, l’ONU a contribué à renvoyer aux calendes grecques le rêve de souveraineté et d’autodétermination du Congo porté par Emery Patrice Lumumba. Sa présence au Congo depuis la guerre de 1998 n’a pas empêché les pillages, les massacres, les viols et les vols dans notre pays. Au contraire, elle y a contribué. Le procès sur nos 4000.000 de morts n’est toujours pas annoncé. Donc, historiquement, l’ONU n’a été pour le Congo ni une force efficace de maintien de la paix, ni un organisme capable d’imposer la force du droit.

Certains analystes pensent que « le système des Nations unies ne peut donner que ce qu’il a. N’en déplaise à ceux qui ont souvent voulu la considérer comme une instance autonome et indépendante de ses composantes étatiques, on sait en réalité que, même si elle peut dire le droit, l’ONU n’est ni plus ni moins qu’une organisation intergouvernementale au sein de laquelle les Etats passent des compromis entre eux. « Je te soutiens sur tel dossier pour autant qu’en échange tu m’appuies dans telle initiative. » Si donc l’ONU, et en particulier le Conseil de sécurité qui est l’instance garante de l’ordre international, dit le droit, c’est seulement sur la base de décisions résultant d’une entente entre les Etats dont certains, par le biais du droit (ou de la menace) de veto, sont plus égaux que d’autres. » (J.C. WILLAME, Les faiseurs de paix au Congo. Gestion d’une crise internationale dans un Etat sous tutelle, Bruxelles, Grip, 2007, p.13) D’autres estiment que croire que l’ONU peut dire le droit (pour le monde entier) est une illusion. « Il faudrait d’abord, pour renoncer à cette illusion, se rappeler qu’à la base de l’ONU se trouve un choix que ne fonde aucun droit, à savoir l’octroi du « droit de veto » aux cinq membres permanents. En d’autres termes, ces cinq-là -les grandes puissances - sont exempts des obligations pesant sur les autres, puisqu’ils peuvent imposer leur veto sur toute résolution les concernant. (…) Loin, donc, de restreindre l’hégémonie des grandes puissances, l’organisation mondiale la consacre. » (T. TODOROV, Le nouveau désordre mondial. Réflexion d’un Européen, Paris, Robert Laffont, 2003, p.67)

Si l’ONU consacre l’hégémonie « des grandes puissances » en se laissant guider par elles, elle est, dans sa fausse neutralité, un instrument que ces puissances utilisent pour l’expansion du « turbo-capitalisme ». En effet, la puissance hégémonique de ces « cinq-là » s’impose sur fond de l’expansion de l’ultra-libéralisme transformant le monde entier en un vaste marché où les seules valeurs respectables sont les valeurs marchandes. Sur ce vaste marché, tout se vend et s’achète : l’or, les armes, le coltan, la mort, la cassitérite, etc. Les morts survenant sur ce vaste marché sont vite assimilés aux dégâts collatéraux liés à l’accès aux intérêts économiques vitaux. Aussi, les bouches à nourrir risquant d’être pléthoriques par rapport aux moyens économiques dont pourra disposer la planète dans le proche avenir, ces dégâts collatéraux servent-ils la logique ultra-libérale. Les valeurs douces de paix, d’amour, de partage, de pardon et de réconciliation des nations et des peuples sont exclues de ce marché vanté dans son amoralisme.

Créer et recréer les « inter-nations »

Le fonctionnement des Institutions de Bretton Woods et de l’ONU révèle qu’elles sont des « organisations intergouvernementales ». En faire des organisations internationales à visée mondiale juste relève de l’idéologie dominante. Celle-ci fait de la voie tracée par les U.S. A. et ses alliés la voie mondiale. Revisiter cette idéologie nous permet de nous rendre à l’évidence que ceux et celles qui ont inventé les institutions de Bretton Woods et/ou l’ONU leur avaient assigné des objectifs. Créées à peu près à la même époque (1944 et 1945), ces institutions devaient contribuer à l’avènement d’ « un nouvel ordre mondial ». Et ce « nouvel ordre mondial consistait à pousser le plus loin possible la subordination aux besoins de l’économie américaine et la soumission au contrôle politique des Etats-Unis. » (N. CHOMSKY, Dominer le monde ou sauver la planète? L’Amérique en quête d’hégémonie mondiale, Paris, Fayard, 2004, p.206). Le principe auquel obéissait ce « nouvel ordre mondial » est le suivant : « Ce qui est bon pour nous américains est bon pour le monde. » Après la deuxième guerre mondiale, le plan Marshall a facilité l’intégration de l’Europe dans ce « nouvel ordre mondial » par les multinationales américaines interposées. Depuis lors, ce principe est toujours revu, corrigé, « consolidé » et adapté aux nouvelles donnes mondiales. Les chercheurs, les universités, les médias et les hautes écoles sont mis à profit pour que l’hégémonie du monde capitaliste ne souffre d’aucune remise en question.

Nous engager sur les voies tracées par ces organismes « missionnaires » de l’ultra-libéralisme nous a mené, nous mène et nous mènera, lentement, mais sûrement à un suicide collectif. Il nous faut un revirement à 180 degré. L’Amérique du Sud a donné le ton.

En effet, de plus en plus, au Sud du monde, un nouvel esprit est en train de naître. La Bolivie, le Brésil l’Equateur, le Cuba et le Venezuela ont basculé davantage vers la gauche. Ils sont en train de rompre avec l’hégémonie capitaliste en recréant « l’inter-nations », c’est-à-dire des interstices leur permettant de collaborer loin des diktats des « maîtres du monde ». Le Cuba a échangé ses médecins contre le pétrole vénézuélien. Ces pays de l’Amérique Latine travaillent à la mise sur pied d’une banque du Sud. Celle-ci et les richesses dont ils disposent pourront contribuer à l’acquisition des moyens de leur autonomie sociale, politique, économique et culturelle. Ces interstices voulus politiquement pourraient devenir des lieux de l’invention d’un droit protégeant en commun ces pays et leurs peuples respectifs.

En pensant à la création de la Banque du Sud en démonétisant la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ces pays nous invitent à comprendre que la destinée d’un peuple se fabrique localement, avec et à partir d’autres peuples (proches) regardant dans une même direction et décidés à rompre les chaînes de l’esclavage volontaire. Ces pays réinventent le lien inter-national à partir des questions qui les rassemblent. La réinvention de l’ « inter-national » localement romprait avec les liens historiques imposés de surplomb par des gouvernements impérialistes et hégémonistes. Elle pourrait forcer ces derniers à penser urgemment la refondation de l’ONU telle que la prônait Hugo Chavez en 2005 lors de la 60e Assemblée générale de l’ONU. (Il disait : « Afin d’avancer vers un nouveau modèle de Nations Unies qui fasse réalité et sien le « Nous » des peuples, il y a quatre réformes urgentes et vitales que nous présentons à cette Assemblée. La première est l’élargissement du Conseil de sécurité, tant pour les membres permanents que non-permanents. La seconde est la nécessaire amélioration des méthodes de travail afin d’augmenter la transparence et non la diminuer, afin d’augmenter le respect et non de diminuer, afin d’augmenter l’inclusion. La troisième est la suppression immédiate (…) du droit de veto dans les décisions du Conseil de sécurité, ce vestige élitiste est incompatible avec l’idée même d’égalité et de démocratie. En quatrième lieu, il faut renforcer le rôle du Secrétaire générale, ses fonctions politiques dans le cadre de la démocratie préventive doivent être consolidées. »)

En effet, ces peuples de l’Amérique Latine sont avantagés par une longue, grande et historique tradition de la révolution bolivarienne qu’ils cherchent à reconquérir au quotidien. Ils constituent pour nous un modèle à approfondir dans la reconquête de notre histoire, de l’histoire de nos héros, de nos résistants face aux puissances de l’argent et de la mort.

Lutter contre l’amnésie par des analyses fouillées et partagées (avec nos populations) de notre histoire; créer et recréer nos « inter-nations » en tant qu’interstices de notre devenir commun et de notre autodétermination, telles sont les quelques pistes à exploiter pour briser les chaînes de notre esclavage volontaire. Revisiter les rêves de Lumumba et de Nkrumah peut nous être bénéfique. A terme.

J.-P. Mbelu

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Revised: June 06, 2007