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Que cache les « huis clos » des institutions de la Troisième République?

19 juin 2007 - Une habitude est en train de s’installer au Congo : « les huis clos ». Dans la quête des solutions aux questions jugées sensibles par les deux chambres du Parlement, une commission est vite mise en place pour leur traitement à « huis clos ». Les journalistes faisant partie de la « société des bien-pensants » congolais soutiennent cette démarche et la trouvent responsable. Ils trouvent raisonnable que des questions d’intérêt général échappent au débat public. Même quand les « huis clos » ne couvrent que des secrets de polichinelle! Ils ont de la peine à se rendre à l’évidence que le Congo comme son maître le plus proche, le Rwanda, sont des « Etats manqués ».

Prenons quelques deux ou trois exemples. L’occupation du Congo par les pays voisins fait partie des recommandations faites à certains gouvernants congolais par leurs parrains. Ces derniers leur ont donné ceci comme conseil et consigne : « Si vous voulez que le Congo recouvre la paix, laissez les pays voisins avoir accès à ses richesses du sol et du sous-sol. Ce faisant, tous les charognards du monde se rueront sur son cadavre. D’ailleurs, nous ne mettrons à votre disposition aucun moyen d’action efficace. Du reste, nous partagerons le gâteau. » Certains services rendus à ces gouvernants par un pays comme l’Angola sont en train d’être payés en nature, l’Angola s’étant invité à Kahemba. La terreur et la violence entretenues dans plusieurs coins de notre pays sont les méthodes privilégiées des « Etats manqués » comme le République (dite) Démocratique du Congo. Ces « Etats » « ne peuvent ou ne veulent pas protéger leurs citoyens de la violence, voire de la mort. (…) Et quand ils ont les dehors d’une démocratie, ils souffrent d’un grave « déficit démocratique » qui prive leurs institutions formelles de contenu réel. » (N. CHOMSKY, Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Paris, Fayard, 2006, p.8)

Revenons un peu sur la terreur qui règne au Kivu. A la deuxième guerre de 1998, il y aurait eu de « faux Interhahamwe » là-bas. « Les nouveaux venus, notait Colette Braeckman, semblent bien nourris, en bonne santé, sont chaussés de bottes noires (ces bottes noires étaient les éléments plus représentatifs de l’uniforme des troupes de Kagame durant la guerre au Rwanda. (…) Malgré les dénégations de Kigali, la population est persuadé que ces hommes sont, en réalité, de « faux Interhahamwe », c’est-à-dire de Hutus amenés du Rwanda, tirés des prisons ou poussés vers le Congo avec une mission très simple à remplir pour prix de leur liberté : faire régner l’insécurité, obliger les paysans à quitter leurs terres pour se réfugier auprès de parents en ville ou en forêts. De telles attaques, tolérées sinon encouragées en sous main par les autorités locales, permettent de justifier l’intervention rwandaise au Kivu, d’expliquer pourquoi les hommes de Kagame veulent garder un droit de regard sur la région, par l’intermédiaire de leurs hommes liges. » (C. BRAEKMAN, Les nouveaux prédateurs. Politiques des puissances en Afrique centrale, Paris, Fayard, 2003, p.166) La mascarade électorale de 2006 a permis à ces hommes liges de se retrouver dans les institutions de la troisième République. Ils ont violé de manière délibérée la loi sur la nationalité congolaise. Et les basses œuvres se poursuivent. Donc, « la terreur qui règne au Kivu est moins aveugle, et surtout moins gratuite qu’on ne le croit. Elle n’est pas un simple corollaire de la guerre, car elle dépeuple la région, oblige les paysans à fuir en forêt, à abandonner leurs villages et leurs champs. Cette terreur vise aussi à réduire au silence les intellectuelles, à neutraliser les chefs traditionnels, les leaders d’opinion qui pourraient prendre la tête d’éventuelles révoltes. » (Ibidem, p.167). Ce qui a été affirmé pour le Kivu vaut aussi pour le Bas-Congo, pour Kinshasa et pour les autres parties de notre pays. Dans ce contexte, il est assez facile de comprendre les accusations que Nkunda porte à l’endroit du pouvoir de Kinshasa. Dans sa lettre adressée à Antoine Gizenga ou dans l’interview qu’il a donnée au journal Le Soft, il affirme, sans ambages, que les gouvernants de Kinshasa soutiennent les FDLR. Kigali et Kinshasa, par leur recours à la terreur et à la violence partage les mêmes préoccupations : piller et/ou faciliter le pillage des ressources du sol et du sous-sol congolais par les pays voisins, réduire au silence les intellectuels et les leaders d’opinion, entretenir l’image des « Etats manqués ».

Qu’y peuvent les deux chambres du Parlement? Rien. Ou un peu de rhétorique pour « faire croire » aux naïfs d’entre nous qu’elles veillent à la sauvegarde du bonheur collectif! Ce qui est faux.

Elles ne peuvent pas inventer la roue. Depuis que les valeurs marchandes véhiculées par « les petites mains » du capital ont ensorcelé « les cœurs et les esprits » des politiciens de notre terre, « la réalité politique nous met devant un constat : du principe affiché de créateur de l’intérêt supérieur de la nation, le représentant est devenu un porte-parole du parti qui a contribué à le faire élire. » (N. LENOIR, La démocratie et son histoire, Paris, P.U.F., 2006, p.178) Or, chez nous, l’AMP, le parti majoritaire au pouvoir a les mêmes intérêts que ses maîtres de Kigali et leurs parrains communs. Donc, l’assemblée nationale ne sera que leur caisse de résonance. Le recours permanent aux « huis clos » en est la preuve. En effet, « dans les faits, le Parlement n’est donc pas ce lieu de la vertu où les représentants, par une discussion lente et réfléchie, élaborent une volonté politique. Il est la caisse de résonance des intérêts idéologiques et catégoriels soutenus par le parti majoritaire. La réalité de la représentation repose sur cette transformation : transformer par des artifices rhétoriques des intérêts partisans (politiques et économiques) en volonté nationale. » (Ibidem, p.179)

« Les huis clos » excluant notre peuple, certains députés et/ou sénateurs disent le déficit du débat public présupposant l’implication de l’ensemble des citoyens sur des questions d’intérêt général.

Ce déficit du débat public est l’expression des limites de « la démocratie missionnaire » imposée aux hommes et femmes liges congolais et à nos populations. Sans que nous ayions pris ensemble le temps de penser un système politique répondant à nos exigences propres de bonheur collectif partagé. Pendant longtemps, nous nous rendrons compte que « nos élus » ne seront pas des forces motrices et créatrices d’une volonté politique émancipatrice de notre esclavage volontaire. A moins qu’ils ne changent de méthodes? En ont-ils la capacité? L’histoire nous le dira.

Le recours aux « huis clos » est aussi signe du sable mouvant (le mensonge, le vol, le viol, la corruption, l’achat des consciences) sur lequel les institutions de la troisième République sont fondées. Plusieurs de leurs animateurs se sont compromis en concluant « des accords » -certains sont non-écrits- dont la teneur révélée à nos populations les jetterait dans la rue pour exiger le départ du pouvoir de ces hommes et femmes liges.

De toutes les façons, il serait illusoire de compter sur la majorité des gouvernants actuels pour un avenir meilleur chez nous. Nous ne le dirons jamais assez. Saisir, créer et recréer les occasions de s’instruire et de s’organiser demeure l’une des nos planches essentielles du salut.

Ici, l’initiative de l’organisation d’un Forum Social au Congo au cours de ce mois de juin constitue une grande première sur cette voie de la quête de notre autodétermination. Les pays du Sud essayant de renverser le joug de leur esclavage volontaire ont bénéficié des apports sérieux des Forums sociaux. Le Brésil, le Venezuela, l’Argentine et la Bolivie peuvent être pris comme modèles. En plus de l’échange des médecins, de l’alphabétisation fonctionnelle et de la création des écoles à une vitesse vertigineuse, ils en sont à la constitution de la Banque du Sud pour se débarrasser des mécanismes de l’impérialisme que sont la Banque mondiale et le FMI. Le Congo pourrait les imiter et renvoyer aux études « ses élus » ayant voté un budget gouvernemental fondé sur les mécanismes suicidaires recommandés par ces institutions de Bretton Woods.

A dire vrai, il n’ y a plus tellement grand-chose à attendre de l’alternance au pouvoir dont les élections constitueraient la pierre angulaire. « Comme à toutes les époques, il faudra un engagement quotidien, dévoué, pour créer (en partie recréer) les bases d’une culture démocratique qui fonctionne, où la population joue un rôle dans la prise de décision non seulement sur la plan politique, dont elle est largement exclue, mais aussi sur le plan de l’économie, dont elle est exclue par principe. » (N. CHOMSKY, O. C., p.354) Au Congo, la politique s’est incarnée dans ‘le tshididi’ (la duperie). Elle n’en sortira pas par les politiciens actuels. L’une ou l’autre faisant exception pourrait servir de relais à la récréation de ces bases d’une culture démocratique populaire à partir et avec les associations de la société civile acquises au changement. Les politiciens gérant notre destin commun de surplomb ne nous sont et ne nous seront d’aucun apport substantiel. « Les huis clos » sont les tentatives obscurantistes des représentants des « Etats manqués ». Donc, tout est à recommencer. A zéro.

J.-P. Mbelu

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Revised: June 21, 2007