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Médias congolais : nous écrirons notre histoire à partir de chez nous

26 décembre 2005 - Le référendum congolais continuera à faire couler beaucoup d’encre tant que nous chercherons à comprendre ce qui nous arrive. Au vrai, dans notre marche pour la libération de la liberté, il n’y a plus tellement de faits divers. Tout est à questionner. Un exemple. Pourquoi les médias occidentaux et certains congolais se limitent-ils aux commentaires sur le résultat de ce référendum sans une analyse aussi profonde que celle faite par le Potentiel et par la dernière tribune de presse (21/12/05) de la radio Okapi? (Les Internautes peuvent encore écouter John Ngombwa, Mike Mukebayi, Jean-Jacques Luboya et Belhar Mbuyi sur Internet. Ces compatriotes ont prouvé que leur niveau d’analyse socio-politique est au top). Dans l’article intitulé ‘Référendum constitutionnel. Les leçons d’une participation moyenne’, Le Potentiel du 23/01/05 vient élucider le contexte dans lequel le référendum a eu lieu et fonder en raison le faible taux de participation au référendum constitutionnel à Kinshasa et dans les deux Kasaï. Si Kinshasa, bastion du ‘non’ est une ville fortement politisée grâce à sa participation active au débat politique, les provinces de l’Est ont opté pour le ‘oui’ dans l’espoir (non critique) de voir la paix et la sécurité régner. Ce faisant, ce journal venait répondre à Mr Louis Michel qui, la veille, estimait que ‘le non’ de Kinshasa n’a aucune signification. En effet, à la question de savoir ce qu’il pensait du ‘non’ de Kinshasa (cfr le Potentiel du 22/12/2005), le Commissaire européen au développement répondait : « Cela n’a aucune signification. Ce qui est significatif, monsieur, c’est la fait qu’une majorité très confortable ait décidé de voter oui dans le pays. Quand on organise un référendum, vous savez, on trouve toujours un endroit où le score est moins bon. » Passer du constat d’un score moins bon au manque de signification de ce score, il y a un pas que ne peuvent franchir que ceux qui font l’histoire de notre pays de l’extérieur et « les petites mains du capital », propagatrices de la bonne parole du tout libre-échangisme.

Kinshasa une ville hyper-politisée?

A la lecture de l’interview accordée à M. Louis Michel et de l’article du Potentiel susmentionné, il y a des similitudes sur le jugement porté sur Kinshasa. M. Michel justifie le ‘non’ de Kinshasa en ces termes : « Je pense qu’il y a sans doute ici une politisation très forte; il y a sans doute ici aussi, je crois, des esprits plus critiques. Tout cela est légitime. Je pense qu’à Kinshasa, par exemple - c’est un avis qui ne me vient pas à l’esprit- certains ont eu le sentiment qu’on avait pas assez expliqué la Constitution, qu’il y avait peut-être un manque d’informations sur cette question-là. » Le Potentiel abonde dans le même sens : « A Kinshasa, il y a lieu de retenir que cette ville constitue le « bastion » de la contestation, la base du Non, depuis l’époque coloniale. Ensuite, Kinshasa est une ville hyper-politisée à telle enseigne que chaque débat politique entraîne divers comportements dans le public. »

Disons que le ‘non’ kinois, aux dires de M. Michel et du Potentiel, est un ‘non’ informé, réfléchi, fruit de la sagacité citoyenne et de l’intersubjectivité critique, né de la participation de près ou de loin au débat politique de l’heure. Par sa qualité, il est semblable au ‘non’ français au projet de traité constitutionnel européen. Il est un signe probant de la politisation du kinois moyen. L’engouement de l’Est, bien que fondé sur des raisons nobles, nous semble être un moyen ignoble de réagir face à un enjeu politique de taille pour la refondation de notre république. Là où le bat blesse c’est quand la politisation des kinois et leur intersubjectivité critique est jugée comme n’ayant « aucune signification ». « La majorité confortable » non politique et non critique, aveuglée par le mensonge, l’ignorance volontaire et l’ignorance intentionnelle entretenue par les maîtres de l’argent est présenté comme modèle à imiter! Là où le bat blesse, c’est quand M. Michel reconnaissant lui-même qu’ « il est assez difficile d’expliquer (dans les détails) la Constitution sur le temps qui était imparti », il trouve le score informé de Kinshasa moins bon! Toujours ce manichéisme divisant le monde entre les bons et les mauvais. Les bons sont ceux qui se conforment à la ligne de conduite tracée par les maîtres du monde, qui se plient face leur conception de la vie et du temps. Les mauvais, ceux qui remettent en question l’ordre des « petite mains capital » et qui veulent être maîtres chez eux! Cela s’appelle réalisme politique! Ecouter la dernière tribune de presse faite par radio Okapi aurait permis à Mr Michel de comprendre qu’en plus du manque d’une sérieuse vulgarisation de la Constitution, il y a eu 47 villages de Kahemba (dans le Bandundu) exclus du processus référendaire. Exclure les gens d’un processus engageant leur avenir et leur demander d’y adhérer par procuration, cela nous semble ne pas les prendre au sérieux. Et que les Kinois exerçant leur « sagacité politique » soient qualifiés d’hyper-politiciens nous semble exagérer. En effet, la refondation de notre république nous exige de questionner les mots, les concepts et les discours afin que nous puissions éviter le plus possible ceux qui tuent, démobilisent et/ou poussent à la démission. Il y a des mots, des concepts et des discours bloquant la pensée ou faisant penser. Un grand journal comme le Potentiel devrait se garder d’un usage des mots pouvant le transformer en « petite main médiatique » au service de la propagande politicienne orchestrée par les maîtres du monde (comme certains de ses confrères) et perdre un peu de sa capacité de produire des citoyens extrêmement avertis et engagés.

Fidèle auditeur de radio Okapi, de Top Congo et lecteur acharné des journaux de notre pays, nous estimons que notre capitale Kinshasa en tant que lieu de la concentration des institutions politiques, culturelles et intellectuelles est une ville avertie. Sans réduire le Congo à ses dimensions, elle peut inspirer nos actions par la capacité d’analyse dont font montre bon nombre de nos compatriotes kinois.

Marchandisation du monde et espace public

La dernière tribune de presse (sur radio Okapi) nous a convaincu de la maturité politique dont certains de nos compatriotes font montre. A la suite de Ben Clet, John Ngombwa, Belhar Mbuyi, Mike Mukebayi et Jean-Jacques Luboya nous ont convaincu que notre scandale géologique a de l’avenir. Il a des fils à même d’une analyse conséquente des enjeux politiques de l’heure. Le pourcentage du non et de l’abstention au référendum constitutionnel nous convainc qu’une grande libération de l’espace public chez nous peut sérieusement contribuer à la libération de la liberté. Contrairement à un certain Occident malade de la dépolitisation de ses masses populaires, un certain Congo politise ses fils et filles. C’est une entreprise à encourager dans la mesure où la politique peut être comprise comme la composition progressive du monde commun. En tant que telle, cette entreprise appelle tous les fils et toutes les filles de notre peuple à apporter leur cote- part à l’édification de ce monde. Elle n’est pas la chasse gardée de quelques experts ou autres missionnaires de la démocratie et du développement. Ces messieurs et dames pratiquent une politique dépassée et déphasée. C’est-à-dire une politique classique, lot de quelques initiés francs-maçons ou politicailleurs, otages de nos marabouts. Non. La corruption des élites politiques, leur conversion en « petites mains du capital », disons le déficit de la démocratie représentative a eu des effets positifs sur la fabrication politique. Des collectifs d’auto-support en ont fait leur affaire en se disant : « Ngulungu diakuwile, kudiakwidi utakabomba » (Antilope, plaide ta cause; si tu ne plaides pas ta cause, tu périras). Disons que les missionnaires de la démocratie veulent conquérir nos terres après que les collectifs d’auto-support et les autres empêcheurs de penser en rond aient sonné le glas de l’expertise politique au Nord au non de la fabrication politique commune. Chez nous, ils marchent derrière leur ombre, épris du souci de mettre dans les outres neuves le vieux vin de la politique, propriété privée de quelques apprentis sorciers, courant le monde pour abrutir les esprits à convertir en hommes et femmes liges. Ils travaillent sérieusement à la dépolitisation du monde. Ce n’est pas un hasard qu’ils soient fiers d’un ‘oui’ non politisé. Forts de leur œuvre dépolisatrice au Nord, ils s’improvisent affectueusement au Sud pour participer du déclin des affaires politiques et de l’appauvrissement de la portée du débat politique. Chez eux, ils savent « qu’au fur et à mesure que l’influence du marché s’accroît et que le mercantilisme sape les organisations traditionnelles à but non lucratif et les remplace dans le rôle qu’elles jouaient pour tisser des liens entre citoyens et les communautés, l’espace public dans lequel les individus deviennent des citoyens se réduit et se corrompt. » Au service du capital, ils veulent que la politique continue à se faire par procuration et que « les décisions politiques fondamentales concernant la répartition des ressources et les affaires publiques soient prises par une élite (lige), en dehors du champ public, et que la culture politique se concentre sur des problèmes secondaires ou symboliques. » Il y a là expansion d’un système ne songeant qu’à l’aspect commercial en imposant d’étroites limites au champ culturel et politique. Nous ne savons peut-être pas que « le facteur qui a déterminé de façon décisive l’avènement et le succès des révolutions et des sociétés démocratiques au cours du XVIIIe et XIXe fut l’apparition d’un espace public consacré au discours public. Cet espace (…) permettait aux citoyens de communiquer, d’étudier les affaires publiques du moment et d’en débattre, sans craindre les représailles immédiates des pouvoirs politiques et économiques. » S’inspirant de cette histoire, les collectifs d’auto-support et d’autres empêcheurs de penser en rond ont démonétisé la prise en charge de l’espace public par l’Etat et/ou par le milieu d’affaires. Protecteurs de leur pain et de leur voiture de service, « les petites mains du capital » sont à la conquête des espaces supposés non corrompus par le venin de l’alternative altermondialiste. D’où leur acharnement sur notre scandale géologique.

Mais, écoutant et lisant Ben Clet, John Ngombwa, Jean-Jacques Luboya, Mike Mukebayi et Belhar Mbuyi (pour ne citer qu’eux), méditant sur le ‘non’ kinois, l’abstention du Grand Kasaï au référendum constitutionnel, nous doutons que « les petites mains médiatiques » et « les petites mains du capital » aient raison de notre détermination d’écrire nous-mêmes notre histoire. La nuit durera. Mais nous finirons par être maîtres là, chez nous, comme le disait si bien le grand Mzee Kabila.

Conclusion

Le déficit de la démocratie représentative en Occident a conduit à la dépolitisation des masses populaires. Maints politiques occidentaux de droite éprouvent moult difficulté à reconquérir quelque crédibilité auprès de leurs populations. Ainsi s’improvisent-ils missionnaires de la démocratie et du développement au Sud. C’est sûr qu’ils réfléchiront sept fois avant d’aller chez Lula, Castro, Hugo Chavez et Evo Morales. L’Afrique leur paraît tellement vierge et naïve, qu’ils croient facile d’y faire des hommes et femmes liges. Il y a une autre Afrique dont ils ne soupçonnent pas la force de frappe. Nostalgiques de l’aura que leur procurait la politique des « experts », ils peinent à comprendre que le Sud est au Nord et participe de leur disqualification. Ils sont tellement aveugles et sourds que quand ils lisent Ben Clet ou écoutent Belhar Mbuyi et John Ngombwa, ils ne croient pas que les mots et les discours sont une force. Quand ils lisent José Mpundu, Matusila ou Thierry Landu, ils pensent qu’ils sont moins lus par les Congolais et au Congo qu’une Colette Braeckman ou une Marie-France Cros. Non. Avec les NTIC, les « petites mains médiatiques » ont fait leur temps. Nous écrirons notre histoire à partir de chez nous, du Sud révolutionnaire et du Nord solidaire. Après Noires fureurs, blancs menteurs, nous savons avec Pierre Péan que certains médias occidentaux ont fabriques les dictateurs africains…

J.P. Mbelu

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Revised: December 27, 2005 .