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Le budget 2007 promulgué, Gizenga peut-il maintenant décoller? 11 juillet 2007 - Certains de nos médias doivent avoir des problèmes sérieux au niveau de l’étude et de l’approfondissement de certains dossiers pour un journalisme qui soit au service de l’émancipation de notre pays. Il est malheureux de constater, pour les cas où les IFI sont sérieusement impliquées dans la déchéance de la politique économique de notre pays, qu’il y a un déficit informationnel grave. Ses conséquences sur notre devenir commun peuvent être incalculables. Traqués comme des malfrats par le pouvoir en place à Kinshasa, certains de nos journalistes ont opté pour un simple reportage des faits. Ce faisant, ils cautionnent des options dangereuses prises par les gouvernants actuels en les publicisant. La critique positive est en train de céder la place à publicité complaisante faite autour de ces options. Ils peuvent, face à des preuves tangibles de « la démonstration du pillage et de la soumission » données par les pouvoirs législatif et exécutif en votant et un promulguant un budget de misère, parler du décollage du pays! La peur du harcèlement, des pillages, des massacres et des assassinats ciblés risque de gauchir le travail journalistique et de décerveler nos populations et leurs élites résistantes à l’ordre actuel de la médiocratie kléptocratique. Les médias congolais alternatifs doivent prendre le relais sous peine de condamner notre grand et beau pays à naviguer à vue, au gré des vagues que soulèvent les institutions actuelles. Des cas d’école Dans un article publié par Le Potentiel le 05 juillet 2007 et intitulé ‘Avec l’adoption du budget 2007 par le Parlement, A. Gizenga peut décoller’, l’auteur note ce qui suit : « Evidemment, le Premier ministre n’ a plus d’excuse. Il dispose maintenant de son budget pour passer à des choses concrètes afin de relever les défis qui se présentent à lui et à toute son équipe. » Il ne restait plus que la promulgation de ce budget pour que ce passage à « des choses concrètes » s’effectue. En effet, « le président de la République, Joseph Kabila, a promulgué le samedi 7 juillet 2007 dernier la loi n° 07/002 du 7 juillet 2007 portant Budget de l’Etat pour l’exercice 2007 », note Amédée MWARIBU KIBOKO dans Le Potentiel de ce 08 juillet 2007. Cela signifie-t-il que le gouvernement Gizenga va relever les défis qui se présentent à lui? Ce n’est pas très sûr. Pourquoi? Pour plusieurs raisons, en plus de la modicité de ce budget. Dans un reportage fait sur une séance de travail lors de la session extraordinaire du Sénat du vendredi 22 juin, Le Potentiel, revenant sur l’intervention du sénateur Vincent de Paul Lunda-Bululu, notait : « Autre registre, les dépenses de rémunérations. Ici également, Lunda-Bululu n’a pas fait de quartier. Après avoir noté que, dans son projet de loi budgétaire, le gouvernement a arrêté les dépenses de rémunérations à 274.314.00.000 Fc pour 994.747 personnes payées par l’Etat -soit une moyenne de 275.763Fc par mois, il a qualifié ces salaires de misérables. Quand bien même ces dépenses aient été portées par l’Assemblée nationale à 346.397.728.098 Fc soit une moyenne de 348.227 Fc par personne et par an, ou 29.019 Fc par mois. » (Loi sur la décentralisation, rétrocession de 40 %. Le sénateur Lunda-Bululu dénonce l’intention manifeste du gouvernement de violer la Constitution, dans Le Potentiel du 25 juin 2007) Donc, à ce niveau, il y a un défi que le gouvernement Gizenga ne réussira pas à relever; c’est-à-dire donner un salaire décent aux fonctionnaires congolais. Voilà ce qui arrive à tous les gouvernements qui obéissent aux diktats du FMI. Ils sont obligés de restreindre le plus possible les dépenses publiques pour pouvoir payer le service de la dette (odieuse). Ces gouvernements acceptent de sacrifier les investissements prioritaires pour pouvoir rembourser les riches créanciers. « Par conséquent, ce projet de budget, estime Eric Toussaint, empêche délibérément la satisfaction des besoins humains fondamentaux de la population congolaise. En cela, il viole plusieurs textes fondamentaux, que ce soit la Déclaration universelle des Droits de l’Homme ou le Préambule de la Constitution congolaise. » (E. TOUSSAINT, RDC : la démonstration du pillage et de la soumission, dans www.catdm.org <http://www.catdm.org>) Comme le FMI ne veut rien savoir au sujet de la violation des droits humains, cette institution et ses complices locaux ont soutenu ce budget pour répondre aux exigences de l’initiative PPTE. « Initiative dont la finalité n’est autre que d’imposer à la RDC des mesures économiques très impopulaires, comme la réduction des budgets sociaux, la suppression des subventions aux produits de premier nécessité, des privatisations, l’ouverture des frontières et une fiscalité qui aggrave les inégalités. » (Ibidem) Est-ce là le décollage dont parle le grand journal de Kinshasa? Encore une fois, avec ce gouvernement, comme pendant la longue transition, c’est quelques oligarques qui se sont dressés contre le peuple par un mécanisme de soumission à l’impérialisme capitaliste dont le FMI est l’un des instruments. Mark Weisbrot, économiste et codirecteur du Centre for Economic and Policy Research, ayant le siège à Washington, partage ce point de vue. Pour lui, « la Banque mondiale et le FMI font partie d’un cartel contrôlé par le Département du trésor états-unien, qui ne prend pas compte les intérêts des autres des pays lorsqu’il prend ses décisions. » (F. KRAKOWIAK, L’influence du FMI ne cesse de décliner, dans www.cadtm.org <http://www.cadtm.org>). Concrètement, « le scandale est patent : les richesses congolaises ne profitent pas à l’Etat ni aux populations du pays, mais à quelques proches du pouvoir et à des entreprises multinationales dont le FMI et les grandes puissances servent les intérêts. » (E. TOUSSAINT, art. cit.) Que devient la démocratie dans tout ça? Les limites de la démocratie représentative et la nécessité d’une rupture Au cours d’une conférence de presse tenue le dimanche 1er juillet 2007, le président de la Commission économique, financière et de bonne gouvernance, l’un des grands professeurs d’économie du Congo, Evariste Mabi Mulumba, a justifié l’adoption de ce budget de misère (en revoyant les chiffres à la baisse) en évoquant l’article 132 de la constitution stipulant que « lorsqu’une loi est déjà votée par l’une des chambres, l’autre chambre doit baser son examen sur la documentation venant de la première. » En appliquant cette loi, le Sénat n’a pas examiné la requête formulée par l’un de ses membres, Vincent de Paul Lunda-Bululu. Il a avalisé une démarche cautionnant un budget de misère pour les fonctionnaires de l’Etat; « au nom de la loi ». Donc, au Congo, l’homme est fait pour la loi; la loi n’est pas faite pour l’homme! A ce niveau, l’un des déficits de la démocratie représentative apparaît : elle minorise les intelligences au sein des assemblées où le vote majoritaire (à main levée) privilégie les intérêts autres que ceux de la population. Le budget 2007 consacre plus ou moins 50 % des ressources propres du Congo au paiement du service de la dette (odieuse)! C’est-à-dire une dette qui n’a pas profité à nos populations mais aux gouvernants et à « leurs amis ». Donc, le vote majoritaire, en sacrifiant le débat et la délibération auxquels une partie importante de nos populations auraient pu être associée en appui aux minorités intelligentes des deux chambres du Parlement, sacrifie le peuple sur l’autel des intérêts « des partenaires extérieurs ». Où est passée la démocratie en tant que « pouvoir pour le peuple »? Peut-on, dans ces conditions, parler du décollage du gouvernement Gizenga? Nous ne le dirons jamais assez. La constitution d’une majorité présidentielle autour des intérêts politiciens et non à partir d’un programme étudié et partagé au préalable avec nos populations venait répondre aux desseins des réseaux d’élites prédateurs, mis sur pied depuis la guerre d’agression rwando-ougando-burundaise, abusivement appelée « guerre de libération ». Ces réseaux avaient des objectifs à atteindre dont celui-ci : ouvrir le Congo à l’économie mondialisée de la prédation (à laquelle ils participent et/ou servent de relais) et faire de notre pays un terrain vague; un bien sans maître. Donc, le modique budget de Gizenga est une des conséquences lointaines de la poursuite de cet objectif. Les institutions dites de la troisième République sont formatées en fonction dudit objectif. Vouloir moraliser et/ou éthiciser ces institutions et leurs animateurs afin qu’ils se mettent au service de nos populations est une entreprise difficile, sinon impossible. Leur conversion au service de la solidarité nationale, au respect des libertés fondamentales et surtout de la dignité humaine devrait signer leur arrêt de mort. Tout le problème est là. Voilà pourquoi « les radicaux » d’entre nous et les minorités résistantes congolaises luttent pour leur effacement de la scène politique congolaise; pour une rupture d’avec l’ordre ancien de la kléptocratie et une refondation des institutions d’une autre République, avec des gouvernants élus en fonction d’un profil éthique autre que celui d’être congolais et d’avoir atteint l’âge de trente ans…En effet, les gouvernants actuels ne sauront pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Leur dernière grande trouvaille est qu’ils vaudraient créer, à partir d’une loi scélérate, une opposition à leur image et à leur ressemblance. Allez-y ne pas comprendre quelque chose! Non. Tout est à remettre à plat… J.-P. Mbelu |
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Revised: July 13, 2007