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Les cris des évêques du Congo et les limites du discours de la dénonciation 14 juillet 2007 - La semaine qui vient de s'achever a été marqué par la publication du message des évêques de la Conférence Episcopale nationale du Congo sur la situation prévalant actuellement au pays de Lumumba. Ce message a reçu un large écho dans les médias congolais. Le plupart de ces médias l’ont commenté, soulignant le courage prophétique de nos pères de l’église décriant le manque d’éthique dans l’action politique telle qu’elle est menée aujourd’hui au Congo. Ces premières réactions assez émotionnelles n’ont pas encore été suivies des études approfondissant les points forts et les points faibles de ce message en vue de proposer des voies pouvant rendre « les dénonciations » de nos pères, les évêques plus audibles. Est-ce possible de combler cette lacune? Nous nous y essayons; tant soit peu. Après un préambule, ce message, unique en son genre, commence par un rappel des prises des positions antérieures de la CENCO et pose une question. « Dans notre Message du 05 octobre 2006, notent nos évêques, nous appelions notre peuple à participer aux élections dans la vérité et la transparence. Nous dénoncions la violence dont les causes se situaient dans le refus du dialogue positif et consensuel, les exclusions, le non-achèvement de l’intégration de l’armée, les frustrations accumulées depuis de nombreuses années, l’intoxication de l’opinion et l’intolérance. » Et nos pères évêques de poser cette question : « La CENCO a-t-elle été écoutée? » En lisant la suite du message, la réponse à cette question ne peut être que négative. Ce qui est un peu surprenant est que malgré « cette réponse négative », le 05 décembre 2006, nos évêques ont cru qu’un nouvel ordre politique pouvait naître au Congo. Ils ont cru que les élections n’ayant pas eu lieu « dans la vérité et la transparence » pouvaient aider à la naissance des institutions pouvant contribuer à l’avènement d’un nouvel ordre politique. A ce point, les appels de la CENCO marquent leurs limites. Des limites probablement dues à l’analyse des épiphénomènes en lieu et place des questions fondamentales posées par la guerre d’agression rwando-ougando-burundaise. Ces appels ne font pas de lien entre le manque « de vérité et de transparence » aux élections et « la maison qui brûle » actuellement. Si l’appel du 05 octobre 2006 n’a pas été écouté, c’est entre autres parce que brûler la maison faisait partie du projet de ceux pour qui cet appel constituait une menace : l’écouter aurait court-circuité « leurs intérêts ». La sourde oreille a été délibérée. L’entretien de la violence marche de pair avec le soutien offert à ces intérêts. Quand au point 7 de leur dernier message, nos évêques disent leurs préoccupations particulières pour l’avenir, ils établissent ledit lien sans qu’ils s’en aperçoivent. « Les tristes événements survenus dans la ville de Kinshasa les 22 et 23 mars 2007, l’insécurité récurrente dans l’ensemble du pays et particulièrement dans les provinces de l’Est, les situations précaires aux frontières, les assassinats ciblés » ne sont pas à séparer de « la ruée au Congo d’ « investisseurs » munis de contrats miniers et forestiers discutables, l’exploitation anarchique des ressources naturelles, notamment minières et forestières, la modicité du budget de l’Etat et la lenteur dans les changements et réformes tant attendus ». Pour que ce lien entre le rejet de « la vérité et la transparence » aux élections, le refus du dialogue positif et consensuel, les exclusions, le non-achèvement de l’intégration de l’armée et le feu mis à la maison congolaise se maintienne, les antivaleurs doivent être le socle sur lequel cette maison doit se bâtir. La persistance des antivaleurs (la corruption et la vénalité, l’achat des consciences, le déficit de loyauté et de sincérité, l’infidélité à la parole donnée, la cupidité, le goût du gain facile, les détournements de deniers publics, la violence) participe du projet délibéré de brûler la maison congolaise. Sinon, comment comprendre qu’ « au lieu de contribuer au développement de notre pays et profiter à notre peuple, les minerais, le pétrole et la forêt sont devenus des causes de notre malheur? Comment comprendre que nos concitoyens se retrouvent, sans contrepartie ni dédommagements, dépouillés de leurs terres, par le fait des superficies concédées ou vendues à tel ou tel exploitant minier ou forestier? Est-il admissible que des travailleurs congolais soient traités ici et là sans égard pour leurs droits et leur dignité humaine? » Pour dire les choses autrement, la mascarade électorale congolaise venait répondre aux trois intérêts des ultralibéraux « cosmocrates » et leurs laquais africano-congolais : avoir accès aux marchés cruciaux, aux ressources stratégiques et aux sources d’énergie congolaise. Ces trois intérêts ultralibéraux se satisfont au mépris des valeurs morales. Ils se satisfont sur fond d’une idéologie enseignée à travers les universités et les grandes écoles gagnées à la cause du « turbo-capitalisme » et répétée à haute voix par ses « petites mains » : la politique n’est pas morale. Le discours de dénonciation ne peut pas, à lui seul, déboulonner une telle idéologie. Son pouvoir ensorceleur a déjà gagné beaucoup de cœurs et d’esprits. Il faut innover au niveau des méthodes. (Re) créer des institutions et des structures Le nouveau pas que franchit le dernier message de nos évêques est à situer dans l’engagement qu’ils ont pris, « à travers des structures », « à suivre avec une attention particulière le processus de « revisitation » des contrats miniers et forestiers afin qu’il se fasse dans la transparence au profit congolais. Car la bonne gestion des ressources nationales, estime la CENCO, sera un facteur déterminant pour la renaissance de la RDC. La CENCO créera en son sein une Commission épiscopale ad hoc chargée de suivre la question de l’exploitation des ressources naturelles et exiger le respect des droits humains par les compagnies oeuvrant dans ce secteur. » Cet engagement concret est une grande première dans l’histoire de l’église du Congo. Le souhait aurait été que la « Commission épiscopale ad hoc » ait des ramifications paroissiales et au niveau des Communautés Ecclésiales Vivantes de Base. Cela inciterait les chrétiens et les chrétiennes de la base à devenir les acteurs éveillés de la marche des affaires économiques du pays de leurs ancêtres. En plus de cette Commission, la redynamisation des Commissions Justice et Paix de différents diocèses du Congo et leur vivante interconnexion est une autre piste à exploiter. Déjà au niveau de ces deux Commissions et leurs ramifications, l’église innoverait davantage en prenant l’initiative d’inviter les politiques à ses différentes évaluations et en mettant, sur la place publique, les résultats desdites évaluations. Elle contribuerait à former une opinion publique digne de ce nom. (Elle fait encore défaut au pays.) L’église fait un pas de géant en rappelant l’urgence qu’il y a à mettre sur pied « la nouvelle structure du Conseil économique et social prévue par la Constitution (art. 208) et sa décision de participer aux activités de Conseil. Ici, l’église ne ferait-elle pas œuvre utile en anticipant. C’est-à-dire en instituant au niveau des Communautés Ecclésiales Vivantes de Base « un budget participatif » sur le modèle de celui de Porto Alegre. Car, s’il est bon de lancer des appels à la conversion des cœurs, la lutte contre les structures génératrices de péché devrait être toujours déjà prise en compte dans l’église. Relire La force historique des pauvres de Gustavo Gutiérrez, Jésus-Christ libérateur de Leonardo Boff, Le cri de l’homme africain et Ma foi d’Africain de Jean-Marc Ela serait d’une grande utilité maintenant que notre maison brûle. Il y a tout un potentiel de la théologie de la libération inexploité par notre église locale du Congo. Mais cette église ne devrait-elle pas commencer par battre sa coulpe? Va-t-elle attendre longtemps, comme l’église polonaise, avant d’apurer son passé? En effet, il n’y a pas très longtemps que « l’Eglise polonaise a décidé de se soumettre, en acceptant (…) à l’unanimité de ses évêques, de passer au crible le passé de ses prêtres (…) ». (La Pologne veut apurer son passé communiste, dans www. lefigaro.fr/international/2007011) Ce faisant, elle posait « le premier acte de confrontation plus générale de la Pologne avec son passé. » Notre église locale a besoin de faire un examen de conscience sur son passé mobutiste et son présent kabiliste. Une autocritique indispensable de l’église du Congo Quand nos pères évêques posent la question de savoir si leur Massage du 05 octobre 2006 a été écouté, ils ne disent pas tout de suite après la part de certains de leurs confrères dans la sourde oreille à laquelle ce message a été livrée. Ils ne disent pas qu’ils ont des confrères acquis à la cause des partisans des antivaleurs. Ils ne disent le dépit exprimé par l’un d’entre eux fustigeant, après le deuxième tour de la présidentielle, le fait que l’église avait manqué en son sein « des serviteurs du logos ». La lecture du dernier Message est encourageante dans la mesure où elle témoigne de l’unité de la CENCO. Il y aurait eu un dépassement des divisions (démoniaques) l’ayant marquée au deuxième tour de la présidentielle. (Elle se serait souvenue de la parole de l’Ecriture disant qu’une maison divisée contre elle-même est vouée à sa perte.) Au deuxième tour de la présidentielle, certains évêques auraient donné des consignes claires aux chrétiens et chrétiennes afin qu’ils votent pour tel ou tel autre candidat violant ainsi le principe clamé tout haut de la neutralité de la hiérarchie ecclésiale du Congo. Un coup d’œil rapide sur notre histoire nous apprend que la pérennité du pouvoir mobutiste a des liens avec la compromission de certains pères évêques et de certains membres du clergé avec les pouvoirs de l’argent. Qu’attend l’église catholique du Congo pour apurer ce passé? Que certains pères évêques aient appris aux chrétiens analphabètes à écrire le nom d’un candidat au deuxième tour de la présidentielle est un signe que les pratiques ecclésiales de l’époque de Mobutu ont la peau dure sous Joseph Kabila. Dans ce contexte être à la fois pyromane et pompier relève du registre de l’hypocrisie décriée à plusieurs reprises dans l’évangile par le fondateur du christianisme, Jésus de Nazareth. Il y a au sein de l’église congolaise, à partir de la tête, un problème de conversion aux valeurs évangéliques, dans la vérité. Il y a une question de la lecture de l’évangile par et pour les pasteurs, à tous les niveaux de la hiérarchie, avant de le lire pour les autres et d’exercer le rôle prophétique. Disons que l’église du Congo gagnerait en crédibilité en faisant un aveu de ses faiblesses dans le soutien permanent offert aux bourreaux de nos populations. Une autocritique sans complaisance au sein de l’église serait un geste fort marquant une rupture avec un passé de péché et une refondation de l’église sur « les valeurs douces » prônées par Jésus-Christ. Cette rupture passe aussi par « la revisitation » de la gestion du personnel ecclésiastique au sein de l’église diocésaine du Congo. Les prêtres diocésains ont-ils le minimum requis, signe du respect des droits humains et de la dignité humaine? Ici la parabole de la paille et de la poutre peut s’appliquer aux appels que nos pères lancent aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté. « Pelelee ne mu ntelelu, mu mbelu kudiatshi? » L’église (d’en haut) gagnerait un peu plus en prêchant par l’exemple que par les dénonciations que les faits démentent souvent. Si la conversion des cœurs, de tous les cœurs, peut nous aider à édifier une société juste et fraternelle comme nos évêques le soulignent dans leur dernier Message, elle ne suffit pas. Il doit y avoir une circularité entre la conversion des cœurs, la mise sur pied des structures et des institutions justes et fraternelles et/ou les appels à créer la justice et la fraternité; et une autocritique sans complaisance de ces structures et institutions. Un suivi assuré à ce travail dont les résultats peuvent être régulièrement versés sur la place publique précipiterait le début de l’édification de cette société que nous voudrions tous juste et fraternelle. Assurer ce suivi sans peur des trahisons et des compromissions serait bénéfique au bonheur collectif. J.-P. Mbelu |
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Revised: July 16, 2007