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La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux |
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La visite de Joseph Kabila aux USA : les questions éludées et/ou mal traitées par les médias 06 novembre 2007 - Les auditeurs de la Radio France Internationale ont appris le jeudi 2 novembre qu'"une délégation américaine est au Nord-Kivu pour se rendre compte de la situation sécuritaire et humanitaire qui prévaut dans cette province. La délégation a rencontré Laurent Nkunda, a essayé de faire plier Nkunda et ses hommes. Laurent Nkunda refuse toujours l'intégration. Les 2 secrétaires ont rencontré de nouveau le président Kabila." Et, la RFI d'ajouter : "Cette implication américaine est pour éviter la guerre." Pourquoi cette soudaine implication américaine au su et au vu de tout le monde? Les médias congolais, naviguant à vue, attribueront cette agitation américaine à la dernière visite de Joseph Kabila aux U.S.A. Comme les journalistes animant ces médias sont convaincus qu'un nombre assez important de leurs clients lit trop peu ou presque pas et est frappé d'une amnésie collective qui ne dit pas son nom; et comme ces médias ont pour rôle primordial de faire la propagande du "Raïs" comme étant l'incontournable artisan de la paix au Congo, ils négligent d'approfondir la question de l'implication des U.S.A. dans la guerre perpétuelle que connaît notre pays. Aussi n'arrivent-ils pas à s'apercevoir que les notions de crimes contre l'humanité sont en train de disparaître du vocabulaire politico-juridique de "cette grande puissance militaire" quand ses alliés en commettent. Alliés et affaires : la démocratie à l'américaine Rappelons que le 31 août 1999, la congressiste McKinney a écrit au président Clinton et dans cette lettre, elle disait entre autre ceci : "Je tiens à vous dire que la politique des Etats-Unis a échoué en RDC. Et cela n'est qu'un exemple de plus de nombreux échecs à travers le continent. Signalons par exemple la dualité diplomatique en Ethiopie et en Erythrée, l'indécision et l'ambivalence en Angola, l'indifférence en RDC, la destruction de la démocratie en Sierra Leone et l'inflexibilité dans tout le continent. Le résultat est une politique africaine brouillonne, désordonnée, un continent à vif et la complicité des Etats-Unis dans ces crimes contre l'humanité." (H. NGBANDA ZAMBO, Crimes organisés en Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux, Paris, Duboiris, 2004, p.15) Fustigeant la politique de surveillance des U.S.A. à travers le NEPAD, elle notait : "Je dois ajouter que votre échec dans l'arrêt de l'invasion illégale de la RDC qu'ont mené à terme vos alliés, l'Ouganda et le Rwanda, a porté directement ces pays à commettre des crimes contre l'humanité en territoire congolais. Maintenant, vous-même, vous demandez au monde qu'il ferme les yeux devant cette politique scandaleuse, alors que le monde sait que l'Ouganda comme le Rwanda ont attaqué militairement le territoire de la RDC." (Ibidem) Partisans de la navigation à vue, les médias congolais n'arrivent pas à lire dans la politique de G.W. Bush la continuité de celle de ses prédécesseurs. Quand ils traitent de la visite de Joseph Kabila aux U.S.A., ils ne mentionnent pas le fait que "s'il encourage la stabilisation et la reconstruction du Congo (?) et envisage une assistance dans le domaine médical, le président Bush a également rappelé son amitié à l'égard du président Kagame et son souci de la sécurité du Rwanda et des Tutsis en particulier." (Le carnet ce C. BRAECKMAN : Nord Kivu : vers la fin de l'ultimatum, dans www.congoforum du 01 novembre 2007) Qu'est-ce que cela signifie? Guy De Boeck l'explique trop bien quand il écrit : " On connaît le scénario à grand spectacle de la politique américaine depuis le 11 septembre 2001 et les preuves bidon d'armes de destruction massive en Irak : la "croisade contre le terrorisme". Et, comme chacun sait, ce n'est pas purement l'effet du hasard si cette lutte contre les "Forces du Mal" exige précisément l'occupation, par les Etats-Unis, de points stratégiques permettant le contrôle des principales zones de production d'hydrocarbures. Or, qu'il s'agisse du pétrole ou d'autres matières premières, la mainmise sur les ressources mondiales implique, exige même le contrôle de l'Afrique et singulièrement de l'Afrique centrale." (G. DE BOECK, Le Royaume et l'Empire, dans www.congoforum du 01 novembre 2007) Et il ajoute en passant : "Le fait que cela mènera tôt ou tard les U.S.A. à une politique de présence militaire directe en Afrique noire n'a pas échappé à Kagame, qui a maintes fois manifesté son intention de jouer en Afrique un rôle de "tête de pont de l'Empire" semblable à celui des sionistes au Moyen-Orient, et a d'ailleurs lui aussi fait du génocide un fond de commerce." Quand les médias congolais se fourvoient en lisant dans l'engagement des U.S.A. à réhabiliter les bases de Kitona et de Kamina le soutien offert à Joseph Kabila pour combattre l'insécurité à l'Est du Congo, Guy De Boeck écrit : " Une présence américaine à Kamina et Kitona ne signifie en aucune façon un engagement quelconque des Etats-Unis en ce qui concerne l'insécurité dans l'Est du Congo. Bien au contraire, cela signifie la présence, sur le sol congolais du principal et plus puissant allié du Rwanda. Cela signifie aussi que la marge de manœuvre des Congolais en ce qui concerne les intérêts occidentaux (c'est-à-dire le domaine des contrats miniers) va se trouver encore réduite". (Ibidem) Donc, les promesses de G.W. Bush à Joseph Kabila n'ont pas remis en question son alliance avec l'un des pays déstabilisateurs du Congo et son "pion tutsi congolais", Nkunda. La preuve est donnée par ces va-et-vient entre ce criminel de guerre et Joseph Kabila organisés par les 2 secrétaires américains. Donc, les promesses de Bush n'ont pas détourné les U.S.A. de l'un de ses "impératifs stratégiques" traditionnel : "éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l'état de dépendance qui justifie leur sécurité." Instabilité constructive et le soft power Cette implication explicite de Washington relève d'un coup de pouce donné à la politique de "l'instabilité (qui serait) constructive" telle qu'elle est pratiquée par l'administration Bush à travers certaines régions du monde. Ici, l'explication que donne Francis FUKUYAMA pour justifier l'impasse dans laquelle se trouve l'hégémonie US au Moyen-Orient peut aussi valoir pour le Congo. Pour ce philosophe américain et auteur de La fin de l'histoire, l'une des erreurs de l'administration Bush (et de ses alliés) "fut de surestimer l'efficacité de sa puissance militaire face à des Etats faibles et aux réseaux transnationaux de la scène internationale (…)" Pour Francis FUKUYAMA, "il faut comprendre pourquoi un pays disposant de la plus formidable puissance militaire de l'histoire de l'humanité, et qui dépense pour une armée pratiquement autant que tout le reste du monde réuni, ne parvient pas à assurer la sécurité dans un petit pays de 24 millions d'habitants après plus de trois années d'occupation. Une partie du problème provient de la présence de structures complexes, qui ne sont pas organisées en hiérarchies centralisées capables d'imposer l'application de règles communes, et qui peuvent être contrôlées, contraintes ou manipulées par la force des armes." (F. FUKUYAMA, L'hégémonie US dans l'impasse, dans The Guardian du 30 octobre 2007) Contrairement à l'Irak, le Congo a les dimensions d'un continent; ses filles et ses fils sont éparpillés à travers le monde et évoluent dans des structures indépendantes du "pouvoir mendiant" de Kinshasa. Ils ont créés des médias et des réseaux interconnectés, libres de tout musellement du "pouvoir unanimiste" de Kinshasa. L'extension d'une structure comme l'APARECO et d'un parti comme l'UDPS à travers plusieurs pays du monde rend périlleuse l'occupation du Congo par quelque pouvoir hégémonique que ce soit. Des comités internationaux comme CADTM (Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde) où opèrent certains fils et certaines filles du Congo jouent un très grand rôle dans la rupture des chaînes hégémoniques où les réseaux maffieux établis au Congo sont en train d'entraîner ce pays. Cela étant, la lutte demeure âpre. Là où les U.S.A. et leurs alliés ne réussissent pas à imposer "l'instabilité constructive" en utilisant la puissance militaire, ils choisissent, en attendant le moment propice, "le soft power"; c'est-à-dire l'imposition du "pouvoir hégémonique en douceur". Ceci se fait avec les alliés. L'infiltration de l'armée congolaise par les Tutsis rwandais facilitée par le mécanisme du brassage ferait partie de cette "autre politique". Comme l'est la décision de confier la réhabilitation de Kitona et Kamina aux Américains. En cette période de la mondialisation marchande où la Chine a accès au marché des minerais stratégiques congolais pour des milliards de dollars, le choix de Kitona et de Kamina par les Américains est un acte prémédité. "L'Empire reprendrait donc les bases qui furent celles du Royaume, c'est-à-dire la clé de la porte et celle du coffre-fort. Cela présage des intentions fort peu altruistes!" (G. DE BOECK, art. cit.) Pourquoi? " Les emplacements choisis à l'époque coloniale ont été précisément choisis avec une logique elle aussi coloniale. Du Bas-Congo, on surveille l'estuaire du fleuve, la capitale et son ravitaillement et, au Katanga, les ressources minières. On veille donc à la sécurité du capital investi beaucoup plus qu'à celle de la population." Donc, "le Congo démocratique" serait une nouvelle colonie des affairistes américains et de leurs alliés. Où est le bout du tunnel? Cela d'autant plus que parmi les stratégies envisagées par Joseph Kabila, la possibilité de réinstaller les FDLR dans le Maniema ou le Katanga, offrant à Kagame l'opportunité de recourir, avec ses alliés, à son éternel "fonds de commerce". En effet, les médias congolais ne nous ont pas informés que Bush et Kabila avaient aussi évoqué la question des FDLR. A en croire Colette Braeckman, "les Américains envisagent de former des Forces spéciales congolaises qui seraient chargées d'aller traquer en brousse les miliciens génocidaires (…) De son côté le président Kabila a expliqué que sitôt matée la rébellion de Nkunda, il entendait régler la question des FDLR : les combattants hutus seraient rassemblés, désarmés et se verraient proposer soit d'être ramenés au Rwanda, soit en cas de refus, d'être délocalisés et réinstallés dans des régions éloignées de la frontière rwandaise." (C. BRAECKAMAN, art. cit.) Il semble que ce plan ne rencontrerait pas l'aval des Rwandais. "Kigali doute que ces 12 à 16.000 hommes, endurcis par treize années d'exil, puissent jamais accepter un désarmement volontaire." (Ibidem) La justice à rendre aux millions des Congolais morts et vivants est absente de ces différents plans. Les questions de fond liées à la part des milices et des multinationales ainsi que celle des réseaux maffieux dans l'exploitation abusive des ressources minières du Congo ne sont pas évoquées. Pour dire les choses autrement, les questions essentielles sont éludées au nom d'un mensonge ayant couvert les intérêts bassement politico-matériels des initiateurs de la guerre imposée au Congo depuis 1996-1997. Voici ce qu'en pensait la congressiste Cynthia McKinney en 2000 : "Le président Museveni de l'Ouganda et le président Kagame du Rwanda ont toujours affirmé qu'en se battant en RDC, ils vaincraient les Interahamwe et sécuriseraient ainsi les frontières tout en évitant qu'un autre génocide à la rwandaise ne se reproduise. Ils persistent à maintenir cette position jusqu'à ce jour, mais cette justification de leur invasion de la RDC est un mensonge. Ce qui se passe n'est pas une guerre noble pour sauver des populations civiles d'un génocide ou pour protéger la démocratie d'une tyrannie. Au contraire, cette guerre n'est dictée que par leurs propres intérêts et leur cupidité." (H. NGBANDA, o. c., p.14) Et nous ajouterons, leurs intérêts et ceux de leurs alliés tapis dans les coulisses. Et si le voyage de Joseph Kabila a conduit Bush à proposer la formation des Forces spéciales de l'armée congolaise (à Kitona et Kamina (?)) pour traquer les milices génocidaires en brousse, cela signifie que Bush, en bon ami de Kagame, partage l'argument mensonger de la sécurité du Rwanda menacée à partir du Congo. Quand on sait que c'est à peu près au même argument qu'il recourt toujours pour justifier sa guerre contre les Etats qu'il est souvent seul à qualifier de "voyous", il y a lieu de relire l'histoire de la guerre du Rwanda au Congo à partir de celle des U.S.A. en Irak. Avec toutes les conclusions que nous pouvons en tirer. Que faire? Le musellement de la presse au Congo, la chasse aux journalistes libres et libérés, le manque de culture générale suffisante, "le coupagisme" et le clientélisme, etc. sont des maux dont souffrent la plupart des médias congolais aujourd'hui. Beaucoup de nos journalistes n'ont pas accès aux documents scientifiques sérieux traitant de la marche du monde. Un journaliste de combat est de plus en plus un rêve irréalisable pour bien des journalistes congolais. Dans ce contexte de misère de la pensée et/ou de "la pensée enchaînée", il serait sage, pour les luttants congolais de lire le moins possible les journaux congolais publiés à partir du pays. A quelques exceptions près, bien sûr. Ou quand il arrive de les lire, de replacer les informations qu'ils véhiculent dans le contexte de la géopolitique et de la géostratégie mondiale actuelle en allant les vérifier à certaines sources beaucoup plus fiables et suffisamment indépendantes. Confronter les informations véhiculées par les journaux publiés au Congo avec d'autres publiées sous d'autres cieux. Persévérer dans le travail de la création et de la promotion des médias alternatifs. La mise sur pied des think thanks congolais demeure un défi à relever dans l'urgence… J.-P. Mbelu |
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Revised: December 04, 2007