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Le ministre congolais de la Défense frustré par la petite européanisation du Congo 24 juillet 2007 - Pour les fouineurs de l’actualité politique du Congo de ces derniers temps, un fait saute de plus en plus aux yeux : la prise de parole des acteurs politiques congolais à travers les médias nationaux et internationaux (?) pour éclairer l’opinion sur la situation chaotique du pays après les élections de 2006. Joseph Kabila, Vital Kamerhe, Jean-Pierre Bemba, Vincent de Paul Lunda-Bululu et Chikez Diemu prennent la parole, tour à tour, pour s’exprimer sur le passé récent, le présent et le futur de notre pays. L’interview de Chikez Diemu (A. MOBATELI, « Le Potentiel va plus loin avec Chikez Diemu », dans Le Potentiel du 23 juillet 2007) et celle de Joseph Kabila (au journal Jeune Afrique) ont quelques points communs dont celui-ci : elles disent la part des partenaires occidentaux dans la situation que le pays connaît. Cette façon de parler, même si elle n’est pas très loin de la politique de la bouc-émissairisation, comporte « sa petite part de vérité ». Elle permet, en filigrane, de dire ce qui arrive aux pays dont la gestion politique est fondamentalement extravertie. Relisons cet extrait de l’interview de Chikez Diemu : « Je suis allé dire à l’Union européenne que les Etats-Unis d’Amérique ont développé un Plan Marshall au terme de la deuxième guerre mondiale. Ce n’est pas pour cela que la France soit partie en Iraq soutenir les Etats-Unis. Pourquoi deux poids deux mesures? Pourquoi une géométrie variable en ce qui concerne les problèmes fondamentaux de notre pays? Nous sommes très frustrés. On ne peut pas nous traiter comme ça. » L’indignation et la frustration que provoque cette politique de deux poids deux mesures chez notre Ministre de la Défense sont apparemment justifiées. C’est vrai : « On ne peut pas nous traiter comme ça. » Mais la question que notre Ministre ne pose pas est la suivante : « Comment ces messieurs en viennent-ils à nous traiter comme ça? » Et puis, notre Ministre de la Défense évoque le Plan Marshall sans souligner qu’il n’avait pas pour visée fondamentale la sortie de l’Europe de la guerre. Celle-ci était une visée collatérale. Le Plan Marshall a été le début de l’américanisation de l’Europe. (Un (film) documentaire suivi il y a quelques jours sur la RTBF avait pour titre : ‘Comment sommes-nous devenus américains’? Il était très explicite sur cette question. Noam CHOMSKY la traite de manière détaillée dans son livre intitulé ‘Dominer le monde ou sauver la planète? L’Amérique en quête d’hégémonie mondiale’.) Donc, le Plan Marshall a facilité l’intégration de l’Europe dans ‘Le nouvel ordre mondial’ initié par les Etats-Unis. L’indignation et la frustration de notre Ministre de la Défense relèveraient de l’inconséquence d’un engagement non averti dans un marché des dupes avec l’Union Européenne. « Nos excellences » et « nos honorables » ont cru (ou ont fait semblant de croire), béatement, que l’Union Européenne s’engageait à financer les élections afin qu’après celles-ci, eux aient les mains libres pour diriger le Congo à leur guise. Donc, cette indignation et cette frustration signifient qu’ils s’étaient trompés d’analyse. Encore faudrait-il savoir si cet engagement a été précédé par des analyses politiques et géostratégiques sérieuses! La navigation à vue n’a-t-elle pas été la caractéristique dominante de nos oligarques au pouvoir? Que les diplomates établis à Kinshasa cherchent à voir le chef de l’Etat chaque semaine ou à opposer le gouvernement et le parlement, cela participe de cette logique de « la main qui donne et qui voudrait toujours être au-dessus de celle qui reçoit. » Dans cet ordre d’idées, Chikez Diemu pose cette question : « Dans quel pays vous avez vu un diplomate, un ambassadeur soit-il, aller solliciter des audiences auprès du président de la République presque chaque semaine? » Il y répond lui-même : « Je ne l’ai pas vu ailleurs. » Mais il ne nous dit pas pourquoi cela ne se passe pas ailleurs. Quel diplomate établi au Venezuela irait demander à Hugo Chavez de le voir chaque semaine? Ce monsieur a coupé les chaînes de l’esclavage volontaire et réussi, tant soit peu, à mettre l’argent du pétrole au service de son pays. Les diplomates vivant au Congo, en dehors du fait qu’ils voudraient infléchir la politique congolaise dans la direction dictée par la coalition de leurs pays respectifs, connaissent la vénalité, l’amateurisme et l’incompétence de la plupart de nos gouvernants. Quand un Ministre de l’Intérieur du Congo avoue à son homologue Belge qu’ils sont nombreux à apprendre au gouvernement, comment voulez-vous que « ces têtes pensantes du monde » ne mettent pas ce gouvernement sous l’œil vigilant des « tuteurs »? Bref, les politiciens congolais donnent, eux-mêmes, à « leurs partenaires occidentaux » les armes avec lesquelles ceux-ci les abattent. Sauront-ils un jour passer de la rhétorique de la responsabilité et de la dignité aux actes dignes et responsables théorisés? Le jour que ce passage sera effectué, le reste suivra. Il ne sert à rien de se plaindre des diplomates dont a dépendu et dépend encore la survie politique du gouvernement actuel! Quand, dans un différend entre politiciens congolais, un Commissaire Européen au Développement s’interpose et indique la ligne de conduite à tenir et qu’après on vocifère pour dire qu’ « on ne doit pas nous traiter comme ça », on amuse la galerie. Un point. (La formation du gouvernement belge traîne. Joëlle Milquet pose ses conditions avant que le CDH, son parti politique, accepte de participer à ce gouvernement. Etienne Tshisekedi va-t-il effectuer un voyage pour assurer la médiation entre Yves Leterme et la présidente du CDH? Non. Le jour que nous comprendrons que nous jouons un faux jeu avec « nos émissaires blancs » et que nous romprons le cordon ombilical, nous commencerons à devenir « maîtres chez nous, là ». « On ne nous traitera plus comme ça. ») La vertu du dialogue Chikez Diemu vante la vertu du dialogue. Les échanges qu’il a eus avec les messieurs de l’Union Européenne en témoignent. Relisons-le. « Pourquoi avez-vous saisi nos armes », leur avons-nous demandé. Ils ont répondu qu’ils se sont trompés. Ils se sont référés à une lettre de leur Haut commissaire Javier Solana, qui a évoqué la même résolution. Je leur ai dit : « Vous vous trompez messieurs, ce n’est pas correct. Je n’en ai pas la même lecture, allons-y point par point. C’est faux ce que vous dites. » Et il ajoute : « Ils ont tort. Ils doivent nous remettre nos armes. Eux, ils ont le droit de faire respecter le Code de conduite de leurs peuples, mais nous, Congolais, nous n’avons pas le droit de protéger notre peuple! » Les messieurs de l’Union Européenne, bien qu’en étant puissants du point de vue des rapports de force, acceptent de dialoguer. Ils répondent qu’ils se sont trompés. Ils acceptent que Chikez Diemu fasse une autre lecture des faits et qu’il leur prouve qu’ils ont tort. Chikez Diemu peut-il dire, la main sur le cœur, que le gouvernement auquel il participe et le chef de l’Etat du Congo croient en la vertu du dialogue? Qu’ils sont disposés à reconnaître leur tort après des analyses faites au cas par cas? Qu’ils acceptent le débat contradictoire? Tout au long de l’interview de notre Ministre de la Défense, tous les torts sont mis sur le compte des autres. Pour lui, il y a des bandits qui tirent les choses vers le bas quand le gouvernement veut travailler à la réalisation des cinq chantiers de Joseph Kabila. Les diplomates établis à Kinshasa veulent semer la zizanie entre le gouvernement et l’Assemblée nationale comme en 1960. Les Mbororo se sont installés en Province Orientale avec la complicité des députés siégeant à l’Assemblée nationale, etc. Le gouvernement et ses membres sont saints et immaculés! Ils n’ont commis qu’une seule erreur jusqu’à ce jour. Ils ne communiquent pas beaucoup. Ils vont, rapidement, réparer cette erreur afin que nous puissions les évaluer chaque mois. Combien de fois, depuis que certains acteurs majeurs au pouvoir aujourd’hui, ont-il accepté, le long de leur parcours, une évaluation indépendante de leur gestion? Les rares fois que cela a eu lieu, qu’ont-ils fait des résultats du rapport du Panel de l’ONU, de la Commission Lutundula ou de la Commission Bakandeja? Est-ce un mensonge quand Ruberwa confie au journal Jeune Afrique que Joseph Kabila n’a rien fait pour arrêter les massacres de nos populations à l’Est et que les Congolais avertis soutiennent, preuves à l’appui, que le gouvernement (et la Monuc) « arme (nt) » Nkundabatware? Où est passé le rapport de la Commission établie sur « la guerre de Kinshasa » et de celle mise sur pied pour examiner les tenants et les aboutissants des massacres du Bas-Congo? Qu’est-il advenu après que l’Assemblée Nationale ait contredit les conclusions du rapport du gouvernement sur l’affaire Kahemba? Pourquoi un gouvernement expérimentant les vertus du dialogue traquent-il tout le monde? Qu’en est-il des prisons secrètes, des tortures de Kin-Mazières et des exécutions extrajudiciaires? Tout ceci ferait partie de faux problèmes posés par les ennemis des cinq chantiers de Joseph Kabila dans lesquels Mutombo Dikembe s’est déjà impliqué en finançant la construction d’un hôpital moderne… Non. « La force qui nous manque » est celle d’être vrais avec nous-mêmes et avec les autres. Il y a une certaine culture du bouc émissaire et une mentalité sorcière dont nous devons collectivement nous guérir si nous voulons aller de l’avant. La faute n’est pas toujours que chez les autres! C’est bien beau de prôner la vertu du dialogue. Mais il est mieux de dialoguer et d’accepter la vertu de la parole plurielle. Le gouvernement actuel et le chef de l’Etat en tête n’ont pas rompu avec la mentalité mobutiste d’un unitarisme concocté d’en haut et de la prise en otage de l’espace public par quelques caciques du pouvoir. Ils croient être les seules personnes habilitées à prendre la parole en public. Ils veulent que ce qu’ils disent soit cru comme « une parole d’évangile » et ne souffre d’aucune remise en question. Les questionnements, les débats d’idées contradictoires, les analyses historiques fouillées et documentées ne sont pas tolérés par les oligarques au pouvoir. A moins qu’ils caressent « leur ego ». Au Congo, à l’heure actuelle, est bon opposant politique, celui qui se tait. Est bon journaliste, celui qui, écrivant, vante les mérites des cinq chantiers de Kabila et les initiatives que les Congolais (es) prennent-sans que Joseph Kabila s’implique- pour les réaliser. Toutes les remises en question du pouvoir en place sont proscrites. Jean-Pierre Bemba en paie les frais. Marie-Thérèse N’Landu mêmement. Eugène Diomi Ndongala vient d’être convoqué au Tribunal de Paix de Kinshasa pour « offense au chef de l’Etat ». (lire Le Communiqué de la Démocratie Chrétienne du 21 juillet 2007) Si Guy De Boeck était au Congo, il est possible qu’il ait été arrêté hier ou ce matin pour « offense au chef de l’Etat ». Il a écrit ce qui suit : « Il y a (au Congo) plus de mini-Mobutu que de petits Mutombo. Certains de ces Congolais riches méritent d’être comparés avec le dictateur, en ce sens qu’ils se sont enrichis sur le pillage de leur propre patrie, et ont « planqué l’oseille », comme lui, à l’étranger. (…) Il est notoire que les Kabila, toutes personnes confondues et sans trop chercher qui est le fils de qui, ont largement bénéficié des contrats concernant le diamant du Kasaï. Pourquoi cet argent n’est-il pas investi au Congo? » (G. DE BOECK, Mutombo, Mobutu et les autres…, dans Congoforum du 23 juillet 2003. Cet article est bon à lire.) Comment voulez-vous que ces messieurs de l’Union Européenne qui savent que tout cet argent accumulé par un enrichissement sans cause est placé dans leurs banques puissent prendre au sérieux ceux qui l’y ont placé et qui voudraient gérer la politique de leur pays avec « l’argent des autres »? Ils doivent certainement murmurer en eux-mêmes ce qui suit : « Vous, vous détournez l’argent de votre pays et vous le mettez à l’abri ailleurs. Nous vous en donnons (?) encore pour préparer un terrain propice à nos affaires. Et vous voulez gérer votre pays sans nous. Vous êtes des malhonnêtes. Nous ne vous offrirons pas cette opportunité-là! » Nos vociférations et nos rhétoriques sur le respect de notre dignité ne changeront rien à cet état des choses. Il faut une rupture. Il faut rompre avec la mendicité, le détournement de l’argent d’autrui mis « au service » du pays (?), et consentir rapatrier des capitaux détournés et conservés dans les paradis fiscaux par les dinosaures d’hier et les nouveaux prédateurs. Ce faisant, si nous refondons la République sur un mouvement d’avancement solidaire, sur un partage fraternel et juste de nos ressources du sol et du sous-sol, si le bonheur collectif devient la chose la plus partagée au Congo, les autres verront que nous avons une dignité à faire respecter; ils la respecteront. Nous en aurons une à faire respecter. Comment voulez-vous que des mendiants-pyromanes se fassent respecter? La dignité se fabrique et se conserve. Il n’y a pas de « dignité en soi ». La dignité ne se décrète pas. (C’est vrai qu’elle est liée (pour les chrétiens) au fait que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Encore faudrait-il que nos façons de faire et d’être le prouvent …) Sur ce point, les dernières sorties médiatiques de Vincent de Paul Lunda-Bululu et l’interview de Jean-Pierre Bemba (avant la guerre de Kinshasa) interpellent beaucoup plus sérieusement que les vociférations de Chikez Diemu dans Le Potentiel de ce lundi 23 juillet. J.-P. Mbelu |
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Revised: July 25, 2007