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Des contradictions nuisibles à la mémoire collective congolaise 27 juillet 2007 - Marie-France Cros et la mémoire collective congolaise Il est et restera toujours intéressant de suivre de près l’approche de l’histoire du Congo à travers les médias belges. Lire de façon continue Colette Braeckman ou Marie-France Cros peut être révélateur du lien existant entre les écrits de ces deux journalistes belges et les propositions d’orientation belgo-occidentale de la politique étrangère congolaise. Pour le moment par exemple, « les partenaires extérieurs » du Congo lui ont demandé d’initier le dialogue et les négociations avec « les mutins » (?) pour résoudre le problème de l’insécurité à l’Est du pays et d’éviter la solution militaire. Le Congo ne semble pas suivre cette voie. L’armée aurait lancé « une offensive disproportionnée », note Marie-France Cros. Quand ces deux « spécialistes du Congo » sont lues posément et attentivement, les contradictions existant entre leurs écrits d’hier et ceux d’aujourd’hui sautent aux yeux. Leur souci d’être le plus proche possible de la politique congolaise de leur pays et de ses alliés justifierait ces contradictions nuisibles à la mémoire collective et historique congolaise. Etudions le cas de Marie-France Cros. Dans un article publié dans La libre Belgique, Marie-France Cros note : « Depuis la mi-juillet, de nouvelles violences armées ensanglantent le plateau de Minembwe (Sud-Kivu), où vit la minorité des Banyamulenge (Tutsis congolais). Leur sort a déjà été à l’origine du déclenchement de la première guerre congolaise (1996-1997) ». (M.-F. Cros, Nouvelles violences au Sud-Kivu, dans La Libre Belgique du 25 juillet 2007). Est-ce vrai que c’est « le sort de cette ethnie (qui) a déjà été à l’origine de la première guerre au Congo »? La réponse donnée jadis par la même journaliste dans un livre publié avec François Misser se passe de tout commentaire. Reproduisons-la : « Enfin, alors que toute l’Afrique est secouée par la vaque des conférences nationales, Mobutu n’apparaît plus comme le partenaire incontournable pour gérer cette partie du continent. Peu à peu, les esprits se sont préparés à l’avènement d’une relève et même à un éclatement du pays. Des scénarios de partition sont évoqués au Pentagone où l’on semble se résigner à leur inéluctabilité. (Elle ajoute une note : « Dans un célèbre rapport intitulé Reform, Conflict and Security in Zaïre, publiait en juin 1996, le professeur Steven Metz, de l’US Army War College, préconisait qu’au cas où une telle « désintégration » du pays se produirait, « les Etats-Unis n’auraient pratiquement pas d’autre choix que d’accepter tous les Etats nouveaux qui émergeraient du Zaïre » ») En définitive, l’initiative est venue en septembre 1996 des acteurs régionaux (Ouganda, Rwanda et Tanzanie d’abord) dont certains, naguère, avaient hébergé des opposants congolais menant quelques petites opérations de déstabilisation aux marges du Zaïre. » (M.-F. Cros et F. MISSER, Géopolitique du Congo (RDC), Bruxelles, Complexe, 2006, p.111). Il est clair que dans ce texte, la question de la minorité Tutsi congolais n’apparaît pas. L’initiative de la partition du Congo est prise sans eux. Elle est américaine. Marie-France Cros en donne des preuves dont celle-ci : « En août 1997, quatre mois après l’avènement de l’AFDL, un rapport de l’organisation américaine Human Rigths Watch signale la présence d’instructeurs des Special Forces américaines au Nord-Kivu, où elles entraînent des troupes rwandaises. En octobre 1996, des avions C-5 Galaxy et Hercules C-130 de l’US Airforce débarquent sur l’aéroport ougandais d’Entebe des armes pour l’AFDL. Cette même année, des camions, des systèmes radar et d’autres types de matériel militaire américain sont livrés à l’Ouganda. » (Ibidem, p.112). Ce texte dit clairement que la première guerre du Congo initiée par les Etats-Unis implique, pour en donner une coloration africaine, deux alliés (l’Ouganda et le Rwanda) et une marionnette, l’AFDL. Le pretexte du sort réservé à l’ethnie Banyamulenge, inexistante dans l’histoire du Congo, fut un faux-fuyant. Cette guerre finira par être dirigée contre le chef de l’AFDL. Pourquoi? La réponse est encore donnée par Marie-France Cros. « A peine une semaine après la réunion de Bruxelles, la secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright, rencontre après plusieurs heures d’antichambre, Laurent Kabila le 11 décembre 1997 à Kinshasa et l’exhorte à libéraliser l’économie, à garantir la liberté d’association et à autoriser les activités des partis politiques. Non content de faire la sourde oreille, en février 1998, Kabila inflige un affront au président Bill Clinton, en refusant de rencontrer son envoyé spécial, le pasteur Jesse Jackson, qui a commis le crime de lèse-majesté de rencontrer au préalable l’éternel opposant Etienne Tshisekedi. » (p.113) Où Marie-France Cros voit-elle le sort de l’ethnie Tutsi congolais à travers cette exhortation de Madeleine Albright? Tous ces textes affirment que le nerf de la guerre est l’engagement du Congo sur « la nouvelle voie » tracée par les Etats-Unis. Ceux–ci ont un projet : redessiner la carte de l’Afrique en l’ouvrant à l’économie libérale de façon que leurs intérêts vitaux soient garantis. Ces textes de Marie-France Cros sont corroborés par une intervention de la congressiste américaine Cynthia McKinney au cours d’une audition organisée au Congrès américain en 2000. Elle disait entre autres ceci : « Nous avons l’occasion de prononcer un jugement sur l’héritage Clinton et de mettre à jour ce que Madeleine Albright et son équipe de politique étrangère ont exactement fait dans la région des Grands Lacs. Je pense qu’il est également important de signaler d’emblée que les Etats-Unis et la Belgique méritent une condamnation spéciale pour les trente sept ans de souffrance infligée à la RDC parce que ce sont leurs services de renseignements qui ont comploté pour mener à terme l’assassinat du Premier ministre démocratiquement élu Patrice Lumumba. » Et parlant du Rwanda et de l’Ouganda, elle disait : « Le Rwanda, l’Ouganda et leurs alliés ont commencé la guerre en août 1998 en RDC, sous le prétexte de combattre les Interahamwe hutu. Le président Museveni de l’Ouganda et le président Kagame du Rwanda ont toujours affirmé qu’en se battant en RDC, ils vaincraient les Interahamwe et sécuriseraient ainsi leurs frontières tout en évitant qu’un autre génocide à la rwandaise se reproduise. Ils persistent à maintenir cette position jusqu’à ce jour, mais cette justification rwando-ougandaise de leur invasion de la RDC est un mensonge. Ce qui se passe n’est pas une guerre noble pour sauver les populations civiles d’un génocide ou pour protéger la démocratie d’une tyrannie. Au contraire, cette guerre n’est dictée que par leurs propres intérêts et leur cupidité. » (H. NGBANDA NZAMBO, Crimes organisés en Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux, Paris, Duboiris, p.14) Le recours à la menace que constitueraient les Interahamwe et à la protection de la minorité Banyamulenge pour justifier la guerre d’agression imposée au Congo est un argument que les faits historico-économiques et démographiques ont fini par balayer. Oser affirmer aujourd’hui que « le sort de cette ethnie (Banyamulenge) a déjà été à l’origine de la première guerre du Congo » (1996-1997) et même de celle qui l’a suivie en 1998 est un mensonge. Et ce mensonge est un viol fait à la mémoire collective congolaise. Malheureusement, l’entretien de ce mensonge a encore des beaux jours devant lui. En témoigne, l’interview que le Ministre des Affaires étrangères du Rwanda a eue dernièrement avec la Radio Okapi. Les cris de Ruberwa et les FDLR Marie-France Cros voulant répercuter le cri de détresse de Ruberwa eu égard à « l’offensive disproportionnée » lancée par l’armée congolaise (?) contre les mutins écrit ce qui suit : « Le plus connu d’entre eux (les Banyamulenge), Me Azarias Ruberwa, président du Rassemblement des Congolais pour la démocratie (RCD, ex-guérilla appuyée par le Rwanda, devenu parti politique), jette ‘un cri de détresse’ au sujet des habitants de cette région. » Voyons! Comme il est établi que le Rwanda et l’Ouganda ont agressé le Congo comme chiens de garde du « nouveau désordre mondial » et pour « leurs propres intérêts et leur cupidité », prétendre que le RCD, ex-guérilla, a été appuyé par le Rwanda devient une contre-vérité. Il n’a pas livré une guerre pour protéger les minorités Tutsi contre quelque plan d’épuration ethnique. C’est le contraire qui est juste. Les rébellions congolaises et étrangères ont servi la cause des Etats-Unis, de l’Ouganda et du Rwanda. Le RCD est un maillon de la longue chaîne des réseaux rwandais ayant infiltré les institutions congolaises pour les déstabiliser et réussir ainsi le projet ayant provoqué le déclenchement de ces guerres successives : la partition du Congo et la création de « la République Tutsi des Volcans » dont Minembwe pourra être l’un des territoires. Une relecture des textes de Marie-France Cros, du livre de Honoré Ngbanda susmentionné et de la Constitution de la troisième République (prévoyant la subdivision du Congo en 26 provincettes) peut être très édifiante sur ce projet. Il a été et sera toujours fondé sur le mensonge, les mises en scène cyniques et la violence. Comment expliquer que l’armée congolaise puisse lancer 2500 de ses hommes contre 150 à 250 mutins retranchés sur le plateau de Minembwe et laisser les FDLR tranquilles? Et pourtant, « les FDLR commettent journellement des exactions épouvantables, notamment le viol systématique et public de villageoises congolaises, avec mutilations génitales (…). En raison du nombre de cas, cette pratique entraîne la destruction des villages, ce que plusieurs observateurs considèrent comme une politique dépuration ethnique. » (M.-F. Cros, art. cit.) Et s’il est établi, comme l’écrit Marie-France Cros, selon une source diplomatique que « jusqu’il y a peu, ils (les FDLR) jouissaient encore -malgré toutes les déclarations officielles- d’un soutien important de Kinshasa (…) », cette une relation de complicité entre les FDLR et le pouvoir de Kinshasa confirmerait la thèse de l’infiltration des hommes liges du Rwanda au sommet de l’Etat congolais. Comme plusieurs autres observateurs l’ont relevé, Cynthia McKinney y compris, les FDLR sont un subterfuge pour piller le Congo et justifier les incursions prédatrices du Rwanda au Congo. Ceci transparaît à travers l’interview du ministre rwandais des Affaires étrangères quand, se confiant à la radio Okapi. Pendant que les FDLR tuent les Congolais (es), toutes les ethnies confondues, sans qu’une seule attaque contre le Rwanda ait été mentionnée, Charles Murigande, dit : « Il y a toujours eu cette pierre d’achoppement entre nos deux pays, c’est la présence continue des FDLR. (…) Je crois que ça a toujours constitué une pomme de discorde. Certainement que si l’on veut harmoniser les relations, les rendre meilleurs possibles, il va falloir qu’on trouve une solution définitive à ce problème. » (FDLR, négociations, Laurent Nkunda, uniformes : Charles Murigande fait le point, dans www.radiookapi.net) Pourquoi le Rwanda a-t-il privilégié sa médiation dans la conflit opposant Nkunda à Kabila au lieu d’en finir avec la question des FDLR? Tout ceci participe de ces mises en scènes cyniques montées pour servir un projet concocté dans les bureaux climatisés de Washington et de Bruxelles. Le recours à cette « fausse pomme de discorde » permet au Rwanda et à ses alliés de vider les villages congolais de leurs habitants et de les repeupler du surplus des populations rwandaises. Une petite conclusion A la lecture de notre histoire telle qu’elle est conté par « les autres », un réseau de « veilleurs-protecteurs » de la mémoire historique des populations congolaises s’est imposé une ligne de conduite, une discipline : lire, relire et étudier, dans la mesure du possible, ce qui s’écrit sur le Congo et son histoire. Il a fait un pari : « Tant que quelques « veilleurs-protecteurs » de la mémoire historique de nos populations vivront, notre histoire ne s’écrira plus seulement à partir de Bruxelles, Washington, Rome, Paris ou Londres. Elle s’écrira aussi et surtout au Congo; par ses fils et filles ». Ce réseau est convaincu que le monde culturel étant toujours précurseur, l’écriture et la réécriture de l’histoire du Congo par ses filles et fils permettra, tant soit peu, de revisiter des contre-vérités et des mensonges entretenus par « les maîtres du monde », leurs valets et les médiamensonges. En effet, « les veilleurs-protecteurs » de la mémoire historique de nos populations ont fini par sonner le glas de l’espace médiatique mondial occupé par « les experts » et « les spécialistes » du Congo et de l’Afrique. C’est vrai; ce temps est pour eux plus que révolu. « Rien ne sera plus comme avant ». J.-P. Mbelu |
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Revised: August 01, 2007