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La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux |
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Pour notre puissance créatrice : développer le génie de l'intelligence congolaise 01 août 2007 - Il n’y a pas un seul Congolais ou une seule Congolaise vivant à l’extérieur de notre pays qui n’ait été un jour ou l’autre interpellé par des interlocuteurs qui veulent savoir comment il est possible qu’un pays aussi riche de ressources naturelles et humaines que le nôtre peut vivre dans l’état où nous vivons de nos jours. Partout à travers le monde, personne n’arrive vraiment à comprendre la situation de misère chronique qui est la nôtre, avec tout son cortège de détresses, d’impuissances, de désordres, de désarrois, de tragédies sociales et de désespérances infinies. Que nous soyons dans un état de blocage total de nos capacités de liberté, de responsabilité et de créativité demeure un mystère pour beaucoup. Tout se passe comme si tout le monde enfermait la vision qu’il a de notre pays dans une sorte d’incompréhensible et inexplicable situation d’un peuple auquel tout devait réussir et qui fait pourtant tout pour sombrer dans le gouffre du désastre, avec des dirigeants sans substance ni ambition, des élites désemparées et incohérentes, des populations aveugles et profondément tétanisées par le poison de leur propre manque de tension libératrice. Les explications qui démoralisent Face à cette image répandue parmi les nations, nous avons tendance, nous Congolaises et Congolais, à répondre par des explications qui chantent plus qu’elles n’éclairent, qui sonnent comme des imprécations et ne convainquent que spécieusement les esprits et les intelligences. La première explication à laquelle nous sommes habitués fait constamment recours à notre histoire coloniale et néocoloniale. Nous y ressassons toutes les stations de notre chemin de croix historique, depuis le système monstrueux du Roi Léopold II jusqu’à la tragi-comique troisième République qui est la nôtre maintenant, en passant par l’abrutissante colonisation belge, la dictature féroce de Mobutu Sese Sese Seko et le despotisme brouillon de Mzee Laurent Désiré Kabila. Sur ce registre, le ressort des dominations écrasantes subies par notre peuple est considéré comme la source et la clé de tous nos maux et de tous nos malheurs. Chaque fois que nous sortons cette rengaine pour expliquer notre situation, nous ne nous rendons pas compte que nos interlocuteurs, s’ils sont intelligents, sourient ou rient sous cape, convaincus quant à eux que le passé n’explique pas tout et qu’il y a des peuples qui ont subi des systèmes aussi inhumains que nous et qui sont pourtant parvenus à bâtir un destin très différent du nôtre. Plus précisément : s’i on peut comprendre l’effet de surprise créé par le système léopoldien sur nos populations à la fin du dix-neuvième siècle, si on peut imaginer la faiblesse et la panique de nos peuples complètement écrasés par la supériorité militaire de l’Occident, on comprend moins bien, ou pas du tout, la manière dont nous fûmes envoûtés par le mobutisme et la façon dont nous entrons aujourd’hui dans notre troisième République, en acceptant les présupposés néocoloniaux et les principes de tyrannie naissante qui fondent le pouvoir qui nous gouverne maintenant. Pour que l’ordre politique qui se construit sous nos yeux s’impose comme il est en train de s’imposer, il faut plus que le conditionnement historique comme principe explicatif. Il faut une structure d’imaginaire et de personnalité qui excède l’histoire et ses traumatismes. Si le passé colonial et ses conséquences néocoloniales fonctionnent encore comme déterminismes malgré tout ce que nous savons actuellement du monde, des mécanismes de son empreinte sur les esprits ainsi que des possibilités de libération qu’il est nous est possible de puiser dans ses impasses et ses incohérences, c’est le signe que quelque chose de pathologiquement plus profond mine notre être, dans les ressorts même de notre énergie vitale. La deuxième explication que nous avons tendance à donner pour rendre compte de l’état de notre pays perçoit ce problème de fond qui concerne la dévitalisation de nous-mêmes. Puisant souvent sa substance dans ce que les autres disent de nous, elle a compris que notre problème est quelque part un problème de personnalité, de modes d’être et de notre structuration mentale. A ce niveau, nous avons tendance à nous accabler nous-mêmes de tous les maux du ciel et de la terre, de toutes les pathologies visibles et invisibles. l’Homme congolais nous apparaît alors dans ses maladies de l’être : son aliénation, son extraversion, son imbécillité, sa vénalité, ses paresses, ses carences mentales, ses irrationalités individuelles, ses illogismes communautaires et les enflures des atavismes qui l’empêchent de maîtriser les exigences de la modernité et de sa mondialisation triomphante. Nous parlons alors de nous-mêmes comme si nous étions des êtres de pacotille. Nous parlons de notre pays comme d’une nation de comédie, dirigée par des hommes sans caractère ni personnalité. Nous nous délectons presque de nous décrire comme des hommes et des femmes de rien du tout, vivant et souffrant dans un immense vide et qui ne peuvent produire que du vide dans tous les domaines : le vide politique, le vide économique, le vide culturel, le vide éthique, le vide scientifique, le vide mental et tous les autres vides possibles et inimaginables. Si nous considérons l’ensemble du discours des Congolaises et Congolais sur le Congo depuis les quatre dernières décennies, nous serons étonnés de voir que notre prononcé global, pour parler comme Pierre Chenu, est dominé par le registre du négatif concernant le regard que nous portons sur nous-mêmes et notre personnalité. Depuis l’homme de la rue jusqu’aux doctes producteurs d’idées et de pensée, nous nous considérons globalement comme des êtres en pleine décomposition, dépourvus de logiques et incapables de construire un pays digne de ses richesses naturelles. La version la plus tragique de ce discours, je l’ai découvert dans un pseudo mythe raconté qu’un chauffeur de taxi de Kinshasa m’a raconté au mois d’août 1994. Cet homme, qui voulait à sa manière m’expliquer le drame de notre pays m’apprit à peu près ceci, que j’exprime de manière plus littéraire : Lorsque l’Eternel Dieu créa les cieux et la terre, il plaça le paradis au cœur de l’Afrique, sur le territoire qui est actuellement celui de notre pays. Il dota cet espace de toutes les richesses du monde et le confia à des peuples à qui il donna pour tâche de dominer les autres êtres et de développer le monde. Il mit à la tête de ces peuples une élite pour le conduire, l’éclairer et le pousser à accomplir le dessein de l’Eternel. Il mit dans les cerveaux des élites et de leurs peuples la divine matière grise. Elle devait servir à promouvoir l’intelligence, à développer l’énergie vitale pour résoudre tous les problèmes et maintenir le paradis dans l’état de paradis, c’est-à-dire de communion éternelle avec Dieu. Une nuit, pendant que tout le monde dormait au sein du paradis, l’Ennemi de Dieu vint. Il retira toute la divine matière grise mise par Dieu dans le cerveau des élites et des peuples. A la place, il y mit la matière fécale. C’est cette matière qui agite aujourd’hui le cerveau de notre pays. Je n’oublierai jamais l’éclat de rire de mon taximan après son récit. Par cet éclat de rire, je compris qu’il ne racontait pas un vrai mythe, mais sa propre manière de comprendre la société dans laquelle il vivait. Je ne répondis pas à son rire. Je fis seulement un rapprochement entre ce discours que je venais d’entendre avec tout le prononcé global de la classe intellectuelle congolaise à laquelle j’appartenais. Je me rendis compte, en méditant ce pseudo mythe, que nous ne disions pas autre chose que cet homme du peuple. Le contenu était le même. L’habillage seul différait. Lui comme nous, intellectuels du Congo-Zaïre, nous partagions un même prononcé global dont je doute actuellement de la fécondité pour changer les réalités sur notre sol. En effet, malgré son aspect séduisant pour ceux qui aiment le masochisme et s’y complaisent à tout instant, notre prononcé global sur nous-mêmes est trop générale pour rendre vraiment compte de ce qui se passe dans notre pays. IL semble mettre tout le monde dans le même sac et ne pas se rendre compte des responsabilités de chaque personne et de chaque catégorie sociale dans notre tragédie nationale. Elle se déploie comme si le pays n’avait jamais disposé et ne dispose pas encore de personnalités et de groupes humains qui échappent aux vices de la matière fécale qui nous tiendrait lieu de matière grise. Elle noie, en fait, le Congo dans la mare de ses malheurs, sans dire où l’on peut trouver les leviers pour une autre destinée. En réalité, les deux types de visions auxquelles nous avons recours pour expliquer aux étrangers ce qui nous arrive ne peuvent pas représenter, chacune en elle-même, la totalité de la vérité. Même leur combinaison dans une dialectique savante qui ferait jouer en même temps les causes internes et les causes externes ne suffit pas à rendre compte de la situation du Congo-Zaïre. Le passé colonial et le présent néocolonial, nous en connaissons les traumatismes et les effets. Mais nous ne donnons pas encore l’impression de savoir vraiment comment nous pouvons vaincre ces traumatismes et juguler ces effets. Les pathologies de notre personnalité, depuis les faiblesses de nos ancêtres jusqu’à notre abrutissement actuel, nous avons appris à en scander toutes les dimensions dans nos philosophies, dans notre littérature et dans nos musiques populaires. Nous ne sommes toujours pas en mesure de dire ce que nous allons faire pour sortir de leur emprise sur nous et sur notre destin. Aujourd’hui, chaque fois que je suis mis en demeure d’expliquer le blocage du génie créateur de mon pays, je sens toujours monter en moi une sorte d’énervement et de colère qui me pousse souvent à dire mes interlocuteurs : -« Foutez-moi la paix avec vos éternelles demandes d’explication sur le mal congolais. Le problème d’aujourd’hui n’est pas de comprendre ce qui nous est arrivé ou de rendre intelligible ce qui nous arrive, mais de sortir de la logique explicative pour une logique de l’action qui transforme notre situation de fond en comble ». -Bien sûr que tu as raison, rétorquent souvent ces interlocuteurs étranges très attentionnés, bien sûr que tu as raison, mais tu ne peux pas changer quoi que ce soit sans un diagnostic clair et précis du mal dont souffre ton pays. -Vous m’étonnez de ne pas savoir de quel mal dont souffre mon pays. Moi je sais que mon pays n’a aujourd’hui mal ni à son passé ni à son présent, mais à son avenir. Les faiblesses de la culture ancestrale, je les connais. Je sais que nous avons été vaincus par l’Occident parce que nous avions des faiblesses dans notre vision du monde et dans l’organisation matérielle de notre existence. Les abominations de notre présent, je les connais aussi, comme tout le monde. Je connais les incuries de nos dirigeants et je sais ce que notre peuple a comme pathologies. Il n’est cependant pas nécessaire de ressasser éternellement tous ces maux d’hier et d’aujourd’hui. Ils ne me font plus problème. Le problème, c’est de savoir ce qu’il convient de faire pour transformer les réalités qui nous fragilisent et d’inventer l’avenir qu’il nous faut. Ce n’est pas un problème théorique, mais un problème pratique. Je voudrais donner la priorité à la question de savoir comment construire l’avenir au lieu de rester prisonnier des traumatisme concernant le « pourquoi » nous sommes ce que nous sommes maintenant; , traumatismes dont je mesure de plus en plus l’effet démobilisateur dans l’imaginaire de nos populations. -En quoi cette manière de voir les réalités est-elle plus féconde? -Les spécialistes du « pourquoi » nous démoralisent. Seuls nous tonifieraient ceux qui veulent que nous réfléchissions ensemble sur ce qu’il faut faire ici et maintenant pour que notre avenir soit différent du passé et du présent. Rupture et renouveau Que devons-nous faire pour bâtir l’avenir? A mes yeux, la réponse à cette question a été donnée par le professeur A. Mampuya à travers les concepts de rupture et de renouveau. La rupture dont il parle, je ne la vois pas seulement comme une attitude qui consisterait à casser en nous les atavismes ancestraux, les traumatismes coloniaux et les conformismes aux logiques dictatoriales néocoloniales actuelles,. Je la vois surtout comme la capacité de ne pas nous embourber dans la logique de la recherche des causes, des sources et des racines de nos misères. Cette capacité nous conduirait à constater que ce qui est fait est fait et ce qui est détruit en nous est détruit. Nous sommes déjà un champ de ruines et un amoncellement de loques, c’est-à-dire, une société qui a perdu sa puissance créatrice et qui devrait tout faire pour la retrouver, en mobiliser les ressources et en dynamiser les dynamiques. Qu’il s’agisse de la politique ou de l’économie, de la culture ou de la spiritualité, de la force militaire ou de la solidarité nationale, c’est à ce déficit de puissance créatrice que nous devons faire face, quelles qu’en soient les causes historiques et les racines psychosociales. Pour le dire dans le langage du mythe de mon taximan anonyme : l’impératif est d’extirper de nos cerveaux la diabolique matière fécale afin que s’y épanouisse de nouveau la divine matière grise qui est le force de notre nouvelle destinée. Avec une telle conscience, on ne peut se tourner que vers l’avenir et le penser en terme de renouveau. A cette échelle, il ne s’agit pas de s’enfermer dans des incantations utopiques pour ressasser des rêveries pieuses, mais de construire un projet autour duquel il convient de mobiliser les énergies, de rassembler les forces sociales grâce au pouvoir d’un nouveau leadership à la hauteur des enjeux historiques de demain. Ceux d’entre nous qui sont sensibles à ces exigences de rupture et de renouveau savent qu’il nous faut une triple révolution à accomplir au cœur de nos personnalités comme au sein de nos institutions sociales : -La révolution de notre imaginaire. C’est-à-dire la bataille pour changer en profondeur les idées, les images et les représentations que nous avons de notre pays en nous-mêmes et de son destin dans le monde. Il est inutile de vivre comme si tout était perdu pour la renaissance, la résurrection, la reconstruction et le rayonnement international de notre nation. Il est temps de comprendre que le langage négatif sur nous-mêmes, avec ses forces de désespérances et de désarrois, nous brise dans nos ressorts créateurs. Nous devons inventer un langage d’un Congo décidé à s’éveiller non pas pour faire trembler le monde, comme on disait dans le temps pour la Chine, mais pour enrichir l’humanité de toute la force de vie que nous avons tirée de l’histoire de nos malheurs et des empreintes de nos traumatismes. La construction d’un nouvel imaginaire congolais est plus urgente que les critiques tonitruantes de l’état actuel de notre pays. Penser autrement le Congo, parler autrement de la RDC, imaginer autrement le chemin de notre futur, c’est à cette tâche que nos forces de création d’idées et de productions d’images de nous-mêmes devraient se consacrer, pour ne pas fragiliser notre peuple et l’enfermer dans la fatalité du pessimisme et du découragement. Pour ce faire, il existe un Congo du dynamisme et de la créativité dont nous devons exalter l’ambition : un Congo d’espérance et de vitalité, une nation incarnée par d’innombrables talents et de merveilleuses énergies inventives. De ce Congo dont on entend pas souvent parler, l’heure est venue d’en imposer l’idée, l’image et les représentations au monde entier, afin que tout le monde sache que l’Afrique a en son centre un vrai cœur qui bat : le paradis du Congo-Zaïre. -L’invention de nouvelles rationalités. Comme l’avait vu Célestin Dimandja Eluya Kondo au cours de la décennie 1980, il n’ y a pas d’avenir pour notre pays et pour toute l’Afrique si nous ne nous engageons pas dans la construction d’une raison globale qui puisse, dans tous les domaines, utiliser les pouvoirs de la matière grise, de l’entendement, de la réflexion rigoureuse, de la pensée cohérente et de l’intelligence logique pour transformer la société. Le travail ici, c’est de traquer toutes les faiblesses qui nous ont conduits à la défaite face à l’Occident, tous les traumatismes qui nous ont soumis aux systèmes colonial et néocolonial, toutes les fragilisés qui rendent encore possibles les tyrannies qui sont en train de naître sous nos yeux. Nous sommes à un moment de notre histoire où doivent émerger de nouvelles personnalités congolaises, un mouvement de nouveaux Congolais en vue de construire une nouvelle société, pour parler comme Alafuele Mbuyi Kalala. -La réimagination de nos structures éducatives. L’une de nos plus profondes tragédies nationales aujourd’hui, c’est l’effondrement de notre système éducatif. A l’échelle des infrastructures comme à l’échelle des méthodes d’enseignement et de contenu des programmes, notre école se décompose et se meurt, comme se sont déjà décomposées nos structures familiales sous le poids de la misère. Face à cette catastrophe, il n’est pas possible de se soumettre au statu quo de la crise qui tue littéralement notre avenir. Il faut tout reprendre à fond, en créant de nouveaux lieux où une pédagogie créative puisse conduire à la production d’une nouvelle intelligence nationale dont la puissance créative puisse s’affirmer tant dans les domaines scientifiques et économique que dans les champs politiques artistiques et socioreligieuses. La triple révolution ainsi esquissée n’est pas une vue de l’esprit. Nous pouvons et nous devons l’accomplir à travers des engagements clairs qui nous conduiraient à mettre sur pied des réseaux de résistance à la crise et de profonde résilience. Des réseaux destinés à créer l’avenir, à produire un système d’un maillage du monde par une toile d’interconnections pour le rayonnement de la puissance inventive du Congo-Zaïre. Beaucoup de lieux de résistance, de résilience et de créativité existent aujourd’hui. Il reste à les mettre en réseau, à les interconnecter dans une même volonté de rupture et de renouveau, pour la construction d’un nouvel imaginaire, la production de nouvelles rationalités et l’invention de structures éducatives qui puissent porter le projet de notre rayonnement mondial. Les structures d’action Partout où vivent les Congolaises et les Congolais devrait resplendir la force de cette nouvelle intelligence congolaise. Une intelligence capable de produire une autre image du pays; qui puisse incarner des manières d’être, de vivre et de penser en rupture avec les représentations négatives que le monde a de nous et que nous attisons souvent nous-mêmes dans nos discours. Une intelligence en mesure de forger un nouveau type de personnalité congolaise et de ses logiques d’existence dans un monde où nous avons aujourd’hui le devoir de devenir une nation de premier plan, dans tous les domaines de la vie. Pour produire une telle intelligence dans un travail de rupture et de renouveau, de réorientation et de transformation de l’être congolais dans ses ressorts vitaux, quatre dynamiques devraient être libérées dès maintenant pour qu’elles deviennent des engagements concrets : Un : opérer un dé-formatage global de l’être congolais et de la société congolaise par rapport à tout ce qu’est dit jusqu’ici sur la crise de notre pays dans ses causes, ses sources et ses racines. Cela signifie clairement produire un nouveau discours sur notre nation et sa destinée à venir. Deux : diffuser le plus largement possible ce nouveau discours qui devra progressivement, s’il est répandu avec méthode et efficacité, produire la réalité qu’il annonce et féconder les esprits et les consciences par une énergie de re-programmation mentale et culturelle de nous-mêmes, de nos modes de pensées, de nos structures de conscience et du fonctionnement de notre intelligence. Cela grâce à l’émergence d’une foi globale en notre puissance créative et dans les valeurs qu’une telle puissance permet d’assumer comme nouveaux principes de vie. Trois : doter notre société d’outils intellectuels et mentaux pour une renaissance nationale qui serait orientée vers un projet congolais à proposer à l’Afrique et au monde, avec notre nation comme levier, comme force motrice, comme locomotive. Il s’agit de développer un nouveau rêve de nous-mêmes et une véritable mystique nationale d’avenir, capables de toucher les affects les plus profonds et d’allumer les faisceaux des désirs les plus ardents de notre peuple par une action culturelle de grande envergure. Une action centrée sur une autre idée de nous-mêmes, une vision fertile de notre grandeur, de notre dynamisme créateur et de nos ambitions vitales. Quatre : nous organiser politiquement, socialement, culturellement, économiquement et spirituellement en multiples pôles d’action pour la réussite de ce projet d’un nouveau Congo, à l’intérieur de notre pays comme partout où notre diaspora vit et travaille actuellement. Sauf peut-être à l’aube et aux premières heures de notre indépendance en 1960; sauf peut-être à certains moments d’illumination ou de prestidigitation mobutiste entre 1960 et 1970, nous n’avons pas encore su nous rêver vraiment comme une puissance créatrice et nous décider à devenir véritablement une nation de haute tension créatrice, libératrice et porteuse d’immenses espérances. Depuis la mort de Lumumba, tout s’est passé comme si nous manquions de grands forgeurs de rêves, de grands producteurs d’utopies et de grands bâtisseurs d’ambitions par lesquelles notre peuple aurait pu devenir réellement indépendant, désaliéné et créateur d’une grande destinée. L’heure est venue d’enfanter ces rêves, ces utopies et ces ambitions pour qu’elles deviennent notre défi majeur et le feu de nos énergies d’action. C’est l’heure de nous-mêmes, comme dirait Aimé Césaire. Kä Mana, |
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Revised: August 27, 2007