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Les accords signés avec la Chine créeront-ils un Congo différent?

27 septembre 2007 - L'agitation créée par la signature des accords de partenariat entre le Congo et la Chine pour un montant de plus de 8 milliards de dollars US mérite d'être pensée. Les Chinois viennent-ils aidé Kabila à réaliser ses chantiers comme une certaine presse kinoise le rapporte? Depuis quand la Chine est-elle au Congo? Pourquoi la Chine fait-elle peur aux Congolais et aux Occidentaux? Habitués à naviguer à vue, certains de nos compatriotes et "leurs excellences" ont opté pour une vision amnésique de la gestion de la cité congolaise. Ils font comme si la présence chinoise au Congo date d'hier. I. Rappel historique S'il est vrai que la Chine n'a pas encore joué un rôle de premier plan au Congo, elle y a exercé une certaine fascination dès les premières heures de l'indépendance de ce pays. "Cela vaut pour les rebelles Pierre Mulele et Laurent Kabila, qui ont éprouvé une fascination certaine pour la révolution culturelle et le maoïsme, susceptible à leurs yeux de représenter un modèle alternatif pour un pays en développement comme le Congo, même si les valeurs de discipline et de sacrifice en vigueur dans la Chine de Mao n'ont guère été "intériorisées" par ses fans congolais" (M. France-CROS et F. MISSER, Géopolitique du Congo (RDC), Bruxelles, Ed. Complexe, 2006, p.135). Vers les années 1973, la Chine a collaboré militairement avec l'armée de Mobutu. Elle compte quelques réalisations au Congo. Elle a construit le stade Kamanyola, le Palais du Peuple et l'usine sucrière de Lotokila en Province Orientale. "Avec l'avènement de Kabila (Laurent-Désiré), on assiste à une intensification de la présence chinoise et nord-coréenne. Les Nord-Coréens se sont montrés attirés par l'uranium de Shintolobwe et se sont lancés dans la fabrication d'explosifs du Katanga, tandis que les chinois au début de l'ère Kabila, multipliaient les promesses d'investissement dont peu furent réalisées, y compris un projet très ambitieux consistant à couvrir d'autoroutes le territoire congolais."(Ibidem) Donc, ce projet date d'avant les cinq chantiers de Joseph Kabila. Il participe de la continuité de la politique économique de la Chine au Congo. Dans cet ordre d'idées, "en 2005, la Chine, acteur déterminant du marché mondial des métaux, manifeste son intention de participer directement à des projets miniers et hydroélectriques au Congo. Une délégation d'entreprises en visite à Kinshasa proclame son intention d'investir plus de 100 millions de dollars. En revanche, la contrebande de tissus chinois a complètement ruiné l'industrie textile congolaise, dont la le principal fleuron, Utexafrica, jusqu' alors aux mains des Belges de Cobepa, a été revendu en 2004 à une entreprise chinoise." (Ibidem, p.136) Donc, les projets miniers et hydroélectriques de la Chine au Congo ont été conçus bien avant la mise sur pied du programme du gouvernement actuel. Leur réalisation permettra à la Chine de conserver sa place d'acteur déterminant sur le marché mondial des métaux. C'est là leur objectif premier. Dès qu'ils le peuvent, ils achètent les entreprises nationales. Auront-ils le développement du Congo comme "revers"? L'avenir nous le dira. Aussila continuité de leur politique économique est-elle le fruit de l'histoire d'un peuple ayant cru dans "les valeurs de discipline et de sacrifice" (et non de la cueillette!) pour s'auto-diriger et n'ayant pas courbé l'échine face aux injonctions du FMI et de la Banque mondiale. II. Les accords avec le Congo: "une macédoine" Les derniers accords signés avec le Congo s'inscrivent, pour la Chine, dans un projet précis. Au Congo, le fait que la Chine ne lie pas ses accords de partenariat à quelque conditionnalité que ce soit doit avoir été un incitant pour les gouvernants congolais actuels. Pourquoi? Tous les rapports sur la violation des droits humains citent les services de sécurité, l'armée et la police, etc. comme étant impliqués dans la violation massive des droits humains. Pourquoi? Le pouvoir actuel étant fondé sur les antivaleurs, il ne peut survivre qu'en entretenant la violence et la terreur. Et la manière cavalière dont ces accords ont été signés – sans qu'un débat au Parlement et/ou avec les acteurs de la société civile les précède- confirme leur caractère illégitime. Elle trahit l'amateurisme et la mauvaise foi caractéristiques du pouvoir en place à Kinshasa. C'est vrai, le Congo est libre de signer les accords de partenariat avec qui il veut. Mais tout est dans la manière et dans la ligne politico-économique orientant ces accords. Le programme de gouvernement de Gizenga s'inscrit dans la perspective de l'initiative des pays pauvres très endettés (PPTT) telle qu'elle lui a été imposée par le FMI avec l'appui de la Banque mondiale. Sur le conseil de ces IFI, ce gouvernement avait inscrit un lourd endettement au registre de la mise en œuvre de son programme. Comment peut-on à la fois accepter de se plier aux diktats des Institutions de Bretton Woods et vouloir signer des accords avec un pays dont la souveraineté ne tolère pas l'immixtion de ces instruments de l'impérialisme dans la gestion de sa politique économique? Telle est "la macédoine congolaise". Elle prouve à suffisance que dans la signature des accords avec la Chine, ce qui intéresse le pouvoir actuel de Kinshasa, ce sont des sous. Et rien de plus. Il veut les avoir en marge d'une ligne de conduite politico-économique claire et nette. La Chine ne semble pas l'intéresser eu égard au rôle géostratégique qu'elle joue actuellement dans le monde; mais tout simplement comme un bailleur facile de fonds! Et pourtant, la Chine aurait pu inspirer le Congo autrement. La Chine, bien que n'étant pas un modèle du respect des droits humains, inspirerait le Congo par son esprit d'indépendance et sa façon de créer des réseaux de relations sécuritaires. L'histoire prouvant que nos relations avec l'Occident ont été porteuses de plus de misère que de bonheur collectif partagé, l'exemple chinois aiderait le Congo à briser les chaînes de sa dépendance occidentale. Un exemple. En plus de ses relations avec l'Arabie Saoudite, la Chine pourrait constituer avec l'Iran un "réseau asiatique de sécurité énergétique qui apparaît désormais à la Chine et à la Russie comme une nécessité absolue pour briser le contrôle occidental sur l'offre mondiale d'énergie et sécuriser la grande révolution industrielle d'Asie." (N. CHOMSKY, Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Paris, Fayard, 2006, p.343) En effet, beaucoup d'autres pays, à travers le monde, commercent et signent des accords avec la Chine. Les plus malins ne tombent pas, la tête en bas, dans la déraison du mimétisme. Ils sont ceux dont les gouvernants sont à l'écoute de leurs peuples et où, sous la pression des organisations populaires, ils privilégient les intérêts des peuples et non ceux des investisseurs étrangers et des institutions financières internationales. Quand ils commercent ou signent des accords avec la Chine, ils le font en gagnant gagnant. Tel est l'exemple du Venezuela avec sa manne pétrolière. Il "a établi avec la Chine des relations qui sont probablement les plus étroites de tous les pays latino-américains, et il prévoit de lui vendre de plus en plus de pétrole, dans la cadre de ses efforts pour réduire sa dépendance à l'égard du gouvernement des Etats-Unis, ouvertement hostile." (Ibidem, p.346) Ces pays pratiquent "le patriotisme économique" et sont forts des interactions Sud-Sud. La Bolivie, le Venezuela, l'Equateur, l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay sont de ceux-là. "Ils ont comme priorité de créer des emplois, de favoriser les coopératives et les collectifs, d'empêcher les privatisations et de nationaliser les richesses énergétiques." Au Congo, l'ouverture à la Chine et à l'Occident se fait dans un contexte où les privatisations tous azimuts visent l'insertion de cette partie de l'Afrique dans l'économie mondialisée de la prédation. Dans ce contexte des privatisations tous azimuts, les accords signés avec la Chine ne seront pas différents des autres contrats léonins signés avec les multinationales du monde entier. Ils participent du bradage des richesses de ce cœur de l'Afrique. Les routes et les autoroutes que la Chine construira serviront à transporter nos matières premières vers les ports et les aéroports où les destineront les entreprises privées occidentales et chinoises. Comme du temps de la traite négrière et de la colonie, les Congolais(e)s assisteront, impuissant(e)s à cette prédation jusqu'au jour où, mu(e)s par "les valeurs de la discipline et du sacrifice", ils (elles) décideront, majoritairement, de mettre fin à l'ordre politique actuel. Si hier, le bâton a pu tenir nos ancêtres sous la botte du négrier et du colon, les dettes que le pouvoir actuel de Kinshasa est en train de contracter nous garderons, nous, nos enfants, nos petits-enfants et nos arrières petits-enfants sous la domination de la Chine et de l'Occident. L'illusion d'optique serait de croire béatement qu'avec la perspective de la construction des infrastructures par les chinois, les emplois seront créés et nous auront de l'argent frais. Folie! Combien de congolais ont-ils engagé quand ils ont construit le stade Kamanyola? Savons-nous qu'ils travaillaient à cette œuvre la nuit? Quel est le prix que les chinois eux-mêmes payent en travaillant dans les entreprises de leur pays? Il semble que le taux de dépression est de plus en plus élevé. III. Le meilleur accord Le Congo n'a pas encore signé le meilleur accord avec lui-même. Il navigue à vue. Prêt à se vendre au premier commerçant venant chez lui pour des pacotilles. Le meilleur accord que le Congo pourrait signer est celui de son autodétermination et de son indépendance réelle. Cet accord s'enracine dans un projet prioritaire de renforcement de son identité spirituelle et culturelle et dans la refondation d'un Etat digne de ce nom. Il s'enracine dans la lutte acharnée contre le néolibéralisme et l'impérialisme véhiculés par les organismes financiers internationaux. Il adviendra peut-être un jour avec la création des Tribunaux Permanents des Peuples Congolais appelés à rendre justice à nos filles et fils, appauvris, violés, terrorisés et tués par les hommes et femmes liges, "petites mains" du turbo-capitalisme mondialisé depuis la traite négrière jusqu'à ce jour. Cet accord primordial des cœurs et des esprits n'est pas prioritairement une question des sous. Il est une inscription au fin fond des Congolais et Congolaises amoureux de leur patrie de l'idéal de la lutte de résistance pour un Congo Congolais. C'est-à-dire d'un Congo différent du Congo-Belge, du Congo-Chinois, du Congo-américain ou du Congo-français. Pour dire les choses autrement, d'un Congo autre que celui de la troïka (Etats-Unis, France et Belgique) plus un (Chine).

J.-P. Mbelu

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Revised: October 05, 2007