P. E. Lumumba, heros national

 
 

 

La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux

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La liberté, c’est d’abord le droit de choisir et d’assumer ses choix

09 octobre  2007 - La Chine a disponibilisé 5 milliards de dollars au profit de la République démocratique du Congo pour la construction d’infrastructures et le développement de partenariats en vue de l’exploitation minière, aux termes d’un protocole d’accord signé au mois de septembre dernier, à Kinshasa. L’aubaine qu’offre le prêt chinois à la R.D.Congo est indéniable, à moins d’être de mauvaise foi. Cependant, tout n’est pas réglée à l’avance. En effet, la cagnotte mise à la disposition de la R.D.Congo est une dette qui devra être remboursée un jour ou l’autre par les filles et fils de ce pays, et non un don; Les conditions d’octroi de ce crédit ne sont pas connues des congolais en général, et même pas, de leurs "Mandataires" du Parlement, principe des "huis clos" aidant. Jusque-là, la dette congolaise est évaluée à 10 milliards de dollars. Le pays a contracté aussi des facilités auprès des partenaires occidentaux pour rembourser sa dette "odieuse", le terme est du CADTM. Cinquante ans durant au moins, les jeunes générations seront confrontées au remboursement de cette dette.

Dans le projet chinois, trois milliards de dollars seront consacrés à la construction de 3.213 km de voies de chemin de fer entre Sakania (Katanga, Sud-est) et Matadi (Bas-Congo, Ouest), ainsi qu’à la réhabilitation et la construction d’une route reliant Kisangani (Province Orientale, Nord-est) et Kasumbalesa (Katanga), distantes de 3.402 km. Une autoroute entre Lubumbashi (capitale du Katanga) et Kasumbalesa, un important poste douanier à la frontière avec la Zambie, sera construite dans un délai de 36 mois. D’autres travaux de voiries, sur une distance totale estimée à 450 km, seront également financés par cette enveloppe dans différentes villes du pays, a précisé le ministre.

Il est aussi prévu la construction à travers le pays de 31 hôpitaux, de 145 centres de santé, de deux grandes universités de standard international ainsi que de 5.000 logements sociaux. L’accord prévoit par ailleurs deux milliards USD pour relancer l’exploitation minière, dans le cadre de partenariats entre des entreprises des deux pays. Et, voici ce que déclare le Ministre d’Etat à la reconstruction, Pierre LUMBI : « Notre coopération se fonde sur un certain nombre de principes, notamment permettre aux deux parties de gagner, faire en sorte que tous les projets à exécuter par les entreprises chinoises et congolaises soient porteurs d’emplois pour les Congolais. Elles devront aussi intégrer dans chaque projet la dimension environnementale ».

MISE AU POINT

Paraphrasant JP Mbelu, dans "Les accords signés avec la Chine créeront-ils un Congo différent?", il y a lieu, d’entrée de jeu, de dire que : les questions que nous nous posons sur l’avenir de notre pays ne nous confinent pas à choisir nécessairement entre l’optimisme et le pessimisme. Elles nous somment de relever le défi épistémologique de la crise du penser collectivement notre bonheur, de combattre l’amnésie en procédant par des analyses fouillées des faits pouvant orienter les actions à mener pour défataliser notre marche commune. La question que l’on devrait raisonnablement se poser, si on avait des dirigeants responsables à la tête du pays, est celle de savoir quelles seront les perspectives économiques de la R.D.Congo dans 10, 15, 25 et 50 ans prochains, avant d’engager la RDC sur la voie d’un nouvel endettement lourd? Le gouvernement "emprunteur" de la R.D.Congo est incapable de faire cette projection par manque des capacités managériales dans le chef des dirigeants en place et du fait de l’absence des statistiques réelles et fiables, tant la falsification et les <huis clos>, une fois de plus, ont tout brouillé.

Les choix qui ont été faits dans le cadre de cette coopération l’ont été du seul Chef des Conseillers du Chef de l’Etat et de quelques Membres du Gouvernement, alors qu’une entreprise de cette ampleur nécessite la concertation tant avec les experts qu’avec les différentes Assemblées élues en place.

Un ou deux exemples que je connais un peu mieux pour étayer mon propos. Il est projeté de relancer le projet d’électrification du Kasaï occidental et celui d’extraction du chrome sur les concessions Miba dans cette province. L’on envisage aussi de construire un chemin de fer qui désenclaverait cette province à partir de Tshikapa via l’Angola.

Tout le monde connaît la complexité technique du soutirage du courant sur une ligne continue et l’ampleur des infrastructures à construire à cet effet; mais, on choisit la solution que la Snel ne parvient pas à concrétiser depuis vingt ans maintenant, et on écarte la solution facile d’un barrage hydro électrique. S’agit-il d’un choix éclairé avec indications précises sur l’approche des avantages comparatifs ou d’un diktat du Bailleur de fonds? Ça m’a tout l’air de la seconde alternative.

En ce qui concerne l’extraction du Chrome à Nkonko au Kasaï Occidental, il s’agit effectivement d’un projet de la Miba. Mais, il semble que ce projet n’avait pas trouvé bailleur de fonds à cause de son coût élevé et de sa faible productivité. Qu’est-ce qui décide les chinois à le financer aujourd’hui? Coure-t-on encore devant un projet du genre de <Usine sidérurgique de Maluku>, implantée dans un environnement inapproprié pour une Usine métallurgique de son gabarit ou sommes-nous devant un projet porteur à long terme? Ce qu’il faut éviter, c’est de construire, à nouveau, des <éléphants blancs>, et de nous imposer des technologies <expérimentales> et <falsifiées> à la chinoise, au seul motif d’engranger quelques réalisations éphémères pour des buts purement politiciens.

La logique qui sou tend la construction des nouveaux chemins de fer, si elle peut être acceptable du point de vue de la diversification des voies de sortie, de la réhabilitation des voies vétustes actuelles et du désenclavement de la province du Kasaï Occidental, par exemple, elle ne l’est pas du point de vue éthique du fait que l’on continue, quarante sept ans après, à penser de la même manière que le colon qui construisait tout pour l’extérieur. Pourquoi ne tenons-nous pas compte de l’espace économique congolais et de l’intérêt qu’il y a à transformer sur place? On ne privilégie pas la voie intérieure qui peut produire des effets collatéraux, mais on choisit celle extérieure qui profite aux autres et à l’Angola à qui on a cédé et du pétrole et des portions du territoire congolais. Quel nationalisme?

Toutes ces questions soulevées montrent qu’il aurait été utile d’engager un débat sur les différents choix. Ne sommes-nous pas dans un Régime prétendu démocratique et décentralisé?

D’aucuns s’insurgeraient contre ma vision du fait de la crise qui sévit dans notre pays, et des urgences dans le Kasai Occidental pris comme exemple, mais il faut aussi savoir que le temps vous fait toujours payer ce qui est fait sans tenir compte de lui, et cela, dans tous les sens. Si on n’en prend pas suffisamment, il est capable de nous jouer des vilains tours, et si on en prend assez, il nous lâchera au bord du chemin. Les Chinois, eux, en sont spécialistes. Ils savent le mesurer.

MON POINT DE VUE

Voyons d’abord comment la chine a procédé pour en arriver là où elle est aujourd’hui. Joseph STIGLITS, prix Nobel de l’économie, ancien conseiller de Bill Clinton, dans son ouvrage : la grande désillusion, estime preuve à l’appui, que les règles du jeu économique mondial ne sont souvent fixées qu’en fonction des intérêts des pays industrialisés avancés, la Chine comprise, c’est moi qui le souligne- de certains intérêts privés en leur sein (il suffit d’observer la flopée des Sociétés minières étrangères en R.D.Congo pour s’en convaincre) -, et non de ceux du monde en développement. Car, en effet, dit-il, la mondialisation n’a pas seulement mis l’économie au-dessus de tout, mais aussi une vision particulière de l’économie, le fanatisme du Marché. Politique d’austérité (vous comprenez pourquoi le Barème de Mbudi traîne à être appliqué), libéralisation des marchés des capitaux et privatisations sont appliquées aveuglement, en dépit de leur échec avéré, à tous les pays, en particulier aux pays en transition et du Sud.

A son tour, intervenant au sénat belge, Erik Rydberg, représentant du Gresea; (Groupe de Recherche pour une Stratégie Economique Alternative), à l'occasion d'une journée consacrée à l'audit de la dette de la République Démocratique du Congo (RDC) dit aussi ceci par rapport à la dette congolaise, je cite : <… Il a beaucoup été question ici du rôle néfaste et inacceptable joué par les institutions financières internationales, communément appelées les IFI : Banque mondiale, Fonds monétaire international, Club de Paris, les bras armés, à grand renfort de "prêts odieux", de l’investissement étranger sous le manteau duquel les multinationales vampirisent le tiers-monde. Il a aussi été question de ces dernières, du gigantisme de leurs opérations (barrage Inga, extension de la Gécamines), qui n’ont en rien servi le peuple congolais, que du contraire. Il faut s’y arrêter un instant.

Autant, en effet, les IFI ont-elles plongé et écrasé la RDC dans un endettement inutile répondant à des intérêts extérieurs, autant ce processus ne prend de sens qu’en identifiant ceux qui en bénéficient, les multinationales, dont les activités justifiaient ces prêts. On citera volontiers ici les experts ougandais Onyango et Udagama qui, en juin 2000, dans un rapport rédigé pour les Nations Unies, déclaraient ceci : "L’OMC est presque totalement entre les mains des sociétés transcontinentales privées." En dix mots, la messe est dite... L’OMC, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international sont entre les mains des multinationales, et le pillage, l’endettement du Congo est d’abord le résultat d’un capitalisme prédateur, ce qui est, soit dit en passant, dans sa nature, il fonctionne en exploitant travailleurs et nations, en s’appropriant leur surtravail, en réalisant des superprofits dans le tiers-monde, fin de citation.

Ces prises de position, que je présente en liminaire, permettent de comprendre les vrais enjeux du monde d’aujourd’hui, de saisir l’urgence d’une reforme en profondeur du statut et des politiques préconisées par les institutions financières internationales en lesquelles le Gouvernement congolais place une confiance <aveugle> pour relancer la situation socio- économique de notre pays. De la Chine, objet de ma désapprobation, Stiglitz apprécie et soutien l’approche gradualiste qu’elle a adoptée et qui prouve ses mérites depuis deux décennies. Plus loin, le prix Nobel indique que la Banque de développement asiatique préconise, de son côté, un <pluralisme concurrentiel> qui consisterait à indiquer à un pays plusieurs stratégies de développement alternatives, en particulier le modèle asiatique> dans lequel l’Etat, tout en prenant appui sur les marchés, intervient très activement pour les créer, les façonner, les guider, se faisant même le promoteur de technologies nouvelles, tandis que les entreprises assument de très importantes responsabilités de soutien social à leurs salariés : ce modèle est nettement différent du modèle américain cher aux institutions basées à Washington.

Dans une autre diatribe, il relève que les adversaires de la mondialisation accusent les pays occidentaux d’hypocrisie. Et, dit-il, ils ont raison. Les Etats d’Occident ont poussé les pays pauvres à démanteler leurs barrières douanières, mais ils ont conservé les leurs, empêchant ainsi les pays en développement d’exporter leurs produits agricoles et les privant ainsi d’un revenu à l’exportation dont ils avaient désespérément besoin. Contrairement à la R.D.Congo, la Chine a protégé son marché, a obtenu des occidentaux le transfert de technologies, a compté sur l’épargne intérieure, a procédé à des investissements judicieux et a créée des ISI.

Dans le récent ouvrage : Chine a l’Horizon 2020, paru dernièrement chez l’Harmattan, aux Editions Points sur les i, un auteur français a énuméré les défis contrôlés par les autorités politiques de ce pays, à savoir :

la maîtrise des écarts sociaux ou des inégalités (Villes Campagnes; Ecart différencié dans la rapidité de la croissance); le contrôle des déficits du secteur industriel public; la lutte contre la corruption; le contrôle de la limite a la croissance du fait de la raréfaction prochaine des matières premières.

Il souligne avec force que les chinois savent ce qu’ils voudraient pour eux- mêmes. Peut-il en dire autant de la R.D.Congo? Qu’a-t-on fait en R.D.Congo, en plus des contrats léonins signés durant les deux guerres et bien après? L’on a simplement et méchamment couvert cette "prédation" par des codes et des lois "iniques", qui se sont révélés comme les véritables enjeux de la guerre injuste nous infligée et comme gage pour le maintien au pouvoir. Que Biyoya s’indigne de la manière dont notre diplomatie, en position de faiblesse, signe des Accords de partage avec les pays voisins agresseurs, dans l’espoir de retrouver une "paix au rabais" ou que la société civile du Kivu tire la sonnette d’alarme, les dirigeants en place ne s’émeuvent outre mesure. Cela s’appelle, à la fois, de l’"incurie au sommet de l’Etat", de la "Cécité intellectuelle" et purement et simplement, de la "Compromission". Comment peut-on croire que la coopération avec la Chine serait d’une toute autre nature, au moment où cette dernière fait partie intégrante des pays capitalistes, et est membre du Club fermé du "fameux" Conseil de sécurité ainsi que de l’Organisation Mondiale du Commerce, bras séculier du capitalisme occidental?

On feint ignorer que la Chine, comme dit plus haut est confronté à la difficulté de la raréfaction prochaine des matières premières et à la question de ses énormes réserves de change en dollars logées en Amérique. En ce qui concerne ce dernier point, les économistes savent que si l’Amérique dévalue sa monnaie, ça sera une perte sèche pour le pays du célèbre Mao Tsetung; tout comme ce pays peut perturber, à lui tout seul, le système économique mondial avec sa manne "infeste". Tant mieux! Que la RDC serve de déversoir de cette "manne infeste" et de réservoir des matières premières dont la Chine a et aura besoin. Mais, que l’Amérique, elle, s’inquiète du fait que le déficit de sa balance commerciale le soit à moitie vis-à-vis de la Chine et que les 400 milliards de son déficit budgétaire soient financés par la Chine. Je ne sais pas si les congolais savent que lorsque le Responsable du Trésor américain tousse à New York, en Europe et en Asie, on se muni de mouchoir pour ne pas se faire contaminer. En Afrique, en général, et en R.D.Congo, en particulier, on ouvre, par contre, grandement la bouche (c’est une image) afin d’ingurgiter, les microbes américains, européens, et pourquoi pas, chinois aussi. Quelle attitude prudentielle pour les dirigeants "prétendus" élus de Kinshasa, et donc légitimes?

Comment comprendre qu’un Gouvernement responsable ne s’attelle pas à clarifier la situation des pillages de nos ressources d’où il tirerait des sommes importantes, sous formes de réparations et de rapatriements des capitaux ayant fui le pays, et dénoncés par les Panels des Experts nationaux et de l’Onu ainsi que par les Rapports Niza et Lutundula, mais s’engage de nouveau, tête baissée, dans l’endettement lourd (avec la Chine) et la signature des "Accords flous" avec nos agresseurs (Rwanda, Ouganda et Angola "frontières Kahemba"), au mépris des principes démocratiques de transparence, de séparation de pouvoirs (Président- Premier Ministre) et d’"habilitation" par le Parlement en matière des "Accords et Traités"?

A Quel ingénieur congolais les chinois ont-il transféré la technologie du Pont Maréchal, des Stades et Palais construits chez-nous; eux qui travaillaient essentiellement la nuit, en tenue d’Adam? Qu’est devenue, l’Usine chinoise de Lotokila, en province orientale, et qu’en ont tiré les congolais, en termes de transfert du Know how? Pour l’entretien du Stade des "Martyr"s> et du Palais du Peuple, on a gardé, pendant longtemps, des ouvriers chinois, cloîtrés dans un camp de fortune, et pour la plupart, repris de justice qui sont venus purger leurs peines au chaud en R.D.Congo. Et, c’est cela la coopération exemplaire que l’on nous vante sans scrupules.

Perspectives et alternatives

1. Contexte général du pays

Depuis 2001, une nouvelle dynamique a semblé être insufflée pour sortir d’abord de la crise politique, grâce à la reprise du dialogue et à la conclusion de l’Accord de Prétoria, en Afrique du sud. En même temps, un effort d’assainissement du cadre macro-économique était fourni, mais s’est vite évanoui du fait de la « prédation » et de l’ « amateurisme » des acteurs politiques au pouvoir. Le dialogue politique et économique avec la Communauté internationale se poursuit avec des fortunes diverses, compte tenu, encore une fois, de l’incurie et de la mauvaise foi de mêmes opérateurs politiques. C’est dans ce cadre de la reprise du dialogue politique avec les Institutions de Brettons Wood, que le gouvernement a eu à signer avec le FMI, un Programme de moyen terme (2002-2005) soutenu par une Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance. Dans le but de compléter cette assistance financière, un Programme Multisectoriel d’Urgence pour la Reconstruction et la Réhabilitation (PMURR), négocié avec la Banque Mondiale, a été implémenté.

Ces programmes devraient permettre à la R.D.Congo de renouer avec une croissance et de lutter contre la pauvreté qui touche plus de 80 % de la population. Hélas, comme pour le programme d’ajustement politique, l’incurie, l’amateurisme et la mauvaise foi des dirigeants en place ont eu raison, une fois de plus, des techniques économiques et de gestion, mises en place avec le concours relativement appréciable des partenaires extérieurs. Les dérapages du franc congolais, les déficits budgétaires chroniques et le non payement des dépenses obligatoires (fournisseurs - rémunérations et service de la dette) sont des preuves éloquentes de la surestimation des « capacités » des dirigeants placés aux commandes par les parrains l’ « Accord global et inclusif », qui se sont, littéralement, fait éclabousser par le comportement inconséquent de leurs filleuls. Les causes à la suite desquelles notre pays souffre depuis des décennies sont à la fois d’ordres externe et interne relevant concomitamment des carences et des disfonctionnements structurels, institutionnels et politiques.

La plupart de temps, cependant, certains analystes épiloguent sur les causes de la crise congolaise et la situe rapidement à l’époque du Maréchal Mobutu. Ce qu’ils ignorent, c’est que l’E.I.C autant que la colonie « Congo Belge » n’étaient rien d’autres que des instruments d’exploitation et des réserves importantes d’approvisionnement en matières premières pour l’intérêt de la Belgique et du capital international, cela, conformément à la convention de « libre circulation » dans le bassin du Congo qui veut dire « libre commerce », pourquoi pas, libre « exploitation ». Ainsi donc, les structures et infrastructures qui ont soutenues cette œuvre d’exploitation ont été conçues uniquement pour cet objectif et non pour l’intérêt du Congo. Les voies de communication congolaises, les industries installées par l’E.I.C et la métropole au Congo ainsi que le système des pools économiques de développement et des monopoles d’Etat, n’étaient rien d’autres que les socles d’une entreprise d’extraction, d’exploitation des ressources naturelles et des matières précieuses. Bref, un système économique de « cueillette ».

Du point de vue politique, il faut souligner la non préparation des Congolais à la gestion de la chose publique et la ségrégation dans le traitement réservé aux coloniaux par rapport aux « indigènes » qui constituaient, en somme, des politiques délibérées d’où remontent aussi les difficultés que connaît le Congo indépendant. Le système d’enseignement mis en place à l’époque coloniale n’avait pour but que de constituer une classe moyenne indigène en vue des tâches d’exécution et, non de celles de gestion de la chose publique. Les conséquences se sont tout de suite fait sentir à l’accession du Congo à l’indépendance. L’impréparation à l’indépendance, et surtout, la précipitation avec laquelle la métropole a transféré les sièges sociaux des sociétés du Congo belge vers la Belgique ainsi que son patrimoine, avaient ruiné considérablement les chances d’une accession à l’indépendance réussie et de succès du premier gouvernement Congolais. Est-ce pour autant que l’on peut exonérer Mobutu de sa gestion économique "calamiteuse" du pays? Que non. C’est, en effet, à cause de ses choix politiques tels : la Zaïrianisation, la dilapidation des ressources du boom des prix des matières premières dans la construction des éléphants blancs, les ponctions continuelles des recettes pour des dépenses somptueuses, le déficit chronique des comptes d’exploitation de la Banque centrale et général du trésor actionnés et renfloués de la façon que l’on connaît, l’utilisation disproportionnée de la planche à billets et ses répercussions inflationnistes, la corruption et le clientélisme, que le Congo s’est appauvri.

La RD Congo a, néanmoins, vu sa situation s’aggraver autour des années 80 avec une accentuation à partir de 1990 où elle a connu une instabilité institutionnelle chronique, une insécurité quasi généralisée et des guerres dévastatrices., a cause essentiellement des la dépréciation des cours des matières premières, des politiques d’ajustements structurels et des mesures de libéralisation, privatisations à tour de bras et d’austérité du FMI ainsi que du fait du transfert net des devises produites ou empruntées, du sud vers le Nord, dans le cadre du remboursement de la dette. Durant cette période, tout le monde s’accorde et est unanime pour reconnaître que la gouvernance du pays constituait une contrainte majeure, et que toute œuvre de reconstruction nationale devait d’abord passer par la reconstitution des capacités du gouvernement permettant de formuler, exécuter, suivre et évaluer les stratégies politiques et programmes de développement et de négocier les accords de coopération.

De même, il s’avérait indispensable, pour le pays, de disposer d’une capacité de mobilisation des ressources, de pilotage de la gestion macro-économique et de préparation d’un cadre politico-économique à court, moyen et long terme. Le problème le plus pressant pour la RD Congo reste donc la nécessité de créer un environnement propice à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une politique de développement intégré et réaliste. Une attention particulière devrait être accordée à la formation des jeunes, à l’innovation et à la recherche pour pouvoir disponibiliser les plus importantes des ressources aujourd’hui que sont l’homme et l’information. Des carences majeures se ressentent aussi en ce qui concerne les cadres institutionnels neutres de pilotage et de coordination des politiques de développement. Il s’agit, entre autres de :

l’inexistence d’un cadre de réflexion stratégique sur les politiques de développement provincial.

l’absence d’un cadre de coordination et de concertation sur les politiques économiques, en dehors des rencontres occasionnelles et éphémères.

Enfin, il se pose toujours un problème de gestion peu efficace et peu orthodoxe des finances publiques, par rapport à la programmation et la gestion des dépenses publiques qui sont insuffisantes et, aux ponctions systématiques et à la gestion budgétaire peu transparente. Il faut noter aussi l’appréciation souvent négative des services déconcentrés par le secteur privé et la société civile.

Cela veut dire qu’il existe des problèmes liés à :

la mauvaise qualité du service public et, la faible implication dans le développement provincial des partenaires sociaux, en dépit de leur rôle prépondérant, l’apport du secteur privé et de la société civile ayant donné des résultats mitigés. En ce qui concerne spécialement le secteur privé, les faillites et les fermetures d’entre prises ont été nombreuses et les investissements directs ont diminué de manière drastique. L’absence de concertation et de partenariat secteur public/secteur privé et l’environnement institutionnel inadéquat (manque de cadre institutionnel et structures d’appui) sont les principales lacunes qui bloquent les initiatives privées, nonobstant l’existence d’une nouvelle législation ouverte.

2. Perspectives alternatives

Pour répondre à la question relative aux perspectives, il y a lieu de s’inspirer de la réflexion pertinente du feu Pr. Norro, de l’Université Catholique de Louvain, parue dans une publication collective présidée par A.R. KIONI Kiabantu et intitulée : la République Démocratique du Congo face aux défis du 21ème siècle. Le modèle économique qu’elle préconise a réussi ailleurs et correspond mieux à l’environnement qui est le notre. En effet, depuis un certain temps, les décideurs politiques congolais nous rabattent les oreilles avec un mot devenu presque magique, à savoir : la reconstruction. En clair, ils veulent nous proposer de repartir sur le même modèle économique d’avant et d’après l’indépendance, comme pour corroborer les propos devenus célèbres de Janssens : « avant l’indépendance égale après l’indépendance ».

Concrètement, l’on nous propose d’accroître simplement les productions traditionnelles. Dans cette perspective, la première orientation qui vient à l’esprit consiste à prolonger les mesures d’urgence en cours, en « reconstruisant «  d’abord ce qui a été détruit, et en augmentant ensuite dans la mesure du possible, les productions traditionnelles. C’est cette voie que recommandent, par ailleurs, et comme par pur hasard, les bailleurs de fond de la R.D.Congo. Plusieurs raisons valables plaident en faveur d’une telle vision, estime-t-on. En effet, il est souvent moins coûteux de réparer et de reconstruire que de lancer des investissements nouveaux. Et pour les productions traditionnelles, les compétences locales et la connaissance des marchés jouant, il est généralement plus facile d’accroire les quantités que de modifier la gamme des biens produits. Mais cette orientation de politique économique a des limites certaines dès lors qu’elle conforte la structure d’économie extravertie dont les insuffisances sont connues de tous.

Il est cependant utile de signaler un phénomène non moins important, avant d’aborder la question cruciale du modèle de développement de la R.D.Congo. Il s’agit du « Développement fulgurant de l’économie informelle » dans notre pays. En Afrique, et plus particulièrement au Congo-Kinshasa, le développement de l’économie informelle e/ou populaire est spectaculaire et porteur d’espoir. Dans une situation de crise aiguë où l’Etat a quasiment disparu, les populations congolaises ont pris leur destin en mains et ont fait preuve d’une créativité étonnante et d’une imagination féconde. Cette économie de remplacement a davantage dépassé la simple réponse aux difficultés du moment pour inventer des formules nouvelles qui tiennent mieux compte de la mentalité et des habitudes des gens. Et, cela marche mieux, même si les voies et moyens sont hétérodoxes et entrent difficilement dans les conceptions traditionnelles de l’économie.

Il faut, à ce stade, affirmer que les hommes ne seront pas éternellement condamnés à être les imitateurs, ni de leurs pères, ni de leurs oncles, et que l’Afrique, plus que les autres Continents, devrait utilement tirer profit de cette créativité, tout en étant solidaire, pour rendre son économie plus efficace en le conformant le plus possible à son environnement culturel spécifique. Il est aussi avéré que dans l’état actuel de l’économie congolaise, il est sage de ne pas de penser seulement à une politique qui ne soit que humanitaire et extractive. D’aucuns estiment donc qu’il faudrait reporter tout changement de fond aux jours meilleurs et c’est là le sens de cette fameuse doctrine tant usitée par les Institutions de Breton Wood consistant à assainir d’abord le cadre macro- économique avant toute nouvelle entreprise. D’autres jugent que les conditions générales et la déficience des contrôles étatiques militent en faveur des investissements qui dégageraient rapidement des rentes substantielles, en attendant un minimum des conditions favorables que sont, selon Collier Guillaumont, cité par Kioni :

-un minimum de stabilité sociale (singulièrement l’absence des guerre);
-un minimum de stabilité macro-économique, comme souligné plus haut (ex : faible inflation);
-un minimum d’efficacité dans l’allocation des ressources. (Il s’agit essentiellement des systèmes commerciaux et de change, du secteur financier, des marchés, des entreprises publiques et des dépenses publiques).

Le constat fait par ces spécialistes est que lorsque ces conditions sont réunies, les performances économiques sont bonnes. Ainsi par exemple, le PIB par tête atteignait 3,2 % en 1995 en Afrique à une certaine époque. Suivant cette optique, le plus grand et important défi pour notre pays est d’endiguer tout relent de guerre. Ensuite, il faudra assurer à tous, une sécurité juridique (sécurité des personnes, des biens et des contrats) et instaurer une gestion correcte, cohérente et non corrompue. C’est à ces conditions seulement que des projets économiques axés sur une rentabilité à long terme peuvent être entrepris. Au delà de ces contingences, l’on doit déjà, a mon avis, s’interroger sur le devenir de notre économie. Des choix devront être faits : choix des infrastructures à réhabiliter ou à construire, choix des investissements productifs, choix dans les dépenses publiques. Ce qu’il faut refuser, c’est la facilité de reconstruire le passé avec un endettement lourd à la clef. Il est évident que la stabilité macro-économique est impérative si l’on veut travailler dans un environnement efficace;

Si les contraintes institutionnelles, organisationnelles et administratives sont résorbées dans le cadre d’un ajustement politique par exemple, il y a moyens de faire des choix sur le type de développement et de l’économie. Il faudra, en fait, opter pour une nouvelle économie et capitaliser le dynamisme supplétif du secteur informel qui a sauvé littéralement le congolais en l’absence de l’Etat. En parlant d’une nouvelle économie, je veux dire que l’on doit éviter de se contenter, comme à l’époque coloniale, d’exploiter les ressources naturelles les plus riches et les plus accessibles; mais, il faut au Congo, une économie qui contribue à la mise en valeur de l’ensemble des potentialités.

Il faudra pour ce faire impérativement élargir la base productive et diversifier la structure de production afin de générer les économies externes. L’on devra nécessairement passer de l’économie de la cueillette à celle de transformation. La recherche des productions nouvelles dans un pays dont la dégradation a atteint des proportions élevées peut sembler utopique, et les handicaps de l’environnement macro-économique insurmontables, et faire apparaître, comme non compétitive sur le marché interne et/ou sur le marché externe, toute production qui ne serait pas fondée sur une source rare. Ce piège ne prend pas en compte, à nos yeux, le concept d’avantage comparatif et l’importance du facteur humain. La concurrence en fait ne se situe pas entre producteur des biens semblables dans des pays différents mais bien entre producteurs des biens différents dans le même pays.

Concrètement, cela veut dire que, pour que pour produire des biens au Congo, il ne faut pas que les conditions y soient plus favorables qu’ailleurs, il suffit qu’elles ne soient pas inférieures à celles qui prévalent dans les productions existantes. Cette hypothèse n’apparaît pas irréaliste dès lors que l’on tient compte des potentialités inemployées jusqu’à présent dans notre pays, et surtout, de l’importance du facteur humain dans leur mise en valeur comme je viens de le dire. Or, de ce dernier point de vue, le Congo dispose d’une population jeune, imaginative, qui refuse d’être marginalisée si elle est prise en charge et conscientisée, et qui est prête aux efforts nécessaires pour obtenir le changement auquel elle aspire.

Cette jeunesse congolaise peut être mieux préparée, si l’ont doit prendre en compte un type bien déterminé et utile de scolarisation, et en capitalisant les solutions alternatives trouvées par le secteur privé dans le domaine. Concrètement, il faudra rebâtir le système éducatif national dans le sens de la professionnalisation, de la promotion des arts de l’esprit créatif, et de la solution aux problèmes de notre environnement immédiat. Il n’est pas question ici de se replier sur soi ni de se confiner dans des petits métiers, mais d’opter pour un système d’enseignement utile et ouvert. Il est question dans cette perspective d’employer utilement notre jeunesse dans les activités nouvelles qui en ont besoin, notamment dans les activités industrielles et de services, à valeur ajoutée plus grande où le travail qualifié est nécessaire, et en même temps, pour créer ces activités et les développer.

Je voudrai terminer cette perspective avec une fois de plus, la sagesse de Joseph E.STIGLITZ qui estime que s’agissant des choix et des stratégies de développement, que quand bien même il y aurait beaucoup de bons principes dans les plans de développement des Institutions de Brettons Wood, il n’en reste pas moins que les réformes souhaitables à long terme ont besoin d’être mises en œuvre avec soin. Qu’il est aujourd’hui largement admis qu’on ne peut ignorer les questions de rythmes et des étapes. Cela dit, et c’est encore p [lus important, que le développement ne se résume dans les leçons du FMI et de la Banque Mondiale (c’est moi qui précise). Qu’il existe d’autres stratégies- différentes non seulement par leur degré d’insistance sur tel ou tel point, mais par les politiques elles- mêmes. Des stratégies, par exemple, qui incluent la réforme agraire mais pas la libéralisation des marchés financiers, qui font passer la stimulation de la concurrence avant la privatisation, qui assurent que la création d’emplois accompagne la libéralisation du commerce.

Ces différentes stratégies ont recouru aux marchés, mais ont aussi reconnu à l’Etat un rôle important. Elles ont compris qu’il était essentiel de reformer, mais que toute reforme nécessite un rythme maîtrisé et une séries d’étapes. Elles ont vu que le changement n’était pas seulement d’ordre économique mais s’inscrivait dans une évolution générale de la société. Et elles ont compris que, pour réussir à long terme, les reformes devaient jouir d’un large soutien, qui ne pouvait reposer que sur une large répartition de leurs bénéfices. Les pays doivent envisager les diverses options et, que dans le cadre de processus politiques, ils doivent choisir eux-mêmes. La tache des institutions économiques internationales doit être (et aurait du être) donc de leur donner les moyens de faire un choix informé, en comprenant bien les conséquences et les risques de chaque option. La liberté, pense notre Sage, c’est d’abord le droit de choisir -et d’assumer ses choix.

En R.D.Congo, on édicte des codes et des lois concernant les ressources cruciales sur recommandation de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire international, on brade le patrimoine minier et forestier dans le même cadre et on s’endette lourdement pour construire des infrastructures appropriées, afin de permettre aux prédateurs internationaux et nationaux d’évacuer allégrement leurs butins du pays, au grand Dan du peuple congolais. De quoi peut-il s’agir dans ce cas-ci, si ce n’est que de l’incurie au sommet de l’Etat, de la Cécité intellectuelle et de la pure trahison? En période de mutation et d’incertitude, il faut penser l’avenir au-delà d’une réponse humanitaire, et surtout, compromettante à ces difficultés. Un Congo développé sera un pays d’une économie complexe, qui certes continuera à exploiter ses ressources naturelles, mais qui aura diversifié son économie. C’est sera une économie axée sur l’homme et qui permettra l’épanouissement de toutes les potentialités humaines. Ce que l’on nous propose mérite simplement le qualificatif du <tricotage informe> et nous ne méritons pas, non plus, cela.

Ir. Benoît-Janvier TSHIBUABUA-KAPY’A Kalubi,
Ancien Gouverneur de province,
Expert des Réformes institutionnelles et de décentralisation

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