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La giga-autoroute qui relie les Congolais aux 4 pts Cardinaux |
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Nouvelle route de notre destinée : construire un nouveau projet politique 09 novembre 2007 - Si n’importe qui d’entre nous pose aujourd’hui la question de savoir quel est le projet politique de la République démocratique du Congo dans le contexte actuel du monde, il se rendra vite compte que la manière dont notre nation est dirigée et gouvernée souffre d’un profond déficit de pensée spécifiquement et radicalement politique. Une pensée capable, par l’énergie de son idéologie, de nous guider de manière sûre vers l’avenir et d’organiser les énergies de notre action pour gagner les batailles cruciales du présent. Ce déficit est essentiellement lié au fait que les péripéties de notre histoire récente et les aléas de l’évolution tourmentée de la vie nationale ont mis au premier plan les impératifs de sortir du chaos généralisé, de juguler la décomposition du tissu communautaire de notre société, de briser l’insécurité endémique dont souffrent nos populations et de restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire de notre pays. Avec cette priorité, les autorités politiques ont eu tendance à miser sur une double dynamique de consolidation de leur pouvoir. D’abord la recherche d’un soutien extérieur que pouvaient leur assurer les institutions financières internationales et la vigueur des intérêts de grandes puissances occidentales; ensuite la dynamique d’instauration d’une dictature intérieure par la neutralisation de l’opposition politique et des forces de la société civile. Un choix aberrant Conscient que cette politique lui apporte déjà des dividendes perceptibles dans l’intérêt que le président américain semble porter maintenant au règlement de la crise de l’Est du pays; dopé par l’indifférence que beaucoup d’acteurs politiques nationaux et internationaux affichent aujourd’hui face à l’exil de Jean-Pierre Bemba et à la neutralisation d’Etienne Tshisekedi et de l’UDPS, le pouvoir actuel croit être sur le bon chemin d’instauration d’un règne définitivement débarrassé de tous les empêcheurs de tourner en rond. Il se sent dispensé de penser un vrai projet politique pour la nation et se confie patiemment à ce que les institutions internationales et les grandes puissances lui dicteront comme directives et lui imposeront comme orientations. Il croit en même temps que le vent lui est favorable pour implanter une dictature qui bafouerait, en toute impunité, les droits fondamentaux de nos populations, et casserait, toujours en toute impunité, les ressorts profonds de toute résistance du peuple. Il semble fonder cette vision de son action sur le recours permanent à la garde présidentielle, à l’armée et à toutes les forces de l’ordre désormais préposées aux fonctions de garde-chiourne pour la tranquillité du chef de l’Etat et de son entourage de faucons. En fait, le pouvoir a fait le choix de devenir une triviale dictature néocoloniale placée sous le chapiteau des intérêts de l’ultra-libéralisme qui gouverne aujourd’hui la planète. Ce choix est, à mon sens, désastreux et destructeur. Il est foncièrement nuisible pour l’avenir de la République démocratique du Congo. Désastreux, il l’est parce qu’il confie la vie de notre peuple et la condition de nos populations à un système mondial dont nous savons tous et toutes qu’il ne voit dans notre pays qu’une source d’approvisionnement en matières premières et un espace d’enrichissement facile. Destructeur, il l’est parce qu’il condamne nos populations à s’enfermer dans un imaginaire de faibles, à intérioriser les traumatismes de vaincus et à se complaire dans le destin de marionnettes. Dans la mesure où il hypothèque toutes nos chances de développement réel et nous livre à une vie sans perspectives de grandeur et de prospérité, il est foncièrement nuisible. En fait, nous sommes en train d’assister à la démission des autorités publiques face à leurs devoirs politiques essentiels : ceux de réfléchir sur les moyens de gagner les batailles les plus urgentes du présent et ceux de proposer au pays une vision fertile de lui-même à travers une pensée claire et une idéologie d’innovation ambitieuse. Le pouvoir fonctionne sans véritable matière grise inventive au service des intérêts vitaux du peuple qu’il dirige et gouverne. Il laisse aux institutions internationales et aux grandes puissances le soin de penser le Congo et son destin à sa place. Les solutions à nos problèmes, il s’habitue déjà à les chercher à Washington, à Paris, à Bruxelles, à Kigali, à Kampala et à Luanda, au lieu d’ancrer son action dans ses propres capacités d’imagination vitale pour mobiliser toute notre société autour d’un vaste projet qui serait profondément le nôtre. Idéologiquement vide, il se laisse remplir la tête par la confiance douteuse et la sécurité illusoire que semblent lui garantir les forces néo-coloniales et les maîtres de l’ultralibéralisme dominateur. Cette attitude absurde de nos dirigeants commence à paralyser les forces de réflexion au sein de tout notre espace national. J’ai été étonné de la manière dont les pouvoirs des médias de notre pays ont accueilli les nouvelles de Washington après la visite que notre président a rendue au président américain. Alors que cette visite solidifiait manifestement le dispositif néo-colonial et l’emprise de la malédiction néo-libérale sur notre Etat, beaucoup l’ont accueillie comme la bonne nouvelle du salut par la grâce de l’Amérique. Beaucoup ont cru y voir le retour de la RDC sur la scène internationale et la consécration de leur jeune « pharaon » comme membre à part entière de « la cour des grands ». Tout s’est passé comme si, par amnésie collective, les médias gommaient quarante-sept ans de politique américaine désastreuse au Congo et obstruaient toute possibilité d’interrogation sur la place de notre pays dans la géostratégie des Etats-Unis depuis l’assassinat de Patrice Emery Lumumba jusqu’à l’élimination physique de Laurent-Désiré Kabila. Oubliant le rôle de ce pays dans le flamboiement de la dictature de Joseph Désiré Mobutu et dans l’effondrement pitoyable de son régime en 1997, les commentateurs des événements politiques ont, pour la plupart, poussé la cécité jusqu’à croire qu’au-delà du soutien politique dont le président congolais a cru bénéficier de la part de George W. Bush, notre peuple trouvait maintenant en l’Amérique la clé de toutes les solutions à nos problèmes. Même nos populations à la base, dans les caquetages du marché comme dans les rumeurs de la radio-trottoir, ont cru que le pays baignera désormais dans « la pax americana » et que cette paix est un limon de salut national, un premier pas vers la riche pluie de la manne qui tomberait du ciel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Le petit peuple a ainsi célébré la réussite d’une visite dont il était incapable de saisir les enjeux géostratégiques de la lutte économique entre les Etats-Unis et la Chine. Il n’a pas compris que l’empressement du président américain à recevoir Joseph Kabila Kabange après les promesses de la Chine d’aider la RDC sonnait comme une manière de remettre à l’ordre un jeune président néocolonial qui déraille dans sa saisie des réalités de l’ordre géostratégique néo-libéral. On ne peut pas en vouloir à la population de ne pas comprendre ces hauts enjeux géostratégies. En revanche, comme l’a perçu avec justesse le philosophe Jean-Pierre Mbelu dans sa réflexion sur le séjour américain de Joseph Kabila Kabange, on comprend moins comment les spécialistes congolais des relations internationales et du système mondialiste actuel ont pu laisser passer un seul instant l’idée que la solution américaine pour le Congo est un Eden politique, économique et financier. Pour arriver à une telle conclusion, il faut avoir perdu tout sens de la pensée lucide et avoir fait le choix désastreux, destructeur et nuisible de la domination néo-coloniale et du mortel jeu ultra-libéral dans notre pays. Un autre choix est possible Il est temps d’affirmer qu’un autre choix est possible face au destin néocolonial et à l’étau ultra-libéral. Pour donner une consistance à cet autre choix et rassembler autour de lui toutes les grandes énergies créatives de notre nation, il serait bon d’engager dès maintenant un double processus : - le processus de ce que le penseur Auguste Mabika Kalanda appelait dans le temps appelait la remise en question; - et le processus de ce qu’il convient d’appeler maintenant la nouvelle indépendance de la République démocratique du Congo. C’est dans ce double processus que devra émerger le nouveau projet politique congolais pour un destin de liberté réelle et le rayonnement de notre nation dans le concert des peuples qui luttent aujourd’hui pour bâtir eux-mêmes leur propre avenir. La remise en question du néocolonialisme sous toutes ses formes devrait être la colonne vertébrale de la pensée politique congolaise. Idéologiquement parlant, elle signifie un retour aux racines lumumbistes de notre nation et à l’ambition de la Conférence nationale qui fut, avant la catastrophe kabiliste, un haut lieu du rassemblement des forces vives du pays et un grand moment de réconciliation de la nation avec elle-même et avec sa sanglante et dramatique histoire. En effet, lorsqu’il a été question de faire le choix de l’orientation politique pour le Congo indépendant, Lumumba s’était engagé à miser sur les capacités internes du Congo à penser son destin, à diriger sa propre vie et à organiser son espace social selon des perspectives de responsabilité, de dignité, du travail créateur et de l’unité nationale comme socle de la prospérité économique et de l’ordre démocratique. C’est à la redécouverte de ses valeurs de fond qu’il est urgent et indispensable de s’orienter pour tracer un nouveau sillon face aux exigences de l’avenir. De même, la Conférence nationale souveraine demeure, aujourd’hui encore, la référence politique centrale pour toute refondation de notre destin sur le limon de notre confiance en nous-mêmes, dans l’éthique d’une unité nationale basée sur le pouvoir de la raison et l’énergie de la foi en l’avenir, contre toutes les forces de division, de désintégration et de destruction du Congo indépendant. Il y a plus. Pour remettre en cause le destin d’anti-liberté et d’anti-développement qui constitue le socle du projet néo-colonial, il ne suffit pas de se référer à des valeurs abstraites et idéales, aussi générales que naïves. Il faut construire des forces d’action spécifiquement politiques, qui puissent s’affirmer comme un vaste mouvement d’éducation, d’orientation et de mobilisation des populations, à toutes les échelles, contre les formes les plus visibles du projet néocolonial. Notamment : - l’esprit d’aliénation qui pense toujours que les solutions aux problèmes du Congo et à ses impasses doivent venir d’ailleurs; - la mentalité des élites qui vivent rivées aujourd’hui à des parrains étrangers et se chargent de répéter les slogans du néolibéralisme dont ils ne maîtrisent pas les arcanes et le projet réel; - l’aventurisme mercenaire où se complaisent les prédateurs de l’intérieur qui ne conçoivent pas que la politique puisse se vivre comme une éthique du devoir à accomplir et de l’engagement à transformer radicalement les conditions de vie concrètes de notre peuple; - l’incompétence qui se cache sous la violence la plus barbare et brise toute velléité de nouvelle imagination politique de la part des forces vives de la nation. Dans notre pays, nous savons de la manière la plus claire et la plus nette à quoi conduit la soumission au choix néocolonial. Nous savons comment ce choix a instauré chez nous le scandale d’un pays riche où les habitants sont pourtant parmi les plus misérables de la planète. Nous savons comment il a construit en nous la mentalité de soumission à des dictatures tropicales successives, pour le service de l’ordre ultra-libéral. Nous savons qu’il a fait de la division et des guerres internes le ressort d’une instabilité qui profite aux prédateurs de tous bords. Nous savons qu’il a affaibli notre être et détruit notre système immunitaire politique. A ce jeu de démolition de nos énergies vitales, nous avons complètement perdu au change : le système promettait la sécurité, nous n’avons eu que la misère la plus atroce. Il faisait miroiter devant nos yeux la possibilité de devenir une grande puissance dans le monde, nous sommes devenus un pays ridicule qui n’attire sur lui que pitié, mépris et étonnement outré de la part de tous ceux qui analysent notre condition. Il annonçait des lendemains qui chantent, qui dansent, qui rayonnent et font couler partout le lait et le miel, nous n’avons eu que le sous-développement chronique, la mauvaise gouvernance imbécile et la honte de ne plus pouvoir être nous-mêmes, ni de penser par nous-mêmes, ni de vivre selon notre propre volonté de liberté et nos rêves de bien-être. Quand on a vécu pendant quarante-sept ans d’indépendance ce que nous avons vécu et qu’on veut imaginer l’avenir en toute responsabilité, il n’est pas possible de s’inscrire, de quelque manière que ce soit, dans le système néocolonial. Dites-moi alors pourquoi nos dirigeants actuels acceptent de se laisser formater par une telle logique. Le font-ils par peur? par lâcheté? par conformisme? par souci du ventre et accoutumance aux plaisirs du bas-ventre que donne le pouvoir ou par incapacité à être tout simplement des hommes fiers et dignes? Toutes ses raisons sont sûrement vraies. Mais il y en a une que je trouve radicale et qui a été mise en lumière par le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga et son compatriote, le juriste Maurice Kamto, dans leurs analyses de la situation politique africaine. Il s’agit de l’incapacité de penser. C’est-à-dire le déficit d’une réflexion fondamentale qui vous oblige à aller jusqu’au plus profond de vous-même pour trouver les exigences radicales de l’authenticité humaine, là où vous découvrez qu’on ne peut pas être aujourd’hui un être humain digne de ce nom si l’on n’est pas porté par l’énergie de la liberté, de la dignité, du service communautaire, de la volonté du bonheur collectif et de la joie du bien-vivre ensemble comme des êtres humains. Remettre en question la logique néocoloniale, c’est découvrir les impératifs de cette authenticité humaine qu’ouvre une pensée lucide sur soi et sur le destin de l’humanité. Cela ne peut que conduire à une « politique d’humanité », celle qui manque cruellement à la République démocratique du Congo aujourd’hui. C’est au nom de cette politique d’humanité dont parle le penseur français Edgar Morin qu’il faut rejeter la voie de la dictature qui tente aujourd’hui le pouvoir en place dans notre pays. C’est en son nom qu’il est urgent d’imaginer et de penser la nouvelle indépendance de notre nation, une indépendance qu’il convient d’établir non seulement contre la logique de l’ordre néocolonial, mais surtout contre l’étau de l’ultralibéralisme qui se resserre de jour en jour autour de notre cou. Les affres de la dictature, nous les connaissons en République démocratique du Congo. Nous avons vécu sous la coupe d’une des dictatures les plus féroces, les plus sanguinaires et les plus bêtes du monde contemporain : celle de Mobutu Sese Seko. Nous en sommes sortis exsangues, éreintés, brisés, mutilés, broyés, réifiés, blasés, erratiques, vidés de toute substance et vaincus par des voisins qui nous considèrent maintenant comme des idiots dont on peut ponctionner toutes les richesses et dessécher la force vitale sans qu’ils réagissent par leur propre volonté. Quand on a vécu une telle expérience, il n’est pas possible de penser et d’imaginer l’avenir sous forme d’une nouvelle dictature, de quelque manière que ce soit. Dites-moi alors pourquoi le pouvoir qui nous dirige et nous gouverne veut encore nous replonger dans le cauchemar politique dont nous espérions être définitivement sortis. Le fait-il de son propre gré ou n’est-il qu’une marionnette des forces ultralibérales qui veulent nous rendre fous, insignifiants et imbéciles? Croit-il vraiment que l’ordre du libéralisme dévoyé est une voie de bonheur pour notre peuple ou a-t-il tout simplement lui-même accepter le destin de caniche? Vit-il ainsi parce qu’il a découvert les délices des richesses acquises sans effort ou par la pesanteur même de tout pouvoir qui a tendance à se corrompre absolument, comme le dit le célèbre adage? Il y a de tout cela dans son attitude. Mais je pense qu’il faut encore évoquer ici la thèse de Fabien Eboussi Boulaga et Maurice Kamto : nous sommes devant un pouvoir qui refuse manifestement de penser, au sens le plus profond, le plus radical et le plus humanisant du terme. Par cette incapacité, il ne peut imaginer son propre être qu’en termes de violence exercée sur son propre peuple et de déni des droits humains les plus fondamentaux. C’est ainsi qu’il veut nous soumettre à son règne comme il se soumet lui-même à l’ordre ultra-libéral. Ainsi est notre situation. Notre devoir aujourd’hui est de la refuser de toutes nos forces, de penser la nouvelle indépendance du Congo contre cet ordre en construction, de nous engager sur la voie d’une politique d’humanité qui constituerait une véritable alternative solidaire et démocratique au système d’une troisième République qui déraille et dérive vers l’absurdité d’un Congo sans consistance politique à l’échelle mondiale. Je considère ce devoir de liberté et d’indépendance comme notre véritable problème politique national aujourd’hui. Kä Mana, |
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Revised: November 13, 2007