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L'accord de Nairobi : une réponse partielle à un mensonge idéologisé 19 novembre 2007 - La lecture et l'étude n'étant pas le fort de moult compatriotes, il se pourrait que plusieurs d'entre nous n'aient pas lu le communiqué conjoint sanctionnant l'accord conclu entre les gouvernements du Rwanda et la RD Congo lors de leur réunion du 9 novembre 2007. Il en irait de même de la lettre ouverte n°5 de l'Avocat Luc De TEMMERMAN au Ministre des Affaires Etrangères en fonction, Karel De GUCHT. Nous ne le dirons jamais assez : nous ne comprendrons rien à ce qui nous arrive et nous ne serons capables de propositions alternatives en RD Congo et dans les pays des Grands Lacs si nous nous fermons à l'étude et à la lecture. Ceux et celles d'entre nous qui, par curiosité, désireraient se livrer à une lecture posée de ces deux textes, peuvent les trouver sur le site de Congoforum dans la rubrique Communiqués de presse aux dates du 12 et 15 novembre 2007. Des thèses dévoyées Pour les fouineurs congolais, le communiqué susmentionné reconduit des thèses déjà disqualifiées par des études aussi fouillées que Crimes organisés en Afrique centrale d'Honoré Ngbanda, Les nouveaux prédateurs de Colette Braeckman, Noires fureurs, blancs menteurs de Pierre Péan, Géopolitique du Congo de Marie-France Cros, Le Rwanda, l'histoire secrète du lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, etc. Quand les signataires de ce communiqué disent ceci : " Nous, le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et le Gouvernement du Rwanda, réunis à Nairobi le 9 novembre 2007, avons décidé d'une approche commune à l'égard de la menace posée à notre sécurité et notre stabilité par les Ex-Far/Interahamwe", ils falsifient l'histoire et/ou reprennent les thèses dévoyées de ceux qui, pour avoir accès au pouvoir politique au Rwanda, ont planifié et exécuté l'attentat contre le président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994. Ce communiqué est une énième tentative d'officialiser l'histoire construite par le FPR après sa victoire de juillet 1994 au Rwanda. Mais une histoire construite sur fond des mensonges. La rencontre de Nairobi n'a connu ni la participation des Congolais de la base, ni celle des Ex-Far/Interahamwe, ni celle des FDLR qu'ils confondent pour le besoin de la cause. En effet, dans une déclaration faite sur les ondes de la RFI le 12 novembre 2007, Charles Murigande identifiait les FDLR aux ex-Far et aux ex-interahamwe au point de provoquer la riposte des FDLR. Dans un communiqué de presse signé à Paris par Callixte Mbarushimana, secrétaire Exécutif des FDLR, cette opposition rwandaise note ce qui suit : " Les FDLR ne sont ni des ex-Far, ni des ex-Interahamwe. Elles ne sont ni issues des forces génocidaires ni génocidaires comme l'a déclaré M. Charles Muligande sur les ondes de RFI ce lundi 12 Novembre 2007." (Lire le Communiqué de presse n°02/SE/CD/FDLR/NOV/2007 DES FDELR) Soulignons aussi que ce communiqué aborde la question judiciaire liée au chaos semé au Rwanda et au Congo depuis 1990 de manière partielle et privilégie l'option de "la guerre" "pour lancer des opérations militaires pour désarmer les ex-Far/Interahamwe comme organisation génocidaire-militaire en RDC." Si l'espoir de paix pour le Rwanda et la RD Congo réside dans l'action judiciaire, celle-ci ne doit pas être limitée aux uniques génocidaires Ex-Far. Dans Rwanda, l'histoire secrète, Paris, Ed. du Panama, 2005, "Ruzibiza rejoint nombre de ses compatriotes pour qui la justice internationale faillirait tant que les actions criminelles du FPR ne feraient pas l'objet d'enquêtes et d'inculpations" (p. 18). Plusieurs témoins du drame Rwandais attestent que "l'APR (de Kagame) a massacré des populations civiles, toutes ethnies confondues, avec pour objectif de désorganiser le pays afin de justifier la prise de pouvoir par les armes, même si cela devrait conduire à l'extermination d'une population entière." (P. PEAN, Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994, Paris, Mille et une nuit, 2005, p. 68) Pour leur part, dans le communiqué susmentionné, les FDLR soutiennent que "sont génocidaires ceux-là mêmes qui ont conçu, planifié et exécuté les génocides des peuples rwandais et congolais depuis le 1 octobre 1990 et qui n'ont même pas honte d'oser appeler "génocidaires" des innocents qui veulent libérer leur peuple d'un joug sanguinaire et fasciste." Donc, surcharger les FDLR, les Ex-FAR, les ex-Interahamwe et le Congo en dédouanant à moindre frais Kagame, le FPR et l'APR fait partie des tentatives de l'imposition d'une stratégie idéologique montée de toutes pièces par l'action de lobbying Tutsie. En effet, "les associations de Tutsis hors du Rwanda ont fait ainsi un très efficace lobbying pour convaincre les acteurs politiques du monde entier de la justesse de leur cause. Elles ont infiltré les principales organisations internationales (…) Leur brillante intelligence a su parfaitement se jouer de nombreux milieux intellectuels. Ils ont parfaitement assimilé (…) le poids des opinions publiques en séduisant nombre d'organisations des droits de l'homme et de milieux associatifs." (P. PEAN, op. cit., p.44) Lettre ouverte à Karel De Gucht, les minorités et leur ré-écriture de l'histoire "made in U.S.A." Heureusement, tous ces milieux ne sont pas dupes! Un belge, Avocat de carrière, vient d'adresser une lettre ouverte au Ministre des Affaires Etrangères de la Belgique. Il revient sur l'accord de Nairobi et attire l'attention de Karel De GUCHT sur le fait que "la communauté internationale risque (…) une nouvelle fois de sacrifier 60.000 hutu, qui n'ont aucune responsabilité dans le drame Rwandais de 1994 (80 % ont moins de 24 ans) pour faire plaisir au régime de KAGAME et une stratégie politique internationale, dont je doute qu'elle sera bénéfique au peuple congolais." (Lire L. DE TERMMERMAN, Lettre ouverte n° 5 sur Congoforum et Congoone). Cet Avocat belge redoute que les émissaires occidentaux, témoins de l'accord de Nairobi, ne "cautionnent le cas échéant la destruction d'un groupe politique, qui depuis le processus de Rome en 2005 demande une négociation et un retour digne et humaine au Rwanda. Ils ne constituent nullement une menace pour le Rwanda et ces hautes autorités seraient donc mal informées s'il n'y a pas de distinction entre les divers groupes et individus." Il estime que "confondre le FDLR avec les ex-Far/Interahamwe est une ultime tentative de Kigali pour exclure toute opposition politique extérieure au régime de KAGAME. N'oubliez pas, rappelle-t-il à De Gucht, que pour celui-ci (KAGAME) chaque hutu qui conteste son pouvoir mono-ethnique est un "génocidaire" et chaque tutsi qui fait de même est "un interahamwe" (Le Président des interahamwe en 1994 était un tutsi, -Robert KAJUKA, ne l'oublions pas. Je suis d'ailleurs curieux du contenu des dossiers "à charge" des prétendus "génocidaires, ex-Far" à part qu'ils se sont opposés aux soldats du FPR, ce qui était de leur devoir à partir de 1 octobre 1990." A partir de cette lettre, il y a lieu de fustiger la réponse partielle donnée à la crise rwando-congolaise à partir des officines occidentales. La partialité de cette réponse se justifierait dans la mesure où l'un des acteurs majeurs et allié du Rwanda était présent à la table de la signature de l'accord. Il s'agit des Etats-Unis. Kagame aurait un profil adulé par les maîtres de la Maison Blanche. Un Rwandais, Emmanuel Habyarimana, témoigne : Kagame, "c'est un garçon de la rue qui faisait du trafic de drogue et que les Ougandais utilisaient pour exécuter des assassinats. Ce n'est qu'un instrument, un type d'homme au faible potentiel. Les Américains aiment bien ce type de profil…" (P. PEAN, op. cit.p. 68) Aussi, Kagame participe-t-il de l'expansion de la pensée unique néo-libérale telle qu'elle est prônée par la droite américaine aux dépens de la démocratie. Tous ceux qui s'y opposent sont qualifiés de terroristes, de voyous ou de génocidaires. Une certaine faction de cette droite américaine a ceci comme devise : " L'histoire n'a jamais été dominée par des majorités mais seulement par des minorités déterminées qui défendaient avec opiniâtreté leurs croyances." (S. GEORGE, La pensée enchaînée. Comment les droites laïque et religieuse se sont emparées de l'Amérique, Paris, Fayard, 2007, p.138. Un livre à lire absolument si l'on veut comprendre l'influence actuelle de la politique néo-libérale américaine à travers le monde.) Pour exercer cette domination de et/ou sur l'histoire, elles infiltrent toutes les structures institutionnelles, influent sur les politiques gouvernementales en matière économique et législative, financent les orientations académiques à l'université et pèsent de tout leur poids sur les options de la culture ambiante à partir des think tanks efficaces. Elles confisquent les autres sources informationnelles en monopolisant l'information et en procédant à la réécriture de l'histoire à partir de leur position dominante. Malheureusement, "quand l'histoire est fabriquée sur mesure au service du pouvoir (dominant), les preuves et la raison ne sont plus pertinentes." (N. CHOMSKY, Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Paris, Fayard, 2006, p. 139) Telle est la triste réalité que l'Afrique centrale vit aujourd'hui. Et pour l'Afrique des Grands Lacs, les U.S.A. auraient trouvé dans les Tustis, les minorités sûres, organisées à travers les actions de lobbying, sur lesquelles ils peuvent compter pour réécrire l'histoire de cette région. Et les Congolais dans tout ça! Dans tout ceci, les dindons de la farce sont les Congolais. A travers les supplétifs de l'ordre politique minoritaire, ils avalisent les thèses dévoyées estimant qu'ils pourront prendre "les maîtres du monde" à leur propre jeu. En signant l'accord de Nairobi, ils ont accepté que pendant longtemps, ils ont été associés aux ex-Far/Interahamwe, justifiant à bon compte les incursions et les pillages de Kagame et de son armée à l'Est de notre pays. Ils ont cédé aux pressions de ceux qui, chez eux, n'ont jamais accepté de rapatrier les terroristes et les autres brigands de grand chemin. Dans cette farce, aucun lien n'est établi entre le soutien des "maîtres du monde au Rwanda" et à Nkunda et le pillage des ressources naturelles du Congo. La guerre étant devenue, dans le contexte de la mondialisation néo-libérale, le moyen sûr pour avoir accès aux marchés cruciaux, aux sources d'énergie et aux ressources stratégiques, la réécriture de l'histoire telle qu'elle vient d'être faite à travers l'accord de Nairobi lave le Rwanda, les nouveaux prédateurs congolais et les transnationales occidentales de toute implication dans les crimes économiques en RD Congo. Seuls peuvent être arrêtés et transférés devant les tribunaux "ceux qui sont poursuivis pour crime de génocide, crimes contre l'humanité ou crime de guerre". Les criminels économiques en col blanc peuvent, eux, poursuivre l'exploitation de leurs contrats léonins. Les populations congolaises en détresse doivent se contenter de l'aide humanitaire. Donc, l'accord de Nairobi consacre, tant soit peu, l'humanitairisation de la vie au Congo. Pour dire les choses autrement, à travers cet accord, les victimes de la barbarie des seigneurs de guerre de la région des Grands Lacs sont des êtres devant bénéficier de la charité des autres et non des humains jouissant des droits et libertés fondamentales à part entière. Disons que l'accord de Nairobi dévoile, au grand jour, l'incompétence des congolais y ayant pris part, le déficit démocratique au cœur des Grands Lacs et la faiblesse organisationnelle des majorités congolaises du pouvoir et de la société civile. Elles n'ont pas, jusqu'à ce jour, entrepris de grandes actions de lobbying performantes au nom de leur désir d'autodétermination. Enfermées dans les querelles des chapelles, de la coterie, "des bakwa" et des "bena", elles ont encore beaucoup de mal à se fédérer, à créer des réseaux interconnectés pour un début de la victoire de leur lutte de résistante à l'ordre néo-libéral envahissant. Faibles en analyses géopolitiques et géostratégiques, elles se limitent aux épiphénomènes et vont rarement au fond des choses. Prenons un exemple. Pendant qu'à Nairobi la réécriture falsifiée de l'histoire des Grands Lacs se faisait, au Parlement Congolais, "leurs excellences" cherchaient à conférer au "raïs" congolais un accroissement de pouvoir en militant contre la Constitution et pour sa présence au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature. Comment ce Conseil pourra-t-il fonctionné au cœur d'une histoire écrite par les autres? C'est là une question que "nos honorables " pourraient considérer comme saugrenue! La déraison de l'extraversion, le déficit épistémologique, le viol de l'imaginaire et le goût du lucre ont transformé beaucoup de fils et filles de notre peuple en des griots de l'ordre établi, sans plus. Le renversement de la vapeur demandera, que, dès aujourd'hui, nous prenions le temps de briser les frontières de nos chapelles, que nous puissions voir la main tendue de ces "autres amis occidentaux" décidés à dépasser "la logique tribale " de "eux et nous" afin qu'ensemble, nous travaillions à l'avènement d'une autre monde contre le fanatisme néo-libéral de la guerre, du mensonge et des faux-semblants. J.-P. Mbelu |
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Revised: November 30, 2007