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Gouvernement : la déraison du mimétisme l'emporte sur l'effort d'imagination, de créativité, d'inventivité

30 novembre  2007 - Depuis la publication de la liste des membres du gouvernement de Gizanga II, plusieurs articles ont été rédigés pour l'apprécier. Pour notre part, nous avons attendu que le budget 2008 soit présenté au Parlement. Pour cause. Apprécier un gouvernement ne peut se passer des moyens matériels de sa politique. Même si plus d'un compatriote estiment que débattre sur le récent remaniement du gouvernement (Gizenga II) est une diversion. En effet, certains compatriotes assoiffés d'actions concrètes sont devenus rebelles à tout débat sur les questions d'actualité de notre pays. Ils veulent passer "de la théorie à l'action". Et ils réduisent toutes les actions à une seule : organiser une nouvelle guerre pour chasser les gouvernants actuels du pouvoir et les remplacer par des patriotes compétents, éthiquement bien outillés, pleins d'imagination, de créativité et d'inventivité. Sans porter de jugement de valeur sur cette option, elle comporte un défaut de fabrication : elle remet en question la pensée unique au nom de la pensée unique dans la mesure où elle exclut la pluralité d'actions à mener face au monstre ayant abêti plusieurs d'entre nous en en faisant un tas de muscles, sans plus. Cela étant, est-il encore opportun de discuter sur les questions d'actualité de notre pays? Oui. Au sujet de Gizenga II par exemple, il serait intéressant de le questionner sur sa différence d'avec Gizenga I, sur les fondements éthiques de son action et sur ses rapports avec les IFI, promotrices des programmes d'ajustement structurel, etc. Nos actions doivent demeurer plurielles et dans leur diversité, elles doivent être pensées. Cela nous évitera de reconduire les erreurs de ces gouvernants du monde ayant de l'aversion pour les affaires de l'esprit. "Imaginez combien de morts en Irak, en Afghanistan, y compris Américains, auraient été évités, écrit Régis Debray, s'il y avait eu à la Maison-Blanche un groupe d'hommes et de femmes tant soit peu instruit des enquêtes de terrain, d'histoire des mentalités, de géographie humaine, d'histoire des religions et d'anthropologie, je veux dire de connaisseurs non égarés, comme Bernard Lewis, par la passion sectaire ou les comptes à régler. On pourrait sans doute en dire autant des dirigeants soviétiques d'hier et russes d'aujourd'hui. Dans un monde où remontent avec force les identités symboliques et les imaginaires collectifs, l'inculture et les vues à court terme des irresponsables que l'on continue benoîtement de qualifier de responsables vont faire couler de plus en plus de sang." (R.DEBRAY, Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations, Paris, CNRS Editions, 2007, p. 15-16) N'est-ce pas de cela aussi qu'il est un peu plus question chez les multirécidivistes criminels économiques et autres seigneurs de guerre aux commandes de notre pays? N'est-ce pas de cela que Vincent de Paul Lunda Bululu voulait parler en avouant sur les antennes de la RFI que le premier ministre ne parvenant pas à donner "une âme" à son gouvernement "ne semble pas avoir tous les atouts pour animer un gouvernement"?

Si mobiliser nos muscles pour chasser les gouvernants actuels peut être une question de quelques heures, la question du "soin de nos âmes" reste et restera entière pendant longtemps. Quand Vincent de Paul Lunda Bululu parlant de Gizenga dit : "Notre Mathusalem politique ne semble pas avoir tous les atouts pour animer un gouvernement" et qu'il ajoute : "il y a la guerre à l'Est; la guerre avec Nkundabatware. C'est chaque fois le président de la République qui est au front, dans un pays où le gouvernement a pourtant pour chef, le premier ministre", il nous met sur la piste de ce qui se passe chez nous. De quoi s'agit-il? Les effets de l'application d'une Constitution "aux origines hybrides" commencent à se manifester petit à petit. A ce sujet, Guy De Boeck note : " On peut regretter que la Constitution congolaise soit aussi fortement influencée par des modèles étrangers (…) Le fait est que cette Loi fondamentale se ressent de ses origines hybrides : le parlementarisme est "à la belge", cependant que la présidence s'inspire fort directement (jusqu'au libellé de certains articles) de la V° République française." (G. DE BOECK, Gizenga II : Kabila entre Sarkozy et De Gaulle, dans www.congoforum du 27 novembre 2007) Donc, notre Premier ministre ne saurait pas avoir d'atouts pour animer son gouvernement dans un système où la déraison du mimétisme l'emporte sur l'effort d'imagination, de créativité et d'inventivité des modèles de gestion de la chose publique inspirés de "notre âme". Dans un pays où "la démocratie des autres" est en train de battre en brèche le modèle politique africain du pouvoir émietté et des "palabres à répétition tirées en longueur" et impliquant la diversité la pluralité des membres des "tutunga" (les petites collectivités), nous mettrons de temps à payer le prix de notre inculture collective et de l'étroitesse de nos vues. Quand nous copions les autres, mal, nous faisons fi de la connaissance de leur histoire et nous finissions par être étonnés d'en payer le prix le plus fort! " Le coup d'état (…) qui amena De Gaulle au pouvoir en 1958 était fondamentalement dirigé contre le Parlement. L'idée-force était que le pouvoir de l'assemblée était excessif, se prêtait trop aux jeux de la "politique politicienne" et qu'il fallait recentrer le pouvoir autour de la Présidence, occupée par l'Homme Providentiel. Et la bête noire du Général, c'étaient les partis." (Ibidem) Qu'un pays n'ayant pas encore fait l'expérience (historique) du pouvoir excessif du Parlement tende déjà vers le présidentialisme, voilà où conduit la déraison du mimétisme! Dans ce contexte, il ne faut pas être surpris que le Premier ministre n'ait pas les atouts nécessaires à l'animation du gouvernement. Que le Président de la République soit au four et au moulin, cela rentre dans le cadre de cet effort de présidentialisation du régime politique congolais. La part de lion qu'y prend son camp dans l'exécutif comme au Parlement se justifie. Malheureusement, contrairement à De Gaulle, Joseph Kabila n'est pas un "Homme Providentiel" et l'exécutif n'est pas au service du Congo. Les preuves crèvent les yeux. Il vient de proposer un projet de budget réduisant, sur le conseil du Fonds monétaire international, les dépenses sociales à des pourcentages dérisoires. Il respecte beaucoup plus les promesses faites aux "bailleurs de fonds" que celle faites aux Congolais (es). Celles-ci demeurent, comme sous Mobutu, "les doctrines de bonnes intentions" jamais suivies des réalisations concrètes.

Les promesses de Gizenga I et de Joseph Kabila

Les cinq chantiers n'ont pas connu un début d'exécution, une année durant. Les prisons n'ont accueilli aucun membre de l'exécutif ou des entreprises publiques pour mauvaise gestion, corruption ou détournement des deniers publics. Et pourtant, ce ne sont pas des exemples qui manquent (jusqu'à preuve du contraire!). Une ONG congolaise LICOCO (Ligue congolaise de lutte contre la corruption) vient de dresser un tableau des Congolais impliqués dans le détournement de plusieurs milliers des dollars en 2007. Sur ce tableau, nous lisons entre autres les noms de Victor Makwenge Kaput (ministre de la santé), John Numbi (actuel Inspecteur de la police Nationale), Gustave Luabeya (ancien PDG de la Miba), etc. Ce dernier et son comité ont détourné plus de 100 millions de dollars. A son sujet, Licoco fait les observations suivantes : "Vous vous souvenez que le 23 avril 2007, les travailleurs de la Miba entrent en grève pour non paiement de leur salaire pendant 9 mois. Le 09 mai 2007, le Comité de gestion Luabeya est suspendu par la Ministre du Portefeuille. Les travailleurs de la Miba ont informé la LICOCO que Gustave Luabeya a contribué aux élections des dirigeants PPRD. C'est ainsi que des poursuites judiciaires n'ont pas été lancées contre lui." Quant au Ministre de la Santé (de Gizenga I et II), il a détourné plus de 18 millions de dollars. "L'enquête menée par la LICOCO pour savoir comment est utilisé les fonds PPTE du budget 2007 découvre qu'un gros morceau de ces fonds n'a rien financé comme projet de réhabilitation des infrastructures sanitaires, achat des matériels sanitaires, etc." Au sujet de John Numbi, "très proche du Président de la République de la RDC, le Général fut envoyé à l'Est de la RDC pour négocier avec Nkunda pour la paix à l'est. Une somme de plus d'1 million de dollars lui fut remise par le Président Kabila pour accomplir sa mission. Une fois à Goma, le mec se met à commercer avec Nkunda au lieu de faire la paix. Les informations que nous avons reçues venant de Goma renseignent que le mec commençait à acheter des vaches avec cette somme de plus d'1 million de dollars en complicité avec Nkunda." Mis au parfum de ce commerce, le Président de la République le rappellera à Kinshasa pour lui confier le commandement de la Police. Et à cause de ce détournement, "les militaires qui étaient aux fronts au Nord Kivu sont restés dans la misère totale s'habillant même des tenues rwandaises selon les dépêches des radios internationales." (Lire Communiqué de presse N° 015/Sg/LICOCO/2007 , dans www.congoforum.be) Ce hit parade des détournements mentionne aussi le nom du Ministre actuel de l'EPSP, M. Maker Mwangu Famba. Il a détourné plus de 2 million de dollars. Ce n'est pas tout. Ne pas honorer ses engagements est une constante de l'exécutif présidé par Kabila et Gizenga. A la présentation du budget 2008 au Parlement, "les députés de l'opposition, arguments à l'appui, ont dénoncé l'attitude du gouvernement qui n'pas du tout honoré ses précédents engagements de faire le rapport trimestriel sur l'exécution du budget 2007." (Budget 2008 : de profondes contradictions, dans www.lepotentiel.com du 28 novembre 2007 Et abordé dans les couloirs de l'Assemblée nationale, le député Thomas Luhaka présentant la prise de position de son parti a dit : "Le groupe MLC a demandé à l'Assemblée nationale de rejeter ce budget qui ne répond pas aux exigences du moment ni aux attentes du peuple congolais. On a entretenu un flou artistique sur le crédit chinois. Cette rubrique ne figure pas dans le projet du budget 2008. Il y a beaucoup d'engagements pris vis-à-vis des fonctionnaires. On ne voit pas comment on va les réaliser dans ce budget. C'est pourquoi, nous demandons le rejet de ce budget." (E.S., Les temps forts de la plénière, dans www.lepotentiel.com du 28 novembre 2007) Malgré cette invitation, Thomas Luhaka n'est pas dupe. Il sait que la demande du MLC risque de tourner court. "Le MLC sait que la famille du premier ministre est majoritaire au sein de l'Assemblée nationale!" Elle demandera que le projet du budget soit adopté même s'il n'est pas à même de répondre aux attentes du peuple.

Et puis, pour cette majorité, le peuple importe peu du moment qu'elle gagne 4.500 dollars par mois et que ces détournements peuvent être couverts? De ce qui précède, il ressort qu'un exécutif et une majorité parlementaire dont la vie et survie sont fondées sur les antivaleurs telles que le clientélisme, le mensonge, la corruption, les détournements des deniers publics, la trahison de la cause nationale ne peuvent se livrer à une évaluation critique de leurs propres actions et en mettre les résultats sur la place publique. C'est d'un. De deux, cet exécutif et cette majorité parlementaire sont extravertis. Ils obéissent aux diktats des IFI et aux pressions de leurs partenaires extérieurs. Ils ne pourront jamais travailler au bonheur de nos populations. Un exemple. En présentant le budget, le Premier ministre a précisé que "le budget 2008 a été élaboré dans la vision du renforcement de l'action amorcée en 2007. Il a fait l'objet des discussions avec le Fonds monétaire international en vue d'examiner la cohérence des hypothèses de base qui sous-tendent les projections." Cette rhétorique floue ne signifie rien d'autre que le programme de Gizenga I poursuit son cours. Gizenga II poursuit la réalisation de l'Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Il persévère sur cette voie après que les Congolais présents au Séminaire International sur l'audit de la dette et des ressources organisé à Kinshasa (du 23 au 24 novembre 2007) aient indiqué ceci : "Au cours de ces deux jours, nous constatons avec amertume que les différentes solutions proposées par les bailleurs de fonds et les instituions internationales, telle que l'initiative PPTE ou autres allégements de dette, ne constituent en rien une solution juste et durable au problème. Au contraire, en persévérant aveuglement dans la cadre du néolibéralisme, les ressources naturelles et entreprises publiques sont confisquées et bradées, en échange des ces (…) allégements. Pire, l'environnement se dégrade fortement et la situation sociale des populations, déjà dramatique, continue de se détériorer. Les enfants meurent quotidiennement de maladie facilement curable, souffrent de malnutrition, tandis que la déscolarisation et l'analphabétisation croissent sans cesse." (Lire Déclaration finale du Séminaire International sur l'audit de la dette et des ressources naturelles en Afrique centrale, dans www.cadtm.org. du 26 novembre 2007) (Pour rappel, conseillé par les IFI, Gizenga I avait pris l'option de s'endetter lourdement en comptant sur nos ressources du sol et du sous-sol pour payer la dette contractée.) Donc l'exécutif de Gizenga et la majorité parlementaire qui le soutient, par leur extraversion, luttent contre les intérêts de nos populations. Ils constituent une petite élite politique lige gagnée au service de l'ordre néo-libéral intégrant dans sa besogne les massacres, le vol, le mensonge, le viol, le génocide et la violence sous toutes ses formes.

Bref, il n'y aura rien à attendre de Gizenga II. Même pas de l'Assemblée nationale. Explicitons. Bien qu'ayant les preuves de la gabegie et de la trahison de l'actuel exécutif congolais, les membres de l'opposition qui en parlent sont minoritaires (et/ou minorés.) Et puis, ils ne sont pas disposés à assumer jusqu'au bout les conséquences de leurs prises de positions. L'une d'elles serait la paralysie d'une Assemblée nationale votant un budget de misère et avalisant une politique économique fondée sur la mendicité et l'enrichissement sans cause des membres des réseaux maffieux de l'ordre néo-libéral. Ils ne peuvent pas en arriver là. Plusieurs d'entre eux n'ont comme "boulot" leur permettant de gagner leur pain quotidien que "la politique". Donc, ils vont préférer toucher leurs 4.5000 dollars à la fin du mois, en sacrifiant nos populations. Au Séminaire susmentionné, Victor Nzuzi le soulignait très bien en ces termes : "Malgré toutes les irrégularités qui ont entouré le processus d'endettement de nos Etats, les parlementaires finissent par accepter les propositions des gouvernements à payer la dette et laisser mourir les enfants." Il y a là un problème grave. Et quand Vincent de Paul Lunda Bululu s'en prend au Premier ministre en disant que son gouvernement n'a pas d'âme, il s'arrête à mi-parcours. Beaucoup de nos compatriotes n'ont plus ni âme, ni cœur, ni esprit. Ils n'ont plus ces réceptacles des valeurs spirituelles de dignité, d'amour des plus petits, de justice et de paix. Les signes extérieurs de la richesse ont fini par détruire en nous cette sagesse ancestrale qui disait : "Shiya bintu ngwa kala, nyisu wafwa washiya nyoko, nyoko wafwa washiya bibia, bibiabi balwa kubingata kudi badidi." (C'est-à-dire vanité de vanité, tout est vanité; ou encore les biens de ce monde sont passagers.) 

Donc, ce n'est pas seulement au gouvernement Gizenga qu'il faut redonner l'âme; mais prioritairement à la majorité des congolais. Sans risque d'exagérer, nous osons affirmer que les Congolais (es) remplissent les "maisons de prière"; plusieurs d'entre eux, les pasteurs y compris, n'ont pas encore atteint un degré suffisant "d'êtres spirituels". Quand nous nous plaignons par exemple de la situation sécuritaire à l'Est de notre pays, savons-nous par que les hommes de Nkunda "comptent dans leurs rangs des commerçants du Kivu (qui) les financent, redoutant que la paix et le rétablissement de l'autorité de l'Etat leur fassent perdre les privilèges acquis durant les années de guerre"? (C. BRAECKMAN, 16e et dernière carte du monde en crise : le Nord-Kivu, dans www.congoforum. du 28 novembre 2007) Les privilèges acquis, le pouvoir pour le pouvoir, l'enrichissement sans cause, voilà ce qui fait courir moult compatriotes au point de sacrifier les valeurs de la vie, de la solidarité et de la fraternité. La sorcellerie capitaliste a fini par "manger" les âmes, les cœurs et les esprits de ces compatriotes. Ils sont tombés dans la banalisation et de la vie et de la mort. Voyons ce qui se passe sous d'autres cieux. Croyons-nous que la rencontre d'Annapolis entre Israël et la Palestine (depuis ce 27 novembre) aurait été possible sans la fermeté des Irakiens et des Iraniens dans "la guerre contre le mal"? Nous réalisons-nous que sans une technologie et des armes aussi sophistiquées que des U.S.A., les Irakiens les ont vaincus? Savons-nous qu'" au Proche et Moyen-Orient en particulier, la culture, ce n'est pas de la fioriture, c'est la charpente, par la super- mais l'infrastructure. Les forces morales qui sur le terrain annulent une supériorité technologique chez un agresseur ou un occupant, découlent et dépendent de matrices culturelles immémoriales, bien en amont de l'actualité immédiate?" (R. DEBRAY, op. cit. p. 15) Chez nous, il a suffit que Joseph Kabila se rende aux U.S.A. pour que les médiamensonges nous poussent à croire que nos misères allaient toucher à leur fin, même si nous ne prenions pas le temps de bâtir, collectivement, notre infrastructure morale et spirituelle! Nous avons un problème! Sans un reformatage culturel et spirituel de notre imaginaire, nous pouvons avoir la technologie et les armes les plus sophistiquées du monde, chasser les gouvernants actuels violemment ne changera rien à notre état des esclaves volontaires. Comment en arriverons là dans un pays où les professeurs d'universités, les enseignants d'école primaire et secondaire, les étudiants et les élèves sont clochardisés à dessein? A n'en pas douter, les réseaux maffieux du néolibéralisme a peur de la pensée et de l'intelligence. Quand ils ne mènent pas des actions de lobbying pour orienter les programmes des cours comme dans certaines universités des U.S.A., ils marchandisent tout simplement l'éducation et la formation. Les revendications des élèves et étudiants français de ces derniers jours sont assez éloquents à ce sujet. Pour ces réseaux, tant qu'il y aura moins d'élites indépendantes, mieux ils pourront se porter.

Que faire?

Reformater culturellement et spirituellement notre imaginaire est un impératif catégorique. Comment et où? Il est bon que nos institutions (officielles) aient en leurs seins ces messieurs qui s'appellent Thomas Lohaka, Mwamba Tshishimbi, Vincent de Paul Lunda Bululu, Kiakwama kia Kiziki ou Jean-Claude Vuemba, etc. Et qu'il y ait en marge de ces institutions l'UDPS, l'APARECO et leurs alliés. La moindre des choses, c'est de rester à l'écoute de ces messieurs, de ces partis et mouvements et leurs alliés. La diabolisation du président de l'APARECO ferme à maints Congolais l'accès à une somme d'informations de première main que les gouvernants de Kinshasa n'arrivent pas à réfuter depuis plus de trois ans. Ceux d'entre nous qui ont lu par exemple "Mes yeux ont vu et mes oreilles ont entendu" savent par exemple qu'il devient de plus en plus urgent de relativiser les informations données par la Radio (onusienne) Okapi. Ils doivent avoir appris qu'"un fait d'une extrême gravité vient de se produire (…) : pour exécuter le mot d'ordre de Joseph Kabila aux FARDC de capturer Nkundabatware, mort ou vif, une importante quantité d'armes sophistiquées et de munitions fut acheminée sur le front des opérations, accompagnée des malles d'argent pour la solde et les primes d'opération des militaires congolais au front. Mais à peine tout cet envoi arrivé au front à RUTSHURU, les troupes de Nkundabatware attaquent nuitamment la ville et le dépôt, et s'emparent de tout le butin venu de Kinshasa." Simple hasard? N O N! Que fait la Monuc? "Un officier congolais présent sur le théâtre des opérations (…) a raconté il a personnellement assisté entre les officiers de la Monuc et ceux de Nkundabatware à RUTSHURU au lendemain du hold up militaire sur les armes, les munitions et l'argent envoyés aux troupes des FARDC. Selon l'officier congolais qui n'arrivait pas à retenir ses larmes de colère, les officiers de la Monuc ont littéralement suppliée les hommes de Nkunda à peu près en ces termes : "L'essentiel est fait, vous avez des armes, des munitions et de l'argent, retirez-vous, s'il vous plaît, du centre ville et ne le gardez pas longtemps. Sinon nous serons contraints de recourir à la force!" Et le soir, la radio de la Monuc annonçait que les troupes de la Monuc venaient de repousser celles de Nkundabatware hors de RUTSHURU!" (H. NGBANDA, Mes yeux ont vu et mes oreilles ont entendu, dans www.aparecordc.org) Ecouter et lire ces messieurs ne signifie pas nécessairement partager leurs points de vue et leurs options. Mais comme on dit chez nous "écouter vaut mieux que se boucher les oreilles" (Buimpe mbwa matshi, bubi mbwa matshi!) N'oublions surtout pas que l'une des armes de la pensée dominante est l'accaparement de toutes les sources d'informations considérées comme fiables par le commun de mortel. Il est aussi souhaitable de les pousser à rejoindre et/ou à se connecter aux mouvements sociaux mondiaux et autres associations citoyennes engagés à proposer des alternatives durables allant à l'encontre du fanatisme néo-libéral de la guerre, du vol, du viol et de l'esclavage volontaire. 

Il est providentiel que la publication de la liste des membres du gouvernement Gizenga II ait presque coïncidé avec la fin du Séminaire International sur l'audit de la dette et des ressources naturelles en Afrique centrale réunissant les mouvements sociaux, ONG, associations de défense des droits de l'homme, représentants de populations autochtones, syndicats, confessions religieuses, professionnels des médias, organisations de femmes, d'étudiants, de jeunes, de professions, d'agriculteurs, de pays ou citoyens indépendants venus des quatre coins de la RDC, du Congo Brazzaville, de Côte d'Ivoire, de France et de Belgique. (A partir de ce Séminaire, nos populations ont par exemple su que Omar Bongo et Sassou Ngwesso ont été traduits en justice en France et que les IFI peuvent l'être aussi.) En effet, le nouvel ordre néo-libéral s'attaque aux intérêts des populations du monde entier. Un nombre assez important d'hommes politiques des pays dits de vieille démocratie en sont "les petites mains" et ceux des pays du Sud des supplétifs et collabos. Tous sont commis au service des mêmes dieux : l'argent, le prestige et le pouvoir pour le pouvoir. Ils ont comme dénominateur commun l'exclusion des masses importantes des populations du banquet de la vie. Les Belges l'ont affirmé au cours de l'émission Mise au point (de la RTBF) du dimanche 25 novembre. Ils ont clairement affirmé que les hommes politiques ne sont pas en phase avec les préoccupations quotidiennes des populations. Ils ont même fustigé le déficit de la démocratie représentative limitant la part du peuple dans la gestion de la res publica aux élections ponctuelles. Sept Belges sur dix vivent en dessous du seuil de pauvreté. En France, selon certains sondages, soixante pourcent des Français sont convaincus qu'ils finiront par se retrouver dans la rue comme des SDF (Sans Domicile Fixe)! Eva Joly renvoyant dos à dos les démocraties française et britannique note : "Toutes deux usent et abusent de l'intérêt supérieur de l'Etat, éternel masque des trafics d'argent." (E. JOLY, La force qui nous manque, Paris, Les Arènes, 2007, p.26) Travailler ensemble dans les interstices créés par les mouvements sociaux et les autres associations citoyennes procure la force qui nous manque. La force qui manque aux parlementaires tiraillés entre l'urgence de construire le Congo de l'intérieur des institutions et par la peur de la précarité; celle que l'UDPS exclue de ces institutions n'arrive pas à avoir pour jouer un rôle de premier plan; celle que l'APARECO peine à mobiliser pour une révolution rapide malgré la somme d'informations stratégiques qu'elle détient; celle qui manque aux étudiants et professeurs clochardisés pour transformer leur situation et devenir levain dans la pâte de notre société, etc. Ce travail effectué dans les interstices prend du temps. Mais ce temps "perdu" se gagne autrement : par la culture humaine, morale et éthique que l'apprentissage dans les interstices possibilise et par le caractère assez mûr et réfléchi des résultats auxquels il conduit. Cela étant, il demeure l'une des voies vers l'autodétermination en commun des populations décidées à recourir à la créativité, à l'inventivité, à l'imagination et à l'échange des "recettes" pour l'action fondée sur la confiance persévérante dans un autre monde possible.

J.-P. Mbelu

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Revised: December 04, 2007