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La vraie fausse implication de Washington dans la question sécuritaire à l'Est du Congo

04 décembre  2007 - Les commentaires des journaux kinois sur l'implication de Washington dans la question sécuritaire à l'Est de notre pays donnent à penser. Certains font preuve du degré inimaginable de l'extraversion de la mentalité congolaise. Ils poussent à poser ces questions-ci : " Combien d'exemples d'interventions historiques témoignant de l'implication des U.S.A. pour le bien des masses populaires nos journalistes peuvent-ils nous donner? Pourquoi les appels de Washington à l'endroit de Nkunda n'envisagent-ils pas clairement la traduction de ce bandit en justice pour des crimes de guerre et autres crimes contre l'humanité? Qu'est-ce que le Congo est disposé à donner en retour pour payer cette implication de Washington dans les pays de grands lacs? Qu'est-ce qui justifie tout à coup le regain d'intérêt des U.S.A. pour les pays des Grands Lacs, eux dont "les bien pensants" disaient qu'ils n'ont pas l'Afrique à leur agenda? Où est-ce que le débat est organisé chez nous sur toutes ces questions?" Les réponses crèvent les yeux.

Une relecture rapide de l'histoire

Une relecture rapide de l'histoire nous rappelle que "cette grande puissance militaire" n'a fait que soutenir les dictateurs. Serait-elle sur le point de consolider la dictature naissante dans les pays des Grands Lacs en soutenant Kagame et Kabila moyennant le sacrifice de Nkunda? Cette hypothèse serait probable. Une relecture rapide de l'histoire nous apprend que Mobutu a été sacrifié pour que les deux alliés des U.S.A, Museveni, Kagame ainsi que les multinationales occidentales disposent à leur guise des ressources du sol et du sous-sol congolais. Jonas Savimbi a été offert sur l'autel du sacrifice pour que le pétrole rwandais aille aux multi et transnationales occidentales. L'accès aux marchés cruciaux, aux sources d'énergie et aux marchés stratégiques justifiant toutes les guerres chaude, froide et tiède, les sacrifices humains sont le prix à payer sur ce marché cynique. Les exemples les plus récents sont ceux de l'Irak et de l'Afghanistan. Le Congo s'y ajoute. Dans cette guerre néo-libérale, les crimes de guerre, les crimes économiques et les crimes contre l'humanité sont ignorés. Cela d'autant plus que les pays qui les organisent font partie des "Etats manqués" ou de leurs alliés. C'est-à-dire, des pays qui " ne peuvent pas ou ne veulent pas protéger leurs citoyens de la violence, voire de la mort. Ils ont tendance à se croire au-dessus des lois nationales et internationales, donc libres de se livrer à des agressions et à des méfaits. Et, quand ils ont les dehors d'une démocratie, ils souffrent d'un grave "déficit démocratique" qui prive leurs institutions formelles de contenu réel." (N. CHOMSKY, Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Paris, Fayard, 2007, p. 8) Ces pays et leurs alliés considèrent que "le droit international, les traités, les règles de l'ordre mondial sont rudement imposés aux autres avec des poses de champion de la vertu, mais déclarés non pertinents" (Ibidem, p.9) pour eux. De plus en plus, un leadership congolais (informel) se forme et excelle dans les analyses de ces mécanismes mis sur pied par "les Etats manqués " et leurs alliés pour rouler les Congolais (es) dans la farine. Le dernier exemple éloquent est celui des Organisations Congolaises en Afrique du Sud.

En effet, dans le Mémorandum du Forum des Organisations Congolaises en Afrique du Sud (FOCAS) en rapport avec la crise sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo, ces organisations notent ce qui suit : " Le mouvement de Nkundabatware et ses alliés rwandais ont ouvertement pillé les ressources minérales congolaises et les ont commercialisées avec la complicité des entreprises internationales généralement établies au Rwanda, mais avec affiliation à des compagnies aux Etats Unis d’Amérique, en Grande Bretagne, en Allemagne et en Afrique du Sud". Elles citent nommément certaines de ces compagnies impliqués dans le commerce illégal des ressources congolaises pillées : "Metal Processing Association (MPA) basée en Afrique du Sud; Metmar Trading; Iron and Steel Association of South Africa; Mittal Steel; Metal Processing in Congo; Bangandula Mining Group; Edith Krall Metal Congo SCARL (de l’autrichien Michael Krall); GBC liée à M. Albers d’Allemagne; H.C. Stark; Bayer Group A.G; COPIMAR (Coopérative pour la Promotion des industries minières artisanales); Godefrey Bayoli Stones; Masingiro (M. Albers d’Allemagne); Karl Heinz Albers Holding International (KHA); Alfred Knight Holdings (AKH), une compagnie britanique; Nobium Mining Company (NMC) basée à Londres; NMC Metallurgy SARL (Kigali); A&M Minerals Limited (basée à New York et Bruxelles). Pour plus d’informations sur la question de savoir comment ces compagnies sont liées à l’exploitation et au commerce illégal des ressources minérales de la RDC, elles indiquent une source à consulter : "Barouski D 2007. ‘Blood Minerals’ in the Kivu Provinces of the Democratic Republic of the Congo. Znet/Activism" (Lire ce mémorandum sur www.congolite.com/polsoc359.htm). Dans ce contexte, il y a lieu d'établir le lien entre le gel de la publication du rapport sur les contrats léonins et l'attention accordée à la guerre de Nkunda. Bien que réelle, cette guerre demeure un alibi couvrant la face prédatrice du néolibéralisme. Habitués à naviguer à vue, certains de nos journalistes sont beaucoup plus propagandistes de la pensée dominante que des lecteurs acharnés du travail d'analyse abattu par ces dignes filles et fils du Congo se retrouvant aujourd'hui aux quatre coins du monde. Revenons à l'implication des U.S.A. dans la guerre de Nkunda. Que lui demandent-ils? De se rendre, de s'exiler ou de se démobiliser. De se rendre à qui? Pas à la Cour Pénale Internationale. Mais aux forces loyalistes (?). Pour quoi faire? Certains membres de sa rébellion démobilisés ont été déversés dans l'armée pour le brassage. Où les avait-il recrutés? Au Congo, au Rwanda, au Burundi et en Ouganda. Donc, par la magie du brassage, les Ougandais, les Rwandais et les Burundais vont devenir – s'ils ne le sont pas déjà devenu- Congolais. Ce mécanisme parachève ceux qui l'ont précédé; les élections y compris. Pour rappel, Vital Kamerhe n'est jamais revenu sur le moratoire sur la double nationalité. Comprenne qui pourra! Donc à travers la guerre du Rwanda et de Nkunda et la mascarade électorale de juin 2006, "les maîtres du monde" ont fait de deux pierres plusieurs coups : secourir le Rwanda dépassé par sa démographie galopante, piller les richesses du sol et du sous-sol congolais, infiltré les institutions congolaises. Pour quoi faire? Pour transformer ce pays en un simple réservoir des matières premières sur lequel veille les supplétifs du néolibéralisme.

Que faire alors?

Il y a trente-six solutions. Nous en proposons quelques-unes, inspirées par l'histoire des peuples résistants. Poursuivre les analyses de ces mécanismes de prédation et les partager avec les masses populaires congolaises. Arriver à créer une opinion publique (formée et informée) grâce aux médias alternatifs en lutte perpétuelle contre les médiamensonges est un pari à gagner au quotidien. Le néolibéralisme prédateur est "un flux mouvant et réorganisateur". Ceux qui lisent habituellement Noam Chomsky ou Susan George savent que le nouveau désordre mondial actuel est une fabrication des think thanks travaillant avec les élites et les universités depuis plus de 50 ans. Ils opèrent en se fondant sur la vertu de la patience et la croyance selon laquelle l'efficacité des idées bien ancrées (sur le temps) dans les cœurs et les esprits n'est plus à prouver. L'extraversion de la mentalité congolaise est une maladie de l'esprit que les bombes les plus sophistiquées ne peuvent pas guérir. Cela d'autant plus qu'elle se limite souvent aux mauvais exemples. Mal copier les Constituions des autres, constituer les majorités parlementaires manuducrates, créer des commissions d'études sans assurer le suivi au travail exigé, etc. Une petite illustration. Depuis juin, la Belgique n'a pas de gouvernement. Les partis politiques s'affairent à trouver une issue interne à travers le débat auquel participe activement le peuple. Depuis un temps, dans les coulisses de l'émission Mise au point (sur La Une), les citoyens interviennent dans les débats. L'Internet permet à ceux qui suivent le débat à partir de la maison d'intervenir par des e-mail. La Belgique fait partie de l'Union Européenne. Celle-ci n'est pas encore intervenue pour donner des directives dans cette quête interne de la résolution de la crise belge. Chez nous, les solutions à nos problèmes sont encore presque toujours dictées de l'extérieur. Le cordon ombilical a du mal à être coupé. Le dialogue interne est pauvre; il est presqu'inexistant. Les supplétifs de l'ordre néo-libéral préfèrent beaucoup plus négocier avec leur allié Nkunda que de recourir aux partis politiques non-institutionnels et aux associations citoyennes afin de créer des lieux de la palabre en commun. Si la crise anthropologique congolaise a une dimension internationale à ne pas négliger, les tentatives des solutions appropriées devraient partir prioritairement de l'intérieur. Ce n'est pas le cas. Et le combat pour renverser la vapeur doit se concentrer sur cette question : " Comment faire du Congolais et de la Congolaise, les créateurs de leur destinée, prioritairement?" Il appartient aux veilleurs congolais de travailler longtemps sur cette question afin que partageant leurs tentatives de réponses avec nos masses populaires, ils arrivent à mettre tout un peuple debout. Il leur appartient d'inventer des lieux (informels) de débat entre eux et avec nos populations. "Les maîtres du monde" "fabricateurs" de l'opinion publique des pays où trônent leurs supplétifs ou "ceux qui leur résistent" craignent beaucoup plus une opinion publique avertie et résistante que des tonnes de bombe.

J.-P. Mbelu

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Revised: December 08, 2007