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Conférence du Kivu : que veulent Nkunda et ses parrains?

24 décembre  2007 - Informé de la possible participation de mon frère aux travaux de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Kivu, qui débutent ce 27 décembre à Goma, je lui ai adressé une lettre lui faisant part de mon scepticisme sur l’opportunité de ces assises. En effet, l’analyse de l’actualité de nos provinces me fait penser que ce « cadeau » que le président Kabila offre aux Kivutiens, selon les termes d’un de ses ministres d’Etat, a tout l’air d’être empoisonné. En effet, en dehors de l’analyse et de l’acceptation du cahier de charges que brandit le général Nkunda, depuis qu’il a refusé d’intégrer l’armée nationale, l’opinion a du mal à comprendre sur quoi d’autres pourraient porter ces travaux. Les revendications contenues dans ce cahier des charges portent notamment sur :

- la neutralisation des combattants hutu rwandais ayant survécu à l’extermination et n’ayant pas réussi à s’exiler loin de la RD Congo,
- le retour au pays des congolais tutsis réfugiés dans les pays limitrophes,
- la reconnaissance aux tutsis des droits reconnus à tous les autres congolais.

En envahissant notre pays en 1996, les troupes étrangères au sein desquelles combattait l’actuel général Nkunda, sous le commandement du rwandais Kagame et en concertation avec l’Ugandais Museveni, poursuivaient un objectif approuvé par les grandes puissances. Cet objectif consistait principalement à démanteler les camps des réfugiés hutus rwandais installés au Kivu. Accessoirement, il fallait renverser Mobutu pour le remplacer par Kabila. Si en plus de dix ans d’occupation du Kivu, Nkunda, répondant aux ordres de Kagame, n’a pas encore réussi à neutraliser ces combattants, on imagine mal qu’il exige d’un pays qui peine à consolider ses institutions d’accomplir ce qu’il n’a pas été capable de réaliser en 10 ans. Le constat de l’impossible démantèlement des combattants hutu rwandais étant posé, il ne reste qu’une seule issue : celle de convaincre le Rwanda à leur garantir les conditions de sécurité à leur retour dans leur pays. La RDC a eu ses accords de Sun-City. Le Rwanda doit être contraint à organiser ses propres accords entre tous ses fils. Le lieu de la conférence n’est donc pas approprié, encore moins les participants.

Pour ce qui est du retour au pays des congolais tutsi réfugiés dans les pays limitrophes, il s’agit d’une revendication tout-à-fait légitime. Encore faut-il rappeler, au préalable, que leur départ en 1996 s’explique en très grande partie par l’insécurité générée par les réfugiés hutu qui venaient de fuir le Rwanda après le génocide que leur armée et des milices venaient d’y commettre. La seule façon de garantir cette sécurité au Congo est de rétablir une certaine sérénité au Rwanda permettant au réfugiés de rentrer chez eux. Il ne sert à rien de continuer à agiter l’épouvantail des Interahamwe en traitant de génocidaire tous les hutus rwandais, y compris ceux qui n’étaient même pas encore ne ou qui n’étaient que des bébés au moment du génocide. Il ne sert à rien de traiter de révisionniste tout congolais, à partir du moment où il pense que la sécurité au Kivu passe d’abord obligatoirement par la concorde à l’intérieur du Rwanda.

De plus, il convient de garder à l’esprit le fait que la fuite des tutsi vers le Rwanda avait été précédée par l’enrôlement de leurs fils dans l’armée de Kagame. Ce sont leurs fils (c’est-à-dire Nkunda et consort) qui constituèrent, en 1996, l’avant-garde de l’armée de Kagame dans le massacre de l’élite hutu congolaise. Les rancoeurs nées de ces massacres font craindre des représailles. Ces massacres devront sans doute être pardonnées, mais ils ne seront jamais oubliés. Ici aussi, on imagine mal comment une conférence accueillant un Nkunda arrogant servirait de cadre pour jeter les bases d’une paix durable. La sagesse commanderait plutôt une repentance, seule voie de réconciliation possible au Kivu.

Quant à la reconnaissance aux tutsis des droits reconnus aux autres congolais, il est difficile de trouver un secteur national duquel ils seraient exclus. Déjà à l’époque de Mobutu, un de leurs frères, Bisengimana, a occupé une position équivalente à celle de premier ministre. Le Zaïre d’alors et le Congo maintenant n’ont jamais eu de premier ministre disposant d’autant de pouvoirs que M. Bisengimana. Il serait fastidieux de reprendre les noms et fonctions occupées par les tutsis depuis de nombreuses années dans tous les secteurs de la vie nationale. Certains analystes vont même jusqu’à affirmer qu’aucune autre tribu au Congo n’a jamais disposé, proportionnellement à son importance, d’autant de représentants dans les cercles du pouvoir.

La question qui se posera alors aux conférenciers sera celle de savoir si, en plus du beurre et de l’argent du beurre, il faudra aussi offrir à Nkunda ainsi qu’à ses parrains le sourire de la crémière, et sans doute aussi la crémière avec. Où vont-ils s’arrêter dans leurs appétits?? L'avenir nous le dira.

François Kanyabwisha

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