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"Tout ça ne nous rendra pas le Congo" : un documentaire sur la corruption, l'incompétence et la magouille

21 janvier 2006 - Nous avons suivi sur la Rtbf, mardi 17 janvier courant, un documentaire, "Tout ça ne nous rendra pas le Congo" (un film de Philippe Dutilleul), sur les Kits et les cartes d’enrôlement électoral au Congo. Certains de nos compatriotes commentant ce film soulignent qu’il est très instructif sur le manque de préparation, de planification et de préparation ayant accompagné la mise en processus de l’enrôlement. Deux belges le commentent différemment. Pour Erik Kennes, « du début à la fin, on eut l’impression que ce sont les blancs qui sont venus sauver le Congo. Une image revenant toujours : celle du blanc qui s’énerve et qui rouspète parce que les choses ne marchent pas, à cause de l’une ou l’autre défaillance volontaire ou involontaire de l’amorphe « monde noir ». Aucune image parlante de l’énorme travail fait par les membres de la Cei. Aucun échange avec Malu Malu ni avec le directeur des opérations M. Flavien Misoni. Pourtant je sais que ce dernier travaille avec acharnement, et ceci depuis le début des opérations, entre 18 et 20h. (…) Très peu sur les grands sacrifices faits à travers tout le pays pour que l’opération puisse avoir lieu. Rien sur les énormes sacrifices faits à travers tout le pays pour que l’opération puisse avoir lieu. Rien sur les énormes attentes de la population (qui risquent d’être déçues). Quand on montre les Congolais ce fut dans 80 % des cas pour les critiquer, toujours avec le blanc à côté qui rouspète. »

Présentant le même film dans La Libre Belgique du même mardi, Marie-France Cros note : « Le tour de force de l’enregistrement de 25 millions d’électeurs en six mois, comme si vous y étiez. La corruption et le sous-développement au Congo, démonstration in situ. Un film qui se passe de commentaire. La Une, 21h20. » Son texte est subdivisé en deux points : 
-corruption généralisée;
- peurs et grigris

Faisant allusion à la corruption généralisée, elle souligne que « la première s’efforce de raconter toutes les pannes, erreurs et manipulation, lenteurs de l’administration, mais aussi parfois les dents sur la corruption qui imprègne la société congolaise : des opérateurs formés pour inscrire les électeurs grâce à des kits informatiques empruntent les batteries qui les accompagnent pour regarder la télévision dans leur quartier dépourvu d’électricité. Certains opérateurs sont incompétents parce que recommandés par un personnage haut placé, ils ont été engagés sans formation. » La réalité congolaise est atroce à Kasenga. Ici, écrit Marie-France Cros, « les retards sont dus au mauvais état de la piste, aux pannes de camion. Les jeunes opérateurs formés à Lubumbashi partent dans des coins où l’insécurité est parfois grande, où même une moto ne peut toujours parvenir et où, rien n’est prêt pour les accueillir parce que l’administration est comateuse (…) » D’où le risque de substituer « la seule structure organisée qui subsiste dans toute la république », l’Eglise, à l’Etat.

Ce documentaire traite aussi de la question des peurs des paysans « peu habitués à se frotter aux machines ». Une jeune formatrice kinoise invite les agents électoraux à ne pas choquer ces paysans « mais à s’adapter à eux ».

Le titre du film ou de la série (Tout ça ne nous rendra pas le Congo) donne à penser. Le belge tournant ce documentaire fait-il parti des nostalgiques de la période esclavagiste ou coloniale tenant à tout prix à récupérer « le bien » de leurs ancêtres? A qui le Congo doit-il être rendu? Aux congolais ou aux belges et à leurs alliés? L’implication de certains officiels belges dans un processus transitoire d’un pays dont l’administration est qualifiée de comateuse (par leurs médias) et où la corruption serait généralisée participerait-elle de ce dessein de reprendre le Congo? L’image négative des congolais (réduits aux corrompus et aux incompétents) que le film véhicule au point de ne pas mentionner les sacrifices qu’ils ont consentis, leurs attentes et le rôle de la guerre dans « le tour de force de l’enregistrement de 25 millions d’électeurs » serait-elle innocente eu égard au projet de « rendre le Congo »? N’est-elle pas aussi parlante qu’elle signifierait qu’un pays habité par les incompétents, les corrompus et les autres féticheurs et sorciers ne peut aller de l’avant que s’il se laisse gérer par l’homme blanc au travers des textes constitutionnels et lois électorales dictés aux autochtonnes (hommes et femmes liges) ayant pour mission de les faire respecter à la lettre?

Il est interpellant que dans ce pays, la Belgique, où certains hommes politiques (et pas les moindres), La Libre Belgique et le Soir ont salué, à travers Marie-France Cros et Colette Braeckman, la grande victoire du « oui » au référendum constitutionnel, il y ait tout à coup « un film qui se passe de tout commentaire », montrant que le processus est vicié dès le départ. En effet, selon ce documentaire, au commencement du processus électoral, il y a corruption, incompétence, magouille au coeur d’une administration comateuse. Pourquoi n’avons-nous pas, nous congolais, été sages pour confier la tâche électorale à la « seule structure organisée qui subsiste dans la république, l’Eglise »? Cela nous aurait permis de gagner en temps, en énergie, en fraternité et en solidarité sans que nos féticheurs et autres sorciers se sentent menacer dans leur sécurité! Hélas! Avions-nous le temps d’en débattre et le choix de nous fier aux nôtres? Il fallait faire vite. Il y avait des ordinateurs à vendre, une main d’œuvre à la recherche d’un marché; le Congo était une belle opportunité! Naïvement, nous avons cru que les noko revenaient nous donner un coup de pouce!

Au vu de la façon dont ce film nous tourne en dérision, il ne serait pas exagérer de soutenir que tant que nous n’arriverons pas à nous approprier ce processus électoral et à lui imprimer notre propre rythme en essayant de répondre aux questions essentielles de notre devenir commun, les prochaines élections ne serviront à rien. Il est important que nous puissions comprendre qu’il n’est jamais trop tard pour mieux faire. Les élections faites avec les machines dont nous ne maîtrisons pas l’esprit sont une bêtise. Les incompétents qu’on y a affectés n’auront aucune prise sur le blanc-sauveur quand il pensera à propulser ses hommes et femmes liges aux plus hautes fonctions de la gestion de la res publica. Nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer. Eux, les noko, tourneront un autre film pour se moquer du degré élevé de notre incompétence, de notre corruption et de notre navigation à vue. Comme si les congolais informaticiens de carrière, compétents, sérieux et dignes étaient, aujourd’hui, une espèce rare! Oui. Les noko feront comme si la question de la carolo et du francorchamp était une question congolaise… (à suivre)

Jean-Pierre Mbelu

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Revised: January 29, 2006 .