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Gizenga : Immobilisme ou lecture biaisée de notre histoire immédiate? 03 mars 2008 - Il arrive que la lecture que nous faisons de l'histoire de notre pays donne sérieusement à penser. Il arrive qu'en examinant cette lecture, certains analystes sérieux de ce qui se passe chez nous se posent la question de savoir si nous Congolais (es) savons réellement comment fonctionne le monde moderne et sa démocratie capitalo-parlementaire. Quand, évaluant l'action du gouvernement Gizenga, nous en arrivons à conclure qu'il s'est caractérisé par l'immobilisme et la navigation à vue, n'aurait-il pas valu que nous ajoutions, juste après, "pour les Congolais (es)"? Car pour "les faiseurs des rois", les choses marchent mieux et à nos dépens. Ne devrions-nous pas aller un peu plus loin dans l'évaluation de ce gouvernement au lieu de nous limiter à un petit bilan d'une année? Ce faisant, nous pourrions mieux comprendre les choses et revoir les lunettes à travers lesquelles nous appréhendons la réalité de notre pays ainsi que notre devenir commun. Relisons le programme du gouvernement Gizenga Franchement, à la lecture de nos évaluations, la question de savoir si nous avions lu les lignes maîtresses du programme du gouvernement Gizenga-Kabila se pose. L'une d'entre nous, Mme Jeanne-Marie Sindani, nous rappelle ce qui suit : "ceux et celles d'entre nous qui savent encore prendre le temps de lire peuvent parcourir le programme de l’actuel « gouvernement kabila », ils se rendront compte que dès son entrée en exercice en février 2007, sous l'instigation du FMI et de la Banque mondiale, ce « gouvernement élu » a pris la ferme option de s'endetter lourdement en comptant sur nos richesses du sol et du sous-sol pour rembourser ses dettes aux institutions de Bretton Woods." A ce point nommé, qui peut parler d'immobilisme? Gizenga est venu s'insérer dans un système de conversion de la dette odieuse du Congo en de nouvelles dettes. Et il suit, en cette matière, la ligne tracée par ce bras financier de l'impérialisme occidental. Si son gouvernement " a été recalé" dernièrement par le FMI, il n'a pas été disqualifié comme "bon élève" des IFI. Il n'est seulement pas encore arrivé au point d'achèvement de la fameuse initiative des Pays Pauvres Très endettés. C'est tout. Pour dire les choses autrement, Gizenga fait plus ou moins bien le boulot pour lequel "les faiseurs des rois" et "les petites mains du capital" ont conseillé à leur filleul, Joseph Kabila, de l'avoir comme allié. En plus de ce boulot, il a contracté de nouvelles dettes à l'endroit de la Chine au nom des "cinq chantiers". Mus par la déraison du mimétisme, nous nous sommes dit : "Tout le monde va en Chine, pourquoi pas nous?" Nous avons ignoré, comme le souligne encore très bien Mme Jeanne-Marie Sindani, que les "accords financiers avec les groupes chinois rentrent dans ce cadre et constituent avec le poids des dettes précédentes, des hypothèques que Hyppolite « kabila » Kabange voudrait délibérément faire peser durablement sur l’économie congolaise et le secteur des ressources naturelles en particulier. " Cette fille de notre peuple estime que "s’il est vrai que toute initiative visant le développement de la RDCongo doit être encouragée, l’on peut s’interroger si la signature de ces accords avec les groupes chinois dont la faisabilité est liée à la seule compensation minière de la partie congolaise était urgente avant la conclusion des travaux de la Commission de re-visitation des contrats léonins précédents en cours? " Et quand " Pierre Lumbi Okongo, Ministre d’Etat aux Infrastructures, travaux publics et reconstruction a précisé à la presse congolaise que : « Les milliards chinois ne représentent nullement un prêt ni un endettement supplémentaire pour la RDCongo. Il s’agit par contre d’un préfinancement de grands travaux d’infrastructures et d’exploitation des ressources naturelles de concert avec la partie congolaise. » En bref, ces « milliards » ou prêts chinois n’en seraient pas uns, mais plutôt des préfinancements, des projets communs gagés sur l’exploitation des ressources naturelles de la RDCongo! ", Jeanne-Marie Sindani pense que "ces propos aussi simples paraissent-ils, sont pourtant très graves de signification au regard des conséquences de l’expérience des préfinancements dans d’autres pays africains, d’une part, et des crimes économiques et financiers à travers des guerres d’occupation étrangère, des pillages systématiques de toutes nos ressources dont notre peuple est lourdement victime depuis plusieurs années, d’autre part." Elle s'explique : "Le mode de financement dit « préfinancement » est une technique criminelle et mafieuse largement utilisée par les dirigeants de certains Etats africains producteurs de pétrole en connivence avec certaines banques internationales pour s’assurer de manière occulte et opaque le détournement des recettes découlant des exportations des produits pétroliers. Comme le décrit Xavier Harel dans son livre : « Afrique, pillage à huis clos », le système consiste à concéder ou à garantir des prêts à un Etat producteur des ressources naturelles dans les besoins avec des taux d’intérêt exorbitants atteignant parfois les 40 % en s’assurant des droits sur les productions futures et les gisements encore enfouis. Les fonds prêtés transitent par une kyrielle de banques et sociétés intermédiaires qui sont souvent domiciliées dans des paradis fiscaux comme la Suisse, les Bahamas, les îles Vierges, les Bermudes, etc. Ces derniers se rémunèrent à chaque opération et versent des commissions mirobolantes sur les comptes off-shore des dirigeants qui leur octroient ce marché lucratif et des organismes prêteurs. Si la méthode, comme on peut le remarquer, est très lucrative pour ses bénéficiaires (dirigeants politiques corrompus et banques), elle est en revanche très ruineuse pour l’Etat et la population concernée." (J.-M.SINDANI, RDCongo : « Kabila » Kabange garant de la nation?, dans www.congonetradio.com) Quand nous procédons à l'évaluation du gouvernement Gizenga, nous faisons comme s'il était mis en place pour nous. Non. Il a été un instrument d'appauvrissement du Congo par les bailleurs de fonds. En effet, les pays travaillant pour le bonheur collectif de leurs populations ont coupé le cordon ombilical avec les bras financiers de l'impérialisme occidental et/ou résistent face aux exigences du payement de la dette odieuse. Il y a quelques jours, le CADTM a apporté son soutien à l'équatorien Rafael Correa pour dénoncer les dettes publiques illégitimes et odieuses. En effet, " depuis son élection à la présidence de l’Equateur, Rafael Correa a mis en place une Commission d’audit intégral du crédit (CAIC), à laquelle le CADTM apporte son expertise et ses revendications. Les travaux de cette Commission avancent bien et le président Rafael Correa a maintenant des outils sérieux et solides pour analyser méticuleusement le contenu de la dette que les créanciers demandent à son gouvernement de rembourser." A partir de ces analyses, "la preuve est faite désormais que des dettes ont bien souvent été contractées dans des conditions inadmissibles. En effet, il apparaît que des gouvernements corrompus ont utilisé l’argent de manière contraire à l’intérêt du peuple équatorien, obligeant alors le pays à réduire ensuite les dépenses sociales pour faire face aux remboursements. De plus, les renégociations de dettes ont toujours été favorables aux créanciers, notamment celles concernant la conversion, au moment d la crise équatorienne de 1999, d’obligations Brady, garanties par le Trésor des Etats-Unis et libellées en dollars, en obligations dites globales." (Lire le communiqué du CADTM intitulé Le CADTM apporte son soutien au président équatorien Rafael Correa pour dénoncer les dettes publiques illégitimes et odieuses, dans www.cadtm.org) Où se trouverait le problème? Nous avons naïvement cru qu'un processus électoral conçu par autrui et pour autrui aller bénéficier, par coup de baguette magique, à notre pays et à ses habitants. Aujourd'hui, par devers le bilan catastrophique du gouvernement Gizenga pour nous, les affaires des cyniques néo-libéraux marchent à merveille. Pour preuve, la révisitation des contrats dits léonins n'a jamais eu lieu. Et elle n'aura jamais lieu. "La notion des mains libres étant relative, comme dirait Lutundula Apala." Pour dire les choses autrement, avec les élections organisées par autrui et pour autrui, les réseaux néo-libéraux mafieux ont favorisé la mise en place au Congo, à travers les institutions dites de la troisième République, des marionnettes gagnées leur cause. Pas plus tard que la semaine dernière (le 27 février 2008), un reportage de la Une (la RTBF) est venue mettre suffisamment de lumière sur ce qui se passe chez nous. Nos frères et sœurs, nos filles et fils travaillent dans les mines de coltan (dont ils ne connaissent pas l'utilité) que les petits porteurs transportent au Rwanda; et du Rwanda, ce minerai rentrant dans la fabrication des téléphones portables est acheminé en Belgique et dans d'autres pays occidentaux. Il finit par atterrir en Chine où moult capitalistes font fabriquer les téléphones portables. Ce reportage venait balayer d'un revers de la main, après la justice espagnole, l'argument spécieux de la perpétuation du "génocide tutsi" que le seigneur de la guerre Nkunda chercherait à arrêter en semant la désolation à l'Est de notre pays. (Nous y reviendrons dans les prochains articles.) Pour les circuits économiques dominants, le bilan du Gouvernement Gizenga est positif. Sa navigation à vue et ses analyses superficielles des questions vitales de notre pays – l'exemple de la conférence de Goma est le plus parlant- sont une stratégie de diversion face au "pillage à huis clos" qui se poursuit chez nous. En publiant Les nouveaux prédateurs en 2003 et en traitant de la disgrâce reposant sur (Laurent-Désiré) Kabila, Colette Braeckman écrivait ce qui suit : " L'appétit pour les richesses du pays, le désir d'y accéder à bas prix fut-il la principale motivation de la deuxième guerre (de 1998)? Les Congolais n'ont aucun doute à ce sujet, et les trois rapports publiés par les Nations unies, consacrés au pillage des ressources naturelles, les ont confortés dans cette idée." Auraient-ils vite oublié cela au point de penser que cette motivation n'a pas été partagée par "les faiseurs des rois" ayant proclamé sur les toits que Joseph Kabila était "une chance pour le Congo" et ayant facilité son alliance "contre nature" avec Gizenga? Colette Braeckman enfonçait le clou en notant ceci : "La disgrâce de Kabila (Laurent-Désiré) repose cependant sur une raison plus profonde, qui explique pourquoi au-delà du souci de leur sécurité et du goût du lucre, les pays de la région ont exigé un droit de regard sur le régime à mettre en place à Kinshasa. S'il était à ce point urgent de détrôner Kabila, dictateur certes, mais guère plus que d'autres, n'est-ce pas aussi parce qu'il avait eu l'audace de prétendre déconnecter le Congo des circuits dominants qui mènent du Sud au Nord? Parce qu'il avait tenté d'aller à contre-courant? Ne serait-ce parce que d'autres pays d'Afrique suivant l'exemple du Congo, auraient pu être tentés de réduire leur dépendance par rapport au reste du monde? (…) Dans cette perspective, il apparaît que l'objectif à long terme de la guerre menée au Congo fut de remettre le pays sur cette trajectoire-là, de mieux l'intégrer à l'économie mondialisés (et dans ses circuits dominants)." (Lire la page 187) Amnésiques jusque dans ma moelle épinière, travaillant souvent sur le court terme et naviguant à vue, nous estimons que "les maîtres du monde" nous ressemblent. Combien de Congolais (es) savent par exemple que le retour de l'Oncle Sam en Afrique des Grands Lacs fait partie d'un vieux projet conçu vers les années 1950 aux Etats-Unis (et même un peu tôt?) Tant que nous ne guérirons pas majoritairement de l'amnésie et que nous nous ferons pas à l'idée que les Occidentaux ne donnent pas le pouvoir en Afrique et qu'ils font jouer quelque rôle (ambigu) économico-militaire aux marionnettes qu'ils choisissent parmi les pauvres d'esprit d'entre nous en les plébiscitant avant de nous les imposer comme "les meilleurs" par des processus de la démocratie capitalo-parlementaire inique, nous établirons des bilans négatifs de plusieurs gouvernements fantoches qui suivront celui de Gizenga sans que le bonheur collectif soit partagé chez nous. Souvent, nous posons mal les problèmes de notre pays et nous leur donnons des solutions approximatives, superficielles -quand nous ne nous contentons pas de demander aux autres de venir résoudre ces problèmes à notre place-sur lesquelles rien de consistant ne peut être construit. Conclusion Bref, à travers une mascarade électorale, Joseph Kabila, et sa suite ont été mis en place pour répondre aux problèmes "des maîtres du monde" : donner libre accès aux ressources du sol et du sous-sol Congolais à travers des contrats léonins, des codes miniers et forestiers bidon et une Constitution taillée sur mesure et violable à souhait. Malgré le couac chinois, ce travail se fait merveilleusement bien. Les marionnettes touchent leurs commissions. Et puis, ce couac n'en est pas un. Tous les pays occidentaux font fabriquer une grande quantité de leurs biens consommation en Chine. L'exemple des téléphones portables est le plus parlant. Aussi est-il prouvé que la Chine finance la dette intérieure des U.SA. Notre misère à nous Congolais est d'attendre d'un gouvernement des marionnettes et des Chinois, " partenaires économiques de premier plan des Occidentaux", un bonheur collectif à partager. L'attentisme serait la chose la mieux partagée chez nous. Terrible! Jean-Pierre Mbelu |
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"Je n'ai pas peur de la méchanceté des méchants, mais du silence des gens honnêtes". (Martin Luther King)
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Revised: March 05, 2008