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L'Est du Congo c'est pire que le Darfour, Karel De gucht

07 mars 2008 - Mercredi sur la Une (RTBF), à 21h30, Karel De Gucht a été l'invité de l'émission "dans les bureaux du pouvoir". A travers les différentes questions qu'il a abordées, il a un peu parlé de notre pays. Dans les lignes qui vont suivre, je vais paraphraser les réponses de Monsieur De Gucht et soulever les questions qu'elles posent. Comme préalable, je souligne que pour De Gucht, le Congo est à la Belgique, ce que le Tchad est à la France. Parlant de son dernier voyage au Tchad, il a soutenu que c'est la France qui a sauvé Idriss Déby du coup monté par la rébellion tchadienne. Pour l'actuel Ministre des Affaires Etrangères Belge (depuis 2004), l'Est du Congo, c'est pire que le Darfour. Les femmes sont chosifiées, violées, massacrées dans l'impunité totale. Pour de Gucht, toujours égal à lui-même, le Congo, ce pays qu'il aime beaucoup, a des possibilités énormes. Mais il est mal géré et la corruption y bat son plein et les gens y crèvent quotidiennement. Quand il avait affirmé lors d'un voyage dans ce pays qu'il n'avait pas rencontré "une classe politique digne de ce nom", la classe politique congolaise et belge avait crié au scandale, au dérapage diplomatique. Aujourd'hui, les faits lui donnent raison. Son prédécesseur (Louis Michel) qui, au début (en 2004) avait un discours différent (positif et alléchant) sur le Congo, est aujourd'hui plus dur que lui. En effet, De Gucht avait soutenu en son temps que les élections organisées au Congo n'allaient pas avoir une issue heureuse. Comparant les situations vécues par certains pays africains à ce qui se passe actuellement en Belgique, où l'on a passé neuf mois à résoudre un problème qui pouvait l'être en un mois, selon De Gucht, il avouera que la Belgique connaît les problèmes des pays riches…

La permanence de la coopération belgo-congolaise

Malgré le fait que De Gucht n'ait pas été suivi dans ses pronostics sur la classe politique congolaise, il avoue que la Belgique continue à coopérer avec le pouvoir actuel. Elle a financé la Conférence de Goma. Voilà où le bât blesse! Comment un pays qui a pu, hier, rompre la coopération bilatérale, à la suite des massacres présumés du Campus de Lubumbashi, peut accepter aujourd'hui de coopérer avec une classe politique "indigne" ayant consacré l'impunité et la corruption? A quoi sert-il de financer la réforme de la justice dans un pays où le chef de l'Etat (manqué) clientélise la justice en violant constamment la Constitution et où ceux qui entretiennent la terreur sont connus et fréquenté par "les maîtres du monde"? Comment la Belgique qui a accepté de pénaliser Mobutu hier, assiste-t-elle, impassible, face aux massacres des civils à Kinshasa (en mars 2007), au Bas-Congo (en 2007 et depuis quelques jours), dans la partie Est du pays depuis une décennie, etc.? A quoi sert une coopération quand elle soutient "la médiocratie" érigée en système de gouvernement? Quand la Belgique et les autres pays dits de veille démocratie critiquent la Chine envahissant actuellement l'Afrique en arguant qu'elle est trop peu regardante en matière des droits de l'homme, qu'est-ce qu'ils veulent dire? Parce qu'ils investissent en Chine et coopèrent avec un Congo où la violation des droits de l'homme est monnaie courante et ils n'en parlent pas! En effet, affirmer qu'en matière du respect des droits de l'homme la Chine est devenue le modèle des pays occidentaux préoccupés beaucoup plus par l'accès aux marchés juteux des ressources naturelles des pays du Sud se comprend dans un contexte où l'humanité de l' autre homme, le respect de sa dignité passe désormais après "le consumérisme " tendant à devenir le leitmotiv des campagnes électorales dans les démocraties capitalo-parlementaires.

Le Congo est à la Belgique ce que le Tchad est à la France Le Congo est à la Belgique ce que le Tchad est à la France, c'est-à-dire des ex-colonies sur lesquelles les ex-métropoles croient profondément qu'elles doivent continuer d'avoir plus qu'un droit de regard. Les ex-métropoles font partie de cet Occident hostile à tout projet d'indépendance économico-politique des ex-colonies. Surtout quand il s'agit de nationaliser les entreprises productrices de certaines matières premières : le pétrole, le cuivre, le coltan, le cobalt, etc. Que pense cet Occident? "Relisez, nous conseille Noam Chomsky, ce que les journalistes et commentateurs américains disaient à l'époque. Ils disaient que "le pétrole n'appartenait pas à ces gens-là (les pays riches en pétrole). Les plus modérés affirmaient que le pétrole devait être internationalisé au profit de la communauté internationale. L'agriculture américaine n'avait pas à être internationalisée au profit de la communauté internationale mais le pétrole de l'Arabie Saoudite devait l'être parce que l'Arabie Saoudite n'obéissait plus aux ordres." (M. SHANK, Entretien avec Noam Chomsky. Banque du Sud : les pays pauvres réussissent à échapper à la domination des Etats-Unis, dans www.cadtm.org) Quelle image cet Occident a-t-il de "ces gens-là" (les pays riches en ressources naturelles)? Ecoutons encore une fois Chomsky. "Les plus extrémistes, je crois qu'il s'agissait d'Irving Kristol, disaient que les nations insignifiantes, comme les gens insignifiants, se berçaient parfois d'illusions sur leur importance. Et donc l'ère de la politique de la canonnière n'était pas révolue et que nous devions aller simplement nous servir sur place. Rober Tucker, un spécialiste sérieux en relations internationales et qui est considéré comme plutôt modéré, a dit que c'était un scandale que nous les laissions gérer leurs propres ressources naturelles. Pourquoi rester les bras croisés si nous avons la puissance militaire suffisante pour nous en emparer.

Relisez quelqu'un comme George Kennan, considéré comme un grand humaniste. Lorsqu'il travaillait dans le secteur de la planification, à la fin des années 40 et au début des années 50, il disait que les mesures radicales pouvaient s'avérer nécessaires pour protéger "nos ressources" – qui se trouvaient par hasard dans des pays étrangers. C'était juste une erreur de géographie. Ce sont nos ressources et nous devons les protéger par des mesures radicales, y compris en instituant des états policiers et tout le reste." (Ibidem. Je souligne) L'Europe américanisée applique les mêmes doctrines que les Oncles Sam, les Clinton et les Bush malgré "sa rhétorique hypocrite" sur le respect des droits de l'homme, ses condammantions du bout des lèvres des viols et des massacres des femmes dans un Congo "pire que le Darfour". Les états policiers comme ceux de Kabila, Kagame et de Museveni l'aide à acheter le coltan congolais à vil prix et tout le reste. Donc, tant que nous ne serons pas plusieurs millions d'Africains et de Congolais à nous faire à l'idée qu'un certain Occident nous considère comme étant des "nations insignifiantes" et des "gens insignifiants" – souvenons-nous du premier discours de Nicolas Sarkozy en Afrique de l'Ouest- et qu'il prétend que nos ressources naturelles sont les siennes par et se retrouvent chez nous par "une erreur géographique", nous mettrons du temps à saisir le côté cynique et hypocrite de la lutte des "petites mains du capital" converties, pour le besoin de la cause, en "hommes politiques". Et il ne nous suffit plus de comprendre. Il faut nous organiser pour déjouer les plans de "donneurs de leçons de droits de l'homme" et devenirs acteurs à part entière de notre propre destinée. C'est possible. Les exemples existent. Ils sont de plus en plus nombreux.

Imiter les bons exemples Pendant que "nos journalistes coupagistes" traitent du gouvernement Gizenga, décalé par le FMI, la Banque du Sud affaiblit, en Amérique Latine, les IFI. "Le FMI a pratiquement été expulsé de toute l'Amérique Latine. L'Argentine l'a annoncé d'une manière tout à fait explicite, "nous nous débarrassons du FMI." Ils avaient de bonnes raisons de le faire. L'Argentine avait été l'élève modèle du FMI. Ils ont rigoureusement suivi ses recommandations et le résultat fût un terrible effondrement économique. Ils ont réussi à sortir de la crise, d'abord en rejetant les préconisations du FMI. Et, ça a marché. Ils sont été capables de rembourser leur dette, de restructurer leur dette et de la rembourser avec l'aide du Venezuela qui a en a pris en charge une partie non négligeable. Le Brésil a réussi à rembourser sa dette et à se débarrasser du FMI. La Bolivie suit la même voie." (Ibidem. Je souligne) L'Equateur est en train de refuser de payer une partie de sa dette au FMI eu égard à son illégalité. Ailleurs, en Asie, l'Asian Development Bank, avec l'aide du Japon, a créé des réserves évitant aux pays asiatiques de vendre leurs richesses à l'Occident. Au Moyen Orient, "le Koweït a déjà entamé une diversification limitée de son panier de devises. Les Emirats Arabes Unis et Dubaï se tournent vers leurs propres fonds de développement. Si l'Arabie Saoudite, le plus gros et le plus important, se joint à eux, cela deviendrait un centre majeur de financement, d'emprunts, d'échanges, etc. C'est déjà en cours." (Ibidem) De plus en plus des nations qualifiées hier d'insignifiantes se mettent ensemble pour échapper au bras financier de l'impérialisme occidental. Elles deviennent des modèles à imiter. Elles investissent, achètent et vendent. Elles constituent de grands ensembles pour échapper aux pièges des U.S.A. (dont la théorisation est faite par leurs éminences grises et enseignée à l'Université) et à celle de l'Europe américanisée.

Le Congo a besoin que se lèvent ses filles et ses fils pouvant imiter ces bons exemples pour rompre le joug du néocolonialisme que cache bien souvent "une rhétorique hypocrite" sur le respect des droits de l'homme. Une petite conclusion L'émission "dans les bureaux du pouvoir" d'hier tout en décrivant l'une des facettes du Congo actuel ne m'a pas permis de saisir, à travers les critiques "correctes " de Karel De Gucht, le désir de rompre avec le style de relations ayant existé jusqu'à ce jour entre notre pays et son ex-métropole. Bien que confirmant ses appréhensions d'il y a quatre ans, le Ministre des Affaires Etrangères Belge a soutenu la continuité de la coopération de la Belgique avec la classe politique congolaise décriée. Cette politique semble mieux se comprendre qu'interprétée dans le contexte de l'américanisation de l'Europe, critique virulente de la Chine dont elle est en train de copier le modèle au nom du marché. Dans cet imbroglio économico-politique créé par les démocraties capitalo-parlementaires, le Congo ne peut se tirer d'affaire qu'en imitant, à partir de son génie propre, les bons exemples de l'intégration régionale, de production des richesses et de leur thésaurisation que l'Amérique Latine et l'Asie sont en train de donner au quotidien. A ce point nommé, le meilleur chantier est celui de l'étude et de l'apprentissage. Pas ceux des Chinois.

J.-P. Mbelu

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Revised: March 18, 2008