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Le Congo de Kabila et l'esclavage premier (suite et fin)

15 mai 2008 - La première partie de cette étude a défendu deux hypothèses. La première est la mise au banc des accusés de l'extraversion de l'esprit (esclavage premier) de gouvernants congolais et de plusieurs d'entre nous. Elle constitue une chaîne esclavagiste beaucoup plus nuisible que les diktats de nos partenaires extérieurs et des Institutions financières Internationales dans la mesure où elle ne permet pas leur remise en question qui soit fondatrice d'une autre vision du monde. La deuxième hypothèse était l'affirmation selon laquelle le bradage de la souveraineté passe par la soumission à ces IFI en adoptant des programmes d'ajustement structurel (actuellement dénommés Initiative pour les pays pauvres très endettés) faisant de la dette extérieure (odieuse) la nouvelle arme de domination des "cosmocrates" sur les pays du Sud en général et le Congo en particulier. Dans cette dernière partie, nous voulons tâcher de prouver que les agitations du système parlementariste pratiqué au Congo, tout en nous permettant de pénétrer de l'intérieur le fonctionnement du système de gouvernement actuel, ne peut rien contre le bradage de notre souveraineté. Cela pour plus d'une raison dont celle-ci : elle participe de la consécration du despotisme de la majorité, en majeure partie animée par "une petite bourgeoisie parasitaire" issue des rangs des seigneurs de la guerre.

Un parlementarisme fondé sur un mythe inefficace

Pour les analystes éveillés de l'histoire du Congo depuis "la fameuse libération" du 17 mai 1996, le ver rongeant le fruit de la souveraineté nationale est dans le fruit d'une "histoire officielle" déniant la réalité."Un conglomérat d'aventuriers" mis sur le devant de la scène par l'APR/FPR dans une géopolitique où les anglo-saxons devaient à tout prix remplacer les francophones en Afrique centrale a bricolé par deux fois "une imposture démocratique" n'ayant d'autre visée que de confisquer le pouvoir politique au bénéfice de "nouveaux parrains". Ce bricolage fondé sur le principe d'exclusion a voulu, par le biais de ladite "imposture ", transmuter les seigneurs de la guerre et leurs apparentés en hommes d'Etat. Pendant la transition initiée par "les libérateurs" et après la mascarade électorale qu'ils ont pilotée de main des maffieux, ils ont été les seuls maîtres à bord bénéficiant – à quelques exceptions près- du soutien de "la petite bourgeoisie parasitaire" débauchée pour des raisons évidentes de participation à la mangeoire. Si du point de vue constitutionnel, les textes de lois qu'ils ont confectionné leur donne un semblant de légitimité et font du Congo un Etat souverain (du point de vue de la forme), du point de vue socio-politique, le Congo est, jusqu'à ce jour, "un Etat manqué". Le parlement transformé en caisse d'enregistrement du gouvernement sape la souveraineté démocratique formelle en promouvant le despotisme de la majorité au grand dam des valeurs de l'amour de la patrie, du bien commun et du bonheur collectif. 

Ceux et celles d'entre nous convaincus qu'éviter la politique de la chaise vide leur permettrait de peser de tout leur poids au parlement dans la prise des décisions après des délibérations rationnelles déchantent. Ils se rendent compte qu'ils ont mal appris leur leçon de la séparation des pouvoirs. Ils se réalisent que dans "les démocraties du marché", "le pouvoir n'arrête pas le pouvoir". Pourquoi? Pour la simple raison qu'en dehors des élections, les détenteurs du pouvoir sont beaucoup plus comptables devant "les cosmocrates" et les IFI que devant nos populations aux intérêts divergents. "Le pouvoir aurait pu arrêter le pouvoir" si toutes les couches de nos populations avaient leurs représentants et au gouvernement et au parlement. Et si ces lieux de pouvoir étaient aussi des lieux d'institutionnalisation de la liberté de proposition alternative et de remise en question sans peur ni faveur de la police politique. Or "les démocraties du marché" dont "l'imposture démocratique" congolaise est la copie-collée ne se satisfont pas du ressort participatif et de la vertu du renoncement aux intérêts égoïstes et/ou des réseaux maffieux. Dans ce contexte, le mythe de la séparation des pouvoirs marque ses limites et transforme les vociférations de "l'opposition parlementaire institutionnelle" en des coups d'épée dans l'eau. Pourquoi? Dans "les démocraties du marché", "la politique n'a plus pour fonction première d'organiser des volontés, mais de ne pas faire obstacle aux mouvements des biens et des richesses." (N. LENOIR, La démocratie et son histoire, Paris, P.U.F., 2006, p.40) Ceci n'est pas une spécificité congolaise. La démocratie représentative (à travers le monde) téléguidée par "les cosmocrates" et soutenue matériellement par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l'Organisation Mondiale du Commerce est un poison.

Les vociférations de "la petite bourgeoisie parasitaire"

S'il est vrai que le parlement congolais regorge de compatriotes de grande qualité, il faut aussi reconnaître qu'il est constitué d'une "petite bourgeoisie parasitaire" dont la participation aux débats et délibérations pouvant contribuer à la sauvegarde la souveraineté de fait de notre pays est presque nulle. "Ces viveurs" ont pour dieu leur ventre. Les questions qu'ils posent, les débats qu'ils suscitent vont rarement au fond des choses. Le débat sur les accords signés entre la Chine et le Congo est un cas d'école. Ils disent presque tous qu'ils ne remettent pas les cinq chantiers de Joseph Kabila en question. Ce faisant, ils ne comprennent pas que "pour tirer parti de la véritable richesse du Congo, c'est-à-dire non de ses mines, mais de son sol, il faudrait supprimer les hypothèques héritées de la colonisation et du mobutisme". (L. POLDHEUX, Que reproche-t-on aux "Contrats chinois", et que devrait-on lui reprocher?, dans Dialogue des peuples du 12 mai 2008) Quelles sont-elles? "De la colonisation provient un réseau de communications dont la seule fonction est l’évacuation des produits congolais vers l’extérieur. La capitale a été conçue comme la porte vers Bruxelles, non comme le centre du pays. Il faudrait au contraire que les routes ou les voies ferrées relient les différentes parties du pays entre elles, et les villes entre elles plutôt qu’avec Kinshasa. De l’époque Mobutu date le développement sauvage de Kinshasa et l’occupation anarchique de sols qui auraient dû rester inoccupés, sous peine de voir se produire ce qui se passe effectivement : l’érosion gagne à chaque pluie importante, les maisons croulent, les gens meurent…" (Ibidem) Manducrates convaincus, ils ne voient pas que "les contrats chinois prévoient la continuation de ces deux situations. En matière de communications, ils prévoient la construction de 3,215 kilomètres de voies ferrées, 3,300 kilomètres de routes asphaltées, 2,738 kilomètres de routes en terre battue et 550 kilomètres de voirie urbaine (dont la moitié à Kinshasa).

Avec la rénovation, au Katanga, de la route de Kasumbalesa pour l’évacuation du cuivre, et la construction, au nord-ouest de routes nouvelles elles aussi liées aux industries extractives, on voit que la tendance « coloniale » se poursuit. Bien sûr, la route, une fois tracée, pourra servir aussi à du charroi agricole. C’est une " maigre" fiche de consolation. Des constructions sont aussi prévues : un hôpital de 450-lits à Kinshasa, 31 hôpitaux plus petits et 145 centres de santé répartis sur l’ensemble du territoire, ainsi que deux barrages hydroélectriques et deux réseaux de distribution d’électricité. Deux aéroports seront également construits. Enfin, l’éducation est un peu la parente pauvre, avec la création de seulement deux centres de formation professionnelle". (Ibidem) Avec Leo Poldheux, "on ne peut que déplorer qu’au Parlement congolais, la question fondamentale n’ait pas été posée : ce que les Chinois font réaliser correspond-il à ce qui est nécessaire pour le développement du Congo? On peut en douter quand on voit que le schéma reste colonial alors qu'il faudrait avant tout désenclaver les campagnes qui ne peuvent pas écouler leurs produits agricoles pendant que les villes ont faim, ou quand on voit que loin de désengorger la ville de Kinshasa on prévoit d'y faire de « grands travaux inutiles » comme la construction d'un nouvel hôtel de haut standing. 

Ces accords prévoient la reconstruction ou la construction de plusieurs routes, hôpitaux et écoles à travers le pays, dont 250 km de voirie à Kinshasa, où seront construits également 1.000 premiers logements sociaux, un hôpital moderne de 450 lits, un hôtel de 450 chambres et deux immeubles résidentiels de 26 étages chacun. Ceci alors que le bon sens indique qu’il faut déménager la capitale à l’intérieur du pays, et faire évacuer toutes les zones de Kinshasa où l’on n’aurait jamais dû construire". (Ibidem Nous soulignons) Laudateurs des réseaux maffieux au pouvoir, ils somnolent pendant les débats et les délibérations et ne se réveillent que pour avaliser les prises de positions de la majorité despotique. Une délégation britannique de passage au Congo a confié à la presse que les parlementaires congolais ont des difficultés à communiquer avec leur base. En d'autres termes, ils ne la font pas participer à la gestion quotidienne du pouvoir. Ils l'excluent de la pratique de sa souveraineté. Malheureusement, ils croient toujours être "les élus du peuple"! Esclaves de leur ventre, des schémas mobutistes, coloniaux et néocoloniaux, comment nous gouvernants actuels peuvent-ils prétendre que le Congo est un Etat souverain? S'ils refusent que la Belgique n'entretienne avec le Congo les rapports "maîtres-esclaves", n'est-ce pas parce qu'ils veulent être "les seuls maîtres" des 60 millions d'esclaves privés de liberté d'expression et droits élémentaires comme celui de se loger, de se nourrir et d'envoyer ses enfants à l'école? Et quand ils promettent 3 dollars de SMIG à quelques fonctionnaires d'entre eux, ils se tapent eux des salaires faramineux et d'autres gadgets comme les 500 NISSAN et les 108 Toyota Prado pour un total de vingt-six millions huit cent vingt mille dollars. "Le maître", confiait un politicien congolais à Freddy Mulongo, est celui qui ne donne presque rien à son esclave pendant qu'il s'enrichit illicitement sur le dos de ce même esclave.

J.-P. Mbelu
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