congolite.comDrapeau nationalP.E. Lumumba, heros national
La giga-autoroute qui relie les congolais



Membre de Click-FR®, Réseau francophone Paie-Par-Click

Menu

Choix de l'Editeur

 Accueil

 Nouvelles 

 Economie
 

 Musique

 Sports

 Culture

 Institutions
 
• 
Gouvernement
 • Parlement
 
• Sénat
 
• Ass. Nationale

 Forum 

  Venez chatter!    

 Signez le Livre d'Or

 Documents

 Liens
 

 Petites annonces

 Archives

 
 Avis/Suggestions?

De la trahison d’une certaine élite au mépris de l’intelligence : plaidoyer pour une protection de notre crème intellectuelle

12 février 2006 - Les discussions sur la loi électorale sont révélatrices de tout un état d’esprit ayant fini par gagner un nombre assez important de nos compatriotes. Traitant du profil des futurs gestionnaires de notre res publica, certains parlementaires autoproclamés estiment que les titres académiques ne sont pas indispensables. Il ne servirait à rien, par exemple, d’exiger du chef de l’état qu’il soit au moins licencié. Leur argumentaire évoque la trahison d’une certaine élite congolaise politico-intellectuelle depuis l’indépendance jusqu’à ce jour. Cette élite n’a pas réussi à bâtir un pays plus beau qu’avant. N’ayant eu recours à aucune hiérarchie de valeurs humaines et humanisantes, elle a crétinisé tous ceux et toutes celles qu’elle entraînait derrière elle pour la plus grande misère de notre peuple. Cet argumentaire spécieux est simpliste. Il est une conclusion d’un syllogisme biaisé. Voici comment il procède :

       Quelques intellectuels congolais ont dirigé le pays depuis les indépendances jusqu’à ce jour
       Ces intellectuels ont trahi la cause du peuple
       Donc, tous les intellectuels congolais sont des traîtres

La généralisation à laquelle aboutit ce syllogisme est abusive; elle est malhonnête. D’abord parce que beaucoup d’intellectuels congolais dignes de ce nom n’ont pas encore géré la res publica. Ensuite, ce syllogisme ne rend pas compte de la façon dont ces quelques intellectuels ont pu se retrouver dans l’entourage des prédateurs dont Mr Mobutu. Bon nombre d’entre eux n’ont jamais été délégués par notre peuple. Ils n’avaient de comptes à rendre qu’au grand Timonier (et à leurs composantes et entités). Donc, disqualifier l’intelligence à cause des systèmes de prédation conçus pour en abuser en la ridiculisant est une bêtise. En sus, cette disqualification est fruit d’une amnésie. Elle est entretenue par ceux et celles qui estiment que notre histoire commence le 17/05/1997; et qui ignorent, en connaissance de cause, le travail de l’élite politique et intellectuelle de ce temps. Les commissaires du peuple initiateurs du processus que nous estimons irréversible aujourd’hui ont eu dans leurs rangs des intellectuels de haute facture. L’un d’entre eux, Etienne Tshisekedi, défenseur infatigable de l’Etat de droit, peut en témoigner. Et si notre pays a pu connaître l’une des conférences nationales les mieux faites en Afrique, c’est parce qu’au cours de cette conférence, nous avions pu palper ce que peut l’intelligence. Qui des congolais l’ayant suivie n’a pas eu à admirer le savoir incommensurable du tout grand professeur Marcel Lihau? Qui sait si ce n’est pas cette conférence qui nous a attirée toutes les misères que nous connaissons jusqu’à ce jour (chez ceux et celles qui en connaissent l’efficacité)? Le monde entier s’était rendu compte que le Congo (Zaïre) avait une crème intellectuelle qui n’avait rien à envier à quelque autre pays! Il fallait dès lors ridiculiser les efforts de cette élite digne en créant et en recréant les « soutiers », les « petites mains du capital » pour un travail de nivellement par le bas. Les IFI en tête, la descente de notre peuple aux enfers s’est précipitée pendant que le Congo (Zaïre) était un bon élève du Fonds Monétaire International et que se construisait le building de la rigueur. Donc, entendre un discours méprisant l’intelligence dans la bouche des filles et fils de notre peuple est un signal fort : le travail du nivellement par le bas est en train de produire son fruit. Cela peut aussi constituer une interpellation pour la crème intellectuelle congolaise et conduire aux questions du genre : « Pourquoi certains d’entre nous ont-ils été la proie facile des prédateurs congolais et autres maîtres du monde créateurs des « petites mains du capital »? Pourquoi continuent-ils à l’être jusqu’au point de cracher sur l’intelligence? Comment faire pour nous protéger? Comment notre élite politico-intellectuelle sage et lucide de ce temps peut-elle se protéger de l’action des vampires du monde? »

La foi dans la lutte contre le communisme

Hier, les fomenteurs de la guerre froide nous ont fait croire qu’elle était dirigée contre le communisme et ses idéologues. L’éradiquer était ouvrir la porte à la démocratie, à la promotion des libertés et des droits humains. Dans cette guerre, les Etats-Unis avaient choisi de jouer le rôle « d’avant-gardiste historique » sans qu’ils trahissent leurs intentions profondes. De plus en plus, des langues se délient; certaines de leurs interventions militaires dans les Etats qu’ils qualifient de voyous poussent leurs citoyens à se poser la question de savoir pourquoi ils s’en vont en guerre. Dans un documentaire récent traitant de cette question (why we figth) certains américains attestent que ‘le nerf de la guerre’, c’est la quête et l’entretien du marché de vente d’armes du complexe militaro-industriel américain. Cette quête va à l’encontre de la mise en garde faite par l’un des pères de la nation américaine, le président Eisenhower. « En 1961, lors de son discours d’adieu, Eisenhower met en garde son successeur et la nation américaine contre le pouvoir croissant des militaires et les liens étroits qu’ils entretiennent avec les fabricants d’armes. »

Dans Dominer le monde ou sauver la planète, Noam CHOMSKY note : « Dès sa naissance en 1917, la guerre froide elle-même a été à bien des égards un immense conflit « Nord-Sud ». La Russie a été le premier « Tiers monde » de l’Europe. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, sa position n’a cessé de se dégrader face à l’Occident, auquel elle offrait les services classiques : ressources naturelles, marchés et occasions d’investir. Certes, la Russie était un cas particulier en raison de son échelle et de la force de ses armées, facteur dont l’importance s’accentua après qu’elle eut joué le rôle essentiel dans la déconfiture de l’Allemagne nazie et accédé au statut de superpuissance militaire. Mais les menaces fondamentales qu’elle incarnait restaient celles de toujours et de partout au monde non occidental : le nationalisme indépendant et le risque de contagion. » La meilleure façon de pallier ce contagion était de la neutraliser et d’aller en guerre contre « les sales gosses » pouvant être contaminés aux dépens des milieux d’affaires de l’empire occidental.

Notre foi dans la guerre froide a eu raison de certains de nos intellectuel (les), hommes et femmes liges au service de l’empire. Les dirigeants raisonnables et lucides remettant en question « la philosophie du nouveau nationalisme » américain ont été éliminés ou mis hors d’état de nuire. Lumumba a payé le prix de sa lutte ardente et idéaliste pour un nationalisme indépendant. Cet exemple a créé la peur dans les cœurs et les esprits de bien d’autres fils et filles du pays épris de nationalisme et du noble souci de l’éveil des « masses » à leur participation à la fabrication politique. Dès lors, ils ont préféré être « réalistes », c’est-à-dire faire le jeu des maîtres du monde; à n’importe quel prix. Même en pactisant avec le diable.

La foi dans la lutte contre le communisme continue à s’entretenir sous un nouvel habit, celui du terrorisme. La lutte contre le terrorisme a pris le relais de celle d’hier contre le communisme. « Les sales gosses » sont ces têtus qui continuent à croire dans le nationalisme économique et politique indépendant comme celui des Etats-Unis. Ils freinent l’avancée de la mondialisation marchande. Ils assimilent difficilement l’évangile néo-libéral selon lequel il n’y a pas d’alternative à la privatisation et au libre-échangisme. Comme ils ne comprennent rien à la marchandisation du monde, ce sont des radicaux, des conservateurs et/ou des terroristes à éliminer.

Depuis la guerre froide jusqu’à ce jour, ce sont toujours les mêmes qui s’octroient la liberté de définir les autres, de dire ce qu’ils sont. Surtout quand les intérêts des uns ne trouvent pas d’échos dans les cœurs et les esprits des autres. Définir les autres n’est pas très loin de la prétention de vouloir disposer d’eux à sa guise. Voilà ce que plusieurs d’entre nous peinons à comprendre jusqu’à ce jour. La répétition sans examen des mots et termes définis par les autres et pour eux est dangereuse. Souvent, nous ne savons pas ce qu’ils cachent. Il n’ y a pas de mot innocent.

Hier, l’école nous a initiés à la répétition des programmes des cours conçus par autrui et pour autrui. Des programmes où l’Afrique et le Congo (à créer politiquement) étaient ou en appendice ou quasi-absents. (Cela a-t-il changer à ce jour?) Aujourd’hui encore, des programmes sont conçus pour que triomphe la capture sorcière du capitalisme. Celle-ci opère par la magie des mots-poison de la Bible marchande que les « petites mains du capital » ont la noble mission de propager à travers le monde entier : privatisation, libéralisation et déréglementation. Les universités sont mobilisées pour cela. « Un peu partout, des facultés de sciences économiques, des journalistes, des essayistes, des hommes politiques (…) reprennent les principaux commandements et ces nouvelles tables de la loi et, par les grands médias de masse, les répètent à satiété. » Cet enjeu est de taille. Il n’est pas à la portée des « bana ba tshibela musa. »

Dans ce contexte où la Bible capitaliste empoisonne nos existences, rares sont les intellectuels qui échappent à sa capture sorcière faute de prudence et de protection. Beaucoup payent le prix de la déraison du mimétisme parce qu’ils sont ignorants des méthodes et des procédés auxquels recourent les maîtres du monde et « les petites mains du capital ». « Les quelques hérétiques » que comptent notre pays sont vite assimilés aux « radicaux », aux « conservateurs » et sont en proie aux tirs croisés des têtes pensantes de l’humanité.

Se protéger contre la sorcellerie capitaliste

A partir d’où parlent nos députés autoproclamés minimisant la portée de l’intelligence dans la gestion de la res publica? Peut-être à partir de leur ventre! Il est aussi possible qu’ils fassent partie de l’arsenal des « petites mains » du capital, chargées de répandre la Bonne Nouvelle du dogme néo-libéral! Or nous avons besoin d’ « hérétiques » pour entreprendre en commun le travail de désenvoûtement du pouvoir sorcier du système capitaliste (dévorant nos cœurs et nos esprits) sans lequel le devenir de notre pays risque d’être compromis. Et lutter contre le dogme néo-libéral ne s’improvise pas. Il est le fruit que produisent ceux et celles qui sont initiés méthodiquement aux choses de l’esprit et qui ont pris l’habitude de penser par eux-mêmes. Au vu des dégâts que produit ce système, le pénétrer de l’intérieur exigerait des compétences reconnues, un minimum de diplômes, ne fût-ce qu’une licence, pour assumer les hautes fonctions étatiques. Ne versons pas dans la diplômolâtrie. L’idolâtrie du diplôme est un travers. Il y a des autodidactes compétents. Encore faudrait-il qu’ils réussissent au test évaluant leurs compétences. Ne versons pas non plus dans la médiocrité en estimant que, dans le contexte actuel de la mondialisation marchande, assumer les hautes fonctions étatiques peut être donné à n’importe quel aventurier. L’histoire immédiate de notre pays est éloquente à ce sujet : être gérés par « un conglomérat d’aventuriers » a fait de nous la risée du monde. Il nous reste la solution médiane : un minimum de diplôme (une licence) et/ou une « autodidactie » vérifiable seraient à mettre à la liste des critères présidant au choix des concitoyen (e)s appelés à assumer les hautes fonctions étatiques. N’oublions pas que les maîtres du monde mobilisent les universitaires et autres chercheurs pour répandre le dogme néo-libéral. Il serait naïf que leurs partenaires congolais aient un niveau intellectuel en dessous de la moyenne. Ceux des leurs qui soutiennent cette thèse savent qu’elle profite au pouvoir ensorceleur du capitalisme.

L’initiation méthodique aux choses de l’esprit est une condition nécessaire à l’exercice des hautes fonctions du pays. Elle n’est pas suffisante. Plusieurs diplômés et autodidactes d’hier et d’aujourd’hui ont conduit notre pays au chaos que nous connaissons actuellement. Ils n’ont pas eu en face d’eux un peuple leur demandant des comptes. Disons que si la nécessité d’avoir des gouvernants compétents s’impose pour notre pays, celle d’avoir un peuple continuellement disposé à leur exiger des comptes clairs et limpides sur leur gestion du pays s’impose elle aussi. D’où la nécessité de réfléchir sur un concept tel que celui des collectifs d’auto-support (ne bénéficiant pas du soutien de l’Etat ou en bénéficiant de manière critique mais connectés aux autres, au niveau national ou international).

Ici, nos populations ne peuvent pas continuer de se satisfaire des solutions de surplomb; par le haut. Elles ont à s’approprier l’exercice de la critique intersubjective à partir des collectifs d’auto-support. C’est-à-dire des organisations autocréées, localement, pour des quêtes quotidiennes des réponses locales aux questions locales. Ces lieux de l’exercice de « la sagacité citoyenne » peuvent devenir des contre-pouvoirs citoyens, en marge des formules classiques que sont l’assemblée et le sénat.

Explicitons. La crise de la démocratie représentative est tellement profonde que nous ne nous en relèverons pas demain; après les élections. Aussi, le capitalisme en tant que « flux réorganisateur mouvant » invente, imagine, réinvente, à travers ses « petites mains » internationales et locales, les mots, les procédés, les alternatives infernales et les dilemmes incontournables pour faire continuellement prise sur les cœurs et les esprits. Souvent, il passe par le pouvoir étatique.

Prenons un exemple. Le ministre des affaires étrangères de la Belgique parlant dernièrement de la relance économique au Congo a estimé qu’ « il n’y a pas d’alternative à la privatisation » des moyens de transport. Ses partenaires congolais risquent de dire « amen » à ce « il n’y a pas d’alternative » et de s’engager sur la voie de la privatisation. Et pourtant, au Nord, plusieurs associations citoyennes sont en train de lutter contre ce « il n’ y a pas d’alternative au capitalisme » comme étant une assertion mensongère, destinée à la marchandisation des services publics pour la grand malheur des petits. Dans ce contexte, ne se fier qu’à l’Etat peut être dangereux; surtout s’il facilite l’envoûtement capitaliste à partir d’un partenariat à sens unique.

Une telle assertion pourrait être étudiée et approfondie au niveau des collectifs autour des questions telles que : « A partir d’où parle Mr Karl De Gucht? Du Congo, du parti libéral ou du parti socialiste belge? Pourquoi n’y aurait-il pas d’alternative à la privatisation des moyens de transport? Pourquoi nos gouvernants ne traitent-ils pas avec nous de ces questions qui engagent l’avenir économique du pays? etc. » Un travail de ce genre peut être bénéfique, à la longue. Il pourrait aider les peuples de la base à se rendre compte que la plupart des solutions préconisées par nos partenaires du Nord et répétées par les gouvernants du Sud n’ont strictement rien à voir avec les maux de ceux et celles qui sont localement concernés. Et que « les peuples d’Afrique sont abreuvés de mots que les Maîtres du monde veulent les entendre répéter pour mériter les financements dont le continent a besoin. Les Etats comme les associations sont obligés de s’inscrire dans la logique dominante s’ils veulent continuer d’exister. Les formations soutenues et financées par les institutions internationales comme par la coopération bilatérale, sont des occasions de lavage de cerveau. »

Disons que la crise de la démocratie représentative est profondément liée à l’expansion du capitalisme et l’Etat n’y résiste pas souvent. Les organisations locales et citoyennes sont appelées à jouer le rôle de garde-fou contre le pouvoir sorcier du capitalisme et le manque de résistance de l’Etat. Et ces organisations ont sérieusement besoin d’avoir en leur sein « les empêcheurs de penser en rond ». Cela ne s’improvise pas; ça se fabrique.

Ces organisations pourraient devenir des lieux de mise en politique des questions qui en sont exclues pour le besoin de la cause et de la démonétisation de la pratique politicienne telle qu’elle fonctionne jusqu’à ce jour; c’est-à-dire par la prise en otage de la gestion politique, économique, sociale et culturelle de tout un peuple par une poignée de personnes appelées « politiciens ». Elles seraient des lieux où les populations de la base, dans leur diversité, apprennent à rompre avec un rôle qui leur a été assigné par ces preneurs d’otages, c’est-à-dire celui des victimes d’un gestion non débattue de la chose publique. Ces populations pourraient apprendre à changer de rôle et devenir des créateurs politiques de leur destinée commune.

Cela ne va pas sans un exercice permanent de la pensée et une protection assidue de cet exercice. Au sien desdits collectifs, les intellectuels, ces « empêcheurs de penser en rond » se protègent en créant, avec les autres membres, une relation dont l’efficacité se prouve par la fabrication politique qu’elle provoque. (à suivre)

J.-P. Mbelu

Archives


 Accueil | Nouvelles | Géographie | Histoire | Hymne national | Economie | Constitution | Parlement | Gouvernement | Musique
 Culture | Sport | Forum | Signez le Livre d'Or | Documents | Liens | Petites annonces | Archives | Suggestions
 Initiatives | Sondages | Carte | Editos | Recherche | A propos de nous | Contacts  

"Je n'ai pas peur de la méchanceté des méchants, mais du silence des gens honnêtes". (Martin Luther King)

Copyright © 2002-2003 Congolité.com. All rights reserved.
Revised: February 12, 2006 .