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Processus électoral : Repensons le parcours

13 février 2006 - Dans notre marche pour la libération de la liberté chez nous, tout ce qui nous arrive a valeur de signe à lire, à interpréter, à déchiffrer. Tenez. Sans qu’il y n'ait eu réouverture des bureaux pour les membres de l’Udps, des congolais exclus du premier enrôlement et des jeunes ayant atteint 18 ans cette année-ci, seront pénalisés. Or, il se pourrait que le calendrier électoral même ne soit pas respecté dans les jours à venir. Qui sera le prochain bouc-émissaire? Ne serait-il pas sage d’arrêter avec cette course derrière le temps que nous imposent ceux qui nous donnent de l’argent et les machines pour repenser ce processus et nous le réapproprier, enfin? Les faux-semblants, les mensonges et l’hypocrisie peuvent payer pendant un temps; mais pas tout le temps. Il ne serait pas exagérer de croire que demain nos compatriotes qui s’amusent avec notre devenir commun seront sommés de nous rendre des comptes. En effet, en pensant à ce retard que le processus électoral va connaître, nous pouvons affirmer, sans risque d’être contredit, que la question majeure n’était pas celle du respect du calendrier. Elle est plutôt celle de plaire aux « amis » et de répondre positivement à leurs jeux de coulisse; même s’ils affirment au grand jour qu’ils n’attendent rien du Congo!

Il est quand même révoltant de voir que le Haïti se réapproprie son histoire, que la Palestine arrive à se passer des jugements intéressés des « têtes pensantes du monde » et que nous, congolais, puissions nous contenter d’une navigation à vue pour une question aussi que celle de nous donner des gouvernants dignes pour un avenir à bâtir ensemble! N’est-il pas venu le moment de remettre la question électorale en politique? De remettre notre devenir commun en politique?

Remettre notre devenir commun en politique

Nous ne le dirons jamais assez : les Accords de l’Afrique du Sud ont marqué leurs limites. Ils ont été fondamentalement une confiscation, une prise en otage de notre devenir commun par les parrains d’une partie de nos compatriotes pour des motifs marchands; sans plus. Comme d’habitude, ils ont essayé et continuent à essayer des formules pouvant, petit à petit, faire de notre scandale géologique un grand marché au cœur de l’Afrique. Chassés à travers les autres parties du monde à cause de leur logique hégémoniste, ils se replient sur l’Afrique et prennent en otage son cœur, le Congo. Allons-nous assister, impuissants, à cette confiscation de notre dignité, à ce viol de notre être collectif, au nom de l’argent?

Remettons notre devenir commun en politique. Multiplions par cent ou mille les associations du genre du CALCC (Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo) pour arracher des mains des politicailleurs le processus de la démocratisation de notre pays. Que ces organisations deviennent des lieux des débats réguliers des questions engageant notre devenir commun et de fabrication des propositions alternatives à soumettre (et/ou à imposer) à ceux qui président encore à notre destinée. Il ne serait pas tard qu’au sein de ces associations, nous revenions sur une évaluation sans complaisance de la transition, sur la question de la réconciliation des fils et filles de notre peuple et sur ce qui contribue à notre impuissance face aux pouvoirs mondialistes de la prédation.

Au certain, la division du travail politique telle qu’elle a été faite à Sun City révèle au jour le jour ses déficiences. Confier la gestion du pays aux gouvernants provisoires n’ayant d’autre mérite que celui d’avoir pris les armes, la fabrication des lois à des députés autoproclamés, les élections à une commission sans qu’il y ait un cadre congolais permanent d’évaluation du processus, de concertation et de dialogue entre les ces gouvernants, nos populations, les partis politiques et les autres forces vives du pays a été une erreur dont nous continuerons a payé les frais si nous ne sortons pas du cadre politique classique. Si nous ne faisons pas de la réponse à question de la démocratisation de notre pays une œuvre collective, une fabrication politique commune. Ici l’attentisme et la politique victimaire sont des poisons.

Scrutons un peu les signes des temps. Il y a quelques jours, un nombre assez important de nos députés autoproclamés s’est désolidarisé du reste de l’Assemblée en créant « Un Pacte pour la Sauvegarde de la République » et a dénoncé les pratiques maffieuses ayant élu domicile à cette Assemblée dite nationale. Ces fils de notre peuple ont finalement donné un témoignage (de l’intérieur) sur le caractère extraverti de notre constitution. Les billets de banque auraient été distribués dans cette assemblée pour que le critère du niveau d’étude soit soustrait de la loi électorale. Ils ont lu à travers ce geste une autre tentative de tailler cette loi sur mesure. Il serait naïf que nous puissions continuer à croire que ces signes des temps manquent de signification. Ils sont prémonitoires. Ils nous préparent à ne pas être surpris demain quand « le licencié de Washington » sera proclamé président de la République avec 51,01 %.

Face à tous ces signes prémonitoires, rompre avec la conception traditionnelle de la politique- la gestion de la res publica et de toutes les questions y afférentes- par une poignée de personnes (représentant le peuple) appelées politiciens devient de plus en plus une urgence. Il faut passer de cette conception à celle de la gestion collective de la destinée commune à partir des associations et organisations qui apprennent à se réapproprier leur souveraineté confisquée et/ou pris en otage par des hommes et femmes sans foi ni loi. Cet enjeu est de taille. Et si le CALCC est une grande inspiration en cette matière, c’est parce qu’il tient à asseoir ses différentes structures à travers les différents diocèses de notre pays et à les fonder sur l’apprentissage des valeurs nobles. S’il arrivait à faire des communautés ecclésiales de base, grâce à leur taille humaine, le lieu par excellence de son apostolat civique, à interconnecter les différentes communautés et les questions à y débattre, il rendrait un service inégalable à notre devenir commun. Car toute la question est là : Comment faire des préoccupations politiques, sociales, économiques et culturelles de notre pays des questions auxquelles tout le monde peut apporter sa réponse, à partir de là où il est, afin que du choc des réponses jaillissent des propositions alternatives à la prédation et à la navigation à vue dont nous payons les frais jusqu’à ce jour? Il en va de même du processus électoral.

Faire du processus électoral notre affaire

Pourquoi abandonnons -nous le processus électoral à l’abbé Malu Malu et à la Commission Electorale Ligotée (CEL) par le pouvoir de l’argent? Et s’ils ne font pas leurs preuves, pourquoi devons-nous continuer à « avoir confiance » en eux? Au sujet de cette CEL, il y a une question à laquelle nous ne répondons pas par notre faute. Comment pouvons nous à la fois chercher à devenir maîtres chez nous en organisant les élections avec l’argent d’autrui tout en sachant que les maîtres du capital ne font pas de cadeau et quand il arrive qu’ils en fassent, il est empoisonné? A cette étape du parcours, n’est-il pas vrai que ce qui nous manque, c’est le courage et l’audace de tailler un processus électoral à notre mesure, en tenant compte de nos ressources humaines et matérielles? Est-il tellement tard de réajuster le tir? N’ayons pas peur de reconsidérer le processus et de l’envisager autrement. Il n’est jamais trop tard pour mieux faire entre nous et avec ceux qui veulent aller à notre rythme. Un exemple. Il serait possible de confier l’organisation matérielle des élections aux différents diocèses du Congo et/ou à leurs conseils oecuméniques. Dans nos diocèses, au niveau de nos différentes églises locales, tout le monde connaît tout le monde. Les conseils œcuméniques auraient l’avantage d’intégrer à l’organisation de ces élections les frères et sœurs d’autres confessions religieuses. Et comme l’église (dans sa diversité) est présente dans tous les coins et recoins du pays, elle aurait l’avantage de favoriser les élections les plus inclusives possibles. Le dépouillement des résultats confiés aux membres des conseils œcuméniques (et autres représentants des partis politiques et société civile) se passeraient des machines coûteuses dont nous ne maîtrisons pas l’esprit. L’église plurielle jouant sa crédibilité nous offrirait des élections convenables. Une vue d’esprit? Non! Une petite réflexion procédant de l’inventaire des ressources humaines dont nous disposons, de la crédibilité dont elles jouissent et des moyens matériels nous appartenant souverainement. Malheureusement, plusieurs d’entre nous avons perdu la capacité de penser par nous-mêmes. Nous voulons imiter les autres. Mal.

Faire du processus électoral notre affaire consisterait à apprendre à « nous mêler de ce qui ne concerne pas ». Pour cause. La division du travail faite à Sun City se révèle exclusive. Au nom d’une conception traditionnelle de la politique, certains compatriotes chapeautant les institutions transitoires assignent à la grande majorité de notre peuple la place « des victimes » de leur incompétence, de leur insouciance, de leur corruption, de leur népotisme, de leur clientélisme; disons de leur kléptocratie. Cette majorité doit-elle se contenter de clamer qu’elle veut des élections libres, démocratiques et transparentes où elle doit se poser la question du genre : « Comment me mêler de plus près de ce processus électoral « qui ne me concerne pas » pour en faire une affaire collective afin que demain, je ne sois pas victime de mon attentisme et de la logique victimaire que m’impose le système provisoire? » Répondre pragmatiquement à cette question consisterait à impulser une dynamique non institutionnelle exigeant de la CEL des comptes de manière régulière.

On chercherait, comme le CALCC, à travers nos différentes associations et organisations citoyennes, à dresser le profil de nos futurs dirigeants et à faire fi des propositions de la loi électorale taillée sur mesure. Il ne sert à rien de continuer à compter sur des députés autoproclamés ayant comme unique souci un enrichissement immédiat au détriment d’un plus grand nombre.

Nous en répondrons un jour

N’avons-nous pas honte, dans un pays ayant plus ou moins 60.000.000 d’habitants, de répéter la leçon que nos maîtres nous ont apprise en estimant que 25.000.000 de congolais, c’est suffisant pour aller aux élections? N’avons-nous pas honte d’affirmer que les prochaines élections seront les premières à être démocratiques et d’estimer qu’au nom de l’argent certains de nos compatriotes doivent en être déçus? Pourquoi voulons-nous être minimalistes dans l’œuvre de la renaissance de notre grand pays? Et vous, membres de la CEL, êtes-vous fiers de trouver toujours un bouc-émissaire quand vous n’arrivez pas à réaliser votre part de contrat?

Et nous, peuple congolais, pourquoi attendons-nous que tout le processus soit géré pour un groupe de compatriotes ayant fait montre, à plusieurs reprises du manque de maîtrise de son véritable enjeu? Et vous fils et filles de mon peuple, vous nos diamantaires, vous les « basombi et les bataki banene ya mabanga », les Ngoyi Kasanji, Fidèle Kasonga, Hilaire Lumbayi Mulunda wa Badi Nabi, Cardoso Mwamba, pourquoi n’ouvrez-vous pas vos coffres-forts pour donner à notre peuple l’argent dont il a besoin pour renaître? C’est un investissement dont vous profiterez au centuple, dans un Congo souverain!

Si, nous congolais de ce temps, nous hypothéquons notre devenir commun, sachons que nous en répondrons un jour. « Tunyunyu tutu tuadia tuaya kuatu lubilu. » Nos fils et filles, les générations futures nous jugerons sévèrement. Ils se diront : « Tiens! De qui sommes-nous les descendants? Des bantu bashuwashuwayi ou des tupumbe? » Il est plus que temps pour que nous puissions « nous mêler de ce qui ne nous concerne pas ». Il en va de la remise en politique des questions engageant notre avenir et celui de nos enfants.

J.P. Mbelu

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Revised: February 17, 2006 .