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Guerres de libération ou crimes organisés au coeur de l'Afrique?

21 février 2006 - Dans notre marche pour la libération de la liberté chez nous, tout ce qui nous arrive a valeur de signe à lire, à déchiffrer, à interpréter. Sur ce point, lisons attentivement les informations que les journaux de notre pays nous livrent. Ils ont des textes provoquant la pensée et la réflexion. Ils nous aident à scruter les signes des temps. Tenez. Après la création du Pacte pour la Sauvegarde de la République par une partie des fils de notre peuple ex-députés autoproclamés, les parlementaires du Kasaï ont haussé le ton pour réclamer la reprise de l’opération d’enrôlement dans le Grand Kasaï. La semaine dernière, l’Avenir Quotidien (du 17/02/06) a publié une lettre des Députés et Sénateurs des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira où ils expriment leur « vive inquiétude sur la situation qui prévaut actuellement dans les provinces du Nord et du Sud Kivu particulièrement dans les territoire ci-haut mentionnés (Fizi, Mwenga et Uvira). » S’en prenant au « bruit » annonçant la création éventuelle du territoire de Minembwe au profit de nos compatriotes « rwandophones », ils affirment qu’ « ils n’accepteront jamais que leurs terres soient cédées en prime aux criminels de guerre, ceux-là qui ont pillé, violé et massacré plus de 4 millions de leurs filles et fils. Ils ne s’associeront et ne cautionneront aucune imposture, d’où qu’elle vienne qui tenterait d’ériger en Tutsiland le patrimoine hérité de leurs vénérés ancêtres. Ils se rallieront à leurs populations pour s’y opposer de la manière la plus énergique et par tous les moyens en leur pouvoir. » 

A une question posée par le Potentiel au président de l’Assemblée Olivier Kamitatu sur le dépassement de ses frais de mission, il répond : « Si dépassement il y a eu dans la gestion de l’Assemblée nationale, il est sans aucune mesure avec d’autres institutions, particulièrement au sein de l’espace présidentiel. » Il ajoute : Je m’épargnerai donc une polémique inutile, car au cours de la session ordinaire d’avril prochain, je suis persuadé que la mission d’enquête sur le train de vie de l’Etat initiée par l’Assemblée en 2004 et conduite par les Honorables Omari Lea Sisi, Mayuma Kala et Blaise Baise mettra un point d’honneur à déposer son rapport à la plénière de l’Assemblée nationale afin que nous soyons édifiés sur les dépenses de la République. D’autre part, les rapports des commissions spéciales sont prêts eux aussi à être examinés. Notamment la commission Lutundula ayant trait à la révision des conventions et des contrats signés pendant les deux guerres et la commission Kapambwe qui s’est penchée sur les biens saisis, confisqués ou spoliés à l’Etat. Nous serons donc pleinement édifiés dans les prochains jours sur tous ces dossiers. »

Une lecture attentive et intelligente de toutes ces informations nous révèle de plus en plus qu’il n’y a jamais eu de guerre de libération au Congo. Elles donnent davantage raison à l’auteur des Crimes organisés en Afrique Centrale (Honoré NBGANDA) et aux autres dignes fils et filles de notre peuple qui crient au complot internationale contre le Cœur de l’Afrique, notre scandale géologique.

Le temps : un bon conseiller

Ralentissons un peu. A la fin de la première partie de la transition, les Honorables Députés et Sénateurs avaient applaudi frénétiquement le bilan positif du gouvernement de la transition présenté par le chef de l’Etat. Et pourtant, ils étaient convaincus que ce bilan était largement négatif. Il a fallu attendre que la menace de la création d’un Tutsiland tende à se concrétiser pour que certains d’entre eux crient : « Comme on le voit, il ressort clairement de tout ce qui précède que l’objectif de cette fameuse transition n’était pas de ramener la paix en RDC, de rétablir son unité et l’intégrité de son territoire, mais plutôt de corriger, mais plutôt de corriger l’échec militaire de l’agression en poursuivant discrètement l’objectif premier de cette agression : liquider la RDC et la rayer de la liste des Etats indépendants et souverains de l’Afrique. » Ralentissons encore un peu. Il a fallu que le bruit du « décret instituant officiellement un Tutsiland sous l’alibi de territoire de Minembwe » court pour que nos Honorables Députés et Sénateurs avouent qu’en dehors de cet objectif discret, « tout le reste n’était que mascarade et écran de fumée pour masquer cet objectif unique et principal, le seul vrai et réellement poursuivi par la guerre d’agression. Pour preuve, aucun objectif apparent n’a été atteint : l’armée et la police n’ont jamais été intégrés; les services administratifs n’ont pas été unifiés; l’intégrité territoriale n’est toujours pas rétablie : Goma n’est-il pas toujours sous le joug de la république rwandaise? » Attention! Ces Honorables se sont exprimés un jour avant le discours du président de la république à la nation (du samedi 18/02/06) où encore une fois le bilan de la transition a été présenté comme étant positif sur toute la ligne.

Il y a là deux discours : un discours officiel mensonger et un autre, bien que tardif, inspiré par les échanges avec la base, proche de la vérité. Faut-il, face à ces deux discours, attendre la sanction des élections comme le préconisent les Honorables? Pourquoi, bien qu’ayant des preuves du « crime et de la trahison », ces Honorables n’ont-ils pas honoré leur pays en traduisant les traîtres en justice? En effet, ce qu’ils dénoncent n’est que la « sublime et suprême prime au crime et à la trahison ». Ils ont la nette impression que les autorités onusiennes privilégient « tout ce qui concourent à la recrudescence de l’insécurité et de la déstabilisation de l’Est du pays plutôt que ce qui contribue à accélérer et à conforter le processus de paix dans la région. » Elles cherchent à « s’occuper davantage la protection et la sécurisation des criminels au détriment de celles des paisibles populations civiles innocentes. » Cette impression est confirmée par les faits. Ils notent : « Nous ne citerons ici que l’exemple de Rutshuru où les fonctionnaires de la MONUC se sont acharnés contre le commandant Maï Maï, JACKSON, notoirement connu dans la région pour ses efforts à endiguer l’infiltration des troupes rwandaises vers NYAMIRIMA, ISHASHA, BURAMBA, NYAKAKOMA, ainsi que le long de la frontière ugando-congolaise. » Et, « au lieu de poursuivre les coupables dont certains sont responsables administratifs et militaires du Nord-Kivu, c’est aujourd’hui le vaillant colonel SHEKASIKILA, qui est accusé d’être en intelligence avec l’ennemi, ceux-là même qui voulaient le tuer. »

La lecture du mémorandum des Honorables est plus que riche en leçons. Leur analyse des faits nous exige une réflexion approfondie sur notre avenir commun. Nous n’avons pas à céder à ce « comprenne qui veut!!! » auquel nous invitent les Honorables. Il est de notre devoir de cultiver une compréhension partagée de l’épée de Damoclès qui pèse sur nos têtes.

Ce mémorandum revient sur les lieux communs : la transition n’a pas réalisé ses objectifs. Elle a été au service d’un objectif discret (pour les naïfs!), liquider la RDC et la rayer de la liste des Etats indépendants et souverains de l’Afrique. Ce mémorandum a l’avantage de nous parler de « l’intérieur » et à partir des témoins des drames à répétition à l’est du pays. Que faire face à toutes ces révélations qui ne sont pas encore démenties jusqu’à ce jour? Ne serait-il pas mieux d’initier une action en justice contre les fossoyeurs de la république? Les élections réussiront-elles à opter pour les patriotes que les Honorables placent à droite de notre croisée des chemins en n’oubliant pas qu’à gauche, il y a « les fossoyeurs de l’Etat congolais avec l’appui de la toute puissante mafia financière internationale. Ils bossent dur et ferme pour enterrer l’Etat congolais au plus profond des entrailles de la terre? » Que pouvons-nous contre la mafia financière internationale?

Prenons le temps de penser par nous-mêmes et imaginons au quotidien des issues à cette situation tragique. Penser à temps et à contretemps devient une urgence face à toutes ces questions de crime et de trahison. Mais aussi face à notre impuissance, quand, placés devant les billets de banque, nous réduisons notre tête à la dimension de nos poches. Comment ces compatriotes ont-ils pu garder silence jusqu’à trois mois de la fin officielle de la transition pour crier? Et si le dossier Minembwe n’était pas à l’ordre du jour, auraient-ils eu la même audace, le même courage pour fustiger ce complot international contre notre pays? Et puis, avant de crier au complot international, ne devrions-nous pas d’abord faire nos propres comptes? Pourquoi avons-nous accepté un texte sorti de l’Accord dit global et inclusif ne donnant aucune possibilité de destituer les gouvernants traîtres et criminels? Nous avons eu une Assemblée sans une aucune ascendance sur le gouvernement. Et quand Olivier Kamitatu nous promet les rapports des commissions susmentionnées, il ajoute : « Nous serons donc pleinement édifiés dans les prochains jours sur tous ces dossiers. » Alors quoi? La société civile/forces vives n’a pas attendu le travail de ces commissions pour faire un rapport ad hoc sur les dépassements budgétaires des gouvernants provisoires. En dépit de cela, certains de nos compatriotes continuent à nous les présenter comme « les oiseux rares » pour les prochaines élections. Ils ne cessent de nous rabâcher les oreilles avec les « dix raisons » qui en font les candidats incontournables aux prochaines élections présidentielles! Comble de la déraison!

Attention aux textes

En scrutant les signes de temps, nous nous rendons compte que les textes rédigés par les autres au nom du peuple sont dangereux. La constitution de la transition n’a pas permis au parlement de contrôler le gouvernement. Ce manque de contrôle a été préjudiciable au processus de démocratisation du pays en cours. Donc, nous devons faire attention aux textes qui nous gèrent. Ils ne sont pas seulement perfectibles. Ils peuvent être conçus sur mesure pour « un objectif discret ». Le témoignage des députés initiateurs du Pacte pour la Sauvegarde la République sur la loi électorale en dit long. Questionnée sur l’article 9 de la constitution promulguée samedi (18/02/06), Justine Kasa-Vubu répond en ces termes : « Lorsqu’un pays perd un droit de propriété du sol et du sous-sol, c’est grave. Je m’explique : se contenter de dire que l’Etat congolais exerce simplement la souveraineté sur le sol, les arbres, les fleuves, les forêts, c’est utopique car la souveraineté est souvent la résultante d’un rapport de force sur le terrain. Si ce rapport de force n’est pas basé sur des garanties inaliénables comme le droit de propriété, cela devient un leurre. » (cfr. Le Potentiel du vendredi 17/02/06). Donc, les textes peuvent porter la marque des objectifs avoués ou pas de ceux qui les confectionnent.

En lisant le mémorandum des Honorables de l’est, en lisant les réponses d’Olivier Kamitatu et de Justine Kasa-Vubu aux questions du journal le Potentiel, une évidence saute aux yeux : l’actuelle constitution serait une tentative de réponse à la question du Tutsiland (et à ses corrolaires), à celle des contrats léonins conclus par les belligérants gestionnaires de la transition; bref à la question de la liquidation de la RDC comme Etat souverain. Celle-ci ne peut réussir que sur fond des mensonges entretenus de façon délibérée et/ou inconsciente autour des textes destinés à nous gouverner comme l’actuelle constitution. Un exemple. Samedi (18/02/06) « la télévision commerciale belge RTL-Tvi, à en croire B. Amba Wetshi, louait l’apport du professeur Pierre Verjans de l’université de Liège dans la confection de ce texte. Ce qui rappelle la Loi fondamentale de 1960. » Pour le rédacteur en chef de Congo Indépendant, « Joseph ne dit pas la vérité lorsqu’il soutient que la nouvelle Constitution se « distingue de celles qui l’ont précédées.  » »

Il faut du temps, de la patience et un souci d’étude (entretenu en permanence) et d’apprentissage pour arriver à comprendre un tant soit peu la façon dont opèrent « les petites mains » du complot international contre notre pays. Avec le temps et de la patience, certains masques tombent; la vérité finit par éclater au grand jour.

Imitons les Congolais vivants aux U.S.A

Il y a péril en la demeure. Il faut agir sagement, prudemment et collectivement, pour que notre pays jouisse un jour de sa pleine indépendance. Pour ce faire, mettons continuellement en doute la bonne foi des dirigeants actuels. Organisons-nous au niveau de nos différents collectifs pour écrire des textes parallèles à ceux des fossoyeurs de notre pays. Nous pouvons imiter nos compatriotes des U.S.A. en organisant des élections parallèles anticipées au niveau de ces collectifs, au pays et à l’étranger. A ce point nommé, la FCE (Fédération des Congolais de l’Etranger) peut jouer le rôle coordonnateur. Il y a lieu de créer des réseaux plébiscitant les candidats de nos choix libres, transparents et démocratiques au détriment de ceux qui servent des objectifs secrets. L’attentisme ne nous laissera que nos yeux pour pleurer. Nos cris, le viol de nos femmes et filles, la misère de notre peuple n’émeuvent pas ces hommes et femmes liges, nos gouvernants provisoires. A moins d’un miracle, « eteni ya nzete ata ewumeli mingi na mayi, ekobongwana ngando ata mokolo moko te. » Le mémorandum de nos Honorables est très édifiant à ce sujet. Il nous enseigne que « butu ata eza molayi, tongo esukaka na kotana. » La vérité est têtue. Le temps n’est pas notre ennemi comme les adorateurs du « dieu argent » et leurs acolytes veulent nous le faire avaler. Le temps et la patience sont de bons conseillers. Ralentissons! Evitons la précipitation. Elle sert les desseins obscurs. Nous ne bâtirons pas un pays un peu plus beau qu’avant sans questionner tous ces textes et discours (« de l’intérieur ») maintenant que les langues commencent à se délier. Ne laissons rien au hasard. Lisons beaucoup tous ces témoignages. Partageons-les en groupe et en association. Mettons-les sur nos sites web. Croyons en l’avènement de notre jour! Rassurons-nous que notre salut ne viendra que d’une prise en charge de nous-mêmes par nous-mêmes, au niveau de nos différents collectifs, et avec l’apport des hommes et femmes de bonne volonté (d’ailleurs) soucieux de répondre avec nous localement à nos questions locales, à un rythme raisonnable. Le reste n’est qu’un leurre.

J.-P. Mbelu

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Revised: February 26, 2006 .