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République Démocratique du Congo : nécessité de la fin d’une histoire 21 mars 2006 - Depuis son indépendance nominale jusqu’à ce jour, le Congo de Lumumba connaît une histoire très agitée. Après la dictature mobutienne, les libérateurs auto-proclamés ont pris le pays et tout son peuple en otage. Le Dialogue Inter-congolais semblait avoir balisé la voie de sortie d’une des plus longues transitions du monde. Hélas! L’approche des élections ne présage pas des lendemains meilleurs. Il se pourrait que certaines grosses légumes de la scène politique congolaise s’abstiennent de tomber dans « le piège à cons »; qu’ils ne cautionnent pas l’exclusion aux élections telle que programmée par les députés auto-proclamés ayant voté une loi inique exigeant des candidats à la magistrature suprême 50.000 dollars dans un pays où plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour. D’autres estiment qu’il serait fou d’aller aux élections sans « leur base » tenue en marge des opérations électorales par leurs compatriotes ligotés par le pouvoir de l’argent estimant qu’il est normal que dans un pays de plus ou moins 60.000.000 d’habitants, 25.000.000 soient suffisants pour des votes crédibles! D’autres encore fustigent le non-respect des accords signés en Afrique du Sud au sujet des territoires créés pendant la rébellion. Ils n’iraient pas aux élections si ces territoires ne leur sont pas reconnus comme fief électoral. Face à ces questions à même de replonger le pays dans une crise d’où nous peinerons à nous relever de si tôt, les plus optimistes d’entre nous commencent à baisser les bras. Ils parlent de plus en plus de la fin de l’histoire. Les résistants se font rares. Les opportunistes augmentent en nombre et guettent la voie vers la mangeoire. Que faire? Ne faudrait-il pas relire notre histoire pour y découvrir la magie de Lumumba? Ne serait-il pas mieux de réécouter avec les hommes et les femmes de bonne volonté de notre monde ce cri né à Seattle, « un autre monde est possible », pour voir comment échapper ensemble au discours du capitalisme ambiant convaincu qu’il n’y a pas d’alternative à son pouvoir ensorceleur? Suffit-il que nous nous contentions des réponses immédiates aux questions de l’heure ou avons-nous besoin d’une vision à moyen, court et long terme pour briser nos chaînes? N’est-il pas venu le temps où les jeunes, les mères et les pères de familles, les religieux et les religieuses laissés en marge la chose politique peuvent apprendre à « se mêler de ce qui ne les concerne pas » en s’invitant dans la sphère politique comme par effraction? « Les experts ès-politique » ayant étalé leurs insuffisances et limites? La foi aveugle dans le manque d’alternative au capitalisme Nos compatriotes découragés ne sont pas les seuls à penser à la fin de l’histoire. Un grand philosophe américain, Francis FUKUYAMA a écrit un livre là-dessus dans les années 1990. Lui aussi croyait à la fin de l’histoire. Cette croyance était fondait sur le succès du libéralisme. Il estimait que le libéralisme crée un « mécanisme » rendant une alternative à ce modèle économique impossible. « Il favorise le développement des richesses qui, à son tour, favorise la recherche scientifique et ses applications, lesquelles permettent d’accroître à nouveau la richesse. Le désir suscité par le mode de vie que rendent possible de telles richesses contribuera ensuite puissamment à la diffusion des régimes économiques qui rendent possibles leur production ou leur acquisition. Qui plus est, les gouvernements récalcitrants pourraient difficilement résister bien longtemps à l’attraction de ce modèle économique car, pour le faire avec autorité, ils devraient se doter d’une puissance militaire à la hauteur de leur prétention à l’autonomie; or, avec la croissance rapide de la sophistication des armements, il devient plus en plus difficile de disposer de la richesse requise pour s’armer efficacement accepter les règles du libéralisme économique. C’est ainsi, selon Fukuyama, que ce « mécanisme » entraînerait petit à petit la mondialisation du modèle économique dont le succès garantirait d’ailleurs la diffusion rapide et relative stabilités. » L’appel à la fin de l’histoire marche de paire avec une foi aveugle dans le manque d’alternative au capitalisme. Or, cette foi a été mise en mal le 30 novembre 1999 à Seatlle (U.S.A). « Un cri est né à Seattle, dont la reprise ailleurs, de manifestation en manifestation, a fait, d’un seul coup, basculer dans le passé l’évidence sidérante de ce qui prétendait, et prétend toujours, définir l’avenir », le libéralisme. Ce cri, « « un autre monde est possible » a fissuré la chape d’impuissance qui s’était peu à peu installée, avec ses mots d’ordre dont nous savions bien sûr le caractère mensonger, mais d’un savoir qui semblait devenir tous les jours insignifiants. » L’une des questions actuelles est celle de la lutte à mener contre le caractère mensonger de la sorcellerie capitaliste. IL s’agit de s’armer d’un savoir pragmatique conséquent contre son pouvoir ensorceleur. « Il s’agit d’en appeler au possible contre l’allure inexorable du processus qui s’est installé et qui, bien sûr, continue aujourd’hui de plus belle. Il s’agit de briser quelque chose qui était de l’ordre de l’envoûtement, de l’impuissance sidéré dont ceux qui luttaient contre pouvaient sentir la proximité. » Donc, il s’agit de devenir, chaque jour, avec les autres, les héritiers de Seattle; d’oser habiter autrement nos localités pour qu’ « un autre monde possible » ne soit pas du domaine des slogans stériles, qu’un autre Congo possible naisse des cendres de cet espace conçu par les maître du monde comme réservoir des ressources naturelles à brader à leur guise. La nécessité de la fin d’une histoire Habiter autrement nos localités ainsi que les questions qu’elles portent nécessite la fin d’une histoire : celle de la quête de la légitimité de leur gestion politique et économique de l’extérieur. Comment en arriver là dans un contexte où le capitalisme a perdu la tête? Telle est l’une des équations que nous avons à résoudre pour une naissance d’un Congo souverain et indépendant. La marchandisation du monde a besoin d’espaces de non-droit ou de juridisation de la politique pour le triomphe du marché. Les hommes et les femmes liges autochtones sont utilisés comme « petites mains » dans la réussite de cette mission. Si le travail d’éducation civique entrepris par l’église de chez nous mérite d’être encouragé, il serait important qu’il touche aussi à ce domaine où le viol de l’imaginaire fait d’énormes dégâts : le domaine de notre relation à l’autre. Il est important de déconstruire, dans ce domaine, le mythe de la supériorité de l’homme blanc (occidental) et celui de la neutralité de la communauté internationale. Ce travail accompli du point de vue de la littérature n’a pas encore fait sa prise sur les cœurs et les esprits. Du point de vue littéraire, L’Odeur du père de Mudimbe ou la question de la décolonisation mentale telle que traitée par Mabika Kalanda constituent de bonnes références. Pratiquement, à cause du caractère extraverti de notre enseignement et du manque de la multiplication des tiers-lieux favorisant la rencontre de l’élite intellectuelle, économique, politique et culturelle avec notre peuple à travers ses différents collectifs, la colonisation mentale perdure. Elle est perpétuée par les intellectuels-mangeurs. La naissance récente de cette classe intermédiaire entre les quelques intellectuels organiques du pays et les prédatocrates au pouvoir est très préjudiciable pour le devenir commun chez nous. Heureusement! De plus en plus, des congolais se lèvent pour relayer les cris lancés par Mudimbe et Mabika Kalanda, il y a plus ou moins trois décennies. Notre salut viendra peut-être de l’extension de cette classe des « relayeurs ». Ecouter certains compatriotes aujourd’hui à travers la Tribune de presse de la radio Okapi donne la mesure du degré de maturation intellectuelle et politique des « relayeurs » congolais. John Ngombwa et Benoît Kambere sont un exemple récent (cfr Tribune de presse du 17/03/06). Ce que nous peinons à comprendre est que « les relayeurs » seront toujours minoritaires. C’est de l’assomption responsable de leur rôle que le Congo moderne naîtra. Mais aussi de l’interconnexion des mouvements pour l’avancement solidaire comme l’Apareco et le Calcc viennent de nous en donner l’exemple. Nous vivons la fin d’une étape historique où la politique était l’affaire des « politiciens de carrière » et de l’intrusion en cette sphère de la vie des « empêcheurs de penser en rond ». Nous sommes en train de vivre les douleurs de l’enfantement d’un Congo où la remise en politique des questions locales liées au domaine économique, socio-culturelle ou religieuse invite les associations locales des peuples congolais dans leur diversité à « se mêler de ce qui ne les concernait pas » par le passé. Cette étape est riche en événements malgré l’épaisseur des ténèbres qui la couvrent. Si nous pouvions apprendre à lire les signes des temps! Les découragés de chez nous croient que la libération de la liberté est un cadeau. Non. Elle est une lutte. Les congolais et les congolaises avertis s’y sont lancés et les résultats ne tarderont pas à devenir plus palpables. Cela même si les marionnettes des maîtres du monde gagnaient aux élections demain. Du moment que nous savons qu’ils ne peuvent gagner qu’aux élections truquées, arrangées en leur faveur, nous sommes forts. Nous sommes aussi fiers d’avoir des constitutionnalistes de la trempe d’Augustin Mampuya, capable d’établir l’inconstitutionnalité des actes juridiques posés pendant cette longue transition. Et puis, quand nous savons que « les rêveurs » de l’acabit de Kä Mana n’arrêteront jamais de nous inviter à assumer notre destinée en femmes et hommes responsables, les raisons de désespérer s’amincissent. Tenir dans la lutte, c’est dur! Rien, dans la vie, n’est acquis d’avance. Il faut lutter. Quand, comme nous congolais, on a affaire à « un flux mouvant et réorganisateur », le capitalisme sorcier, la lutte devient davantage dure. Comment voulez-vous convaincre les messieurs et les dames croyant que le Congo est une création de l’Occident de nous laissez tranquilles? Néanmoins, nous avons aujourd’hui les atouts sur lesquels nous pouvons appuyer. Si à la veille de notre indépendance Lumumba ne comptait que quelques compagnons, Mampuya et Kä Mana ont l’avantage d’avoir John Ngombwa, Benoît Kambere, Mbaya Kankwenda, Mbuyamba Kankolongo, Justine Mpoyo Kasavubu, etc. Donc, la lutte pour la fin de cette histoire où les têtes pensantes du monde, imbus de leur complexe de supériorité, croient qu’elles peuvent toujours parler à notre place, serait en train de toucher à sa fin. Mais n’oublions pas que cela les énerve; elles sont comme un serpent blessé; ils sont en train de perdre la tête. Là, tous les coups sont permis. Et nos intellectuels-mangeurs répondent présent au complot. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Nous avons encore le temps de nous battre. L’église catholique, Matusila et Ngbanda ne cessent de nous donner le ton. Augmentons le chiffre des relayeurs. Nos autres frères et sœurs croyant en « un autre monde possible » nous donnerons la main. Ils sont à Bruxelles, à Londres, à Paris, à Genève et à Washington. Notre véritable handicap serait de ne pas penser ce que nous faisons et ce que nous avons comme héritage. Lumumba a initié une lutte ardente et idéaliste qui ne connaîtra de fin que le jour où ses héritiers que nous sommes réussiront à bâtir un Congo plus beau qu’avant et à devenir les véritables maîtres de notre destinée. A partir de Seatlle, nous croyons avec les altermondialistes du monde entier, que le capitalisme n’est pas le dernier mot de l’histoire. Faisons fructifier ce double héritage. Le reste nous sera donner par surcroît. Seule la lutte libère! Surtout du complexe d’infériorité nous incitant à laisser aux autres le temps de parler et de décider de notre avenir à notre place! Jean-Pierre Mbelu |
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Revised: March 27, 2006
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