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Elections en Rép. Dém. du Congo : le droit d’avoir peur 27 avril 2006 - Dans les débats opposant certains inconditionnels des gouvernants provisoires aux forces du pays acquises au changement et engagées dans la lutte pour la libération de la liberté chez nous, il y a une évocation de « la peur des élections » qui donne à penser. Quand certains compatriotes estiment que, eu égard à la non-réalisation des objectifs assignés à la transition, la tenue des élections dans un climat apaisé exige que le contrat social soit revu et corrigé par des négociations non-exclusives, « le camps de la patrie » crie à « la peur des élections. » Quand certains compatriotes demandent que le rapport de la Commission Lutundula soit examiné avant les élections et qu’il serve d’évaluation objective de la gestion de la transition, « le camp de la patrie » crie à « la peur des élections ». Quand certains compatriotes demandent à la Cour Suprême de Justice d’aller au-delà de la forme de la requête en annulation de la candidature du président provisoire du pays pour en examiner le fond, « le camp de la patrie » crie à « la peur des élections ». Finalement, « la peur des élections » devient un petit argument mangeable à toutes les sauces et qui permet d’esquiver les questions de fond que posent l’amateurisme, le clientélisme, la mauvaise foi et la prédatocratie caractéristiques des gouvernants provisoires. Ce faisant, la peur est tout de suite assimilée à une émotion ne pouvant être que négative. Erreur ou calcul politicien? La peur peut avoir une connotation positive. Ne dit-on pas chez nous que « tshiupukila maswa wakasumibwa ntoka »? Après avoir été mordu par un serpent, il arrive qu’on ait prudemment peur des queux des lézards. Cette peur est légitime pour les gens avertis. Les jeunes inexpérimentés, les serviteurs du dieu-ventre et les autres amnésiques n’y comprennent pas grand’chose. Comment voulons-nous par exemple que les partis politiques et les autres associations de la société civile n’ayant pas participé à la gestion (matérielle) de la transition acceptent d’aller béatement aux élections, pour être en compétition avec ceux qui se sont servis des caisses de l’Etat pour implanter leurs partis et associations? Dans un contexte où la loi affirme l’égalité formelle des chances, l’inégalité réelle d’accès aux moyens matériels finançant les élections pose un problème sérieux. Ne pas résoudre ce problème au nom de « la peur des élections » interpelle sur la fin même de ces élections. Et demander aux défavorisés du système de se lancer dans la danse est une invitation à l’irresponsabilité. Placés dans cette situation d’inégalité réelle face aux nouveaux prédateurs, ils ont le droit d’avoir peur et d’appeler de tous leurs vœux de nouvelles négociations exigées par la vie pour l’éternité d’un autre Congo. Comment voulons-nous aller aux élections avec les seigneurs de guerre dont les gardes prétoriennes ont le droit de vie et/ou de mort sur nos enfants, nos femmes, nos journalistes, nos hommes politiques et nos luttants de la société civile sous l’œil indifférent de l’ONU? Comment voulons-nous aller aux élections avec des millions des compatriotes africains (non congolais) enrôlés chez nous sans que nous ayions suffisamment de lumière sur le dessein de ceux qui ont commandité et orchestré cet enrôlement? La peur d’un processus vicié dès le départ La peur des élections bricolées par les amateurs et les nouveaux prédateurs sous la dictée des « gens de l’économie » de chez nous et d’ailleurs peut être légitime. Elle est le résultat d’un processus électoral vicié dès le départ, un processus dont nous ne maîtrisons, en tant que congolais, dans notre grande majorité, ni les tenants ni les aboutissants. Nous assistons à un échafaudage de quelque chose sur lequel nous n’avons aucune maîtrise et on demande de nous taire. Malgré la présence des militaires onusiens coûtant énormément cher au pays, malgré les fonds alloués au brassage de l’armé des gouvernants provisoires, on nous raconte que 1500 militaires européens surarmés sont indispensables au bon déroulement de cette parodie d’élections. On nous interdit de poser les questions qui fâchent du genre : « Pourquoi est-ce que la présence des militaires belges et français au Rwanda n’a pas pu éviter le génocide de 1994? Pourquoi l’Europe culpabilisée par son échec au Rwanda veut-elle se déculpabiliser sur le dos du Congo en venant soutenir une mascarade d’élections au bout d’une transition ayant échoué sur toute la ligne? » Donc, il n’y a pas que la peur des élections qui envahit nos coeurs et nos esprits. Il y a aussi la peur des intentions inavouées de ceux qui, hier, ont échoué au Rwanda et dont le zèle à laver cet affront peut être préjudiciable pour l’avenir de la liberté chez nous. Ceux qui n’ont pas aidé Chirac à ne pas retirer le CPE (le contrat première embauche) sont-ils sincères quand ils viennent chez nous? Ils peuvent, dans leurs pays, écouter la rue criant à l’injustice, à l’instauration de la précarité et de l’inégalité et être prêts à étouffer toute manifestation de rue (chez nous) en tant que réaction à un aboutissement malheureux d’un processus concocté dans les bureaux climatisés de Bruxelles, de Paris et de Washington! Vive la démocratie! Malheureusement, le pouvoir ensorceleur du discours « des gens de l’économie » a fini par dévorer les cœurs et les esprits d’une bonne partie de filles et fils de notre peuple, hommes et femmes liges du capital marchand, mal informés, sous-informés ou simples analphabètes sur les questions de fond du devenir commun chez nous. Eux croient encore en la communauté dite internationale et en sa grandeur d’âme pour les frères et soeurs miséreux du Congo! Heureusement, la naïveté de cette foi peine à se généraliser. Les luttants congolais se lèvent de plus en plus pour barrer la route à ces « fonctionnaires de l’économie mondialiste ». De leur internationalisation dépend un autre devenir commun au Congo. De leur acharnement à lutter contre la sorcellerie capitaliste dépend, ici et maintenant, la libération quotidienne de la liberté, de la fraternité et de la solidarité chez nous. De plus en plus, leurs sites Internet, leurs radios assument à la fois la dimension locale et internationale de cette lutte afin que l’enfantement d’un autre Congo cesse d’être une chimère. Par leur persévérance, ils réussiront. La peur légitime est souvent celle des hommes et femmes qui doutent, posent des questions de fond et objectent ou discutent les ordres des donneurs des leçons et autres entrepreneurs de Mitchy Express. Elle est bonne dans la mesure où elle arme pour la lutte et la résistance en créant les réseaux des empêcheurs de penser en rond. Cela étant, il y a aussi des peurs-bêtes. Celles suscitées par le complexe d’infériorité face à la peau blanche, par le déballage que permettrait une Commission Vérité et Réconciliation digne de ce nom; lequel déballage mettrait à nu le lien entre l’implantation de certains partis politiques et la signature à l’aveuglette des contrats léonins, entre le détournement des soldes des militaires et l’enrichissement facile de certains gouvernants provisoires, le lien entre la politique de la terre brûlée et la vente du pays aux marchands mondialistes, etc. Ces peurs-là peuvent nous pousser à l’organisation d’une parodie d’élections dans la grande précipitation. Elles s’entretiendraient en recourant aux petites expressions-poison du genre « toute œuvre humaine est perfectible », « nous voulons mettre fin à une crise de légitimité qui n’a fait que perdurer », « les congolais n’ont que trop souffert de l’accès au pouvoir par les négociations et les arrangements entre politiciens », etc. Ces peurs-là existent aussi. « Le camp dit de la patrie » les connaît. Il n’en parle pas. Il scierait la branche sur laquelle il est assis. D’où son combat pour que l’examen du rapport de la Commission Lutundula soit remis aux calendes grecques. Et pourtant, le président sortant de l’assemblée nationale nous avait promis des révélations qui seraient faites par ce rapport et par deux autres à la session d’avril! (Nous ne sommes pas tous des amnésiques!) Les résistants congolais savent cela. Ils partagent les documents traitant de ces questions et organisent les émissions radio-télévisées là-dessus. Ils écoutent une maman Charlotte (htt://www.afrique-tv/TEMOIGNAGE-htm) relatant le calvaire de Rutshuru et les complots ourdis contre les Mwami, les intellectuels et autres patriotes du Nord-Kivu ainsi que contre notre compatriote Mbuza Mabe. Ils ne se satisfont plus des informations truquées et vendues par certains médias de l’économie arbitrairement appelés médias internationaux. Ils font foi en la renaissance du Congo. Ils en vivent. J.-P. Mbelu |
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"Je n'ai pas peur de la méchanceté des méchants, mais du silence des gens honnêtes". (Martin Luther King)
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Revised: May 04, 2006
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