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"Le Roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire", un film sur un génocide oublié 12 mai 2006 - La France a commémoré mercredi la journée de l’abolition de l’esclavage. Elle a exercé son devoir de mémoire et de reconnaissance de l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Elle a organisé cette célébration pendant qu’à l’Assemblée nationale un projet de loi sur l’immigration choisie était à l’examen. Evoquant ce projet de loi dans un entretien avec l’AFP à Besançon, la star ivoirienne Alpha Blondy affirme que « cette notion d’immigration choisie, cet apartheid migratoire renvoient au temps des esclaves où les marchands choisissaient les plus vigoureux, ceux qui avaient les meilleures dents pour les faire venir en Occident » (<http://www.xalima.com> du 08/05/2006). Ce mercredi soir, la chaîne de télévision Arte a rediffusé un film sur la Congo sous le règne de Léopold II, intitulé Le Roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire. Ce film revient sur l’un des génocides les plus oubliés de l’histoire, celui des filles et fils de notre peuple, victimes de la mégalomanie de ce roi belge. Ce roi s’est enrichi et a enrichi la Belgique au prix de l’exploitation du caoutchouc congolais au grand mépris du peuple commis à son service, en jouant certains congolais contre leurs frères et soeurs. Aujourd’hui encore, l’implication de certains belges dans l’exploitation honteuse des richesses du Congo se passe de tout commentaire. Et comme si l’histoire se répétait, cette exploitation se fait avec la complicité des congolais et au prix d’un autre grand et coupable oubli : celui de la mort de plus de cinq millions des congolais. Donc, l’abolition de l’esclavage institutionnel et l’institution d’un jour pour sa commémoration ne sont pas des garanties de l’institution d’un véritable devoir de mémoire. En effet, une mémoire vigilante aurait été proscriptive. Elle aurait classé l’esclave au rang des paradigmes de l’indignité à ne plus répéter. Et pourtant, de sa traditionnelle forme sauvage, il s’est « civilisé »; il a revêtu une forme beaucoup plus sournoise et beaucoup plus subtile. Les missionnaires de la démocratie et les autres têtes pensantes du monde, hommes et femmes de l’économie en sont les artisans infatigables. Ils vous courent le monde et en considèrent certaines de ses parties comme étant leurs protectorats. Le cas de la république démocratique du Congo est éloquent à ce sujet. Il est l’un des rares pays au monde où un commissaire européen au développement, un ministre des affaires étrangères belge, un américain responsable d’un comité (dit) international de l’accompagnement de la transition et d’autres responsables occidentaux peuvent, encore aujourd’hui, se permettre d’aller intimer des ordres à suivre sur l’orientation du processus historique du pays, sans gêne. Certaines entreprises multinationales des pays occidentaux peuvent, au vu et au su de tout le monde, imposer des souffrances inhumaines aux populations de ce pays en pillant les richesses sans que cela n’émeuve grand monde. Hier, le caoutchouc a été une catastrophe pour ce pays. Aujourd’hui, c’est le diamant, l’or, le cuivre, le cobalt et l’étain, etc. Hier le caoutchouc a entraîné le génocide de plus ou moins dix millions de congolais. Aujourd’hui, la guerre de prédation en a entraîné plus ou moins cinq millions sans compter les victimes des maladies qu’une gestion raisonnable des ressources congolaises aurait permis d’éradiquer. Hier comme aujourd’hui, tout le monde se tait sur le génocide des fils et filles de notre peuple. Les négationnistes se comptent par milliers dans la progéniture des négriers d’hier. Donc, depuis l’abolition de l’esclavage jusqu’à ce jour, presque rien n’a changé dans le fond des mécanismes, des méthodes et procédés mis sur pied pour « civiliser ». Presque rien n’a changé au niveau de l’imaginaire des uns et des autres. La prise de conscience de la visibilité des formes traditionnelles de l’esclavage a poussé les fils et filles des esclavagistes d’hier à réajuster le tir en inventant des formes modernes plus subtiles. De la part des fils et filles des esclaves, la prédatocratie et la délinquance étatique ont remplacé la vente aux enchères des africains aux belles dents. Si les uns, sans effroi, continuent à croire qu’ils sont la tête pensante du monde, les autres estiment, à partir d’un imaginaire violé, qu’ils sont condamnés à demeurer les bourreaux de leurs frères et sœurs et/ou des valets à vie. Sans la création et l’invention des interstices où les uns, dépouillés de leur complexe de la toute-puissance pourront, dans des trajets d’apprentissage, penser avec et à partir des autres, en prenant le risque de reconnaître leur vulnérabilité; sans la création des interstices où les autres pourront, en renouant avec les pratiques de la résistance disqualifiées par ce paradigme de l’indignité, apprendre à se protéger de l’opération de capture de formes subtiles de l’esclavage moderne, la célébration de l’abolition de l’esclavage reste un rite inodore et incolore. En effet, la vérité d’un rite vaut la prise qu’elle réussit dans les cœurs et les esprits des uns et des autres. D’où la nécessité de la réappropriation continue d’une mémoire vigilante et pragmatique. A quoi servirait-il de célébrer l’abolition de l’esclavage sur fond de l’examen d’une loi sur l’immigration choisie? A quoi sert-il de célébrer l’abolition de l’esclavage quand un discours autoritariste et paternaliste nie à tout un peuple et à ses luttant le droit de disposer de leur destinée? Du pur folklore! Se protéger de nouvelles formes de l’esclavage Dans ce monde où l’esclavage moderne prend chaque jour des formes subtiles, s’en protéger implique une attention soutenue aux formes d’interstices que les ascètes du provisoire ne cessent d’imaginer et d’inventer et d’en faire les lieux où par des rencontres, des alliances et des connexions, l’on s’engage dans des trajets d’apprentissage humanisant. L’un des plus récents en date est l’Initiative des chrétiens pour l’information sur le projet de loi « Immigration et Intégration ». Réagissant à la proposition de loi soumise par Nicolas Sarkozi à l’examen de l’Assemblée Nationale française, le Comité Catholique contre la faim et pour le développement, le Cimade-Service Œcuménique d’Entraide, le Secours Catholique-Caritas France et le Service National de la Pastorale des Migrants ont initié, en France, un appel intitulé « Ne transigeons pas avec le droit de l’étranger ». Ces organisations et bien d’autres signataires de cet appel estiment que « cette réforme s’inscrit délibérément dans une perspective utilitariste. Seront acceptables en France les étrangers perçus comme nécessaires pour l’économie, la personne humaine et sa situation personnelle devenant secondaires et ses droits restreints. Il est de notre devoir chrétiens, notent-ils, de rappeler que l’homme doit toujours être au cœur de nos choix et la loi toujours viser à protéger les plus faibles. Les premiers à « subir » la migration sont ceux et celles qui sont poussés sur les routes de l’exil, contraints par la pauvreté et la mauvaise gouvernance. Le bien commun, qui ne se limite pas à nos frontières, exige de marquer une priorité réelle et proclamée pour le développement, notamment pour que nul ne soit obligé d’émigrer contre sa volonté. L’aide au développement dans le monde et l’accueil de l’étranger sont devenus des responsabilités majeures qui supposent une solidarité accrue et une remise en cause de nos modes de vie. En tant que citoyens et chrétiens nous ne pouvons pas accepter la vision d’une société centrée sur elle-même, ni donc cette vision de l’homme qui va à l’encontre de notre tradition et de nos convictions pour le Bien commun. » Cet appel est aussi un engagement « à agir pour que notre société porte un autre regard sur l’immigration. » Ses initiateurs avouent que « motivés par la solidarité et la défense des plus faibles, en partenariat avec de nombreux membres de la société civile, nos organismes, mouvements, associations et services chrétiens refusent que des mesures de plus en plus restrictives propulsent des milliers d’hommes et de femmes dans la précarité et le désespoir. » Les collectifs comme ceux-ci et beaucoup d’autres (comme l’Apareco, le Calcc, le C2R, Sauvons le Congo, etc.) deviennent de plus en plus des lieux où, apprendre, penser avec et à partir des autres engagent sur la voie d’un autre devenir. Leurs alliances, leurs rencontres et leurs connexions protègent de la prise des discours mensongers sur le caractère philanthropique et bienfaisante de l’esclavage et de la colonisation. Elles possibilisent la reconstruction des imaginaires sur fond des pensées agissantes dans une reconnaissance individuelle et collective de l’efficacité de la sagacité citoyenne. Telle est l’une des manières pratiques de tenir une mémoire individuelle et collective vigilante. Sans garantie. J.-P. Mbelu |
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Revised: May 15, 2006
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