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La remise en question de la nationalité d'un "conglomérat d’aventuriers", est-ce un crime de lèse majesté? 23 mai 2006 - Demander que le Congo soit gouvernée par ses dignes filles et fils n'est pas de la xénophobie. Dire cela, le soutenir haut et fort tout en restant ouvert aux autres, c'est chercher à assumer notre destinée de manière responsable. Que signifie dire non à la congolité quand il s’agit de choisir des dignes fils et filles du pays pour présider à sa destinée? Le recours à la sagesse ancestrale doit-il être prohibé au nom de la lutte contre la xénophobie? Lisons-nous suffisamment notre histoire passée et présente quand nous crions à la xénophobie chaque fois que la gestion calamiteuse de notre pays à partir de l’extérieure est remise en question? Il arrive que une certaine classe politique congolaise manifeste une tendance à personnaliser le débat en le concentrant sur tel ou tel autre adversaire politique qui doit être diabolisé, par médias interposés. De là à vouloir nous convaincre que nous ne devons pas appeler notre peuple à ne pas choisir les étrangers pour gouverner notre pays et à taxer cela de discours xénophobe, il y a un pas qu’il faudrait se garder de franchir. Relisons notre histoire. « Nous savons qu’en 1997-1998, le pays a été complètement dirigé par des étrangers, en dépit des personnes qui étaient en place. Et vous savez, confie Mgr Monsengwo à Marie-France Cros, que la deuxième guerre a commencé, en 1998, en réaction à ce phénomène. Donc, il s’avérait que le pays n’est pas dirigé par des Congolais (…) » Lire La Libre Belgique du 22/05/2006). Et Mgr Monsengwo comme beaucoup de Congolais estiment que vouloir que le Congo soit dirigé par les Congolais « est une question de principe qui n’a rien à voir avec la xénophobie ou avec une invitation touchant des personnes bien déterminées. On demande aux gens d’ouvrir les yeux. » (Ibidem) Notre sagesse traditionnelle tenant compte du caractère volage des étrangers-profiteurs et de la fidélité domestique des autochtones préférait « le poulet » (kazolo, soso) à « l’oiseau » (kanyunyi, ndeke). Le « poulet » c’est l’autochtone fidèle à la maison où il est domestiqué, à sa terre, à son pays. « L’oiseau » c’est l’étranger-profiteur, capable, à tout moment de retourner chez lui après avoir « mangé » chez son hôte. Donc, il était prudent de conseiller que « l’on donne au « poulet » et non à « l’oiseau » dans un contexte où « kupa nkukudika, dinga utakatulula » (donner c’est épargner). Le proverbe stipulait : « Biwapa kazolo kupi kanyunyi, kazolo katu kadia kadibuelela, kanyunyi katu kadia kaya kwaku lubilu. » Ici, nous nous situons au niveau du langage symbolique avec ses métaphores et ses métonymies qui n’ont rien à voir avec les injures. Devrons-nous, au nom des élections, renoncer à notre sagesse traditionnelle? Va-t-on nous dire que James Kabarebe, notre ex-chef d’état major (rwandais), est resté au Congo après la guerre de 1998? Pourquoi veut-on nous convaincre que l’amnésie est la meilleure thérapie pour les Congolais se préparant aux élections? Pourquoi devons-nous nous garder d’apprendre de notre histoire si nous voulons édifier un présent et un futur responsable? Accuser les Congolais de verser dans la xénophobie quand ils recourent au langage symbolique pour dire une réalité vécue hier et à même de se reproduire demain, c’est confondre les niveaux de langage. Inviter ses compatriotes à ouvrir les yeux pour éviter cette reproduction n’est pas de la xénophobie; c’est de la prudence. C’est une invitation à nous protéger contre un éventuel cheval de Trois. Notre sagesse traditionnelle ne vaut que dans un contexte donné. Si elle désigne l’étranger-profiteur comme étant un « kanyunyi, un ndeke », elle dit du « hôte-porteur- des nouvelles » qu’il est « un mwenyi, un mopaya ». A ce sujet elle stipulait : « Mwenyi wadianza kudia, nanku wakwambila adi mu difu. » Dès qu’il arrive, on lui offre d’abord à manger (de l’hospitalité) avant qu’il ne commence à raconter ce qu’il a dans le ventre. Bien des choses peuvent se conclure à partir de cet échange, de ce dialogue. S’il est porteur de bonne nouvelle, il peut rester chez son hôte; on peut même lui demander de demeurer au village, de devenir « mwena mutumba ». Et « mwena mutumba » (le voisin) est « un mwanenu wa nyoko », c’est « le fils ou la fille de ta maman ». Donc, il y a une solidarité-fraternité qui naît du partage, de l’échange « de bonnes nouvelles ». L’hôte, s’il ne veut pas rester au village, peut retourner chez lui, (badi bamulongolwela luendu) et il peut y revenir; il sera toujours le bienvenu. Mais s’il est porteur « de mauvaises nouvelles », on le jette dehors (mu diala). Après l’échange, on le reconduit à la sortie du village et lui demande de ne plus revenir. Convaincre sans la preuve des actes et sans dialogue Qu’est-ce qui se passe quand la congolité est décriée? Les gardiens du temple voudraient que ceux et celles qui sont venus d’ailleurs hier sous le faux prétexte de la guerre de libération soient acceptés par leurs hôtes sans échange, sans dialogue sur « les nouvelles qui sont dans leurs ventres ». En passant en revue leur gestion du pays en compagnie de certains fils et filles du pays « mangeurs », le constat est amer : ils n’ont pas servi les intérêts des congolais. Les évaluations sollicitées en commun n’ont jamais eu lieu. Ils se sont contentés de dire : « Le chien aboie et la caravane passe. » Elle peut même écraser « 5.000.000 de chiens » sans que cela émeuve grand monde! Et croire que la remise en question de la congolité de ce « conglomérat d’aventuriers » est un crime de lèse majesté, c’est simplement demander aux Congolais d’accepter l’inacceptable. Dans un document intitulé « L’Etat contre le peuple : la gouvernance, l’exploitation minière et le régime transitoire en République Démocratique du Congo » (voir http://www.congolite.com/polsoc154.htm), trois Ong européennes, à savoir, Niza, Fatal Transactions et Ipis se sont apitoyés sur le sort du peuple congolais ruiné par ceux qui le dirigent, sans que les donneurs de leçons ne les traitent de xénophobes. Dire à l’autre, celui qui vient d’ailleurs qu’il n’est pas de mon pays, lui demander de rendre compte de sa congolité par sa façon de faire, est-ce de la xénophobie? La vérité de la congolité de tel ou tel gestionnaire de la transition ou candidat à l’élection présidentielle ou législative se prouve par les actes servant le Congo et les Congolais. A ce point nommé, même un Congolais (pur sang), commis au service des multinationales et d’autres prédateurs africains n’est pas le digne fils de notre pays. C’est un « kanyunyi » pouvant rejoindre à tout moment ses parrains dès que la situation du pays n’augure pas de lendemains meilleurs. D’où la sonnette d’alarme tirée par Mgr Monsengwo « lorsque, dit-il, j’ai réclamé la vérité sur les personnes. C’est simplement un rappel aux Congolais qu’ils fassent un bon usage de leur liberté et votent pour des Congolais dignes de gouverner ce pays et qui se mettent au service du peuple. » (Ibidem) Attention! Il y a plusieurs façons de parler. Notre sagesse traditionnelle a souvent eu recours au langage symbolique pour dire manière condensée une réalité dense. Etudier, apprendre à penser avec et à partir de cette sagesse, en dépit de la guerre et des appels alléchants de « la mangeoire », nous épargnerait la confusion des genres. Notre marche vers les élections ne doit pas occulter le débat sur les questions que nous portons et les doutes pesant sur l’un ou l’autre candidat à ces élections. Il est plus facile de décréter, de surplomb, l’arrêt du débat sur la place publique que de se livrer à une analyse sans complaisance de ce que plusieurs Congolais vivent dans leurs cœurs et dans leur chair. La manière forte ne peut jamais, au niveau des médias, remplacer le débat contradictoire. Les gardiens du temple ont tort de croire que le Congo (géographiquement délimité) où ils exercent la répression des libertés fondamentales est le seul réel. Le Congo s’est mondialisé. De partout où nous vivons, nous ferons de l’appel aux dignes filles et fils de notre peuple, du Congo, pour une gouvernance raisonnable et rationnelle, notre cheval de bataille. Nous attacherons à notre congolité sans que les accusations de xénophobie nous atteignent. Nous lutterons pour un Congo dirigés par ses dignes filles et fils et ouvert aux autres, aux dignes « hôtes ». N’en déplaisent aux donneurs de leçons qualifiant cela de xénophobie. (A suivre...) J.-P. Mbelu |
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Revised: May 24, 2006
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