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La remise en question de la nationalité d'un "conglomérat d’aventuriers", est-ce un crime de lèse majesté? (suite et fin) 24 mai 2006 - La réponse aux inquiétudes que pose la question identitaire n’est pas au bout de l’application de la manière forte, dans la juridisation des médias. Elle est envisageable dans la relation que possibilise la rencontre de l’autre dans des interstices (les partis politiques, les associations, les collectifs et les alliances, les rencontres et les connexions qu’elles créent) où l’intersubjectivité critique participe de la coproduction d’un « nous » riche des différences. L’article intitulé « La Ham persiste et signe : Non à la « congolité » et au discours de la haine à travers les médias » (Le Potentiel du 22/05/2006) commentant le point de presse animé par le président de cette institution de la transition nous laisse sur notre soif. Quand l’auteur de cet article note : « En lieu et place d’un débat d’idées autour du projet de société, d’un programme de gouvernement proposé par chaque candidat, les professionnels des médias sont, à en croire Modeste Mutinga, attirés dans les « marigots puant des dénonciations calomnieuses et d’imputations dommageables » », il attire notre attention sur ce qui ne doit pas être fait pendant cette période pré-électorale. Mais de là à déterminer la matière sur laquelle doit porter le débat d’idées - le projet de société et le programme de gouvernement - il y a un pas qu’il se serait garder de franchir. Pour cause. L’approche des élections ne doit pas nous faire perdre de vue les questions demeurées sans réponses jusqu’à ce jour. Il y a cette question que tout communicateur averti ne peut éluder : « Qui dit quoi à qui et comment? » Un projet ou un programme de société est porté par un individu ou un parti dont les identités doivent être connues et appréciées. Donc, la question identitaire est inéliminable du débat d’idées sur les projets et les programmes de gouvernement qui seront soumis à l’électorat congolais demain. Un Hitler élu démocratiquement a été l’initiateur d’un pire holocauste que l’humanité n’ait connu. La question de « qui dit quoi, qui soutient quel programme » peut renvoyer aux histoires des candidats : d’où viennent-ils? Depuis quand font-ils la politique? Comment sont-ils venus à la politique? Par génération spontanée ou par des engagements aux résultats vérifiables? Sont-ils des aventuriers ou des gens sérieux? Comment ceux qui, hier, ont conduit le pays dans un gouffre sans fond peuvent-ils se représenter à nos populations aujourd’hui sans qu’ils aient pris le temps de justifier leurs forfaits? Où sont-ils nés? Quand? Etc. Il y a la question du « comment » liée aux moyens auxquels les candidats aux différentes élections devront recourir pour défendre leurs projets et programmes. En dehors des médias, il y a des moyens matériels qui posent problème. Certains devront être sommés de dire comment ils se sont servis de la politique pour un enrichissement illicite facilitant leur candidature à tel ou tel autre poste de la gestion de la chose publique. Les dépassements budgétaires maintes fois fustigés et ayant conduit à la gabegie décriée par le FMI peuvent être mentionnés comme autant de voies maffieuses empruntées hier par ceux qui offriront les cadeaux demain à leur électorat comme étant des « dons personnels ». La question du « comment » peut aussi concerner les méthodes, les procédés auxquels les candidats ont recours pour s’assurer la victoire aux élections : la corruption des hommes des médias, l’achat des consciences, la sous-information, l’exploitation de l’ignorance, la politique de la terre brûlée, etc. peuvent servir la campagne électorale des « nouveaux messies ». Donc, le débat d’idées sur les projets et les programmes de gouvernements peut s’étendre aux domaines insoupçonnés par la Haute Autorité des Médias. Cela d’autant plus qu’il y a jusqu’à ce jour des questions restées sans réponses. Citons-en quelques-unes : « Comment a-t-on pu élaborer les casiers judiciaires de certains candidats impliqués dans les massacres des millions des Congolais sans que cela soit mentionné, sans qu’ils aient été amnistiés? Pourquoi acceptons-nous d’aller aux élections sans que toute la vérité soit faite sur le rapport Lutundula dont l’étude à l’assemblée nationale avait été prévue pour le mois d’avril (passé) par le président sortant de l’Assemblée dite nationale (Olivier Kamitatu)? » Chercher à voir juste (avec et à partir des autres) en posant des questions empêchant de penser en rond, cela n’est pas de la xénophobie : c’est un exercice de l’intersubjectivité critique souhaitable pour un devenir responsable de la démocratie chez nous. L’exercice de l’intersubjectivité critique et « l’art du commerce » L’exercice de la sagacité citoyenne ou de l’intersubjectivité critique peut constituer, en tant que trajet d’apprentissage, une voie vers la guérison de la xénophobie. Dans l’échange et le dialogue où la remise en question est permanente, l’autre reconnu se dévoile et peut permettre à son interlocuteur de dépasser certains de ses préjugés. Et vice versa. Ils créent ensemble un interstice où les différences peuvent constituer des atouts formidables pour l’édification d’un monde commun où la relation à l’autre reste prioritaire, où la confiance se fait à partir de ce que l’on crée ensemble. Sans garantie de surplomb. Dans une conception autoritaire d’un avenir meilleur, les règles sont toutes fixées d’avance et il ne reste plus à leurs usagers qu’à les mettre en pratique. La Haute Autorité des Médias risque de tomber dans ce travers. Elle semble obéir à un schéma selon lequel elle détiendrait, par devers les protagonistes congolais débattant de l’avenir de leur pays, la vérité sur la voie à suivre pour un avenir meilleur. Elle supposerait un consensus de tous les congolais sur le pouvoir qu’elle détient de les aider à s’engager sur cette voie en veillant à la régulation des médias. Elle oublierait que certains congolais l’accusent de partialité quand elle doit traiter les questions que posent les médias gérés par les composantes et les entités. S’impliquer dans l’exercice de la sagacité citoyenne épargnerait à la Haute Autorité des Médias de tuer la politique par une application discriminatoire des règles déontologiques. L’une des façons efficaces d’assurer la police des débats serait de rejoindre les congolais là où ils débattent des questions corollaires à la question électorale. La bureaucratisation des institutions d’appui à la démocratie (dont la HAM) est un héritage malheureux de la démocratie représentative décriée par les ténors de la démocratie participative et de la démocratie de proximité. Rejoindre les congolais à partir de leurs partis politiques, leurs associations et leurs collectifs aurait l’avantage de révéler à cette institution qu’il n’ y a pas du tout de consensus sur la voie à suivre pour sortir le Congo du bourbier; il y a plutôt des congolais aux intérêts conflictuels dont le dépassement (sans garantie de surplomb) résiderait dans ce qu’ils deviendraient capables de créer ensemble, localement. La HAM ferait œuvre utile en alliant sa fonction de régulation des médias à un rôle : celui de susciter chez les congolais le goût du « commerce », « cet art de négociation », coûteux en temps et en patience. Elle dépasserait la fonction qui lui a été assignée (sans y renoncer) pour assumer pragmatiquement la dimension « commerciale » de la communication en favorisant les alliances, les rencontres et les connexions entre les partis, les associations et les collectifs. Elle ferait preuve d’imagination « en créant politiquement » au lieu de rester confinée dans une fonction juridique tuant la dimension politique de la communication que permet la négociation. En effet, le Congo meurt de la mort de la politique remplacée par le tout économique (et le tout pillage), le tout sécuritaire à outrance et le tout juridique à deux vitesses. Contre cette mise hors politique du devenir commun, un argument revient comme un leitmotiv : « Tout a été déjà dit et fait à Sun City ou à Pretoria. Le reste, la nouvelle constitution s’en charge. » Et pourtant, c’est l’art de négocier à temps et à contretemps. Et « cet art du commerce » bien que « coûteux » en temps et en patience « fait exister ceux qui commercent comme obligés par une relation dont l’existence dépend d’eux, comme opérant la coproduction d’eux-mêmes en relation, et de ce qui les relie. » C’est vrai, « quiconque entre en relation peut être trompé, trahi; tout commerçant sait qu’il doit faire attention à ses propres intérêts, ne jamais se laisser emporter par l’enthousiasme fusionnel, ne jamais « avoir confiance ». » Et pourtant, « comme toute pragmatique, le commerce suppose un « faire confiance », non en l’autre mais dans la relation possible. Dans le fait que la guerre, le pillage, l’asservissement ne définissent pas le seul horizon « réaliste » ». Pour avoir servi les desseins de ceux et celles qui ne croient pas ou ne veulent pas croire en la « coproduction de nous-mêmes et des autres » par « le commerce » (le dialogue permanent et les alliances, les rencontres et les interconnections de nos collectifs et associations), plusieurs d’entre nous ont contribué à la mort de la politique au Congo. La HAM aussi. Les élections ne la ressusciteront pas comme par coup de baguette magique. Ce sont peut-être les collectifs comme l’Apareco, le Calcc, Toponi Congo, Bana Congo, Sauvons le Congo, le C2R (Collectif des Intellectuels dans le Peuple pour la Rupture et le Renouveau) qui travaillerons à relever ce défi : la remise locale en politique du devenir commun. Une tâche noble et ardue à la fois. J.-P. Mbelu |
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Revised: May 25, 2006
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